Hong Sang-soo

réalisateur coréen
Hong Sang-soo
Description de cette image, également commentée ci-après
Hong Sang-soo à la Berlinale 2022.
Naissance (62 ans)
Séoul, Corée du Sud
Nationalité Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud
Profession réalisateur, scénariste
Films notables Turning Gate
In Another Country
Un jour avec, un jour sans
Seule sur la plage la nuit
La Romancière, le Film et le Heureux Hasard
Signature de la personnalité

Hong Sang-soo
Hangeul 홍상수
Romanisation révisée Hong Sangsu
McCune-Reischauer Hong Sangsu

Hong Sang-soo (en coréen : 홍상수) est un réalisateur et scénariste sud-coréen, né le à Séoul.

Au Festival du film de Locarno, il reçoit en 2013 le Léopard d'argent pour son film Sunhi, et en 2015 il reçoit le Léopard d'or pour son film Un jour avec, un jour sans.

BiographieModifier

Hong Sang-soo découvre le cinéma avec les films hollywoodiens à la télévision. En 1982, après avoir étudié la mise en scène à l'université de Chungang, à Séoul, il part étudier aux États-Unis au College of Arts and Crafts de Californie et à l'Art Institute de Chicago[1],[2].

De retour en Corée du Sud, il travaille comme réalisateur pour la télévision avant de se lancer au cinéma[réf. souhaitée].

Il tourne en 1996 son premier film, Le Jour où le cochon est tombé dans le puits qui connaît immédiatement un certain succès critique et public. Il reçoit ainsi des récompenses au Dragon Blue Coréen, à l’Asia-Pacific Film Festival, et aux festivals de Rotterdam et de Vancouver. Le film dépeint avec des performances improvisées et peu de dialogues, une relation amoureuse moderne.

Il réalise ensuite Le Pouvoir de la province de Kangwon un conte sur la désillusion. C'est son premier film présenté à Cannes, dans la section Un certain regard. Il devient ensuite un habitué du festival : jusqu'en 2017, neuf de ses films sont sélectionnés[3].

En 2000, Hong Sang-soo revient avec le film au titre provocateur La Vierge mise à nu par ses prétendants. Celui-ci, tourné en noir et blanc suit un triangle amoureux vu par les trois personnages. Si le titre est emprunté à Marcel Duchamp, Hong Sang-soo dit ne pas être inspiré par l'artiste et n'avoir choisi le titre que parce qu'il correspond à l'histoire filmée[1].

Fort de sa réputation, Hong Sang-soo dispose de moyens plus confortables pour son quatrième opus, Turning Gate, coproduit par Marin Karmitz et interprété par trois stars locales[Lesquelles ?]. Dans cette comédie mélancolique, son plus important succès commercial, notamment auprès du public de Corée, le réalisateur affine son style tout en restant fidèle à sa thématique. Dans la continuité, les éléments caractéristiques de son cinéma se retrouvent dans La femme est l'avenir de l'homme, en compétition au festival de Cannes en 2004[4].

Il sort en 2005 Conte de cinéma, lui aussi présenté à Cannes, ce qui conforte ainsi le statut du réalisateur sur le plan international.

Depuis 2008, il enseigne à l'université de Konkuk à Séoul où il anime un atelier consacré au scénario et un autre consacré à la mise en scène. Auparavant, il a enseigné à l'université nationale des arts de Corée de 1995 à 2001[5].

En 2009, il présente Les Femmes de mes amis, toujours à Cannes mais à la Quinzaine des réalisateurs : après Night and Day, il poursuit dans ce film l'emploi de la vidéo haute-définition[6]. Avec Ha ha ha (2010), il retrouve un certain succès auprès du public coréen avec 56 000 entrées[7], le film lui permettant également de remporter le Prix Un certain regard à Cannes. Son film Matins calmes à Séoul est présenté l'année suivante dans cette même sélection Un certain regard [8] : sorti en 2012 en France, il enregistre 12 500 entrées[9].

Il poursuit l'allègement de ses dispositifs avec Oki's Movie (2010), réalisé sans aucun financement et tourné en partie dans son bureau à l'université de Konkuk à Séoul[5]. En 2011, le film sera présenté en avant-première dans le cadre de la rétrospective que consacre la Cinémathèque française[10] au cinéaste.

En 2012, son film In Another Country, avec l'actrice française Isabelle Huppert, est sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes. Le film sort en France en octobre et aux États-Unis en novembre. Il rassemble 70 000 spectateurs dans les salles françaises[11],[12].

 
De gauche à droite : Jean-François Rauger, Hong Sang-soo et Kim Min-hee lors de l'avant-première privée de La Romancière, le Film et le Heureux Hasard à la Cinémathèque française, le .

Après des passages à la Berlinale en 2008 avec Night and Day et en avec Haewon et les hommes [13], il devient ensuite un habitué de ce festival, où il remporte plusieurs prix. En , Seule sur la plage la nuit permet à l'actrice principale Kim Min-hee de remporter l'Ours d'argent de la meilleure actrice. Pour la Berlinale 2020, La Femme qui s'est enfuie vaut à Hong Sang-soo l'Ours d'argent de la meilleure réalisation tandis qu'en 2021, Introduction, est lauréat de l'Ours d'argent du meilleur scénario. En 2022, son film La Romancière, le film et le heureux hasard y remporte le Grand prix du jury.

En 2023, la Cinémathèque française organise pour la seconde fois une rétrospective intégrale de son œuvre[14], en sa présence et de celle de l'une de ses actrices fétiches,

Vie privéeModifier

Il se marie en 1985[2]. Il demande le divorce fin 2016 à la suite d'une liaison avec l'actrice principale de ses deux derniers films à ce moment, Kim Min-hee[15].

Analyse de l'œuvreModifier

 
Hong Sang-soo en 2017.

L'ensemble de l'œuvre de Hong Sang-soo témoigne d'une grande continuité dans l'esprit qui anime chaque film, phénomène renforcé par la rapidité avec laquelle il les enchaine. Une caractéristique commune tient au choix de ne pas verrouiller le sens des scènes ou la place des personnages, mais à laisser beaucoup de liberté au déroulement des situations, et donc aussi aux spectateurs. Ainsi aime-t-il dire, comme il l'a indiqué à Jean-Michel Frodon lors d'un entretien pour Le Monde, qu'il aime à chercher la réalité entre les interstices[16].

Beaucoup de ses films racontent une histoire d'amour malheureuse[17].

Certains de ses films mettent en scène le milieu du cinéma, en référence plus ou moins directe à sa propre situation. Par exemple, Matins calmes à Séoul montre les errances d'un jeune cinéaste talentueux qui a arrêté de tourner des films. Dans Oki's Movie, Hong Sang-soo montre les amours de deux étudiants en cinéma et d'un professeur de cinéma[18]. Hong Sang-soo explique qu'il préfère filmer un milieu qu'il connaît, et affirme qu'il se sentirait moins à l'aise en filmant un autre milieu[1].

L'ivresse, comme échappatoire au réel et vecteur de révélations, est une des caractéristiques principales du cinéma d'Hong Sang-soo[19]. Il est connu pour avoir eu longtemps son penchant prononcé pour l'alcool que l'on retrouve dans de nombreux films[2].

Jeu avec le tempsModifier

Hong Sang-soo aime raconter les histoires simultanées vécues par les différents protagonistes de ses films ou les points de vue de différents personnages sur la même histoire[1]. Il lui arrive également fréquemment de composer des films en plusieurs épisodes, selon des enchainements qui entretiennent de rapports variables avec la chronologie.

InfluencesModifier

Il est influencé par des cinéastes comme Yasujirō Ozu, Robert Bresson, Éric Rohmer, Luis Buñuel, Jean Vigo, Friedrich Wilhelm Murnau mais aussi des peintres comme Paul Cézanne[1],[7], ou des écrivains comme André Gide[20]. Il se dit notamment très marqué par Journal d'un curé de campagne de Robert Bresson[2].

Le critique coréen Huh Moon-yung voit aussi une parenté avec le cinéaste coréen Lee Man-hee. La mère de Hong Sang-soo a produit certains films de ce cinéaste et Hong Sang-soo s'est rendu sur certains de ses tournages étant enfant[7].

Méthode de travailModifier

Hong Sang-soo travaille généralement sans scénario bien établi et à partir de notes qu'il rédige en partie pendant le tournage et distribue à l'équipe chaque matin. Il écrit les dialogues en fonction de la personnalité des acteurs[21]. Pour le chef opérateur Park Hong-yeol, le fait que les techniciens et les acteurs ne connaissent pas l'issue du film les force à une concentration extrême sur le tournage qui permet de donner aux films de Hong Sang-soo leur intensité[7],[22].

Il privilégie les tournages légers. Par exemple, sur Oki's Movie, il n'y avait que quatre techniciens[7].

Pour lui, certains comédiens, comme Yu Jun-sang, acceptent de ne pas être payés[7].

FilmographieModifier

RétrospectivesModifier

DistinctionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Vincent Ostria, « Hong Sang-Soo - Nouveaux fragments d'un discours amoureux », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. a b c et d Hong Sang-Soo, « Mes dates clés », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. « Sangsoo HONG - Festival de Cannes 2017 », sur Festival de Cannes 2017 (consulté le ).
  4. « La femme est l'avenir de l'homme », sur Festival de Cannes (consulté le ).
  5. a et b Vincent Malausa, « À l'ombre du campus », Cahiers du cinéma, no 682,‎ , p. 14.
  6. (en) Jean Noh, « Hong Sang-soo starts shooting low-budget HD film », sur screendaily.com, (consulté le )
  7. a b c d e et f Park Hong-yeol, Yu Jun-sang et Huh Moon-yung, « Une méthode Hong Sang-soo ? », Cahiers du cinéma, no 682,‎ , p. 16-18.
  8. Jean-François Rauger, « The Day He Arrives. Matins calmes à Séoul : l'héritier d'Éric Rohmer est coréen », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. « Matins calmes à Séoul », sur jpbox-office.com (consulté le ).
  10. Jean-François Rauger, « Hong Sang-soo - Du 14 au 28 mars 2011 », sur cinematheque.fr (consulté le )
  11. « In Another Country », sur jpbox-office.com (consulté le ).
  12. Jean-Marc Lalanne, « Festival de Cannes 2012: la sélection officielle », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  13. Serge Kaganski, « Berlinale 2013 : les films en compétition », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne).
  14. https://www.cinematheque.fr/cycle/hong-sang-soo-retro-1013.html
  15. (en) « Trial to Decide Movie Director Hong Sang-soo's Divorce », The Chosun Ilbo,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  16. Jean-Michel Frodon, « Chercher la réalité « entre les interstices » », sur Sabzian.be
  17. a et b Jacques Mandelbaum, « Hong Sang-soo, athlète de la nonchalance », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  18. a et b (en) Richard Brody, « Hong Sang-soo Spring », The New Yorker,‎ (lire en ligne)
  19. a et b Florian Guignandon, « L’aquarium de Hong Sang-soo », Critikat,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. This Evening Class - HONG SANG-SOO BLOGATHON—Virgin Stripped Bare By Her Bachelors Q&A At Pacific Film Archives, 22 mars 2007 : "In his 20s he was particularly fond of Andre Gide and read him nearly every day" http://theeveningclass.blogspot.fr/2007/03/hong-sang-soo-blogathon-virgin-stripped.html
  21. Jean-Sébastien Chauvin, « Il suffit de peu pour voir la vie sous un angle joyeux : Entretien avec Hong Sang-soo », Cahiers du cinéma, no 682,‎ , p. 28-29.
  22. Isabelle Huppert, « En terre étrangère », Cahiers du cinéma, no 682,‎ , p. 30-35.
  23. Année de sortie en Corée du Sud.
  24. « FIDMarseille - Festival international de cinéma - International film festival », sur www.fidmarseille.org (consulté le )
  25. « Cannes : le film coréen «Ha Ha Ha» reçoit le prix Un Certain Regard », (consulté le )
  26. « Un film espagnol remporte le Léopard d'or du Festival de Locarno », Le Point,‎ (lire en ligne)
  27. « Corée, Israël, Japon : les échappées belles du palmarès de Locarno », Télérama,‎ (lire en ligne)
  28. « San Sebastian consacre les cinémas de l’Extrême-Orient et du monde hispanique » Le Blog d'Ecran Noir », sur ecrannoir.fr (consulté le )
  29. « FIDMarseille - Festival international de cinéma - International film festival », sur www.fidmarseille.org (consulté le )
  30. « Interdit de quitter l’Iran, le dissident Mohammad Rasoulof primé à la 70e Berlinale », sur Le Monde, (consulté le )
  31. « Le trio gagnant de la Berlinale 2021 : une comédie roumaine, une merveille japonaise et un doc allemand », sur Télérama, (consulté le )
  32. « Hong Sang-soo remporte le grand prix du jury de la Berlinale », sur Agence de presse Yonhap, (consulté le )

Voir aussiModifier

  • Lucky Chan-sil, film semi-autobiographique de l'ancienne productrice de Hong Sang-soo qui raconte l'histoire d'une productrice soudainement au chômage après la mort du réalisateur avec qui elle travaillait depuis plusieurs années.

BibliographieModifier

OuvragesModifier

  • (en) HUH Moonyung, HONG Sangsoo, Seoul Selection, coll. « Korean Film Directors », , 154 p. (ISBN 9781624120015)
  • Simon Daniellou, « L’Origine du monde fictionnel de Hong Sang-soo », dans Pierre-Henry Frangne, Antony Fiant et Gilles Mouëllic (dir.), Les œuvres d'art dans le cinéma de fiction, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 320 p. (ISBN 9782753532618), p. 149-162
  • Les variations Hong Sang-Soo. Vol. 1, De l'Incidence éditeur, , 256 p. (ISBN 978-2-918193-40-1)
  • Les variations Hong Sang-Soo. Vol. 2, De l'Incidence éditeur, , 301 p. (ISBN 978-2-918-193-59-3)

ArticlesModifier

  • Claire Denis, « La sainte victoire de Hong Sang-soo », Cahiers du cinéma, no 597,‎ , p. 37
  • Adrien Gombeaud, « Boire et séduire : Vertiges d’alcool et de séduction chez Hong Sangsoo », Double jeu, no 4,‎ , p. 73-82 (lire en ligne)
  • (en) Marco Grosoli, « Moral tales from Corea : Hong Sang-Soo and Éric Rohmer », Acta Univ. Sapientae, film and media studies, no 3,‎ , p. 95-108 (lire en ligne, consulté le )
  • Dossier « Hong Sang-soo, balade à Séoul » dans Cahiers du cinéma, no 682,

Travaux universitairesModifier

  • Romain Lefebvre, Hong Sang-soo, un cinéma de la croyance : continuités, discontinuités, conflits d’images et mutation des personnages [Thèse de doctorat en Études cinématographiques, sous la direction de Dork Zabunyan], Saint-Denis, Paris 8, École doctorale Esthétique, sciences et technologie des arts, 24 novembre 2017 (soutenance), 658 p. (lire en ligne)

RadioModifier

Article connexeModifier

Liens externesModifier

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