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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir In Paradisum (homonymie).

Les In paradisum et Chorus angelorum sont une paire d'incipits faisant partie de l'absoute, épisode qui avait traditionnellement sa place à l'issue de l'office catholique des défunts[1]. Il s'agit des antiennes grégoriennes, chantées à la fin de la cérémonie des funérailles, et lorsque la procession se forme pour accompagner le cercueil du défunt, porté hors de l'église et vers le cimetière. À l'origine, leurs fonctions n'étaient pas identiques.

Un In paradisum célèbre est celui qui termine le Requiem de Gabriel Fauré[2]. Il n'utilise plus le motif mélodique grégorien, mais une pièce monodique contemporaine qui s'accompagne du chœur et de l'orchestre.

TexteModifier

latin français[3]
In paradisum deducant te angeli,

in tuo adventu suscipiant te martyres,
et perducant te in civitatem sanctam Ierusalem.

Que les anges te conduisent au paradis ;
qu'à ton arrivée les martyrs te reçoivent
et t'introduisent dans la cité sainte, Jérusalem.
latin français
Chorus angelorum te suscipiat,

et cum Lazaro quondam paupere
æternam habeas requiem.

Que le chœur des anges te reçoive,
et qu'avec Lazare, le pauvre de jadis,
tu jouisses du repos éternel.

Lors de la procession, ces deux antiennes sont chantées en alternance[4].

CAOModifier

Antiennes grégoriennes authentiques, les deux sont enregistrées dans le catalogue de Corpus antiphonalium officii, par Dom René-Jean Hesbert  :

  • CAO 3266 : In paradisum
  • CAO 1783 : Chorus angelorum

HistoriqueModifier

 
Ce qui est certain, c'est que les deux antiennes étaient en usage, au début du XIe siècle, à l'abbaye de Saint-Gall, à cette époque-là un grand centre de liturgie grégorienne.

On compte peu de manuscrits médiévaux. Par conséquent, il est difficile d'identifier leur origine, soit le propre rite romain, soit issue d'une liturgie locale dans le royaume carolingien[5].

Pourtant, toutes les deux antiennes se trouvent dans l'antiphonaire de Hartker, copié entre 990 et 1000. L'authenticité est indiscutable, car l'atelier de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, qui reste toujours l'un des meilleurs centres des études grégoriennes, qualifie ce manuscrit en tant que le meilleur antiphonaire grégorien (voir Antiphonale monasticum, 2005). L' In paradisum est une antienne sur le folio 199 (dans ce manuscrit, plus précisément page 199) et dans la rubrique In Ey' (Eucharistia ?), après la page 198 des répons Requiem æternam et Libera me [1]. Celle de Chorus angelorum se trouve, quant à elle, sur les pages précédentes 195 - 196 [2].

Dans la région, il s'agit du seul témoin qui contienne les deux, quoique la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall possède de nombreux manuscrits semblables, mais qui furent copiés plus tardivement. Cela reste inexplicable.

De même, après cet antiphonaire par excellence, il y a peu de trace dans toutes les archives européennes. L'université de Ratisbonne enregistre cependant deux variantes avec leurs textes un peu différents.

Puis, au XIXe siècle, les deux antiennes obtinrent une bonne célébrité, grâce au requiem de Gabriel Fauré, composées en une seule pièce. Cette composition ensemble était par ailleurs l'origine de confusion de deux textes.

L'influence de l'œuvre de Fauré est immense. Contrairement à ce que les musiciens considèrent, les antiennes restent, dans le répertoire grégorien, indépendants. Surtout, leurs modes ne sont pas identiques : In paradisum en septième mode ainsi que Chorus angelorum en huitième mode[3].

Usage actuel dans la liturgieModifier

L'utilisation en faveur des funérailles sont toujours admise d'après le Calendarium Concilii Vatican II.

Tout comme d'autres antiennes, celles-ci gardent plusieurs fonctions dans la liturgie :

  1. Procession
    Les antiennes sont connues en faveur de la procession, qui accompagne le cercueil du défunt jusqu'au cimetière. Comme cette procession dure normalement assez longtemps, elles sont chantées en alternance pour adapter à cette durée.
  2. Vêpres
    Dans les vêpres solennelles du défunt, qui précède la messe des morts la veille, on chante ces antiennes avec des répons. La Chorus angelorum est placée au début ainsi que l'In paradisum presque à la fin [3].
  3. Messe
    On ignore leur pratique au Moyen Âge, dans la messe. En effet, l'exécution de l'antienne était limitée pour le propre de messe, à savoir les antiennes de l'introït, de l'offertoire et de la communion. De surcroît, cette pratique fut de plus en plus perdue. À la suite des compositions de quelques musiciens français, les In paradisum et Chorus angelorum étaient exactement chantées dans la messe[6]. Mais dans ce cas, il serait inutile de distinguer strictement les fonctions. De fait, dans la messe des morts, après le rite de conclusion, la procession finale n'est autre que celle qui porte la dépouille du défunt[7].

Influence dans la littératureModifier

Selon les études récentes de Gerard Kilroy et d'autres, ces antiennes auraient inspiré les œuvres de William Shakespeare, notamment le mot dénoncé par Horatio à la fin de la célèbre pièce Hamlet[4],[8] : « Good night, sweet prince. And flights of angels sing thee to thy rest. (Bonne nuit, cher prince. Et que les anges volants chantent vous pour votre repos.) »

Mis en musique contemporaineModifier

 
Première page de l'In paradisum de Fauré (partition autographe, version dite de 1893) [manuscrit en ligne] (Bibliothèque nationale de France, département de la musique, manuscrit 413).

À partir de l'œuvre de Gabriel Fauré, ces antiennes sont composées en une pièce. Au regard de l'In paradisum de Fauré, ce dernier respectait la caractéristique de l'antienne. Les textes sont entièrement chantés par la voix de soprano, en monodie et à l'unisson.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Site du Répertoire grégorienModifier

Manuscrit en ligneModifier

SynopsisModifier

Synopsis selon l'université de Ratisbonne :

Notes et référencesModifier

  1. Robert Le Gall, Dictionaire de liturgie, C.L.D. : Absoute [lire en ligne]
  2. Fauré 1980, p. 138, lettre no 67.
  3. a et b Liturgie latine - Mélodies grégoriennes, p. 59 - 60, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Solesmes 2005
  4. a et b (en) Gerard Kilroy, Theatre and Religion, Lancastrian Shakespeare, p. 144 - 145, 2003
  5. Si l'origine était l'antienne de procession, il est probable qu'il s'agissait d'une liturgie locale dans le rite gallican. Car, cette catégorie n'existait pas dans le rite romain, mais existait dans d'anciens fonds de répons de la liturgie gallicane depuis le VIIIe siècle.
  6. Ainsi, l'In paradisum de Gabriel Fauré fut souvent chantée à l'église de la Madeleine à Paris, sous la direction du compositeur, par exemple le 16 janvier 1888 (première représentation pour la messe du bout de l'an de Joseph-Michel Le Soufaché) et le 21 janvier 1893 (commémoration du 100e anniversaire du trépas du roi de France Louis XVI). Et en faveur des obsèques nationales de Fauré, tenues le 8 novembre 1924, Philippe Gaubert dirigea cette messe.
  7. Cela peut expliquer la composition particulière de Fauré, qui était le maître de chœur de l'église de la Madeleine à Paris depuis 1877. Située en plein centre, elle n'est toujours pas capable d'effectuer l'inhumation. Il semble que l'ouvrage de Fauré fût adapté à cette procession, qui était limitée jusqu'au départ de la dépouille.
  8. (en) Lucy Beckett, In the Light of Christ : Wrighting in the Western Tradition, p. 354, 2006