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Cet article décrit l'histoire de la métaphysique depuis les origines de la philosophie jusqu'au XXe siècle..

AntiquitéModifier

Origines de la métaphysiqueModifier

Article détaillé : Origine de la philosophie.

Il est difficile de séparer les origines de la métaphysique des origines de la philosophie en général. La philosophie, telle qu'elle apparait au VIe siècle av. J.-C., se fait d'abord spéculation abstraite. Elle se concentre plus particulièrement sur le problème du principe de toute chose. Toute la philosophie présocratique peut même être qualifiée de recherche et d'études des principes.

Parménide (fin du VIe siècle - milieu du Ve siècle av. J.-C.)Modifier

C'est dans l'école éléatique, située à Élée dans l'actuelle Italie du sud, que se trouvait le fondateur de la science de l'être en tant qu'être (ontologie, terme forgé au XVIIe siècle à partir du mot grec ontos) : Parménide. La science de l'être en tant qu'être est l'ancêtre et le point commun de la métaphysique occidentale moderne.

Parmi les philosophes présocratiques, Parménide est celui qui pose la question de l'être avec le plus de force.

Parménide n'esquiva aucun des problèmes relatifs à une véritable pensée de l'être (ontos), puisque, d'une part, il identifia être et pensée, et, d'autre part, il interdit la pensée vraie d'autre chose que ce qui est, avec les conséquences logiques que cela comporte :

La première voie de recherche dit que l'être est et qu'il n'est pas possible qu'il ne soit pas. C'est le chemin de la certitude, car elle accompagne la vérité. L'autre c'est que l'être n'est pas et que le non-être est. Cette voie est un sentier étroit où l'on ne peut rien apprendre.

Parménide opposa l'être, voie d'accès à la vérité, et la doxa, l'opinion confuse. Le concept de doxa a été repris par certains philosophes modernes.

Parménide nous est connu par son traité De la nature. Il vint à Athènes vers l'âge de 65 ans et connut Socrate. L'étude de l'être fut intégrée par la suite dans la philosophie d'Aristote, sous une forme plus générale de substance (cf ci-dessous).

L'apport de Parménide fut déterminant sur la pensée occidentale moderne, sur le plan de la méthode.

PlatonModifier

Article détaillé : Théorie des Idées.

Le deuxième grand moment dans l'évolution de la métaphysique occidentale est sans doute la métaphysique platonicienne et plus précisément la célèbre théorie des Idées.

Aristote et la substanceModifier

Article détaillé : Substance (Aristote).

La question fondamentale de l'être, qui nous fut transmise par Aristote, est celle des principes et des causes (au sens philosophique) de l'être. Il réduit à la question de la seule ousia (catégorie de la substance) : ce problème se trouve donc pour lui au fondement de la recherche physique, c'est-à-dire qu'il relève aussi de l'étude de la nature.

Aristote s'efforce de distinguer les différents sens du mot être, pour éviter les pièges logiques de la pensée parménidienne. Ces analyses préfigurent la pensée analytique et les tentatives de dépasser la métaphysique antique et médiévale par l'analyse du langage.

Aristote résume l'ensemble des questions portant sur la nature et sur l'être à la question : qu'est-ce que la substance (ousia) ? (Métaphysique, livre Z). On ne peut parler de ce qui est, dans quelque ordre que ce soit, sans savoir ce qu'est la substance, qui reçoit des prédicats suivant des relations nécessaires ou accidentelles. Ces relations fondent la possibilité de la connaissance, la science étudiant les relations nécessaires. Le problème est alors de savoir ce qu'est la substance simpliciter, c'est-à-dire ce qu'elle est en tant qu'elle est, en elle-même. En ce sens, la métaphysique d'Aristote, qui aura une grande influence au Moyen Âge, n'est pas absolument différente de la philosophie de l'être de Platon.

Dans l'ensemble de son histoire, la pensée philosophique grecque a tenté d'élaborer des réponses rationnelles et satisfaisantes au regard des critères démontrés ou supposés du discours (logos) et de la raison. L'être est ainsi l'une des catégories fondamentales de la pensée antique.

Période hellenistique : les StoïciensModifier

Pendant la période hellénistique, la métaphysique affronte les objections décisives du scepticisme et de la Nouvelle Académie ; ce sont les Stoïciens (Épictète) qui seront les défenseurs les plus remarquables de la substance, élaborant une conception logique de la réalité qui sera redécouverte seulement au début du XXe siècle (voyez Bertrand Russell par exemple).

La lutte entre métaphysique et scepticisme structure une grande partie de l'histoire de la philosophie, et c'est pour surmonter cette tension que Kant élaborera sa philosophie critique.

Période médiévaleModifier

Intégration dans les civilisations islamique, juive et chrétienneModifier

Cette pensée grecque de la réalité, qui fait parfois de l'être, ou même de l'au-delà de l'être, le fondement divin du monde, s'est trouvée intégrée par étapes successives dans les références intellectuelles des civilisations islamiques, juives et chrétiennes. Elle transforma considérablement les fondements intellectuels strictement théologiques et issus des différentes Révélations concernées, et structura le socle culturel et philosophique de l'occident.

On en dresse ci-dessous les principales étapes.

Transmission de la pensée d'Aristote à la civilisation islamiqueModifier

Ce fut d'abord la civilisation islamique qui intégra la pensée d'Aristote, ainsi que celle de Platon, au VIIIe siècle, dans le centre intellectuel de Bagdad, favorisant le développement des sciences que nous connaissons sous l'expression « âge d'or de la civilisation arabo-musulmane ». Voir Kalâm.

L'empire byzantin avait aussi reçu cet héritage. Du fait des dissensions entre occident et orient, dans le haut Moyen Âge, on ne connaissait que Platon, et pas encore Aristote. La pensée d'Aristote ne commença à parvenir en occident qu'au Xe siècle, via les échanges avec les Arabo-musulmans.

Début de l'intégration de la pensée d'Aristote en OccidentModifier

Le moine Gerbert d'Aurillac, devenu pape sous le nom de Sylvestre II, introduisit des éléments de la pensée d'Aristote, un peu avant l'An mil, dans les écoles urbaines d'occident.

Puis, au XIIe siècle, les œuvres d'Aristote furent traduites directement du grec au latin par Jacques de Venise, ainsi que par Gérard de Crémone en Espagne (de l'arabe) et Henri Aristippe en Sicile (du grec), puis par Albert le Grand et Guillaume de Moerbeke, proche de Thomas d’Aquin. Elles furent diffusées en occident par le réseau des écoles urbaines, provoquant ce qui fut appelé la redécouverte d'Aristote. C'est à Jacques de Venise que l'on doit les premières traductions du grec au latin de la Métaphysique, qui étaient encore incomplètes (livre I à livre IV, 4, 1007a31)[1].

Cette époque correspond aussi à l'apogée de la lecture des Saintes Écritures selon les quatre sens de la tradition judaïque repris au IIIe siècle par Origène.

Intégration dans les universités, Albert le Grand, Thomas d'AquinModifier

Albert le Grand joua un rôle très important en introduisant dans les universités d'Europe, alors en création, les sciences grecque et arabo-musulmane.

Ce fut Thomas d'Aquin qui, au XIIIe siècle, entreprit une réconciliation complète entre l'œuvre d'Aristote et le christianisme. On reprit la dénomination : métaphysique (meta ta physika, après la physique).

La philosophie première est pour Thomas d'Aquin une connaissance rationnelle et naturelle, qui précède chronologiquement la théologie, connaissance surnaturelle qui dépasse la raison sans la contredire.

Thomas distinguait l'être et l'essence : Dieu est, de par sa propre essence, mais la créature a l'être.

L'encyclique Fides et Ratio (foi et raison) rappelle dans les grandes lignes ce processus de réconciliation entre le christianisme et la pensée d'Aristote.

La pensée métaphysique et la pensée théologique se sont ainsi trouvées indissociablement liées durant toute la période scolastique, et formaient le fondement de l'enseignement dans les universités. Ces enseignements étaient même les plus prestigieux (l'épisteme), par rapport aux enseignements scientifiques (la techne).

L'influence théologique s'est développée au moins jusqu'à Hegel et Schopenhauer, et fut violemment dénoncée par Friedrich Nietzsche.

Duns ScotModifier

Période moderneModifier

XVIe siècleModifier

La philosophie en France pendant la Renaissance est un domaine qui reste à défricher. Emmanuel Faye a consacré un ouvrage à ce sujet[2]. Ces études permettent de mieux comprendre les évolutions ultérieures de la métaphysique.

Le XVIe siècle ne voit pas de changement marquant dans la métaphysique : les enseignements de cette discipline restent globalement ceux de la scolastique. Charles de Bovelles par exemple a écrit des traités métaphysiques, dont la méthode se révèle concise et structurée. Il fut censuré pour avoir simplement écrit dans un poème que « la science passe avant la prière »[3].

Le théologien Pierre Charron commence cependant à se démarquer de la métaphysique[4]. Descartes s'inspirera de sa méthode du doute pour la rédaction du Discours de la méthode.

XVIIe siècleModifier

Une nouvelle représentation du monde

Au XVIIe siècle, une crise commença à s'installer dans le champ de la métaphysique, dont la raison était due principalement au changement de représentation du monde induit par la découverte de l'héliocentrisme.

Ces conceptions remettaient en cause bon nombre d'idées reçues. En effet, dans un des livres de la philosophie première d'Aristote, on considérait que la Terre était fixe et que le Soleil tournait autour de la Terre. Cette théorie reprenait la thèse géocentrique de Ptolémée.

Plus grave, les nouvelles théories remettaient en cause quelques passages de la Bible (par exemple, une ligne du psaume 92 (93) était rédigée à cette époque dans un sens géocentrique : "Tu as fixé la terre immobile"...)[5].

À cette époque, le père Marin Mersenne, qui était au centre d'une correspondance entre les plus grands esprits philosophiques et scientifiques, publia en 1623 Questions sur la Genèse, qui était davantage une diatribe contre ses contemporains et une attaque contre la Kabbale chrétienne, qu'un véritable traité, comme l'a montré Robert Lenoble.

De telles considérations sur la lecture des passages cosmologiques de l'Ancien Testament remettaient en cause toute la science scolastique fondée sur Aristote, par exemple la correspondance entre la théorie de la cause efficiente d'Aristote avec son corollaire le mouvement, et les concepts naissants de la dynamique : vitesse et accélération.

Ces ambiguïtés sémantiques pourraient apparaître anodines aujourd'hui, mais, au XVIIe siècle, elles sapèrent en réalité les fondements de la métaphysique scolastique, la discipline la plus prestigieuse enseignée dans les universités, très liées à l'Église à cette époque. Elle discrédita les théologiens, remit en cause les textes fondamentaux eux-mêmes (la Bible), conduisant les intellectuels au scepticisme vis-à-vis de la religion, et à l'accusation d'obscurantisme et de superstition.

Descartes et le cogito

Dans le discours de la méthode (1637), premier ouvrage philosophique écrit en français, Descartes décrivit le doute comme méthode afin de revoir ses connaissances et d'acquérir une certitude scientifique.

Dans les méditations métaphysiques (1641), écrites pour un public plus averti, donc en latin, il alla beaucoup plus loin : il introduisit un doute, que l'on peut qualifier d'hyperbolique : les causes premières devinrent, pour Descartes, un principe premier appuyé sur le fait de penser, le fameux cogito ergo sum. Le cogito était déjà décrit dans le discours de la méthode mais les implications métaphysiques du cogito n'apparaissent vraiment que dans les méditations métaphysiques. En fait, cette conception philosophique considérait que les connaissances douteuses sont fausses, et doivent donc être rejetées pour aboutir à une certitude. La psychanalyse moderne donne de cette conception une nouvelle vision : l'individu est dans la position d'un sujet qui étudie un objet (philosophie), et non dans une relation de sujet à sujet.

Dans les Principes de la philosophie (1644), Descartes considérait que la connaissance est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, et les branches les autres sciences (mécanique, médecine et morale). Il bouleversa de la sorte la classification des connaissances définie par la scolastique.

Les méditations métaphysiques étaient donc plus une critique de la position scolastique, qu'une véritable révision de la métaphysique. De nombreux philosophes matérialistes du XIXe siècle ont amplifié cette critique, sous une forme ou une autre, écartant la métaphysique et la notion même de cause première, donc la substance issue d'Aristote.

On commença à voir s'affronter les conceptions mécanistes, et les conceptions finalistes, qui, dans l'esprit de la philosophie d'Aristote, n'avaient que pour objet de fournir une méthode philosophique en vue d'une orientation éthique de l'existence.

Spinoza

Spinoza partagea certaines positions de Descartes. Il insistait toutefois davantage sur la perception et l'intuition dans le processus de connaissance.

Il fit une analyse critique de la Bible, et considéra qu'elle n'apportait pas une connaissance métaphysique suffisante. On a vu en effet que, par exemple, l'ancienne formulation du psaume 92 (93) n'était pas conforme aux théories héliocentriques.

Dans ses pensées métaphysiques, Spinoza introduisit une conception de la métaphysique qui différait sensiblement de la conception scolastique, introduisant une séparation entre la foi et le savoir de son époque. Les Pensées Métaphysiques conservaient néanmoins la division classique entre métaphysique générale et métaphysique spéciale :

La première partie du traité traite de la métaphysique générale, i.e. de l'être en tant qu'être :

  • il distingue des types d'être : réel, de fiction, et de raison ;
  • il distingue l'être de l'essence, de l'existence, de l'idée ;
  • il traite des modalités de l'être : nécessaire, impossible, possible et contingent ;
  • enfin, il traite de la durée, du temps, de l'un, du vrai, du bien, etc.

La deuxième partie traite de la partie spéciale de la métaphysique :

  • Dieu, en tant qu'ens summum : éternité, unicité, immutabilité, simplicité, etc. De l'entendement et de la volonté de Dieu ;
  • de la création et de l'esprit humain.

Leibniz

La philosophie de Leibniz est nettement métaphysique comme le montre son analyse de la substance

XVIIIe siècleModifier

Prise d'autonomie de la Raison

L'histoire de la philosophie occidentale, de Descartes à Kant, est principalement l'histoire d'une prise d'autonomie de la raison, puis d'une critique des possibilités de cette même raison : à l'âge classique, Descartes chercha à fonder un système de pensée sur un principe premier, le cogito, qui, dans son esprit, remplaçait la cause première (la substance). Le sens de l'être tendit alors à dépendre essentiellement d'une conception individuelle de Dieu, et la notion de substance devint caduque.

On a vu que Spinoza conserva pour l'essentiel les concepts d'Aristote. Il était plus nuancé que Descartes sur certains aspects de la connaissance : intuition, perception.

Christian Wolf et l'ontologie

Dans la métaphysique de Christian Wolf (Philosophia prima sive Ontologia (1729)), l'ontologie est définie comme une sous-partie de la métaphysique, la partie la plus générale par opposition aux trois disciplines de la « métaphysique spéciale », la théologie (Dieu), la psychologie (l'Âme) et la cosmologie (le Monde).

A un moment où les différentes sciences devenaient éparses, Wolf eut le mérite d'établir un système de classification cohérent des sciences, qui eut beaucoup d'influence dans le mouvement d'Aufklärung allemand. Kant fut formé à cette école.

Les prétentions de Wolf à établir des preuves de Dieu par la déduction rationnelle furent mal accueillies par certains de ses contemporains : elles rangent Wolf parmi les dogmatiques aux yeux de Kant.

Voltaire et le déisme

Sous l'effet du développement des sciences, les représentations sociales évoluèrent. Les progrès de la science laissaient penser que le monde était gouverné selon une loi universelle. Dieu fut comparé à un grand horloger gouvernant le monde. On parla d'un Être suprême.

Voltaire fut l'un des propagateurs de la notion d'Être suprême, que l'on trouve dans le déisme. Cette conception fut reprise par certains révolutionnaires (Robespierre) et évolua jusqu'à devenir un véritable culte pendant les phases les plus radicales de la Révolution française.

Kant et la critique de la raison

C'est à une telle conception de la raison que Emmanuel Kant voulut s'opposer.

Dans la Critique de la raison pure, en effet, Emmanuel Kant voulut démontrer que la métaphysique ne pouvait plus revendiquer le statut de science à part entière, car elle procédait indépendamment de l'expérience et par des concepts philosophiques qui perdaient de leur sens. Pour Kant, la métaphysique devenait donc une science "analytique", car on ne parvenait plus à en définir et à en exposer les concepts fondamentaux, et elle ne parvenait plus à instruire sur ce qui est indépendant de notre expérience sensible. En particulier, il était impossible de faire de l'être un prédicat, puisque par définition l'être a une position absolue, hors de la portée de notre sensibilité.

En revanche, on pouvait connaître la constitution de notre connaissance, de notre entendement, et établir les limites de la raison pure spéculative : cette connaissance dite transcendantale permettait, selon Kant, de refonder une nouvelle métaphysique de la nature et une métaphysique des mœurs (droit et éthique). Kant amorça ainsi le passage de l'absolu au transcendantal.

Cette conception revint à entériner la séparation entre la métaphysique générale et la métaphysique spéciale (la théologie, la psychologie rationnelle), faisant de la philosophie une théorie de la connaissance.

Kant donnait encore un troisième sens au terme métaphysique : "Une disposition indéracinable dans l'âme humaine", intérêt dont la raison humaine ne saurait se détourner quand bien même elle aurait démontré qu'aucune connaissance rationnelle du suprasensible n'est possible.

Elle se développa surtout à partir de 1870 dans le néo-kantisme. (Hermann Cohen, Ernst Cassirer).

Période contemporaineModifier

XIXe siècleModifier

Rejet de la métaphysique par les systèmes idéologiques

Au XIXe siècle, après la Révolution française, la révolution industrielle se développa à partir de l'idée de progrès technique et industriel.

L'année 1825 fut une année charnière dans la réflexion sur un système philosophique global. Les systèmes qui eurent le plus de succès, outre les différentes utopies, furent des athéismes qui prirent le plus souvent la forme d'idéologies. La plupart de ces systèmes eurent en commun d'ignorer, ou même de combattre violemment, la métaphysique. Ils critiquèrent la métaphysique sur ses fondements.

Article détaillé : Idéologie.

Saint-Simon (comte de) et Auguste Comte

Saint-Simon développa une utopie, qu'il appela le « nouveau christianisme », et qui n'était en réalité qu'une idéologie matérialiste : Dieu était remplacé selon lui par la gravitation universelle, et les êtres humains étaient reliés entre eux par des réseaux physiques (philosophie des réseaux). Il fut suivi par tout le courant saint-simonien et influença Marx, via quelques-uns de ses successeurs.

Dans la foulée des théories sur l'histoire de Saint-Simon, Auguste Comte, fondateur du positivisme, se proclama le successeur de Descartes, radicalisant le principe premier cartésien du cogito : il nia toute cause première. Comte imagina que l'humanité suivait une sorte de loi historique, qu'il appela la loi des trois états, qui, selon lui, ferait passer l'humanité d'un état théologique, dominé par Dieu, à un état métaphysique, dominé par des forces abstraites, et enfin à un état positif où tous les phénomènes (êtres, choses) seraient exprimables en langage mathématique. L'humanité était pour lui un Grand-Être, dont il se fit le grand prêtre. Il développa une conception idéologique de la sociologie, allant jusqu'à donner une tournure pseudo-religieuse à sa philosophie : le positivisme religieux.

Le saint-simonisme et son prolongement le positivisme, eurent beaucoup de succès en France à partir du milieu du XIXe siècle, et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Ils engendrèrent d'autres idéologies en France et dans la plupart des zones du monde : Europe continentale, Amérique latine, Grande-Bretagne (et USA), Union soviétique, ...

Les différentes formes de scientisme, le marxisme, ainsi que le nihilisme eurent aussi en commun de nier la métaphysique.

Nietzsche

Nietzsche combattit violemment la métaphysique sur ses aspects théologiques, ainsi que la "théorie des deux mondes" : monde sensible et monde intelligible, monde vrai et monde apparent, "ici-bas" et "là-haut" ; ce qui ne l'avait pas empêché de puiser dans une philosophie présocratique (Héraclite d'Éphèse).

Article détaillé : Athéisme#Athéisme philosophique.

L'encyclique catholique Fides et Ratio rappelle que les philosophies qui n'offrent pas d'ouverture métaphysique ne peuvent pas permettre l'intelligence de la Révélation.

Hegel

On peut considérer que les œuvres de Georg Hegel, Johann Gottlieb Fichte et Friedrich Schelling sont parmi les derniers grands systèmes philosophiques qui partent de principes métaphysiques fondés rationnellement.

Néo-kantisme

Le courant du néo-kantisme se développa à partir de 1870, et développa l'idée de transcendance. Avec Ernst Cassirer, il se mue en "philosophie de la culture" et des formes symboliques.

La métaphysique au XXe siècle jusqu'à la Seconde Guerre mondialeModifier

Il y a eu au XXe siècle plusieurs tentatives de dépassement ou d'approfondissement de la métaphysique ; il faut prendre garde que ce mot de dépassement a pris de nombreux sens, dont notamment :

  • le sens de destruction pure et simple de la métaphysique ;
  • le sens de prise de conscience des limites de la métaphysique.

L'approfondissement fut incarné en France par la philosophie de l'esprit et la philosophie des valeurs qui utilisaient la méthode réflexive. On peut dater la fin de cette tendance avec le livre de Gabriel Madinier, Conscience et Signification, en 1953 : ultime sursaut de Madinier contre la critique du sujet par Merleau-Ponty.

Le renouveau de la métaphysique en FranceModifier

Mais la métaphysique va survivre notamment en réaction au positivisme, au scientisme et au traumatisme de la Première Guerre mondiale.

Cette résistance va s'incarner aussi contre une certaine tradition complexée par la suprématie des sciences : il faut noter par exemple cet effort étonnant du très catholique Léon Ollé-Laprune dans La philosophie et le temps présent qui consistait à montrer en quoi, aussi, la philosophie peut s'avérer comme science.

Si ces philosophes se rendent bien compte du fossé qui sépare la méthode scientifique de la méthode philosophique, ils espèrent que la philosophie se dirige vers l'exactitude.

La contestation métaphysique va commencer par s'incarner dans l'intuitionnisme d' Henri Bergson. Bergson a défini sa philosophie comme une "métaphysique de l'expérience" ou "métaphysique positive".

À la même époque, les idéalismes d'Octave Hamelin et de Léon Brunschvicg procèderont également de cette résistance. Léon Brunschvicg tentera de concilier une réflexion sur l'esprit avec le progrès des sciences.

Certains même, passeront d'abord par l'épistémologie et les sciences avant d'y renoncer (par insatifaction de l'idéologie du progrès) : ce sera le cas d'Edouard Le Roy et de René Le Senne.

Si Brunschvicg tente de concilier métaphysique et science, il laisse de côté ce qu'il ne tient que pour un mot et qui constitue l'objet par excellence de la métaphysique : l'Être. Spéculer, développer une ontologie est chose risquée à cette époque.

Louis Lavelle et le spiritualisme français

Si l'on assiste pourtant à un renouveau de la métaphysique au XXe siècle dans sa plus haute majesté, c'est à Louis Lavelle que nous le devons. Isolé, ce métaphysicien entreprendra une grande épopée dialectique : analyser notre participation à l'absolu, c'est-à-dire retrouver derrière l'existence contingente des hommes ce qui les dépasse, à savoir l'esprit conçu comme Acte. Avec René Le Senne, Lavelle fonde la collection "philosophie de l'esprit" chez l'éditeur Aubier et rédige avec lui le manifeste introductif où ils défendent la cause de la métaphysique.

Lavelle ouvre sur un grand courant de l'entre deux guerres en France : la philosophie de l'esprit française. Ceux qui peuvent être rattachés à cette tendance sont Maurice Blondel (philosophe) (bien qu'antérieur), René Le Senne, Gabriel Madinier, Gabriel Marcel, Nicolas Berdiaev, Georges Gusdorf, Aimé Forest, Jean Nabert, Maurice Nédoncelle etc.

La venue de l'existentialisme fera disparaître cette tendance dominante qui ouvre notamment sur le renouveau de la philosophie des valeurs en France.

Néanmoins, les philosophies dites existentialistes venues de Soren Kierkegaard (il est plus correct de parler de philosophies de l'existence) telles que celles de Heidegger (bien que sa recherche se porte plus sur l'Être en tant qu'horizon de sens ; de provenance) et de Sartre, auront le même combat que celui des spiritualistes même si les deux "camps" ne se sont pas vraiment entendus.

D'ailleurs, les métaphysiques de Lavelle, de René Le Senne et de Berdiaev rendent possible une éminente mise en valeur de l'existence humaine, du vécu quotidien ainsi que l'angoisse avant l'heure des phénoménologies existentialistes.

Mentionnons aussi l'introduction en France des philosophies de William James et Alfred North Whitehead par Jean Wahl.

Rejet de la métaphysique : le Cercle de VienneModifier

Le Cercle de Vienne, ou positivisme logique, s'était fixé pour but de débarrasser la philosophie de la métaphysique, en appliquant à tout énoncé une analyse logique rigoureuse qui conduit à rejeter la métaphysique du domaine de la connaissance parce que ses énoncés sont dépourvus de signification et de possibilités de vérifications empiriques.

Dans cette perspective, tout énoncé doit pouvoir être analysé et renvoyé à quelque chose de réel, par exemple en répondant à des questions telles que :

  • de quel énoncé S est-il déductible et quels énoncés sont déductibles de S ?
  • comment S doit-il être vérifié ?

Cette critique logique, développée par Carnap par exemple, dénonce entre autres, les confusions du vocabulaire heideggérien. Dans cette perspective, la métaphysique est réduite à une poétique du vécu, qui exprime le sentiment que l'on a de l'existence, sans jamais renvoyer à quelque chose de scientifiquement attestable.

Le positivisme juridique (H. Kelsen) se place également dans une perspective qui nie la métaphysique ainsi que le "droit naturel". .

Selon Popper, «la théorie selon laquelle la création d’œuvres d'art ou de musique peut, en dernière analyse, être expliquée en termes de chimie ou de physique me paraît absurde.»[6] Autrement dit les critères de validité et de falsifiabilité ne peuvent être exportés en dehors des théories scientifiques - ou de ce qui veut se faire passer pour tel (ex. la psychanalyse).

Heidegger, l'existentialismeModifier

La question de l'être est au fondement des différentes formes de l'existentialisme et une des œuvres philosophiques les plus influentes du XXe siècle, celle de Heidegger, est tout entière orientée par cette recherche. Chez ce dernier, comme chez Sartre, le sens ne vient à l'être que grâce au néant, ce qui retrouve peut-être ainsi une intuition fondamentale des premiers théologiens (voyez Denys l'Aréopagite) et de la mystique.

La venue de l'existentialisme fera disparaître cette tendance dominante qui ouvre notamment sur le renouveau de la philosophie des valeurs en France.

Néanmoins, les philosophies dites existentialistes (il est plus correct de parler de philosophies de l'existence) telles que celles de Heidegger (bien que sa recherche se porte plus sur l'Être en tant qu'horizon de sens ; de provenance) et de Sartre, auront le même combat que celui des spiritualistes même si les deux "camps" ne se sont pas vraiment entendus.

Découvertes scientifiques fondamentalesModifier

Comme il a été dit, le XXe siècle n'a pas éliminé la métaphysique, mais il a gravement remis en question les raisons de distinguer celle-ci de la physique. On en trouvera un exemple dans les réflexions métaphysiques de Michel Bitbol à propos de la physique quantique dans « Mécanique quantique, une introduction philosophique » (Flammarion, 1996).

Parmi les physiciens qui ont développé des recherches posant ce type de questions on peut citer Louis-Victor de Broglie, Werner Heisenberg, Max Planck, et Erwin Schrödinger.

Place de la métaphysique dans la philosophie analytique et continentaleModifier

Il semble que la conception de la métaphysique actuellement soit assez différente entre la philosophie continentale et la philosophie analytique (anglo-saxonne). Ceci est sans doute un héritage de l'Histoire.

En philosophie continentale, on se contente d'étudier les conséquences des évolutions scientifiques sur un plan intellectuel. En philosophie analytique, ces conséquences sont analysées sur un plan beaucoup plus pratique : métaphysique descriptive, philosophie du langage, philosophie de l'esprit, et leurs rapports avec les sciences cognitives.

On trouve en particulier plusieurs métaphysiciens marquants dans le monde anglo-saxon, comme Peter Strawson, David Lewis, ou John F. Wippel.

Le philosophe français Jean-Pierre Dupuy (proche de René Girard) s'est intéressé aux sciences cognitives, dans l'un de ses ouvrages récents : aux origines des sciences cognitives (2005). Cette prise de conscience est récente en philosophie continentale.

ConclusionModifier

Le XXe siècle n'a donc pas éliminé la métaphysique, mais il a gravement remis en question les raisons de distinguer celle-ci de la physique. On en trouvera un exemple dans les réflexions métaphysiques de Michel Bitbol à propos de la physique quantique dans « Physique quantique, une introduction philosophique ».

RéférencesModifier

  1. La métaphysique, son histoire, sa critique, ses enjeux, Les Presses de l'Université Laval, 1999, p. 162
  2. Philosophie et perfection de l’homme. De la Renaissance à Descartes, Vrin, 1998
  3. Emmanuel Faye, Descartes et les philosophes français de la Renaissance, p. 4 et 6
  4. Emmanuel Faye, Descartes et les philosophes français de la Renaissance, p. 6
  5. Le passage en cause du psaume a été reformulé par les exégètes du XXe siècle dans un sens plus neutre : "la terre est ferme et inébranlable".
  6. http://philia.online.fr/txt/popp_002.php Karl POPPER, L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier