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Incipit

premiers mots d'un texte
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Incipit de l'Evangile selon Jean, IX° s. : « Incipit Evangelium secundum Johannem » (L'évangile selon Jean commence)

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Un Incipit (du latin incipio, is, ere : « commencer », pron. ɛ̃.si.pit) désigne le ou les premiers mots d'un texte littéraire ou d'une œuvre musicale chantée, qui peuvent être religieux ou non.


Sommaire

EnjeuxModifier

Dans un cadre narratif, l’incipit répond généralement à trois caractéristiques : Il informe, intéresse et noue le contrat de lecture[1].

« Il y était une fois une petite fille, toute charmante, toute mignonne » - Contes, « les Chaussons rouges », H. Ch. Andersen, 1835

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » - Du côté de chez Swan, A la Recherche du Temps perdu, M. Proust, 1913

« Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas » - L'Étranger, A. Camus, 1942

TitreModifier

Dans un cadre religieux et selon la tradition hébraïque reprise dans le christianisme, l'incipit donne son titre au texte récité, lu ou chanté. Ainsi, le premier mot de la Torah (Bible hébraïque) se trouve dans le premier livre du Pentateuque, le premier livre de la Genèse, intitulé Bereshit (he. בראשית) et signifie « Au commencement » ; il est donc le tout premier mot de la Bible : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre… ».

Cet usage se retrouve dans les œuvres musicales liturgiques où le Kyrie (incipit complet : Kyrie eleison), l’Agnus Dei, le Gloria (Gloria in excelsis Deo) ou le Magnificat (Magnificat anima mea Dominum) représentent le ou les premiers mots d'une prière grecque ou latine.

Le même procédé s'applique aux bulles pontificales ou aux encycliques.

Cum nimis absurdum (incipit prolongé : "Comme il est absurde" et totalement inopportun que les Juifs, qui, en raison de leur propre faute... ») - bulle du pape Paul IV, 1555

Certaines œuvres contemporaines prennent « volontairement » pour titre leur incipit. C'est la référence cataphorique : le titre renvoie au texte[2]. Cela remonte à l'époque des incunables (reprenant la tradition juive, voir Bereshit) qui commençaient par cette formule Incipit : « Ici commence... »[1]. Ainsi, la pièce de théâtre intitulée La Guerre de Troie n'aura pas lieu de J. Giraudoux, commence par la réplique :

« La Guerre de Troie n'aura pas lieu... », 1935[2]

Quand une œuvre (ou une de ses parties) n'est a priori pas titrée, son incipit emprunté devient son titre. C'est la référence anaphorique : le texte renvoie au titre[1],[2],[3].

« Heureux qui comme Ulysse » - poème XXXI in Les Regrets, J. du Bellay, 1557[4]

« Un jour je vis... » - poème in Les Contemplations, V. Hugo, 1839[5]

« Attendre que la Nuit... » - poème in Amis inconnus, J. Supervielle,1934[6]

AutreModifier

Un incipit remarquable peut devenir un adage célèbre comme la locution latine sous forme d'interjection de Cicéron dans le deuxième paragraphe de l’Oratio prima des Catilinaires, 63 av. J.-C.[7] :

O tempora, o mores ! (« Quelle époque ! Quelles mœurs ! »)

GalerieModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Académie de Rouen, « Incipit », sur ecoles.ac-rouen.fr (consulté le 12 janvier 2019)
  2. a b et c Leo H. Hoek, La marque du titre: Dispositifs sémiotiques d'une pratique textuelle, Walter de Gruyter, (ISBN 9783110822786, lire en ligne), p. 155 (préc. et suiv.)
  3. incipit.fr
  4. « Heureux qui comme Ulysse (Du Bellay) Paul-Emile Deiber », sur Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris (consulté le 31 janvier 2018)
  5. « Les Contemplations/Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le 12 janvier 2019)
  6. « Attendre que la Nuit... », sur Poésie.ro,
  7. Les Auteurs latins expliqués d'après une méthode nouvelle, Paris, Hachette, 1863 (restitution : 2009, 2011).

Articles connexesModifier