Huei tlamahuiçoltica

œuvre réligieuse, écrit en nahuatl, publié à Mexico en 1649 relatant les apparitions de ND de Guadalupe

Huei Tlamahuizoltica
Image illustrative de l’article Huei tlamahuiçoltica
Première page de la Huei tlamahuiçoltica, qui contient plusieurs ouvrages dont le Nican mopohua.

Auteur Antonio Valeriano / Luis Lasso de la Vega
Pays Mexique
Genre récit
Version originale
Langue Nahuatl
Titre Huei tlamahuiçoltica omonexiti in ilhuicac tlatocaçihuapilli Santa Maria totlaçonantzin Guadalupe in nican huei altepenahuac Mexico itocayocan Tepeyacac
Éditeur Luis Lasso de la Vega
Date de parution 1649

Le Huei tlamahuiçoltica est le nom d’une publication en nahuatl de 36 pages, publié à Mexico (Mexique) en 1649 par Luis Lasso de la Vega, vicaire de la chapelle Notre-Dame de Guadalupe à Tepeyac, située au nord de la ville de Mexico. Il est généralement connu sous le titre abrégé « Huei Tlamahuiçoltica » (« Le grand événement »). Si, dans la préface, Luis Lasso de la Vega a revendiqué la qualité d'auteur de l'ensemble du travail, les érudits et historiens nahuatl du Mexique s'accordent à accepter la paternité d'Antonio Valeriano pour le Nican mopohua[1],[2],[3].

La publication est écrite presque entièrement en nahuatl et comprend le Nican mopohua, qui relate les apparitions de Notre-Dame de Guadalupe à Tepeyac en 1531. Il comprend également le Nican Motecpana, qui énumère les miracles attribués par certains à D. Fernando de Alva Cortés Ixtlilxochitl[4].

Les éléments relatées dans l'édition de 1649 ont été publiés pour la première fois dans le livre imprimé en espagnol Imagen de la Virgen María, Madre de Dios de Guadalupe (« Image de la Vierge Marie, mère de Dieu de Guadalupe »), écrit par Miguel Sánchez (es) en 1648[5], et contenant un mémoire théologique associant l'image de la Vierge de Guadalupe au passage biblique de l'Apocalypse 12,1[6],[7].

L'ouvrageModifier

Le titre complet de l’œuvre est : « Huei tlamahuiçoltica omonexiti in ilhuicac tlatocaçihuapilli Santa Maria totlaçonantzin Guadalupe in nican huei altepenahuac Mexico itocayocan Tepeyacac » ou (nah) ˈwei t͡ɬamawisoɬˈtika omoneˈʃiti in ilˈwikak t͡ɬatokasiˈwapilːi ˈsanta maˈɾia tot͡ɬasoˈnant͡sin ɡwadaˈlupe in ˈnikan wei aɬtepeˈnawak meˈʃiko itokaˈjokan tepeˈjakak, ce qui signifie « Par un grand miracle est apparue la reine céleste, Sainte Marie, notre précieuse mère de Guadalupe, ici près du grand altepetl de Mexico, à un endroit appelé Tepeyac ».

Le nom d'usage de cette publication reprend les premiers mots de ce titre « Huei tlamahuiçoltica », soit « Le grand événement » ou « Le grand miracle ».

Il peut sembler surprenant que les religieux espagnols aient réalisé une publication au Mexique dans une langue indigène (le nahuatl), mais les évangélisateurs espagnols ont contribué à la diffusion de cette langue local comme « véhicule de la doctrine chrétienne », car la tentative de généralisation de la langue castillane par la monarchie espagnole avait rencontrée un faible succès parmi les populations indigènes[8].

CompositionModifier

Préface

La première section de l'ouvrage, la préface, est intitulée dans nahuatl « Noble Reine du Ciel, toujours vierge, Mère de Dieu ». Dans cette lettre, l'auteur s'adresse directement à la Vierge Marie. Après l'introduction de quatre à cinq lignes, il explique pourquoi il a choisi le nahuatl pour publier l'histoire des apparitions, il dit :

  • « Vous avez vous-même parlé en nahuatl à un pauvre Indien et vous vous êtes peinte de son ayate, montrant ainsi que vous n'êtes pas contrariée par de nombreuses langues ».
  • « Que les Indiens de ce pays se souviennent et gardent dans leur langue tout ce que vous avez fait pour eux et comment cela s'est passé ».
  • « Le Christ sur la croix avait sa phrase en trois langues ».
  • « Vous étiez avec les apôtres à la Pentecôte pour recevoir le Saint-Esprit » (une référence au miracle des Juifs de la diaspora comprenant chacun dans sa propre langue les apôtres après la Pentecôte (Actes des apôtres 2,1-6)[9].

La préface se termine par une courte prière en deux lignes plaidant l'intercession de la Vierge pour l'assistance de l'Esprit-Saint dans l'écriture en nahuatl.

Nican Mopohua
 
Première page du Nican mopohua.

La seconde partie, le Nican mopohua (« Voici raconté ») constitue le récit en nahuatl des apparitions, y compris l’apparition de la Vierge à l’oncle de Juan Diego : Juan Bernardino. Il est probable que le manuscrit nahuatl utilisé par Lasso était celui d'Antonio Valeriano. La plupart des autorités scientifiques s'accordent sur ce point et sur la date de sa rédaction, à savoir 1556[6],[1],[10].

Ce manuscrit en Nahuatl est également connu sous le nom de la « relation primitive » des apparitions, une copie manuscrite ancienne est archivée à la bibliothèque nationale du Mexique[11].

Description de l'image

La troisième section est une description de l'image de la Vierge de Guadalupe telle qu'elle a été exposée dans la chapelle de Tepeyac à l'époque de Laso de la Vega (XVIIe siècle).

Nican motecpana

La quatrième section, intitulée Nican motecpana (soit : « Voici un récit ordonné »). Il relate les quatorze miracles attribués à l'image de la Vierge qui est restée gravée sur le tilma de Juan Diego après l'apparition.

Biographie de Juan Diego

La cinquième section est une biographie post-apparition de Juan Diego, détaillant sa vie pieuse, son dévouement à la Vierge et à son image (restée sur la tilma).

Nican Tlantica

La sixième section, intitulée Nican Tlantica (soit : « Ici finit »), est une histoire générale de la Vierge en Nouvelle-Espagne et une exhortation à sa dévotion.

Dernière prière

La septième section est une autre prière, celle-ci suit la structure du Salve Regina.

Publication et auteurModifier

La responsabilité de la composition et de la paternité de la Huei Tlamahuiçoltica est attribuée par de nombreux érudits et historiens nahuatl contemporains à Luis Lasso de la Vega, vicaire de la chapelle de Tepeyac[12]. Il est possible que Laso de la Vega ait eu des collaborateurs dans la composition de l’œuvre, mais les preuves matérielles sont insuffisantes pour démontrer si une ou plusieurs mains ont participé à la construction du texte en langue nahuatl[13].

Le travail a été initialement publié sous les auspices du docteur Pedro de Barrientos Lomelín, vicaire général du diocèse mexicain, sur la presse de Juan Ruiz en 1649.

Si, dans la préface de l'ouvrage, Luis Lasso de la Vega a revendiqué la qualité d'auteur de l'ensemble du travail, les érudits et historiens nahuatl du Mexique s'accordent à accepter la paternité d'Antonio Valeriano pour le Nican motecpana. Le débat sur la paternité du Nican motecpana a démarré très tôt : en 1666, Lic. Luis Becerra Tanco (1603-1672), prêtre séculier, affirma (dans une déposition pour les enquêtes de Francisco de Siles, chargée de compiler une documentation de la continuité du culte populaire de la Vierge, depuis son apparition) que le récit nahuatl était basé sur une tradition orale ancienne. Becerra Tanco utilisa cet argument dans sa publication « Felicidad de México » (Le bonheur du Mexique) en 1675, pour affirmer que le texte de Luis Lasso de la Vega devait être basé sur des documents créés à l'aide de collaborations entre la faculté franciscaine du collège de Santa Cruz de Tlatelolco (es) et leurs élèves peu après l’apparition ; ces documents étant ensuite supposés avoir été collectés par Fernando de Alva Cortés Ixtlilxochitl. Luis Becerra a même prétendu avoir vu dans ces papiers « un livre manuscrit écrit dans les lettres de notre alphabet, dans la main d’un Indien, dans lequel étaient décrites quatre apparitions de la Très Sainte Vierge à l'Indien Juan Diego et à son oncle Juan Bernardino »[réf. nécessaire].

Parmi les autres érudits qui ont contesté la paternité de Laso de la Vega, on peut citer Francisco de Florencia, un chroniqueur jésuite, qui a supposé que le « manuscrit indien » mentionné par Becerra Tanco avait été écrit par Gerónimo de Mendieta (mort en 1605), un missionnaire et un historien franciscain du début de la Nouvelle-Espagne et Carlos de Sigüenza y Góngora, censeur de Florencia, qui, en guise de correction de sa charge, jura qu'il « avait trouvé ce récit parmi les journaux de Fernando de Alva. [...] L'original en mexicain [nahuatl] est une lettre de don Antonio Valeriano, un Indien, qui en est le véritable auteur ». Selon le témoignage sous serment de D. Carlos de Sigüenza y Góngora, la première édition est tirée de la calligraphie d'Antonio Valeriano, son auteur. Une copie manuscrite partielle du Nican mopohua et datée de 1556, comprenant 16 pages est conservée à la bibliothèque publique de New York depuis 1880[3].

Études et critiquesModifier

Aujourd'hui, la plupart des érudits et historiens nahuatl du Mexique s'accordent pour dire « qu'il est probable que le manuscrit en nahuatl utilisé par Luis Lasso de la Vega [(le Nican Motecpana)] était bien celui d’Antonio Valeriano, et que ce premier récit a été rédigé en 1556 »[1],[2],[3]. Ainsi l'historien Edmundo O'Gorman (1906-1995) pense qu’Antonio Valeriano avait écrit le Nican mopohua en 1556[2], et l’historien León-Portilla accepte lui aussi cette hypothèse[3].

Cependant, il existe toujours une « querelle philologique et historique autour d'une possible transmission orale du récit d'apparition jusqu'à sa transcription tardive au milieu du XVIIe siècle »[14]. Certains spécialistes contemporains soutiennent que Becerra Tanco, Florencia, et Sigüenza y Góngora ont tenté d'authentifier les événements du récit en définissant son auteur comme une personne originaire du Mexique et antérieur au milieu du XVIIe siècle.

SourcesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c (en) Burrus S. J. et Ernest J., The Oldest Copy of the Nican Mopohua : Cara Studies in Popular Devotion, Washington, Center for Applied Research in the Apostolate (Georgetown University), coll. « Guadalupan Studies », (OCLC 9593292).
  2. a b et c (es) Edmundo O'Gorman, Luz en el origen de la imagen y culto de Nuestra Señora de Guadalupe en el Tepeyac, Mexico, Universidad Nacional Autónoma de México, , 310 p. (ISBN 978-968-837-870-0).
  3. a b c et d (es) Miguel León-Portilla, Tonantzin Guadalupe : pensamiento náhuatl y mensaje cristiano en el "Nican mopohua", Mexico, El Colegio Nacional: Fondo de Cultura Económica, , 202 p. (ISBN 968-16-6209-1).
  4. (en) Stafford Poole, Our Lady of Guadalupe : The Origins and Sources of a Mexican National Symbol, 1531-1797, Tucson, University of Arizona Press, , 304 p. (ISBN 978-0-8165-3704-4), p. 168.
  5. (es) Miguel Sánchez, Imagen de la Virgen María, Madre de Dios de Guadalupe, Mexico, , 106 p. (lire en ligne).
  6. a et b (es) Miguel León-Portilla et Antonio Valeriano, Tonantzin Guadalupe : pensamiento náhuatl y mensaje cristiano en el "Nicān mopōhua", Mexico, Colegio Nacional: Fondo de Cultura Económico, , 202 p. (ISBN 978-968-16-6209-7).
  7. (es) Ernesto de la Torre Villar et Ramiro Navarro de Anda, Testimonios históricos guadalupanos, Mexico, Fondo de Cultura Económico, (OCLC 11142386).
  8. Jacques Lafaye, Quetzalcóatl et Guadalupe : la formation de la conscience nationale au Mexique (1531-1813), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », , 481 p. (ASIN B00BV8NIY0, lire en ligne), p. 31.
  9. Bien que la présence de « Marie, la mère de Jésus » ne soit pas explicitement mentionnée dans Ac 2,1-6, Ac 1,14 stipule que « [Les Apôtres] se sont unis de manière constante dans la prière, aux côtés des femmes et de Marie, mère de Jésus et avec ses frères ».
  10. (es) O'Gorman, Edmundo, Destierro de sombras : luz en el origen de la imagen y culto de Nuestra Señora de Guadalupe del Tepeyac, Mexico, Universidad Nacional Autónoma de México, , 306 p. (ISBN 978-968-837-870-0, lire en ligne).
  11. Poole 1995, p. 40,43.
  12. (en) Lisa Sousa, Stafford Poole et James Lockhart, The Story of Guadalupe : Luis Laso de la Vega's Huei Tlamahuicoltica of 1649, Stanford University Press, , 160 p. (ISBN 978-0-8047-3482-0, OCLC 39455844), p. 42-47.
  13. Sousa, Poole et Lockhart 1998, p. 46-47.
  14. Joachim Bouflet et Philippe Boutry, Un signe dans le ciel : Les apparitions de la Vierge, Paris, Grasset, , 475 p. (ISBN 978-2-246-52051-1), p. 48-49.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

 
Puiblication de 1649 consultable sur WikiCommons.

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Burrus S. J. et Ernest J., The Oldest Copy of the Nican Mopohua : Cara Studies in Popular Devotion, Washington, Center for Applied Research in the Apostolate (Georgetown University), coll. « Guadalupan Studies », (OCLC 9593292).
  • (en) Lisa Sousa, Stafford Poole et James Lockhart, The Story of Guadalupe : Luis Laso De LA Vega's Huei Tlamahuicoltica of 1649, Stanford University Press, , 160 p. (ISBN 978-0-8047-3482-0, OCLC 39455844).