Henri Vidal (ingénieur)

ingénieur civil et architecte français né en 1924
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Henri Vidal, né le à Draguignan et mort le à Porquerolles, est un ingénieur et architecte français. Il est connu pour l’invention en 1963 de la Terre Armée, et le développement de l’entreprise du même nom, aujourd’hui filiale de Soletanche Freyssinet, groupe Vinci[1].

En tant qu’architecte il a collaboré avec Yves Bayard pour concevoir le musée d’Art moderne et d’Art contemporain (Mamac) à Nice, ainsi que sa propriété du Domaine de la Courtade à Porquerolles qui abrite aujourd’hui la Fondation Carmignac[2],[3].

BiographieModifier

Henri Vidal fait ses classes préparatoires au Lycée Thiers à Marseille.

Ingénieur de l'École Polytechnique de Paris dans la promotion 1944.

Ingénieur Civil de l’École Nationale des Ponts et Chaussées de Paris 1949.

Architecte DPLG de l’École des Beaux Arts de Paris.

La Terre ArméeModifier

L'inventionModifier

Henri Vidal débute son service à l’EDF avant de rejoindre Fougerolle comme adjoint Directeur du bureau d’études. Il participera à la construction d’un barrage en Afrique et à celle du pont Champlain sur le Saint Laurent à Montréal. Tout en travaillant, Vidal complétera sa formation d’ingénieur à l’école des Beaux-Arts pour devenir architecte. Il quittera progressivement le groupe Fougerolle après avoir ouvert une agence d’architecture, jusqu’à son départ définitif en 1962. C’est à cette époque qu’il travaillera sur la mise au point d’un nouveau matériau :

«  La présente invention se propose de réaliser une nouvelle application de la terre comme matériau de construction. Elle a plus particulièrement pour objet un ouvrage de construction caractérisé en ce qu’il comprend principalement des éléments granuleux ou pulvérulents et des armatures disposées de telle sorte que ces éléments sont maintenus les uns par rapport aux autres, soit par frottement direct avec les armatures, soit par frottement avec d’autres éléments en contact avec les armatures, l’ensemble formant ainsi un volume doué de cohésion et capable de résistance. » «  Pour simplifier, on désignera sous le nom de « Terre Armée » l’association de grains-armatures qui est à la base des ouvrages construits suivant l’invention[4]

Le 17 mars 1963 il déposera sa première demande de brevet, délivré le 22 février 1965.

À l’automne 1965, le premier ouvrage en Terre Armée est réalisé par son ancien patron à EDF : un mur de soutènement, à Pragnères dans les Pyrénées. S’ensuivit le démarrage d’une collaboration fructueuse entre Henri Vidal et le Laboratoire Central des Ponts et Chaussées (et le Professeur François Schlosser). Au début des années 1968, le procédé de la Terre Armée est utilisé pour la réalisation des ouvrages sur l’autoroute de Nice-Menton.

À l’été 68, Henri Vidal lance l’entreprise la Terre Armée afin de commercialiser son invention et propose à Maurice Darbin, rencontré pendant ses années chez Fougerolle, de le rejoindre en tant qu’adjoint.

Le DéveloppementModifier

« La Terre Armée s’est beaucoup développée en France à partir de 1971, notamment du fait que le Président Pompidou avait décidé d’accélérer la construction des autoroutes de liaison et des voies rapides en zone urbaine. La technique était prête et les commandes atteignirent rapidement le chiffre annuel de 80 000 m2 de parement. Le premier chantier n’a failli pas voir le jour à cause du refus des grandes banques françaises d’ouvrir la ligne de crédit de 5 millions de francs de l’époque qui était indispensable pour lancer les fabrications. Heureusement la filiale française à Paris de la Banque Canadienne Nationale, informée par les correspondants canadiens de la Terre Armée, a bien voulu ouvrir cette ligne à des conditions somme toute raisonnables, mais qui comportaient la signature de garanties personnelles basées sur les deux appartements de Vidal et de Darbin[4] !»

Le développement rapide des activités en France dans les années 1970 a permis à la Terre Armée de se financer correctement et de se développer à l’étranger. L’Institut Français du Pétrole, intéressé par les applications potentielles dans le domaine du pétrole, décide de financer le dépôt du brevet dans la plupart des grands pays étrangers, et dès les années 1980 les marchés se développent rapidement dans la plupart des pays où la Terre Armée est implantée : les pays d’Europe, les États-Unis, le Japon, le Canada, l’Australie, l’Amérique Latine etc.

La société mère Terre Armée Internationale (TAI) est alors fondée ; chargée du management et du contrôle du groupe, de la recherche, et de diverses missions d’intérêt général. Les années 1980 seront également celles de la défense des brevets dans le monde.

En 1991 ce sont 950 000 m2 de Terre Armée réalisées et un effectif total de 650 personnes[4].

En 1998 Henri Vidal cède la Terre Armée à l’Entreprise Freyssinet qui poursuit son développement[5].

Les applications aux ouvragesModifier

Les applications aux ouvrages [4]:

L’application la plus fréquente, soit pour des routes ou autoroutes de montagne, soit en ville par manque de place.

Les massifs de soutènement pour les chemins de fer ou métros : ils existent un peu partout, beaucoup au Japon (Tokaido line par exemple).

Les culées de ponts : souvent au-dessus de routes et voies ferrées, plus rarement supportant une voie ferrée.

Les ouvrages industriels : Ce sont par exemple tous les murs de soutènement de stations de criblage. En Afrique du Sud, le massif de Terre Armée le plus haut du monde, 40 m. supporte une station de criblage d’une mine de diamant.

Les silos de stockage de pondéreux : Deux massifs de 800 et 500 m de long ont été construits à Dunkerque dès 1970, mais les premiers grands développements ont vu le jour le long des Rocheuses aux États-Unis pour réaliser de grands stockages de charbon à parois inclinées.

Les ouvrages de protection contre l’incendie ou les explosions : Ce sont les murs de protection réalisés autour des réservoirs de gaz liquéfié (à Montoire, en France ; à Cove Point, aux États-Unis ; à Bontang en Indonésie). Ce sont des massifs permettant d’implanter le terminal de l’oléoduc d’Alaska à Valdez. Ce sont également toutes sortes d’ouvrages militaires.

Les barrages : Les premiers ont été faits en France (vallon des Simes) ; les plus grands aux États-Unis : le barrage de Taylor Draw Dam dans le Montana, de 20 m de hauteur.

Les ouvrages dans l’eau : Les premiers ont été réalisés au Canada, le long de la péninsule de Gaspésie.

Les ouvrages liés à l’architecture : ce type d’ouvrages a débuté par des massifs d’implantation de maisons, de parkings, de centres commerciaux, d’ensemble de bureaux, d’école, de cave vinicole, etc.

L'ArchitectureModifier

Pendant toutes ces années, Henri Vidal continue à travailler au sein d’un bureau d’architectes à Paris et ouvre un cabinet sur la Côte d’Azur avec l’architecte Yves Bayard. Trois réalisations majeures menées en commun avec son associé Yves Bayard[4] :

Les « jardins suspendus » du Paillon est le surnom attribué à la couverture du Paillon, rivière qui traverse la ville de Nice, conçue par Bayard et Vidal, et réalisée à partir de 1973.

Le musée d’art moderne et d’art contemporain de nice, conçu également par Bayard et Vidal a été construit en 1990 dans le prolongement de la couverture du Paillon, entre la gare routière et le palais des congrès Acropolis.

Le domaine de la Courtade à Porquerolles dans les années 1980 : Photo parue dans le magazine Décoration Internationale du mois d’août 1986[4]. Le domaine est depuis 2014 le lieu de la Fondation Carmignac: « Edouard Carmignac découvre l’île en 1989. Cette année la, Henri Vidal organise sur sa propriété une grande fête pour le mariage de deux de ses filles. Corinne qui épouse un copain de l’homme d’affaires, et Françoise qui se marie avec Jean Rochefort[3].» Les filles d’Henri Vidal proposeront à Edouard Carmignac d’en faire sa fondation.

Il faut également mentionner plusieurs autres projets menés en région parisienne avec l’architecte Jenkins et ceux menés jusqu’en Arabie Saoudite avec son associé franco-américain, l’architecte Richard Ferrer[4].

DécorationsModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Nos racines », sur Terre Armée (consulté le )
  2. « Porquerolles », sur Fondation Carmignac (consulté le )
  3. a et b « Sur l’île de Porquerolles, le trésor révélé des Carmignac », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. a b c d e f et g Ivan Chéret, « Henri Vidal. Inventeur et créateur de la Terre Armée », Bulletin de la Sabix. Société des amis de la Bibliothèque et de l'Histoire de l'École polytechnique, no 56,‎ , p. 54–94 (lire en ligne, consulté le )
  5. « Terre Armée », sur Soletanche Freyssinet (consulté le )