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Le château de Chambord, qui fut le premier monument visité dans le Loir-et-Cher avant d'être détrôné par le ZooParc de Beauval en 2014.

Le département de Loir-et-Cher est issu de la Révolution qui crée les départements en 1790. Formé à partir de l'ancien comté de Blois, du duché de Vendôme, et d'autres petits territoires détachés de plus grandes entités, celui de Loir-et-Cher est artificiel, sans unité géographique ni historique. Mais Blois, désignée comme préfecture, retrouve le rôle qu'elle avait perdu depuis le départ de la cour royale à la fin du XVIe siècle.

Sommaire

Préhistoire et époque gallo-romaineModifier

 
Dolmen, à Landes-le-Gaulois.

L'homme, dont on a retrouvé des outils de silex très archaïques[1],[Note 1], s'installe en vallée du Loir (Saint-Hilaire-la-Gravelle) 1,1 million d'années av. J.-C. La période néolithique est riche de témoignages monumentaux, à travers dolmens et mégalithes (La Chapelle-Vendômoise, Tripleville, Landes-le-Gaulois), une structure funéraire sous forme de sépulture à Villerable (à proximité de Vendôme)[3], ainsi que des matériaux céramiques exhumés à Le Château-Gabillon (site de Contres)[4]. La première mention écrite concernant le département se trouve vraisemblablement dans la Guerre des Gaules, où est décrite la résistance à César de la population de Noviodunum, Neung-sur-Beuvron. Sous la domination romaine s'épanouissent de nombreux domaines agricoles, aussi bien en Beauce qu'en Sologne, tandis que se développent des bâtiments civiques, forum, thermes, théâtre, temple, ou un édifice dont la vocation n'a pas été identifiée, les Mazelles à Thésée.

Haut Moyen ÂgeModifier

 
L'église de Selles-sur-Cher.

La christianisation se manifeste par l'installation de saints ermites, dont le souvenir reste vivace dans les églises du département : saint Eusice à Selles-sur-Cher, qui conserve quelques colonnes mérovingiennes de marbre, saint Dyé où seule la « confession » subsiste d'une basilique construite au IXe siècle. À l'époque carolingienne s'implantent de puissants établissements ecclésiastiques, qui contribuent pleinement au développement agricole de la région (moulins sur la Cisse).

Luttes seigneurialesModifier

Le pouvoir civil des seigneurs de Blois et Vendôme ne cesse parallèlement de croître, source de conflits importants pour la domination sur le Vendômois ou la possession de la Touraine. En témoignent les forteresses construites sur la vallée du Loir (Fréteval, Lavardin). Mais, aux XIIe et XIIIe siècles, au moment où la puissance de certaines familles féodales s'amenuise, la lutte se poursuit entre leurs suzerains, roi d'Angleterre ou de France. Parallèlement, les villes prennent leur essor, obtiennent des chartes de franchise (Blois) et se fortifient (Marchenoir, Mondoubleau).

Au XIVe siècle, le Vendômois et le Blésois entrent dans la famille royale, et la guerre de Cent Ans voit les églises et les monastères se fortifier. Le duc d'Orléans Charles, frère du roi Charles V, de retour de captivité, fait de Blois sa résidence, attirant autour de lui artistes et poètes. Par contre-coup, Blois devient une capitale administrative au service de laquelle certaines familles blésoises commencent leur ascension sociale.

Le Val de Loire, séjour des roisModifier

 
L'aile François Ier du château de Blois.

L'accession au trône de Louis XII, duc d'Orléans, comte de Blois, installe la cour durablement en Val de Loire : la ville s'embellit d'hôtels aux décors nouveaux (le plus bel exemple qui en subsiste, malgré les remaniements, est l'hôtel d'Alluye), les demeures de plaisance s'élèvent dans les campagnes (Bury, Beauregard, Fougères). Le château de Blois lui-même devient la vitrine de la nouveauté architecturale et décorative, tandis que Chambord, dont le plan initial s'inspire de Léonard de Vinci (qui avait aussi projeté une demeure somptueuse à Romorantin), est le fruit de réflexions et d'expérimentations constantes de François Ier. Mais les luttes religieuses, véritables guerres civiles qui ensanglantent le royaume à partir du milieu du XVIe siècle, mettent fin à cet « âge d'or » : la collégiale Saint-Georges de Vendôme est profanée en 1562-1563, Blois saccagée en 1568. Pour tenter d'apaiser ces conflits, des états généraux sont réunis à Blois, ville royale, en 1576 et 1588. C'est lors de cette seconde réunion que le duc de Guise est exécuté par Henri III.

L'assoupissement de l'époque classiqueModifier

L'intérêt que Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, porte à son duché de Blois permet au Blésois de maintenir une certaine prospérité : les grands commis de l'État continuent à construire en Val de Loire (Cheverny, Selles-sur-Cher). À Blois surtout, Gaston décide, en 1635, de l'agrandissement du château : c'est la construction de l'aile « Mansart ». Les tanneries vendômoises conservent une certaine activité, mais Blois est surtout réputée pour ses horlogers. La Contre-Réforme se manifeste dans la fondation de nombreux établissements religieux, Oratoriens à Vendôme, couvent des Visitandines (Archives départementales puis Hôtel du département) et collège des Jésuites à Blois ; surtout, le diocèse de Blois est créé en 1697 à partir de celui d'Orléans et Chartres, pour tenter de convertir les communautés protestantes de la région, pourtant déjà bien affaiblies par la Révocation de l'Édit de Nantes.

Au XVIIIe siècle, Blois somnole alors que certains châteaux, toujours propriété de grands seigneurs, sont arrangés à la mode du temps, le plus bel exemple en restant Menars où la marquise de Pompadour fait élever par Gabriel deux ailes nouvelles et où le marquis de Marigny, son frère, aménage ensuite de superbes jardins.

Le XIXe siècleModifier

 
Le Château de la Villette, centre de l'ancienne chocolaterie Poulain, à Blois.

De 1791 à 1793, les 6 districts (Blois, Vendôme, Romorantin, Mondoubleau, Mer et Saint-Aignan) du département de Loir-et-Cher fournirent 4 bataillons de volontaires nationaux.

C'est un département pauvre qui est créé en 1790. L'assainissement et le développement de la Sologne par les grands propriétaires terriens à partir de 1830 permet de gagner des terres agricoles, l'amélioration des rendements en Beauce, permettent un enrichissement du département.

Le département profite également de la Révolution industrielle. À Romorantin, où l'on travaille la laine depuis le Moyen Âge, l'usine de draps Normant construit sa puissance au début du Le XIXe siècle. Après les échecs de plusieurs fabriques familiales, les frères Normant créent leur propre maison en 1815 : la manufacture Normant frères. Sous la conduite d'Antoine Normant, fils aîné, ils édifient alors une fabrique moderne, équipée de mécaniques et de nombreuses machines à vapeur. Leur maison, qui vient rapidement à bout de toute la concurrence locale, se hisse parmi les principaux établissements textiles du pays. Elle représente le principal foyer ouvrier du département, employant plus de 2 000 personnes vers 1849[5]. À Blois, c'est le fabricant de chocolat Auguste Poulain, d'abord petit artisan établi en 1848, qui bâtit une usine bouleversant le paysage urbain, comme le font aussi les usines de chaussures Rousset. Le chemin de fer arrive à Blois en 1846, marquant la mort de la navigation sur la Loire.

C'est aussi la redécouverte de l'architecture Renaissance et les premières grandes restaurations du château de Blois, sous l'impulsion de Félix Duban. La région devient une destination privilégiée pour la chasse. C'est une nouvelle époque de construction de châteaux « à la manière de ».

Les combats de 1870Modifier

 
Monument aux morts de la guerre de 1870, à Blois.

Le Loir-et-Cher fut le théâtre d’affrontements de la guerre franco-prussienne de 1870, dans la vallée du Loir notamment, ou à Chambord, que commémorent la colonne sur le Beuvron à Cellettes ou le monument au 75e mobile à Blois.

Le XXe siècleModifier

La Première Guerre mondiale touche le Loir-et-Cher dès août 1914 : le 113e régiment d'infanterie, cantonné à la caserne Maurice de Saxe à Blois est anéanti à la bataille de Signeulx (Belgique). Comme ailleurs, les femmes prennent le relais dans les travaux agricoles. La proximité du front et le bon réseau ferroviaire expliquent l'installation, dès 1915, d'infirmeries militaires, en Vendômois d'abord, puis celle de la première base américaine en France, implantée à Gièvres.

Deux hommes politiques marquants du XXe siècle sont originaires du département : Camille Chautemps, député puis sénateur de Loir-et-Cher, plusieurs fois ministre dans l'entre-deux-guerres, et Joseph Paul-Boncour, député, ministre, qui refuse les pleins pouvoirs à Pétain en 1940 et signe pour la France la charte des Nations unies en 1945.

Entre le 29 janvier 1939 et le 8 février, plus de 3 100 réfugiés espagnols fuyant l'effondrement de la république espagnole devant Franco, arrivent dans le Loir-et-Cher. Les haras de Selles-sur-Cher sont utilisés, les syndicats ouvrent trois de leurs centres de vacances. Mais cela ne suffit pas, et devant l'insuffisance des structures d'accueil, 47 communes sont mises à contribution[6]. Les réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants, sont soumis à une quarantaine stricte, vaccinés, le courrier est limité, le ravitaillement, s'il est peu varié et cuisiné à la française, est cependant assuré[7]. Au printemps et à l'été, les réfugiés sont regroupés à Bois-Brûlé (commune de Boisseau)[8]. Malgré les facilités offertes à ceux qui veulent rentrer en Espagne (et les incitations), ils sont encore 665 en août, à la veille de la déclaration de guerre[9].

Article détaillé : Retirada.

Le second conflit mondial n'épargne pas le Loir-et-Cher : Blois et Vendôme, sévèrement bombardées, voient disparaître des quartiers entiers témoins de leur riche histoire. Et sur la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux-Espagne, à Montoire a lieu la rencontre entre Adolf Hitler et le maréchal Pétain, signe visible de la défaite française et de la collaboration.

 
Jack Lang, maire de Blois de 1989 à 2000.

La ligne de démarcation passe sur le Cher, l'extrême sud du département se trouve donc en zone libre. La résistance s'organise et de nombreux réseaux participent à la libération du département à l'été 1944.

En 1951, Pierre Sudreau est nommé préfet du département. Il est le plus jeune préfet de France à l'époque, et devient plus tard député puis maire de Blois.

Tout en restant rural, le Loir-et-Cher s'industrialise peu à peu : en 1963, le nucléaire s'installe à la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, tandis que le tourisme devient peu à peu un facteur économique, avec la création à Chambord, en 1951, du premier spectacle son et lumière.

En 1986, Jack Lang devient député, puis maire de Blois trois ans plus tard. Il anime la vie politique locale pendant 15 ans avant d'être sèchement battu aux élections municipales de 2001. Il abandonne alors le département.

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Des archéologues, à la fin du XIXe siècle, ont ainsi mis en évidence des polissoirs au sein des terres du Loir-et-Cher[2].

RéférencesModifier

  1. Pour une histoire de la préhistoire : le Paléolithique, Editions Jérôme Millon, , 603 p. (lire en ligne), pages 230 et 231.
  2. J. de Saint-Venant, « Inventaire des polissoirs préhistoriques de Loir-et-Cher. », Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. tome 1, no 5,‎ , pages 162 à 164 (DOI 10.3406/bspf.1904.11269, lire en ligne, consulté le 8 octobre 2016).
  3. G. Barrier, « Une sépulture néolithique à Villerable, près de Vendôme (Loir-et-Cher). », Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. tome 24, no 3,‎ , pages 85-89 (DOI 10.3406/bspf.1927.6059, lire en ligne).
  4. Jean-Marc Pierrat, « La céramique du site néolithique de Contres : “ Le Château-Gabillon ” (Loir-et-Cher) au sein de la culture de Chambon », Revue archéologique du Centre de la France, vol. Tome 49,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2016).
  5. Laurent LEROY, juin 2008 : Une entreprise et des hommes : aspects de l’histoire sociale de la manufacture de draps Normant à Romorantin (vers 1800-1969). Mémoire de Master de recherche en histoire contemporaine, sous la direction de Monsieur Marc DE FERRIERE LE VAYER, Tours, 286 pages ill.
  6. Jeanine Sodigné-Loustau, « L'accueil des réfugiés civils espagnols de 1936 à 1940. Un exemple : la région Centre », Matériaux pour l'histoire de notre temps. 1996, no 44. p. 43.
  7. Jeanine Sodigné-Loustau, op. cit., p. 43-44.
  8. Jeanine Sodigné-Loustau, op. cit., p. 46.
  9. Jeanine Sodigné-Loustau, op. cit., p. 47.

Liens externesModifier

  • La manufacture Normant : une aventure industrielle unique en Sologne. Site consacré à l'histoire de la manufacture textile de Romorantin aux XIXe & XXe siècles.