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L'histoire du Pernambouc, région du nord-est du Brésil, qui fut appelée aussi au XVIe siècle « Fernambouc », est marquée par la croissance de son industrie sucrière, la première de la côte portugaise du Brésil, entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle. Le Pernambouc est aussi appelé capitainerie du Pernambouc.

Cette croissance a encore été accélérée à partir de 1630 par la prise de la colonie par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, peu après la Bataille de la baie de Matanzas qui voit en 1628 les Hollandais s'emparer d'une valeur de 11 millions de florins en or et argent espagnol. La richesse des maîtres hollandais et portugais se lit dans l'architecture des villes de la colonie.

Le règne portugaisModifier

Le 22 avril 1500, les Portugais découvrirent une côte inconnue qu'ils nommèrent Vraie Croix puis Sainte Croix sans pouvoir décider s'il s'agissait d'une terre ferme ou d'une île, au beau milieu d'un archipel de climat tropical composé de 21 îles, et rochers de nature volcanique. C'est l'une des premières capitaineries portugaises, appelée alors Nova Luzitania.

Selon la lettre de Donation octroyée par Jean III le 10 mars 1534, le capitaine donataire de la capitainerie de Pernambouc, l'une des quinze premières capitaineries du Brésil portugais, fut Duarte Coelho Pereira, fidalgo qui brilla dans les campagnes portugaises en Indes. La capitainerie s'étendait entre le rio São Francisco et le rio Igaraçu.

L'expansion du sucre se fait surtout dans les années 1620. Le Brésil portugais compte 60 sucreries en 1575, appelées aussi engenho (dont 23 à Pernambouc et 18 à Bahia), puis 130 sucreries en 1585 (dont 65 à Pernambouc et 45 à Bahia) et même 436 sucreries en 1629, dont 150 à Pernambouc 80 à Bahia et 60 à Rio de Janeiro, soit les deux tiers sur ces trois sites.

La traite négrière prit de l'ampleur au même moment, les registres de Pernambouc attestant que pendant les années 1620, 1621, 1622 et 1623 on transporta d'Angola au Pernambouc 15.430 esclaves noirs. Plusieurs milliers d'entre eux, des marrons, après s'être échappés des plantations portugaises, installèrent des établissements secrets dans la forêt tropicale, à Palmares, à trente lieues d'Olinda, Os Palmares, à Angola Janga ou Nova Angola, aux alentours de la montagne Barriga, un territoire autonome d'esclaves libres où vivaient aussi des Indiens, des métis et de nombreux blancs, soldats déserteurs ou paysans sans terre.

Un siècle plus tard, sur le littoral, une Guerre des Mascates opposa de 1710 à 1712 les propriétaires d'engenho, ayant des dettes vis-à-vis des commerçants à cause de la chute du prix international du sucre, à ces commerçants, les propriétaires d'engenho refusant l'autonomie de Recife voulue par les commerçants.

Le court intermède de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentalesModifier

En Europe, les prix du sucre sont tirés par une forte demande. La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales décide en 1630 de réinvestir au Brésil, principale colonie sucrière au monde, les 11 millions de retirés de la Bataille de la baie de Matanzas contre les galions espagnols en 1628. Le Brésil est alors espagnol aussi et l'Espagne est la principale ennemie de la Hollande, son ex-suzeraine, depuis la Guerre de Trente Ans (1618-1648). Priver l'Espagne du sucre brésilien, c'est l'affaiblir.

En janvier 1630, une flotte de 67 navires hollandais cingle vers la côte brésilienne et les Néerlandais enlèvent au Portugais la région de Pernambuco, en prenant progressivement les villes de Recife, après avoir conquis une à une les îles du delta et y avoir construit des forts[1] puis Natal et Salvador de Bahia Brésil, afin de s'assurer la plus grande partie de la production sucrière du Brésil portugais.

Il faut cependant cinq ans aux Hollandais pour achever la conquête, au prix de la destruction d'une large partie des moulins à sucre par les Hollandais, dont un bon tiers se replient dans le sud[2], selon le constat du chef de l'armée hollandaise, le polonais Christophe Arciszewski[3]. En 1636, les Hollandais décident de mettre en place leur propre système de traite négrière, une partie des planteurs portugais acceptant de coopérer avec eux. Ce trafic était jusque-là interdit en Hollande, mais vient d'être légalisé par la Barbade, aux Antilles, avec le Décret de 1636 sur l'esclavage à vie, tandis que la Compagnie des îles d'Amérique, créé en 1635 à Martinique et la Guadeloupe voit dès 1638 Charles Liènard de l'Olive demander à pouvoir aller chercher des noirs « à la côte d’Angole ».

Recife devient la capitale de la colonie sous le nom de Mauritsstaad, fondée par le gouverneur, depuis 1635, Jean-Maurice de Nassau-Siegen. Ce dernier bâtit un palais superbe, réunit une sorte de parlement qui fédérait les protestants et juifs hollandais ainsi que les catholiques portugais, stimula la production de sucre et conclut en 1641 avec les Portugais un traité qui ne dura pas, car il fut obligé de quitter la colonie.

En 1644, Nassau-Siegen démissionna pour protester contre l'exploitation menée par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Peu après son départ, les colons soutenus par le Portugal, redevenu indépendant de l'Espagne en 1640, se rebellèrent et entrainèrent la fuite d'une partie des sucriers hollandais vers la Barbade anglaise. Les juifs luso-hollandais qui avaient fondé la Synagogue Kahal Zur Israel partent pour la Nouvelle-Amsterdam. Dès 1637, Pieter Blower introduisit la canne à sucre du Brésil à la Barbade et fut suivi par de nombreux compatriotes dans les années 1640.

L'armistice ne fut signé qu'en 1641 entre la Hollande et le Portugal, qui venait de secouer le joug de l'Espagne. Mais les habitants du Maragnan (actuel Maranhão) se soulèvent dès 1642, et tous les Brésiliens en font autant en 1645, année où Fernandès Vieira gagna deux batailles importantes[4].

Entre 1636, les esclaves revendus par des bateaux hollandais sur le marché brésilien étaient tous vendus à crédit mais à partir de 1644 et 1645, la proportion d'esclaves vendus passe à respectivement 78 % et 100 %, reflet de l'appréhension des Portugais, qui sentent que le Brésil risque de leur échapper[5] très prochainement[6].

En 1654, au bout de dix années de luttes, les Pays-Bas capitulèrent puis renoncèrent officiellement à leurs revendications territoriales sur le Brésil à partir de 1661. L'émigration hollandaise se dirige alors vers les Antilles françaises. Malgré une courte gouvernance, l'influence de Nassau et son administration a laissé des traces en termes d'urbanisme, de culture, et d'architecture.

Les communautés de marrons reconnues très tôt avant l'indépendance du BrésilModifier

Les esclaves qui s'étaient échappés pendant le règne portugais dans la forêt de Palmares ont obtenu une reconnaissance très tôt grâce à leur nombre important. Ils forment la colonie des Quilombo, dans la forêt tropicale. L'accord de paix signé en 1678 entre Ganga Zumba, leader des Quilombo de Palmares, la communauté d'esclaves en fuite la plus importante et la plus durable de l'histoire de l'esclavage au Brésil, et les autorités coloniales du Pernambouc, donna naissance au hameau de Cucaù[7].

Ganga Zumba sera cependant battu en 1680 par Zumbi Dos Palmares, l'autre chef des Quilombo de Palmares, qui avait pour sa part défendu d'option de continuer à combattre les Portugais dans l'espoir de libérer les esclaves noirs restant à l'intérieur des plantations de sucre de la zone côtière[8]. Cette résistance, qui sera étudiée par les sociologues comme constitutive de l'identité brésilienne moderne[9], se poursuivra jusqu'au XIXe siècle et contribuera à accélérer le mouvement vers l'indépendance du Brésil[10], au moment où les empires coloniaux espagnols et portugais se disloquent, tandis que ceux de la France et de l'Angleterre s'étendent. L'esclavage restera cependant autorisé très tard au Brésil.

En 1817, à l'occasion de la révolution républicaine du Pernambouc, ou Révolution Pernambucana, un mouvement séparatiste particulièrement puissant, le gouvernement provisoire a nommé le capitaine José de Barros Falcão de Lacerd à la tête de la colonie portugaise. Ce mouvement précède de cinq ans l'Indépendance du Brésil proclamée le 7 septembre 1822. À la promulgation de la constitution de 1891 le Pernambouc devint l'État du Pernambouc.

RéférencesModifier

Lien externeModifier

Voir aussiModifier

Manuel de Oliveira Lima, Pernambuco seu desenvolvimento histórico, Leipzig : F.A. Brockhaus. 1895, 327 p. sur Manioc.org

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Van den Boogaart and Emmer. The Dutch Participation in the Atlantic Slave Trade. 1596-1650