Ilya Ilitch Metchnikov

immunologiste franco-russe, biologiste, lauréat du Prix Nobel
Élie Metchnikoff
Description de cette image, également commentée ci-après
Ilya Ilitch Metchnikov dans son laboratoire en 1913
Naissance
Ivanovka, gouvernement de Kharkov (Empire russe)
Décès (à 71 ans)
Paris (France)
Nationalité Russe
Domaines Vétérinaire, Zoologiste, bactériologiste et immunologie
Diplôme université de Kharkov
Renommé pour découverte des mécanismes de défense immunitaire contre les bactéries (Phagocytose)
Distinctions Lauréat du Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1908

Compléments

Commandeur de la Légion d'honneur

Ilya Ilitch Metchnikov, francisé en Élie Metchnikoff (né le à Ivanovka près de Kharkov, actuelle Ukraine et mort le à Paris) est un zoologiste, bactériologiste et immunologiste sujet de l'Empire russe.

On doit à Metchnikov la découverte des mécanismes de défense immunitaire contre les bactéries au moyen des globules blancs : la phagocytose. Il est avec Paul Ehrlich co-lauréat du Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1908[1].

BiographieModifier

Metchnikov était le fils d'Ilya Ivanovitch Metchnikov, un officier en retraite, et de la fille d'un écrivain juif. Sa carrière comme naturaliste commença par un contre-temps. S'étant présenté un mois trop tôt à Wurtzbourg pour ses études de zoologie, il repartit découragé avant le début du semestre. Il s'inscrivit alors en 1862 à l'université de Kharkov, où il obtint deux ans plus tard son diplôme de zoologiste. Il retourna ensuite en Allemagne, aux universités de Giessen, Göttingen et Munich, où il s'est intéressé, entre autres, à la reproduction sexuée et non sexuée d’Ascaris nigrovenosa, le ténia de la grenouille.

Une bourse de son pays lui permit de travailler à l'Institut de biologie marine de Naples où, avec un collègue russe, il fit des recherches sur les éponges.

En 1867, on l'appela comme enseignant à l'université d'Odessa, où il ne resta que peu de temps. Saint-Pétersbourg lui offrait une chaire de professeur de zoologie, et Metchnikoff y répondit, pour revenir à Naples peu après. À son retour à Saint-Pétersbourg, il tomba malade. Ludmilla Fedorovitch, la fille d'un ami, le soigna affectueusement, et, après sa guérison, ils se fiancèrent. Le mariage, en 1869, fut assombri par la grave tuberculose de Ludmilla, et leurs deux premières années de mariage se passèrent à essayer de la guérir.

À La Spezia, Metchnikoff fit des recherches sur l'embryologie des étoiles de mer. Il passa ensuite quelques mois à Odessa. Sa femme et lui mettaient leur espoir dans l'efficacité d'une cure à Madère, mais en vain. Ludmilla mourut le , et Metchnikoff fut en proie à une crise de dépression. Sa tentative de suicide échoua en raison d'une dose de morphine trop faible.

Une fois guéri, il reprit ses recherches en sciences naturelles. En 1875, il travailla encore à l'université d'Odessa et épousa la jeune Olga Belokopitova. Des querelles avec ses collègues, la situation politique de son pays, des ennuis personnels et la maladie le conduisirent à une deuxième tentative de suicide. Metchnikoff se contamina avec le sang d'un de ses malades atteint de fièvre récurrente, dans l'idée que cette maladie serait mortelle. Mais, après avoir présenté divers symptômes, il en réchappa, et poursuivit à partir de 1882 ses recherches à Messine.

C'est là qu'il commença ses études sur les phagocytes. Dans le tissu de l'intestin de l'anémone de mer, il découvrit des cellules qui sécrètent un colorant pendant qu'elles se placent en forme d'amibes autour de leur particule[pas clair]. Le savant se demanda si des processus semblables ne seraient pas associés à la lutte contre les agents pathogènes de maladies. Effectivement, du pus se formait autour des aiguilles d'un arbre de Noël quand il les piquait dans des larves d'étoile de mer. Metchnikoff développa la notion de « macrophages » pour de telles cellules, qui réduisent les corps étrangers qui ont pénétré le système, et il qualifia de « microphages » celles qui sont connues aujourd'hui sous le nom de granulocytes neutrophiles. Il est ainsi le premier à avoir saisi l'importance de ces cellules pour la défense immunitaire.

 
Metchnikoff à sa table de travail
photographié par Nadar

En 1887, Metchnikoff, dont la situation à Odessa était devenue difficile à cause de l'hostilité que lui avait valu sa pratique des vaccins contre la rage[2], rencontra Pasteur et lui demanda un poste de laboratoire à l'Institut Pasteur qui était en train de se créer. Un an plus tard, il s'installa à Paris, où il demeura jusqu'à la fin de ses jours, et devint en 1904 vice-directeur de l'Institut[3].

En 1908, il est co-lauréat avec Paul Ehrlich du prix Nobel de physiologie ou médecine « en reconnaissance de leurs travaux sur l'immunité[1] » (plus précisément, pour la découverte de la phagocytose). Parallèlement, il obtint une grande notoriété avec ses recherches dans le cadre de ses études sur les probiotiques : les bactéries qui produisent l'acide lactique, comme cela se passe dans le lait caillé et le yaourt, mais surtout dans le kéfir, servent d'après ses conceptions à prolonger la vie. En outre, il s'occupa de différentes maladies infectieuses, entre autres la syphilis qu'il transmit à des singes anthropoïdes afin d'avoir un modèle d'animal pour ses recherches. Contrairement à Pasteur, chrétien pratiquant, il était rationaliste et hostile aux religions.

En 1919 fut fondé à Moscou l'Institut Metchnikoff pour les maladies infectieuses.

Son frère Léon Metchnikov (1838-1888) est un géographe russe, secrétaire et ami d'Élisée Reclus.

Son urne funéraire se trouve dans la bibliothèque de l'Institut Pasteur.

PublicationsModifier

 
Monument Metchnikov à Kharkov .
  • Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation, G. Masson (Paris), 1892, lire en ligne sur Gallica.
  • L'Immunité dans les maladies infectieuses, Masson & Cie (Paris), 1901, lire en ligne sur Gallica.
  • Études sur la nature humaine : essai de philosophie optimiste[4], Masson (Paris), 1903, Texte intégral en ligne.
  • Essais optimistes, [deuxième édition revue et augmentée], A. Maloine (Paris), 1914.
  • Trois fondateurs de la médecine moderne: Pasteur, Lister, Koch: derniers écrits, Éd. Félix Alcan, Nouvelle collection scientifique, 1933.
  • Souvenirs. Recueil d'articles autobiographiques[5], Éditions en langues étrangères, Moscou, 1959.

Préface

  • Raymond Petit (Dr) : Phagocytes en chirurgie, antisepsie, hémostase, régénération des tissus ; applications récentes en chirurgie de guerre, Masson (Paris), 1915, lire en ligne sur Gallica.

HonneursModifier

Le 8 août 1913, Elie Metchnikoff, sous-directeur de l'Institut Pasteur, est promu commandeur de la Légion d'honneur.

Décorations françaisesModifier

 

HommageModifier

 
Timbre commémoratif

Émission d'un timbre en 1966 par La Poste française.

A Odessa:

  • des plaques commémoratives sont installées sur les bâtiments où il a travaillé et a vécu le savant[7] ;
  • son nom attribué à une rue et un square ;
  • le nom du savant est attribué à l'Université nationale d'Odessa, dont les meilleurs étudiants en langue française obtiennent le prix Metchnikov.

Notes et référencesModifier

  1. a et b (en) « in recognition of their work on immunity » in Personnel de rédaction, « The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1908 », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 21 novembre 2010
  2. « C'est au cours de cette période que Metchnikov fut nommé directeur d'un institut fondé en 1886 à Odessa pour appliquer le vaccin antirabique de Pasteur, mais il y avait sur place beaucoup d'hostilité contre ce traitement et Metchnikov se heurta à de telles difficultés, dues partiellement au fait qu'il n'était pas médecin, qu'en 1888 il quitta Odessa et se rendit à Paris pour demander à Pasteur ce qu'il devait faire. Pasteur lui fit obtenir un laboratoire et un poste à l'Institut Pasteur, où il resta jusqu'à la fin de sa vie. » Traduit de la Biographie Nobel en anglais de Ilya Metchnikov – (Dans Nobel Lectures, Physiology or Medicine 1901-1921, Elsevier Publishing Company, Amsterdam, 1967)
  3. Joël Hanhart, Waldemar Mordekhaï Haffkine (1860-1930). biographie intellectuelle., Paris, Honoré Champion,
  4. Alfred Binet : « Élie Metchnikoff, Études sur la nature humaine. Essai de philosophie optimiste », in: L'année psychologique, 1903, vol. 10, no 1, p. 548-549, Texte intégral.
  5. J. Théodoridès: « E. Metchnikov, Souvenirs. Recueil d'articles autobiographiques », in: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, 1960, vol. 13, no 4, p. 366.
  6. « Cote LH/1848/3 », base Léonore, ministère français de la Culture
  7. {ru}Илья Ильич Мечникова и его имя на карте Одессы (к 175-летию со дня рождения ученого), Моя Мозаика, 15.05.2020

BibliographieModifier

  • (en) Wilson H.V. : « Metchnikoff on germ-layers » in: American naturalist, 1887, 21, p. 334–350, Texte intégral et 419-433,Texte intégral.
  • Louis de Casamajor: La science est-elle en faillite ? Des doctrines phagocytaires de M. Metchnikoff, J.-B. Baillière et fils (Paris), 1903, lire en ligne sur Gallica.
  • Paul Acker : « Élie Metchnikoff » in: Petites confessions (visites et portraits), 1re sér., A. Fontemoing (Paris), 1905, lire en ligne sur Gallica.
  • Olga Metchnikoff: Vie d'Élie Metchnikoff : 1845-1916, (Paris), 1920.
  • « Mémoires publiés à l'occasion du jubilé de Metchnikoff () », in : Annales de l'Institut Pasteur [collectif], L. Maretheux ; Masson et Cie (Paris) 1921, lire en ligne sur Gallica.
  • Paul De Kruif, Les Chasseurs de Microbes, éd. Marabout-Junior (1954).
  • (en) Vaughan R. B.: « The romantic rationalist. A study of Elie Metchnikoff », in: Medical history, 1965, 9(3), p. 201–215, Texte intégral.
  • (en) Edward E. Slosson: Major Prophets of Today, Books for Libraries (Freeport, N. Y.), 1968.
  • Efremenko, A.: « Metchnikoff à Paris », in: Histoire des sciences médicales, 1968, 2 (3-4), p. 165–170, Texte intégral.
  • Alain Lellouch: « Metchnikoff (1845-1916) et le vieillissement », in: Histoire des sciences médicales, 1993, 27 (1), p. 13–22, Texte intégral.
  • Jean Théodoridès : « Exposition sur E. Metchnikoff » (Institut Pasteur, ), in: Histoire des sciences médicales1983, 17 (3), p. 289, Texte intégral.
  • Anne-Marie Moulin : « De l'analyse au système : le développement de l'Immunologie. ». In: Revue d'histoire des sciences, 1983, Tome 36 no 1. p. 49–67. doi : 10.3406/rhs.1983.1903 Texte intégral.
  • (en)Robert S. Desowitz: The Thorn in the Starfish : the Immune System and How it Works, W. W. Norton & Co.(New York), 1987.
  • (en) Richard M. Krause: « Metchnikoff and Syphilis Research during a decade of discovery », ASM News, 1996, 62(6), p. 307–312, Texte intégral.
  • (en) Arthur M. Silverstein: « Darwinism and immunology: from Metchnikoff to Burnet », in: Nature Immunology, 4, 3 - 6 (2003)

doi:10.1038/ni0103-3 .

  • (en) Luba Vikhanski, Immunity : how Elie Metchnikoff changed the course of modern medicine, Chicago, Chicago Review Press, , 324 p. (ISBN 978-1-61373-110-9, lire en ligne)

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier