Ibn al-Rawandi

Ibn al-Rawandī (827911)[1] en ar. ابن الراوندي est un sceptique médiéval arabe d'origine persane. Il visait l'islam et la religion en général.

Il adhéra au muʿtazilisme puis au chiisme, pour ensuite critiquer ces écoles et devenir libre-penseur. Aucun de ses livres ne lui ont survécu, les seules traces de ceux-ci se trouvent dans les livres critiques lui répondant ou dans les écrits d'admirateurs. Son ouvrage le plus célèbre est « Kitāb al-zoummourroud » (Livre de l'émeraude), dont de nombreux extraits se trouvent dans « Kitāb al-intṣiār », écrit par al-Khayyāt, paru en 882. Ibn al-Rawandī avait de nombreux adversaires parmi les musulmans, notamment des muʿtazilites, ainsi que parmi des dignitaires des autres religions. Considéré comme un hérétique, dont les écrits originaux ont été perdus, plusieurs interprétations de sa pensée existent. Certains[Qui ?] le considèrent comme un hérétique chiite, un muʿtazilite devenu dément, un aristotélicien (disciple d'Aristote) ou un athée radical. Ainsi, suivant les sources irakiennes (plutôt muʿtazilites), il était un véritable hérétique ; suivant les sources iraniennes (plutôt chiites), il ne l'était peut-être même pas (selon les avis de Josef van Ess et N. S. Nyberg[2]).

Ibn al-Rawandī était l'ami et l'élève d'Abū ʿIsā al-Warrāq, « Zindīq » manichéen. Ils auraient été chassés ensemble de l'école muʿtazilite. Celle-ci refusait la croyance en la prédestination et prônait que le libre arbitre et la raison humaine passaient avant la croyance dans le Décret de Dieu. L'école muʿtazilite interprétait d'ailleurs tout texte sacré dont le sens littéral s'opposait à leur doctrine rationaliste. Ibn al-Rawandī en aurait été chassé pour aristotélisme, niant la création du monde ex nihilo ainsi que l'immortalité de l'âme[3]. Il compose un livre contre ses anciens confrères, « Fadîḥat al-Muʿtazila » (Ignominie des muʿtazilites) en réponse au livre apologétique « Fadīlat al Muʿtazila » (L'Honneur des muʿtazilites). La doctrine muʿtazilite était protégée par l'autorité du calife abbassyde Al-Ma’mūn, lui-même muʿtazilite, aimant les arts et les sciences, et favorisant la traduction des textes antiques grecs. Pendant toute cette période et celle du calife al-Muʿtasim, frère et successeur d'al-Maʾmûn, Ibn al-Rawandī était un membre éminent de l'école muʿtazilite à Bagdad. Quand Ibn al-Rawandī a écrit son livre, le calife al-Mutawakkil a tranché en faveur de l'orthodoxie sunnite en persécutant le muʿtazilisme en 851-852. Ibn al-Rawandī devient lui-même à cette époque proche des chiites, puis se rapproche des manichéens, des juifs et peut-être aussi des chrétiens ; mais ce qu'on retient le plus de lui c'est son athéisme.

Selon le poète sceptique al-Maʿarrī, Ibn al-Rawandī se serait adressé ainsi à Dieu :

« Tu donnes à l'homme les moyens de vivre comme le ferait un vieux pingre. Un homme eut-il fait un tel partage, nous lui aurions assurément dit: "Tu nous as escroqué". »

BiographieModifier

Sa date de naissance, de décès ainsi que le lieu de sa naissance sont pour le moins discutés (naissance entre 820 et 830, décès entre 864 et 910, naissance à Ispahan ou dans le Khorassan[4]). Abū al-Husayn Aḥmad ibn Yaḥyâ ibn Isḥâq al-Rawandī serait né à Merv-rudh dans le Grand Khorasan, actuellement situé dans le Nord-Ouest en Afghanistan, en 815[5]. Selon l'Égyptien Abd al-Rahman Badawi, Ibn al-Rawandī est né à Bassorah du temps du calife Al-Ma’mūn[6]. Il rejoint l'école muʿtazilite dont il devient un membre important. Puis il s'en éloigne pour se rapprocher des chiites et de courants non-musulmans (manichéens, juifs et peut-être chrétiens). Il devient un disciple d'Abū ʿIsā al-Warrāq et critique les religions révélées. Il quitte Bagdad pour échapper à la persécution et meurt en 860 ou en 912[7].

Kitāb al-Zummurrud/Livre de l'émeraudeModifier

Son ouvrage passé à la postérité reste « Kitāb al-zoummourroud »[8], critique des prophéties en général et du pouvoir verbal du Coran. Le livre est ainsi nommé à cause du prétendu pouvoir aveuglant qu'aurait le minéral sur les serpents. Ibn al-Rawandī juge que le Coran, possédant des contradictions, « loin d'être inimitable, est une œuvre littéraire de qualité inférieure, car il n'est ni clair, ni compréhensible, ne possède aucune valeur pratique et n'est certainement pas un livre révélé[9]. »

À la suite de son maître al-Warrāq, il critique systématiquement les rites qu'il juge irrationnels, entre autres la Qibla (direction vers la Mecque) pour les prières, le pèlerinage et son cérémonial, la Kaʿba (le temple cubique et sa Pierre noire), les interdits alimentaires. Il met aussi en doute les miracles attribués à Mahomet, souvent basés sur un seul témoignage.

« Il est évident pour nous, comme pour nos adversaires, que la raison est le bien le plus précieux que Dieu a légué à la créature et qu'il est l'instrument par lequel l'homme connaît son Seigneur et ses bienfaits et qui valide les commandements et les interdits, les attraits et les menaces (...). Si le Prophète vient pour confirmer ce que la raison connaît comme bon ou mauvais, licite ou illicite, alors nous considérons sa mission comme nulle et ses preuves inutiles, car la raison nous suffit pour le savoir. Si sa mission contredit les conclusions de la raison, nous rejetons alors le prophète (...). Ce qui est inadmissible dans la prophétie, c'est qu'elle te force à suivre un être humain en tout point semblable à toi, ayant comme toi une âme et une raison, qui mange ce que tu manges et boit ce que tu bois (...). Elle fait de toi un objet dont il use à son gré, un animal à son ordre ou un esclave à son service. Qu'a-t-il [le Prophète] de plus que toi, quel mérite a-t-il sur toi et quelle est, enfin, la preuve de la véracité de son message[10] ? »

Par la suite, il rejette toute autorité scripturale ou d'une religion révélée dans ses livres "K al-Damigh" contre le Coran et "ʿAbath al-Hikma" (Futilité du savoir (divin)).

RéférencesModifier

  1. Al-Zandaqa Wal Zanadiqa, by Mohammad Abd-El Hamid Al-Hamad, First edition 1999, Dar Al-Taliaa Al-Jadida, Syria (arabe)
  2. Préface de N.S. Nyberg au « Kitāb al-intisār » (Livre du triomphe et de la réfutation d'Ibn al-Rawandī, l'hérétique), traduction d'Albert Nasri Nader, Beyrouth, 1997
  3. Dominique Urvoy, Les Penseurs libres dans l'Islam classique, Paris, Albin Michel, 1996.
  4. La Gloire des athées, Anthologie de 100 textes rationalistes et antireligieux, de l'Antiquité à nos jours, Édition 2006, Les Nuits Rouges, France, page 87
  5. Medieval Islamic Civilization By Josef W. Meri, Jere L. Bacharach, (anglais)
  6. Min Tārīkh Al-Ilhād fi al-Islām, De l'histoire de l'athéisme en Islam par Abd al-Rahman Badawi pages: 87-206, Deuxième édition 1991, Sinaa Lil Nasher Égypte (arabe)
  7. [1] Medieval Islamic Civilization, Josef W. Meri, Jere L Bacharach
  8. [2], (anglais)
  9. Pourquoi je ne suis pas musulman, Ibn al-Warraq, L'Âge d'Homme, 2001
  10. Islam et Hérésie, L'Harmattan, 1997

Voir aussiModifier

Article connexeModifier

Liens externesModifier