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Homo heidelbergensis

espèce de mammifères

Homo heidelbergensis (prononciation /omo ajdəlbɛʁɡɛnsis/) est une espèce éteinte du genre Homo, qui aurait vécu en Europe au Pléistocène moyen, entre environ 700 000 et 300 000 ans avant le présent.

L'holotype d'Homo heidelbergensis est la mandibule de Mauer, découverte en 1907 dans une sablière près de Heidelberg, en Allemagne. Elle fut décrite en 1908 par Otto Schoetensack[1]. Plusieurs fossiles ou ensembles de fossiles attribués à Homo heidelbergensis ont été découverts depuis 1907 dans différents pays d'Europe.

MorphologieModifier

Si on le compare à Homo antecessor, qui l'aurait précédé en Europe, Homo heidelbergensis présente les caractéristiques suivantes :

  • un cerveau plus volumineux (de 1 000 à 1 300 cm3), et plus large vers les tempes au lieu de l'être à la base ;
  • un front plus élevé ;
  • une silhouette plus élancée ;
  • des arcades sourcilières moins fortes ;
  • une mâchoire moins allongée (mais plus robuste que chez le futur Homo sapiens) ;
  • des dents plus petites.

La taille des individus pouvait atteindre environ 1,70 m pour les hommes et 1,60 m pour les femmes.

Position phylogénétiqueModifier

AscendanceModifier

Homo heidelbergensis, attesté en Europe à partir d'environ 610 000 ans avant le présent, voire 700 000 ans en y incluant l'Homme de Petralona (Grèce), pourrait descendre soit d'Homo antecessor, dont les fossiles trouvés en Espagne ont été datés d'environ 860 000 ans, soit d'une forme africaine encore non identifiée, qui serait passée en Europe au début du Pléistocène moyen et aurait remplacé les formes locales.

DescendanceModifier

Eu égard aux ressemblances morphologiques entre les Homo heidelbergensis et les Néandertaliens, Jean-Jacques Hublin estime que le premier a probablement évolué il y a environ 450 000 ans pour donner progressivement naissance aux Néandertaliens[2].

Les analyses génétiques menées de 2013 à 2016 par l'équipe de Svante Pääbo, à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig (Allemagne), sur des spécimens de la Sima de los Huesos, à Atapuerca, d'abord sur le génome mitochondrial puis sur le génome nucléaire[3], ont confirmé l'étroite parenté entre l'Homme de Néandertal et l'Homme de Denisova. Homo heidelbergensis pourrait alors être l'ancêtre commun à ces deux taxons.

Arbre phylogénétiqueModifier

Phylogénie des espèces récentes du genre Homo, d'après Strait, Grine & Fleagle (2015)[4], et Meyer, Pääbo & al. (2016)[5] :

 Homo  

 Homo antecessor †   






 Homo heidelbergensis




 Homo denisovensis



 Homo neanderthalensis †   






 Homo rhodesiensis



 Homo sapiens    






Culture et mode de vieModifier

L'industrie lithique acheuléenne apparait pour la première fois en Europe vers 760 000 ans avant le présent, sur le site du Bois-de-Riquet, dans l'Hérault (France). Jean-Jacques Hublin rapproche cette apparition de l'âge des premiers Homo heidelbergensis identifiés en Europe. Il en tire l'idée que ce dernier aurait pu introduire en Europe la culture acheuléenne, alors répandue seulement en Afrique et en Asie. Dans cette hypothèse, Homo antecessor n'aurait pas laissé de descendance en Europe.

Homo heidelbergensis se nourrissait notamment de viande acquise par la chasse. Il était apparemment capable de venir à bout du gros gibier, par exemple les chevaux (à Schöningen) et le rhinocéros (à Boxgrove). Il fabriquait avec soin des épieux qui atteignaient jusqu'à 2,50 m de long ainsi que des outils en silex. En outre, il serait le premier humain à avoir utilisé des lances à pointes en pierre taillée[6]. Certains fragments osseux étaient aussi utilisés comme outils de percussion (retouchoirs) pour la fabrication des outils en silex[7].

Les marques de découpe visibles sur les ossements d'animaux découverts dans les sites qu'il a occupés indiquent qu'il les raclait pour en retirer la viande. Les archéologues ont aussi découvert des traces de mutilation et de calcination sur des os d'Homo heidelbergensis, ce qui pourrait indiquer la pratique du cannibalisme.

Le développement de ses capacités techniques a fait supposer à certains chercheurs qu'Homo heidelbergensis possédait déjà une forme de langage intermédiaire, sur la voie menant au langage pleinement développé d'Homo sapiens.

Principaux fossilesModifier

  • Homme de Boxgrove, en Angleterre :
    • Découverte : 1994
    • Description : par Mark Roberts
    • Fossiles : un tibia et deux dents
    • Datation : environ 500 000 ans

Néandertaliens anciensModifier

Quatre sites ou fossiles européens ont été attribués ou réattribués aux Néandertaliens, alors que leur ancienneté les avaient initialement fait rapprocher d'Homo heidelbergensis :

  • Homme de Swanscombe, en Angleterre :
    • Découverte : 1935 par Alvan T. Marston
    • Fossiles : 2 crânes partiels
    • Capacité crânienne estimée :
    • Datation : environ 400 000 ans
  • Sima de los Huesos, dans la Sierra d'Atapuerca, près de Burgos (Espagne) :
    • Découverte : 1976 par Trinidad de Torres
    • Fossiles : Miguelon (crâne 5), plusieurs crânes et des ossements représentant une trentaine d'individus
    • Capacité crânienne estimée : de 1 100 à 1 350 cm3
    • Datation : 430 000 ans

Notes et référencesModifier

  1. (en) Günther A. Wagner, Matthias Krbetschek, Detlev Degering, Jean-Jacques Bahain, Qingfeng Shao, Christophe Falguères, Pierre Voinchet, Jean-Michel Dolo, Tristan Garcia et G. Philip Rightmire, « Radiometric dating of the type-site for Homo heidelbergensis at Mauer, Germany », PNAS, vol. 107, no 46,‎ , p. 19726–19730 (PMID 21041630, PMCID 2993404, DOI 10.1073/pnas.1012722107)
  2. Hublin, J.-J. (2007) - « Origine et évolution des Néandertaliens », in : Les Néandertaliens, biologie et cultures, Bernard Vandermeersch et Maureille, B., (Éds.), Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Documents préhistoriques 23, pp. 95-107
  3. « A mitochondrial genome sequence of a hominin from Sima de los Huesos », par Svante Pääbo et al., Nature, 505, 403–406, doi:10.1038/nature12788
  4. (en) David Strait, Frederick Grine et John Fleagle, Analyzing Hominin Phylogeny : Cladistic Approach, in Winfried Henke & Ian Tattersall, Handbook of Paleoanthropology, p. 1989-2014, (ISBN 9783642399787, lire en ligne)
  5. (en) Matthias Meyer, Svante Pääbo et al., « Nuclear DNA sequences from the Middle Pleistocene Sima de los Huesos hominins », Nature, 7595e série, vol. 531,‎ , p. 504-507 (DOI 10.1038/nature17405, lire en ligne)
  6. Wilkins, J., Schoville, B.J., Brown, K.S. et Chazan, M. (2012) - « Evidence for early hafted hunting technology », Science, vol. 338, pp. 942-946. résumé
  7. Langlois, A. (2004) - Au sujet du Cheval de La Micoque (Dordogne) et des comportements humains de subsistance au Pléistocène moyen dans le Nord-Est de l’Aquitaine, Université de Bordeaux 1, Thèse de doctorat, 383 p.
  8. C. Farizy, Bernard Vandermeersch, « Vértesszőlős, Hongrie », in Dictionnaire de la Préhistoire, Paris, Presses Universitaires de France, 1988

Voir aussiModifier