Hammurabi

sixième roi de Babylone
(Redirigé depuis Hammourabi)

Hammurabi
Illustration.
Hammurabi (debout) en train de recevoir son insigne royal des mains de Shamash. Hammurabi porte ses mains vers sa bouche en signe de prière.
Relief de la partie supérieure de la stèle du Code de Hammurabi.
Fonctions
6e Roi de Babylone
v. 17921750 av. J.-C.
(42 ans)
Prédécesseur Sin-muballit
Successeur Samsu-iluna
Biographie
Dynastie Première dynastie de Babylone
Date de décès 1750 av. J.-C.
Père Sin-muballit
Enfants Samsu-iluna

Hammurabi (ou Hammourabi ; en akkadien Ḫammu-rabi) est un roi de Babylone, faisant partie de la première dynastie babylonienne, régnant de 1792 av. J.-C. à sa mort en 1750 av. J.-C. Il succède à son père, Sin-muballit.

Grâce à de nombreuses campagnes militaires, il fait de Babylone, jusqu'alors un royaume d'importance secondaire, la puissance majeure de la Mésopotamie. Après la conquête du royaume de Larsa en 1763, il parvient à réunir les pays de Sumer et d'Akkad, donc la partie méridionale de la région. Puis il étend son emprise vers le nord, dominant notamment Mari, Eshnunna et Assur. C'est à partir de son règne que Babylone parvient au rang de royaume de premier rang dans l'échiquier politique du Moyen-Orient, et que sont posées les conditions qui en font une des principales cités de l'histoire antique.

Le règne de Hammurabi est l'un des plus longs de l'antiquité du Proche-Orient et l'un des plus prestigieux par l'ampleur de son œuvre politique et législative. Il est particulièrement connu pour avoir écrit le Code de Hammurabi, l'un des textes de lois les plus anciens jamais retrouvés. C'est aussi l'un des règnes mésopotamiens les mieux documentés par des textes, en particulier grâce à la documentation épistolaire mise au jour dans deux des cités qu'il a soumises, Larsa et Mari, qui permet de connaître différentes facettes de son exercice du pouvoir dans la seconde moitié de son règne.

ÉtymologieModifier

Le sens du nom Hammurabi est discuté[1],[2]. La traduction la plus courante est en akkadien, l'« aïeul est grand », Ḫammu-rabi, décomposé en ḫammu « maître », « chef de famille »[3], et rabi, « grand », « être grand ». Une lecture alternative, en amorrite, traduit le nom par l'« aïeul (ou l'oncle paternel) guérit », ʿAmmu-rāpiʾ[4].

Ce nom est porté par des rois contemporains de Hammurabi, le plus important étant Hammurabi Ier du Yamhad (Alep), et par d'autres rois amorrites de Syrie ayant régné par la suite[5].

SourcesModifier

Les sources documentant le règne de Hammurabi sont essentiellement écrites. Il s'agit de textes cunéiformes, sur tablettes d'argile et aussi sur pierre, en langue babylonienne, langue vernaculaire de l'époque (une langue sémitique, qui est en fait un dialecte de l'akkadien), et aussi en sumérien, langue sans parenté connue, parlée en Babylonie jusqu'à la fin du IIIe millénaire av. J.-C. et qui a conservé un prestige dans le milieu lettré et savant (comme le latin dans l'Europe médiévale et moderne). La période du règne de Hammurabi et de ses successeurs voit néanmoins le babylonien prendre un statut de langue savante, supplantant progressivement le sumérien[6].

Les inscriptions cunéiformes de la période du règne de Hammurabi peuvent être divisées en trois catégories : des inscriptions commémoratives, des textes d'archives, et des textes scolaires[7]. Les deux premiers en particulier nous renseignent sur le règne de Hammurabi.

Les textes commémoratifs sont émis par le pouvoir royal, et reflètent donc la vision officielle des événements. Il s'agit d'abord d'inscriptions royales, souvent des textes relativement courts célébrant la personne du roi. Hammurabi est le premier roi de la première dynastie de Babylone pour lequel ce type de texte, pourtant courant dans l'ancienne Mésopotamie, nous est parvenu. Ses inscriptions commémorent surtout des constructions ou restaurations de sanctuaires[8],[9]. Néanmoins la plus connue d'entre elles est le Code de Hammurabi, qui se présente comme une longue inscription commémorant Hammurabi en tant que roi juste, garant de l'équité dans son royaume, incluant des dispositions juridiques[10]. Un autre type d'inscription commémorative sont les noms d'années du souverain[11], célébrant également les faits mémorables de son règne, qu'il s'agisse d'actes pieux ou de victoires militaires, et qui sont essentiels pour reconstituer la chronologie relative du règne de Hammurabi (voir plus bas)[12],[13]. Enfin, quelques hymnes en sumérien et en akkadien concernent Hammurabi[14].

Les documents d'archives se présentent sous la forme de tablettes cunéiformes inscrites dans une langue moins littéraire que les précédents, donc plus proche de la langue parlée. De nombres textes économiques et juridiques sont datés du règne de Hammurabi, il s'agit de sources très riches pour reconstituer la vie sociale et économique de la période, qui peuvent également servir pour l'histoire politique[15]. Elles sont bien plus importantes numériquement que pour les règnes babyloniens antérieurs en raison de l'expansion du royaume[16]. Mais ils sont moins mobilisés pour reconstituer le déroulement de son règne. En particulier, aucune archive de la cour royale babylonienne n'a été mise au jour pour cette période[17]. Bien plus riches en information sont les lettres datées de son règne, qui concernent directement ses activités. Deux corpus offrent une documentation de grande importance[16]. Chronologiquement, le premier est celui issu des archives du palais royal de Mari (actuel site de Tell Hariri, en Syrie orientale). Il s'agit d'une ville conquise puis détruite par les troupes de Hammurabi. Entre les deux moments, l'administration babylonienne a regroupé et trié les archives officielles des vaincus, en a pris une partie (notamment l'essentiel de la correspondance récente entre Mari et les grands royaumes de l'époque), et laissé le reste qui a subi la destruction du reste de l'édifice, les figeant ainsi et rendant possible leur exploitation par les assyriologues après leur redécouverte par les archéologues. Parmi cette documentation, un ensemble de lettres faisant partie de la correspondance officielle du roi de Mari Zimri-Lim (1775-1761 av. J.-C.), vaincu par Hammurabi après avoir été son allié, documente ses relations avec Babylone. Très peu de lettres de la correspondance entre les deux sont restées sur place (même en incluant des lettres écrites par Zimri-Lim et jamais expédiées), mais la documentation comprend aussi des missives qui ont été envoyées directement depuis le palais de Hammurabi par des émissaires de Mari, qui se sont notamment gagné des informateurs à la cour babylonienne et disposent donc d'informations très précises. Ces sources permettent donc d'avoir une très bonne connaissance des années précédant la destruction de Mari, en particulier de 1764 et 1763, période des principales conquêtes militaires de Hammurabi[18],[19]. L'autre corpus de lettres provient d'une autre ville conquise par Hammurabi, Larsa (actuel site de Tell Senkereh, dans le sud de l'Irak), qui n'a pas été détruite mais a été annexée en 1764 et placée sous administration babylonienne, puis désertée après 1739, sous le règne du successeur de Hammurabi. Des tablettes de l'administration ont alors été laissées sur place, dont des lettres qui sont datées de la période postérieure à l'annexion et sont directement adressées par Hammurabi. Leurs destinataires sont divers fonctionnaires, principalement Sin-iddinam et Shamash-hazir. En tout, un peu plus de 200 lettres ont pour auteur Hammurabi, ce qui en fait le roi mésopotamien dont le plus grand nombre de lettres qu'il a expédiées soit connu[20],[21].

Il en résulte que les sources écrites permettent de connaître relativement bien les événements qui ont lieu durant la période couverte par les archives de Mari, allant de la dix-huitième à la trente-deuxième année du règne de Hammurabi (de 1746 à 1761), donc le deuxième tiers de son règne. Les années du début et de fin de règne sont bien moins connues[24].

En comparaison, les sources non-écrites sont moins utilisées. La sculpture officielle de la période est peu documentée, l'art est surtout connu sous la forme de plaques en terre cuite ou de sceaux-cylindres et empreintes de sceaux-cylindres sur des tablettes[25]. Il y a assez peu de représentations royales datées de son règne, et de la première dynastie de Babylone en général, la seule représentation assurée de Hammurabi étant celle figurant sur la stèle de son Code[26], d'autres étant discutées[27]. Le palais royal de Hammurabi n'a pas été identifié à Babylone[17], et d'une manière générale les niveaux archéologiques de la première dynastie de Babylone sont très peu connus à Babylone même, car ils sont recouverts par la nappe phréatique et donc hors de portée des fouilles[28].

ChronologieModifier

Plusieurs éléments se conjuguent pour rendre la reconstitution de la chronologie du règne de Hammurabi approximative. Les dates figurant dans le reste de l'article sont établies par convention, mais sont manifestement inexactes, la question étant de déterminer dans quelle mesure elles le sont.

Les sources babyloniennes indiquent que Hammurabi a régné durant 43 années. Le système de datation alors employé est celui des noms d'années[11] : chaque année est nommée en fonction d'un événement marquant qui s'est déroulé durant l'année précédente, généralement un acte pieux (travaux dans un temple, offrande d'un trône divin, etc.), une victoire militaire. Le nouveau nom d'année est choisi à la fin de chaque année, ou le creusement d'un canal[29]. Par exemple le nom de la trente-deuxième année de règne de Hammurabi (que les historiens abrègent en « Hammurabi 32 »), 1761 av. J.-C., fait référence à une série de victoires babyloniennes face à des contrées du nord, qui ont donc eu lieu l'année précédente, 1762[30] :

« Année où Hammurabi, le héros qui proclame les triomphes du dieu Marduk défit en combat avec son arme puissante l'armée d'Eshnunna, du Shubartum et du Gutium, et rivalisa avec Mankisum et le pays le long des rives du Tigre, jusqu'au Shubartum[31]. »

Les noms d'années du règne de Hammurabi sont tous connus, ce qui permet de reconstituer les principaux événements de son règne et de les situer les uns par rapport aux autres dans un ordre chronologique[32].

En sachant que dans le calendrier mésopotamien en usage à l'époque, le changement d'année intervient généralement vers l'équinoxe de printemps (mais à celui d'automne dans des cités du Nord mésopotamien[33]), donc dans les équivalents de nos mois de mars ou en avril. De ce fait, l'année « Hammurabi 32 » présentée par convention comme correspondant à 1761 av. J.-C. va en principe de mars-avril 1761 à mars-avril 1760 av. J.-C. Mais en pratique l'usage d'une année de douze mois lunaires (en général d'une durée de trente jours) implique souvent l'ajout d'un treizième mois intercalaire pour faire coïncider cette période avec l'année solaire[34]. Une lettre de Larsa adressée par le roi au gouverneur Sin-iddinam indique que cela s'est produit à un moment dans la dernière partie du règne de Hammurabi :

« [Dis à Sin-iddinam] : [ainsi] parle Hammurabi.
L'année a un mois intercalaire. Le mois qui vient doit être écrit comme étant le mois elûnum bis. Par conséquent, alors que l'arrivée de la taxe-igisûm avait été prononcée pour le 25e jour du mois tašrîtum à Babylone, elle se produira (désormais) le 25e jour du mois elûnum bis à Babylone[35]. »

L'intercalation du treizième mois se faisant de façon irrégulière durant cette période, et pas au même moment dans les différents royaumes, il est impossible de faire correspondre avec précision les dates données dans les sources de cette période avec celles du système moderne de datation[33].

Les textes antiques permettent également de synchroniser le règne de Hammurabi avec celui d'autres souverains contemporains bien connus par des sources : son avènement se produit alors que Rim-Sin de Larsa et Samsi-Addu d'Ekallatum et du Royaume de Haute Mésopotamie sont au pouvoir, et le règne de Zimri-Lim de Mari se déroule durant celui de Hammurabi[36]. Cela permet d'établir une chronologie relative de son règne, quoi que les synchronismes soient souvent approximatifs[33]. Par le biais des archives de Mari il peut également être tenté de le synchroniser avec des phases de l'histoire du Levant et de l’Égypte[37].

Établir une chronologie absolue, c'est-à-dire donner une datation du règne de Hammurabi dans le système conventionnel de datations en années (avant J.-C.) est une affaire encore plus complexe, et en l'état actuel des choses il n'y a aucun consensus à ce propos. Plusieurs systèmes de datation sont proposés, des « chronologies » qui proposent de situer le règne de Hammurabi plus ou moins haut dans le temps, dans une fourchette de près de deux siècles qui va du milieu du XIXe siècle av. J.-C. à celui du XVIIe siècle av. J.-C. La plus couramment employée, parce qu'elle est généralement jugée la plus proche de la réalité, et aussi par habitude, est la chronologie « moyenne », qui se situe au centre de la fourchette, de 1792 à 1750 av. J.-C. Pour la chronologie « haute », qui n'a plus beaucoup de défenseurs, le règne se situe environ un demi-siècle plus tôt, tandis que pour la chronologie « ultra-basse », qui est l'alternative la plus défendue depuis la fin des années 1990, le règne de Hammurabi se serait déroulé environ un siècle après la date conventionnellement admise[38],[39],[40],[41].

La datation du règne de Hammurabi selon les différentes chronologies[42],[43].
Ultra-Basse Basse Moyenne Haute
1696–1654 av. J.-C. 1728–1686 av. J.-C. 1792–1750 av. J.-C. 1848–1806 av. J.-C.

Règne et conquêtesModifier

 
Les principales villes de la Basse Mésopotamie à la période paléo-babylonienne.
 
Localisation des principaux sites de Mésopotamie et de Syrie datés de la période paléo-babylonienne.

ContexteModifier

Hammurabi est un roi de la première dynastie de la cité-État de Babylone. Son règne prend place durant la période dite « paléo-babylonienne » (babylonienne ancienne), qui va de 2004 à 1595 av. J.-C. selon la chronologie moyenne. Cette époque parfois aussi appelée période amorrite, car les dynasties qui dominent la Mésopotamie et la Syrie sont alors majoritairement d'ethnie amorrite (un peuple parlant une langue ouest-sémitique), qui ont notamment imposé leur domination aux populations du Sud mésopotamien (parlant l'akkadien sous sa variante babylonienne, et peut-être encore pour certains le sumérien). Le règne de Hammurabi se situe à un moment charnière de cette période. Depuis la chute du puissant empire de la troisième dynastie d'Ur (ou Ur III) en 2004, la Mésopotamie est divisée entre plusieurs royaumes. Au sud, les plus puissants sont d'abord Isin, puis ensuite Larsa, qui tentent de poursuivre la tradition des rois d'Ur, mais sans imposer leur hégémonie[44]. Babylone n'est alors qu'une ville de rang secondaire sans passé notable, où s'implante une dynastie amorrite vers 1880, avec la montée sur le trône de Sumu-la-El (1880-1845) qui réussit à se tailler un royaume dominant plusieurs villes voisines importante (Borsippa, Kish, Kutha, Dilbat, Marad, Sippar). Ses successeurs consolident le royaume et se posent alors en rivaux de plus en plus sérieux face à Larsa[45].

Hammurabi hérite son trône de son père, Sin-muballit, en 1792 av. J.-C. Babylone est alors l'une des nombreuses cités-États principalement gouvernées par les Amorrites qui parsèment les plaines centrales et méridionales de la Mésopotamie et qui s'affrontent militairement afin de contrôler les cités de la région. Larsa est en position de force durant la première partie du long règne de Rim-Sin (1822-1763), qui réussit à annexer les royaumes d'Isin et d'Uruk. Babylone reste son rival direct le plus menaçant pour l'hégémonie sur le sud mésopotamien[46]. En plus de ce rival méridional, Babylone doit faire face sur sa frontière nord-est aux visées expansionnistes du royaume d'Eshnunna, dont le centre se situe dans la vallée de la Diyala. Elle dispose en revanche de bonnes relations avec l'homme fort du nord mésopotamien et rival d'Eshnunna, Samsi-Addu (1815-1775), membre du même clan amorrite que les rois de Babylone. Après avoir été un temps réfugié à Babylone à la suite de troubles, il s'est implanté dans la ville d'Ekallatum, sur le Tigre, et constitué en quelques années un puissant royaume que les historiens nomment « Royaume de Haute Mésopotamie ». Comme son nom l'indique, il domine toute la partie nord de la Mésopotamie, intégrant notamment la cité d'Assur, dominant les rois de la région du Khabur, puis, en 1792, le puissant royaume de Mari[47].

Premières annéesModifier

Les deux premières décennies du règne de Hammurabi sont pauvrement documentées. Les noms de ses premières années de règne ont essentiellement trait à des travaux et des offrandes à des divinités. Sa septième année commémore une victoire militaire, avec les prises d'Isin et d'Uruk, possessions de Larsa, mais il s'agit manifestement d'un raid sans lendemain puisque les deux cités restent dans le giron larséen. Puis sa dixième année commémore une victoire contre Malgium, dont l'ampleur est là encore incertaine, puisque cette cité reste indépendante[48].

La mort de Samsi-Addu en 1775 est suivie de la désintégration rapide de son royaume, et d'une compétition pour la domination du nord mésopotamien, impliquant avant tout Eshnunna et le nouveau roi de Mari, Zimri-Lim, avec lequel Hammurabi entreprend finalement un rapprochement contre leur ennemi commun[49].

C'est à partir de ce moment-là que les lettres mises au jour à Mari documentent de façon relativement précise les relations internationales, dont celles de Babylone. Le royaume d'Élam dont le cœur est située dans le sud-ouest de l'Iran actuel, et qui contrôle d'importantes routes commerciales traversant le plateau Iranien et le Zagros, décide de s'étendre vers la plaine mésopotamienne[50]. Il souhaite attaquer le premier royaume sur sa route, Eshnunna, et reçoit sans difficulté le soutien de divers royaumes ennemis de ce dernier, au premier rang desquels Babylone et Mari. L'Élam attaque et détruit le royaume d'Eshnunna. Il impose sa domination sur une importante partie de la plaine pour la première fois[51]. Mais l'Élam ne souhaite pas s'arrêter là, ce qui entraîne finalement la guerre contre Babylone, Mari, et plusieurs autres royaumes du sud et du nord de la Mésopotamie et aussi de Syrie, qui mettent en place une coalition pour l'arrêter[52]. Les Élamites jouent alors un double jeu pour semer la trouble entre Larsa et Babylone, alors que ces deux éternels rivaux essayent de se rapprocher, mais ils découvrent le subterfuge, comme l'indique une lettre de Mari :

« Dis à mon seigneur : ainsi (parle) ton serviteur Yarim-Addu.
Le sukkal (sorte de vice-roi) d’Élam a écrit ainsi à Hammurabi : « Je me dispose à partir contre Larsa. Mobilise ta troupe de conscrits, la troupe du génie et tes sujets que j’ai vus à Eshnunna, afin qu’ils soient prêts pour mon arrivée. Si un seul homme de la troupe que j’ai vue n’est pas employé, c’est à toi que je m’en prendrai ». Voilà ce que le sukkal d’Élam a écrit à Hammurabi.
Celui-ci lui a répondu : « Comme tu me l’as écrit, ma troupe est prête et disponible pour ton attaque. Le jour où tu attaqueras, ma troupe partira te rejoindre ». Voilà ce qu’il lui a répondu.
Et de la même façon que le sukkal d’Élam avait écrit à Hammurabi, il a écrit à Rim-Sin en ces termes : « Je me dispose à partir contre Babylone. Mobilise ta troupe d’élite, la troupe du génie et tes sujets de confiance, afin qu’ils soient prêts. Si un seul homme de la troupe dont je ne cesse d’entendre parler n’est pas employé, c’est à toi que je m’en prendrai ». Voilà ce que le sukkal d’Élam a écrit à Rim-Sin.
La tablette que le sukkal d’Élam a fait porter à Rim-Sin, cette tablette, Rim-Sin l’a fait porter à Hammurabi ; et Hammurabi de même a fait porter à Rim-Sin la tablette que le sukkal d’Élam lui avait fait porter. Et à partir de ce jour, il a donné des instructions au ministre des affaires étrangères Sin-bel-aplim et à un secrétaire administratif parmi les scribes-sakkakkim et il les a envoyés dans (le royaume de) Larsa ; ils demeurent à Mashkan-shapir auprès de Sin-muballiṭ. Et le ministre de Rim-Sin demeure auprès d’Hammurabi. Les nouvelles de Rim-Sin parviennent régulièrement à Hammurabi et les nouvelles d’Hammurabi parviennent régulièrement à Rim-Sin[53]. »

Hammurabi et Rîm-Sîn, le roi de Larsa, s'allient finalement, mais le second ne contribue pas, ou peu, à la coalition. Les Élamites sont finalement repoussés, surtout avec l'appui des troupes de Mari et d'autres rois du nord mésopotamien[52].

ExpansionModifier

 
L'expansion du royaume babylonien sous le règne de Hammurabi et de ses successeurs.

Arguant du faible appui prêté par Rim-Sin et d'attaques que ses troupes auraient mené sur son territoire, et profitant aussi de l'affaiblissement de son royaume, Hammurabi lance une guerre éclair contre lui avec l'aide de Zimri-Lim de Mari, et annexe son royaume en 1763. Il gagne ainsi le contrôle de l'ensemble de la plaine inférieure de la Mésopotamie. C'est un tournant majeur dans l'histoire de la période, Hammurabi réussissant là où bien des rois avaient échoué avant lui durant plus de deux siècles[54].

La chute du royaume de Larsa est rapportée par plusieurs lettres de militaires de Mari adressées à leur roi et mise au jour dans les ruines de son palais, dont celle-ci écrite alors que l'assaut final est imminent puis mené à son terme :

« À mon seigneur dis (ceci) : ainsi (parle) Zimri-Addu, ton serviteur.
Au sujet de la ville de Larsa qui est assiégée, j'ai déjà écrit à mon seigneur: « Tous les réfugiés qui, désormais, tombent entre nos mains disent : Il n'y a plus de grain dans la ville », alors qu'il y a du grain, (mais) à leur insu. Au lieu de grain, (c'est) de la paille, du son et de la balle qu'ils… (…)
Après l'arrivée des troupes de renfort, les troupes babyloniennes sont entrées [à Larsa] et se sont emparées des remparts. (C'est) ce matin que tous les hommes sont entrés. Quant à Rîm-Sin, ils l'ont fait sortir vivant[55]. »

 
Les ruines de palais royal de Mari, détruit par les troupes babyloniennes.

Continuant son expansion, Hammurabi tourne son attention vers le nord, où il défait notamment le royaume d'Eshnunna, sans l'annexer[56]. Puis il entre en guerre contre l'autre puissance de la région, son ancien allié Mari, qui est prise puis détruite dans les années 1761-1759[57]. Malgium subit un sort similaire dans ces mêmes années[58].

Cela entraîne l'arrêt des archives de Mari, et la suite du règne de Hammurabi est peu documentée. Les noms d'années du roi permettent de connaître les événements jugés les plus notables par chancellerie babylonienne pour la dernière décennie du règne de Hammurabi. Du point de vue militaire conforte son emprise sur le nord, où il défait une coalition de rois tels ceux des pays d'Eshnunna, Shubartum et Gutium (nom d'année 32), puis déporte des gens des pays vaincus. Il établit au passage sa domination sur Assur[59],[57]. Une partie du nom de l'année 33 (qui évoque en premier lieu le creusement d'un long canal dans la partie sud du royaume) rappelle les succès militaires de Hammurabi, et celui de l'année 39 commémore une autre victoire au nord :

« Année où le roi Hammurabi (…) renversa au combat l'armée de Mari et de Malgium ; subjugua Mari et ses villages et les nombreuses villes (de la montagne) de Shubartum, (Ekallatum, (tout le) Burunda et le pays de Zalmaqum sur la rive du Tigre jusqu'à l'Euphrate ; et les fit demeurer dans l'amitié sous son commandement (…)[60],[61]. »

« Année où le roi Hammurabi, grâce à la force considérable que lui ont donnée An et Enlil, frappa tous les ennemis de la montagne du Shubartum[62],[63]. »

Selon D. Charpin, le dernier grand rival restant dans sa proximité, Eshnunna, déjà affaibli, semble subir une destruction à cause d'inondation (mention dans le nom d'année 38) et un déplacement du cours de la Diyala, ce qui entraîne son abandon[64],[65]. Dans ces années-là, Hammurabi commémore surtout plusieurs grands travaux, dont certains sont peut-être destinés à prévenir des inondations[66].

Fin du règneModifier

En quelques années, Hammurabi est donc parvenu à regrouper la Mésopotamie sous son pouvoir. On peut alors parler d'un « empire »[67],[68].

Le prologue du Code de Hammurabi, daté de la fin du règne de Hammurabi, comprend une liste de grandes villes dominées par Babylone à ce moment, qui est souvent utilisée pour dresser un tableau de l'étendue du royaume après la quarantaine d'années de règne de ce souverain. Sa logique est en bonne partie religieuse, car sont d'abord énumérés des couples ville-divinité ordonnés suivant un objectif politico-théologique : d'abord les divinités pourvoyeuses de la royauté, Enlil de Nippur, Ea d'Eridu et Marduk de Babylone ; puis les divinités astrales Sîn d'Ur, Shamash de Sippar et Larsa, An et Ishtar d'Uruk. La suite reprend un ordre plus géographique : villes de Babylonie centrale (Isin, Kish, Kutha, Borsippa, Dilbat, Kesh), puis des villes bordières du Tigre (Lagash-Girsu, Zabalam, Karkar, Adab, Mashkan-shapir, Malgium) et enfin les grandes villes du Nord de la Mésopotamie que Hammurabi a conquis en sa fin de règne, à savoir Mari, Tuttul, Eshnunna, Akkad, Assur et Ninive[69].

Hammurabi meurt vers 1750 av. J.-C. et son fils Samsu-iluna lui succède. Un texte permet de dater assez précisément le changement règne dans le calendrier mésopotamien, au dixième jour du cinquième mois de l'année[70]. Une lettre de son fils Samsu-iluna adressée au gouverneur de Sippar datée de ce moment semble indiquer que Hammurabi est malade, mais une cassure sur la tablette empêche de complètement restituer la phrase. En tout cas son fils semble alors diriger le royaume (en tant que régent ?) et préparer sa montée sur le trône, par des rémissions de dettes envers les serviteurs de la couronne, les soldats et les particuliers (muškēnum), type de mesures habituellement prises au moment de l'avènement d'un nouveau monarque. Il convoque également le gouverneur et les Anciens, autorités politiques locales, de sa province à la capitale[71],[72],[73].

« À Etel-pi-Marduk, dis : ainsi (parle) Samsu-iluna.
Le roi mon père est ma[lade?]. Afin de m’asseoir sur le trône de mon père devant Marduk et afin de fortifier les « tributaires » (naši biltim, des travailleurs du domaine royal), j’ai remis l’arriéré des bergers, des cultivateurs et des équarrisseurs. J’ai brisé la tablette de dette du soldat-rêdûm, du soldat-bâ’irum et du simple sujet (muškēnum). J’ai institué le « redressement » (mišarum, c'est-à-dire un édit de rémission des dettes) dans le pays. Dans le pays, le gouverneur ne devra pas user de mesure coercitive à l’encontre de la maison d’un soldat-rêdum, d’un soldat-bâ’irum ou d’un simple sujet quel qu’il soit. Dès que tu verras ma tablette, toi et les Anciens du pays que tu gouvernes, montez et qu’on vous voie près de moi ![74] »

Pratique du pouvoirModifier

Pouvoir royal et gouvernementModifier

 
Buste royal, dit « Tête de Hammurabi », mais probablement antérieur au règne de Hammurabi[75]. Louvre.

Vers la fin de son règne, le prologue du Code de Hammurabi exprime la grandeur du souverain, arrivé au sommet de sa gloire après ses grandes conquêtes qui en ont fait le souverain des « quatre contrées du monde », ce qui exprime sa prétention à la domination universelle :

« C'est moi, Hammurabi, le pasteur nommé par Enlil. Celui qui a accumulé abondance et profusion, qui a parachevé toutes les choses pour Nippur le lien du ciel et de la terre, le pourvoyeur zélé de l'Ekur (le temple d'Enlil à Nippur), le roi compétent qui a restauré Eridu (et) qui a maintenu purs les rites de l'E-abzu (le temple du dieu Ea à Eridu), celui qui a pris d'assaut les quatre contrées du monde, qui a grandi le renom de Babylone, qui a contenté le cœur de Marduk son seigneur, qui, chaque jour, vient se tenir au service de l'Esagil (le temple de Marduk à Babylone) (…)

(l'homme) zélé qui prie les grands dieux, le descendant de Sumu-la-El, l'héritier fort de Sin-muballit, qui est de race royale perpétuelle, le roi fort, le soleil de Babylone qui fait sortir la lumière sur le pays de Sumer et d'Akkad, le roi qui s'est fait obéir des quatre contrées du monde, le favori d'Ishtar, c'est moi ![76] »

S'y retrouvent les deux volets de la légitimité royale mésopotamienne : l'élection divine, en particulier par la référence aux divinités pourvoyeuse de la royauté (Enlil, Marduk, Ishtar), et l'appartenance à une dynastie royale, par la référence au fondateur de la dynastie à laquelle appartient Hammurabi, Sumu-la-El (1880-1845), et à son père et prédécesseur direct, Sin-muballit (1812-1793)[77].

Les inscriptions officielles célébrant la personne de Hammurabi insistent sur ses qualités personnelles, le fait qu'il est un « roi fort », un « roi accompli », un « héros »[78]. Le prologue du Code de Hammurabi le définit entre autres comme celui qui a été appelé par les dieux pour « sortir comme Shamash au-dessus des têtes noires et éclairer le pays », et « le soleil de Babylone qui fait sortir la lumière du pays de Sumer et d'Akkad »[76], ce qui en fait une manifestation du dieu-soleil sur la Terre, et renvoie en particulier à son rôle de roi juste et équitable, car ce sont les qualités de ce dieu[79]. De plus plusieurs hymnes en sumérien, ou bilingues sumérien-akkadien ont Hammurabi pour objet, faisant notamment la louange du roi[14],[80].

La titulature de Hammurabi renvoie plus simplement à son statut, qui devient de plus en plus imposant au fil de ses conquêtes : il est d'abord défini simplement comme « roi de Babylone », puis après la conquête de Larsa et la prise de contrôle de tout le sud mésopotamien il reprend le titre prestigieux de « roi des pays de Sumer et d'Akkad », après la conquête de Mari il enrichit sa titulature de « roi de tout le pays amorrite », puis à la fin de son règne il est « roi des quatre contrées (ou rives) du monde », c'est-à-dire qu'il prétend à la domination universelle[78].

Le roi réside en principe dans un palais, ekallum, terme qui désigne non seulement l'édifice mais aussi l'institution royale et son domaine[81]. Hammurabi dispose certes d'un palais à Babylone (non retrouvé lors des fouilles de la cité), mais il résidait aussi dans d'autres villes de son royaume où il avait des palais provinciaux, notamment dans le voisinage de Babylone (Sippar, Borsippa, Kish), et après la conquête de Larsa les anciens palais royaux des dynasties amorrites de Sumer (Larsa, Uruk, Isin). Un palais occupé par Hammurabi a été identifié par une inscription, sur le site de Tell Muhammad (près de Bagdad), site faisant partie des territoires conquis sur Eshnunna[82].

La famille de Hammurabi est très mal connue. Aucune de ses épouses n'est documentée, mais si l'on se fie aux pratiques de l'époque il a dû avoir au moins une (voire deux) épouse(s) principale(s), des épouses secondaires, et de nombreuses concubines, avec un harem, enrichi notamment à la suite de ses conquêtes militaires[83]. Une sœur de Hammurabi est connue, Iltani, qui est devenue religieuse (naditum) vouée au dieu Shamash à Sippar, cas courant dans les familles royales de l'époque servant à conforter les liens entre les rois et les dieux[84]. Aucun de ses frères n'est connu. Par les exemples connus dans les autres royaumes de son temps, il apparaît que les frères du souverain sont souvent impliqués au plus haut niveau dans les affaires du royaume[85]. Deux de ses fils sont attestés par les archives de Mari, Sumu-ditana et Mutu-Numaha, dont les noms faisaient référence à des ancêtres de sa dynastie[86]. Ils furent tous les deux envoyés un temps à Mari, dans le cadre de voyages de formation, qui semblent être une coutume de l'époque. Ils peuvent aussi avoir servi d'otages, à un moment où le roi de Mari prête des troupes à Babylone[87]. Le fils amené à succéder à Hammurabi, Samsu-iluna, n'est en revanche pas attesté durant son règne, et on ne sait pas s'il est l'aîné de la fratrie, comme il devait le proclamer dans une de ses propres inscriptions royales[70],[88]. Parmi ses filles, une devient à son tour religieuse vouée à Shamash[89], et une autre est mariée au roi Silli-Sîn d'Eshnunna[90].

Hammurabi gouverne entouré par des sortes de « ministres », qui disposent d'un domaine de compétences particulier, mais qui peuvent le cas échéant accomplir des missions ponctuelles bien différentes, selon la volonté du roi. Les lettres de Mari font connaître deux ministres importants de Hammurabi, portant le titre de šukkallum (souvent traduit par « vizir ») : Erra-nada et Sin-bel-aplim, ce dernier étant plus précisément chargé de l'accueil des ambassades étrangères. Il dispose également de secrétaires particuliers, chargés notamment de sa correspondance, ce qui les place au plus haut niveau du secret d’État : les lettres de Mari identifient à ce poste Sin-iddinam, qui plus tard devient gouverneur de Larsa (voir plus bas), et Marduk-nasir. D'autres hauts personnages aux fonctions moins bien identifiées sont attestés par des textes dans l'entourage proche de Hammurabi[91]. Les sceaux sont également une source mobilisable pour approcher l’administration babylonienne : un sceau-cylindre et plusieurs impressions de sceaux-cylindres retrouvées sur des tablettes datées du règne de Hammurabi portent des inscriptions identifiant des personnes qui se définissent comme « serviteur de Hammurabi »[92], ce qui est généralement interprété comme indiquant qu'il s'agit de fonctionnaires travaillant pour le palais[93].

Il apparaît en tout cas que les liens personnels avec le roi priment pour la sélection de l'élite dirigeante[94]. Le roi prenait ses décisions avec l'appui d'un Conseil, littéralement le « secret » (pirištum). Il y admet qui il entend, et peut donc remanier sa composition à sa guise. Une lettre de Mari nous apprend ainsi qu'au moment de la guerre contre l'Élam Hammurabi fait rentrer dans son conseil trois hauts fonctionnaires servant Ishme-Dagan d'Ekallatum (fils de Samsi-Addu), qui écartent ceux originaires de Babylone et ont notamment le privilège de pouvoir connaître le résultat des consultations oraculaires[95]. Cela fait craindre à l'auteur de la missive que cela desserve les intérêts du roi de Mari, en raison de ses relations conflictuelles avec la dynastie d'Ekallatum :

« Dis à mon Seigneur : ainsi (parle) Ibal-pi-El, ton serviteur.
Les serviteurs d’Ishme-Dagan, Ishar-Lim, Mutu-Hadqim et Rim-Addu, ont évincé les Seigneurs du Pays et sont devenus, eux, les Seigneurs du conseil de Hammurabi. Il s’en tient à leur avis. Lorsque Hali-Hadun et Inib-Shamash, une ou deux fois, eurent pris les oracles et lorsqu’ils rapportèrent les oracles, (Ishar-Lim, Mutu-Hadqim et Rim-Addu ne se sont pas écartés ; étant présents, ils entendent chaque fois la teneur des oracles. À part le rapport secret des devins, quel autre secret (y a-t-il) ? Alors que ses propres serviteurs n’entendent point les rapports secrets des devins, eux, l’entendent ! À part eux, les serviteurs de Hammurabi... (Lacune)
... été sincère avec mon Seigneur à propos … de Hammurabi qu’il(s) di(sen)t. Ces gens et Ishme-Dagan vont instaurer la brouille entre Hammurabi et mon Seigneur. J’ai médité en moi-même sur ce dont je m’étais aperçu et je l’ai écrit à mon Seigneur. Mon Seigneur doit écouter cette tablette de moi et cette affaire mon Seigneur doit la connaître en son cœur à toute fin utile[96]. »

Rapports avec le monde divinModifier

Comme vu plus haut, la légitimité du souverain s'appuie sur l'idée d'une élection divine, et il en résulte que le monarque doit suivre les ordres des dieux dans la conduite de son royaume. Les souverains de la Mésopotamie antique étaient donc en contacts permanents avec le monde divin, avant tout par le biais de la divination, qui leur permettait de prendre connaissance des volontés divines auxquelles il devait se conformer, que ce soit pour la nomination d'un fonctionnaire, l'opportunité d'une alliance, ou, assez souvent, d'affaires militaires, et plus généralement de tout ce qui concernait le royaume et le roi. La procédure divinatoire la plus pratiquée dans les cours royales de cette période est l'hépatoscopie, divination dans le foie d'un agneau, surtout attestée par les archives de Mari. Une tablette datée du Ier millénaire av. J.-C. rapporte plusieurs consultations oraculaires datées du règne de Hammurabi, relatives à des campagnes militaires, notamment la prise de la ville de Kazallu. Malgré leur datation tardive, leur authenticité semble avérée[97]. Un cas de prophétisme est également attesté à la cour de Babylone par une lettre de Mari : un prophète du dieu Marduk vient à la porte du palais pour invectiver Ishme-Dagan d'Ekallatum qui s'y trouve, lui reprochant de préférer livrer ses biens aux rois d'Élam plutôt que de les consacrer au dieu[98].

Bien qu'Enlil reste la divinité majeure du panthéon et le pourvoyeur de la royauté, le dieu de Babylone Marduk connaît une ascension à partir du règne de Hammurabi, qui accompagne l'affirmation politique de la ville, entamant une progression qui devait l'amener à devenir la divinité principale de Babylonie quelques siècles plus tard[99]. Selon ce qui est exprimé dans le prologue du Code de Hammurabi, « les dieux An et Enlil, chefs de file du panthéon, assignèrent au dieu Marduk la toute-puissance, firent de sa ville, Babylone, le centre de l'univers et « prononcèrent le nom » de Hammu-rabi : les fortunes du dieu tutélaire, de sa ville et de son roi apparaissent indissolublement liées » (D. Charpin)[100],[101]. Pour le règne de Hammurabi, la mise en avant du dieu se voit dans un hymne royal (Hammurabi D) où Marduk intercède en faveur du roi auprès des grands dieux Anu et Enlil qui octroient la souveraineté à Hammurabi[102]. La montée en puissance de ce dieu et son assimilation au royaume se voient aussi à l'époque de la première dynastie de Babylone dans le fait que des personnages importants de plusieurs villes du royaume, notamment les territoires conquis, prennent l'habitude de vouer au dieu certaines de leurs filles, qui deviennent des religieuses-naditum de Marduk. Celles-ci font l'objet de plusieurs lois du Code[103],[104]. Comme vu plus haut, une sœur et une fille de Hammurabi sont également des religieuses-naditum vouées à une autre divinité majeure, Shamash de Sippar, là encore une manifestation des liens entre le roi et les dieux, qui s'inscrit dans une tradition plus ancienne de liens forts entre la dynastie de Babylone et le grand sanctuaire de Sippar[105],[106].

Les rois de l'époque amorrite pouvaient faire l'objet d'une divinisation, tradition héritée des empires du IIIe millénaire av. J.-C. (Akkad, Ur III). La nature de cette divinisation est discutée[107]. Concernant Hammurabi, une forme de divinisation semble intervenir après la conquête du royaume de Larsa, et l'intégration de l'ancien pays de Sumer où cette tradition est plus ancrée. Le nom du roi est parfois écrit en cunéiforme précédé du signe indiquant la nature divine d'un individu, et une inscription le définit comme le « dieu de son pays », tout en rappelant son obéissance et sa dévotion à l'égard des grands dieux[108].

En tant qu'élu des dieux, Hammurabi doit aussi assurer le bon déroulement du culte des divinités, qui en retour assurent la prospérité de son royaume[109]. La construction ou restauration de sanctuaires figure ainsi en bonne place parmi les textes commémoratifs. Par exemple, la reconstruction de la ziggurat, tour à étages, du sanctuaire du dieu guerrier Zababa à Kish, où est également vénérée la déesse Inanna/Ishtar, commémoré par plusieurs inscriptions sous deux variantes (la plus longue est traduite ici) et par un nom d'année (Hammurabi 36)[110] :

« Hammurabi, roi puissant, roi de Babylone, roi de tout le pays amorrite, roi du pays de Sumer et d'Akkad, celui qui pacifie les quatre rives du monde, a rénové pour lui (le dieu Zababa) l'Emeteursag ("Maison - digne d'un champion"), le temple du dieu Zababa à Kish, que Sumu-la-El, son ancêtre, avait construit (et) qui était devenu délabré[111]. »

« Année où le roi Hammurabi rénova l'Emeteursag, érigea la ziggurat, la haute demeure (de) Zababa et d'Inanna, dont le sommet est aussi haut que le ciel, et augmenta considérablement la gloire des divinités Zababa et Inanna avec un pouvoir légitime[112],[113]. »

Hammurabi restaure également le temple de la déesse Inanna de Zabalam, après la conquête du royaume de Larsa, en remerciement de l'aide qu'elle est censée lui avoir apporté à cette occasion[114],[115]. Par ailleurs plusieurs de ses noms d'années commémorent des offrandes votives[116], comme la quatorzième année : « Année où le roi Hammurabi fit le trône du dais élevé, parachevé avec de l'or, de l'argent, des pierres-hulâlum, des pierres-mušgarru et du lapis-lazuli et le décora comme un éclair lumineux, pour Ishtar de Babylone, (ainsi) que son char, totalement achevé[117]. »

Il était par ailleurs attendu des sujets du royaume qu'ils adressent des prières et des offrandes aux divinités pour attirer leur protection et leurs faveurs vers le souverain, selon la formule consacrée, « pour sa vie ». C'est donc une manière de manifester son allégeance au roi[118]. Plusieurs des hymnes royaux consacrés à Hammurabi sont en fait des hymnes adressés à une divinité (Enki, Asarluhi, Inanna), qui s'achèvent par une prière en faveur du bien-être roi[14],[80]. Des objets votifs ont également été offerts aux dieux par des sujets de Babylone pour leur roi : l'adorant de Larsa, statue qui porte une inscription demandant l'intercession du dieu Amurrum pour le compte de Hammurabi[119],[120], et aussi dans un fragment de sculpture (représentant probablement à l'origine une figure lamassu) provenant sans doute de Sippar, qui invoque quant à lui la déesse Ashratum (l'épouse d'Amurrum)[121].

Administration des conquêtes et du domaine royalModifier

Hammurabi est surtout documenté dans sa fonction d'administrateur par le corpus de plus de 200 lettres retrouvées à Larsa qu'il adresse à ses subordonnés en poste dans cette cité. Leur provenance exacte est inconnue car ils sont issus de fouilles clandestines ayant eu lieu au début du XXe siècle[123]. Elles sont évidemment postérieures à l'annexion du royaume de Larsa en 1763, et datent donc de la période qui va jusqu'à la mort du roi (une autre partie du corpus concerne le début du règne suivant, celui de Samsu-iluna). Aucune indication ne permet de donner une datation plus précise à ces lettres[109].

Après la conquête de l'ancien royaume de Larsa, ou Yamutbal/Emutbal, celui-ci est divisé en deux provinces, la ville de Larsa devient la capitale de la province dite « inférieure » (au sud), et la province supérieure (au nord) est sans doute dirigée depuis Mashkan-shapir. La région inférieure est placée sous la direction d'un certain Sin-iddinam, ancien secrétaire de Hammurabi, qui se charge d'assurer la transition du contrôle larséen au contrôle babylonien, notamment de faire appliquer le droit de Babylone à la place du droit traditionnel du Yamutbal. Il ne semble pas qu'il y ait eu d'importantes confiscations de terres à ce moment-là, les détenteurs de terre restant généralement les mêmes qu'auparavant[124], et le roi procède à une rémission de dettes dans les pays conquis[125]. Une inscription bilingue sumérien-akkadien commémore la restauration du grand sanctuaire de Larsa, l'Ebabbar dédié au dieu Shamash[126]. Le domaine royal de Larsa a été incorporé dans le domaine royal de Hammurabi, et ses ressources sont désormais redirigées vers Babylone sur demande du souverain[127]. De plus, l'annexion de Larsa semble avoir eu un impact culturel important pour le royaume de Babylone, résultat de l'intégration de membres de l'élite cultivée de l'ancien royaume, notamment celle versée dans les écrits en sumérien. Visible notamment dans les inscriptions royales, qui sont en sumérien après la conquête de Larsa alors qu'elles étaient en akkadien auparavant. Elle semble avoir donné exercé une influence profonde sur l'idéologie politico-religieuse, la littérature, le culte et l'art de gouverner dans le royaume babylonien, jusqu'alors plutôt en position secondaire sur le plan culturel[128],[129].

 
Lettre écrite par Hammurabi au gouverneur de Larsa, Sin-iddinam, sur le déplacement de statues de déesses. Musée de l'Orient ancien d'Istanbul.
« Dis à Sin-iddinam : ainsi parle Hammurabi. Les travailleurs relevant d'Inuh-samar doivent te conduire en toute sécurité les déesses du Yamutbal (qui se trouvent) dans ta province. Lorsqu'ils t'auront rejoint, mobilise des travailleurs parmi les travailleurs sous ta responsabilité afin qu'ils conduisent en toute sécurité les déesses dans leur résidence[130]. »

Environ une centaine de lettres mises au jour à Larsa sont adressées par Hammurabi à Sin-ddinam. Elles ont pour objet des sujets divers : la gestion du système d'irrigation, des troupes militaires, la levée des impôts, l'organisation des corvées et de la force de travail, l'envoi de denrées et d'animaux à Babylone, diverses affaires judiciaires, également des activités de police[131],[132]. Ainsi dans cette lettre Hammurabi lui demande de s'occuper d'une affaire de corruption :

« Dis à Sin-iddinam : ainsi parle Hammurabi.
Shumman-la-ilum m'a parlé ainsi, en disant : « À Bad-Tibira, il y a eu de(s) pot(s) de vin et il y a (à la fois) des hommes qui ont perçu le(s) pot(s) de vin et des témoins qui connaissent ces faits. » Il m'a parlé ainsi. Comme tu vois, je viens d'envoyer chez toi ce Shumman-la-ilum, 1 cavalier et 1 soldat régulier. Lorsque tu verras ma présente tablette, enquête sur cette affaire, et s'il y a eu de(s) pot(s) de vin, scelle et envoie-moi l'argent et tout ce qu'ils ont perçu dans le pot de vin. Fais conduire devant moi les hommes qui ont perçu le pot de vin et les témoins qui connaissent (ces) faits, que Shumman-la-ilum te montrera ![133] »

 
Lettre de Hammurabi à Shamash-hazir, pour qu'il attribue une terre de la couronne à une personne. Musée du Louvre.
« Dis à Shamash-hazir, ainsi parle Hammu-rabi :
Nanna-tum m’a dit ceci : « Dans mon champ à redevance, une grande partie de la terre n’a pas été irriguée. » Voilà ce qu’il m’a dit.
Va sur le champ à redevance de Nanna-tum, et inspecte le champ qui est donné contre redevance à Nanna-tum mais qu’on n’a pas irrigué, car trop élevé pour (recevoir) les eaux. Dans une terre qui est (située) sur une rive du canal […] (et) qui est à la disposition du Palais, donne à Nanna-tum un champ irrigué en échange du champ qu’on n’a pas irrigué. Qu’il n’ait pas de motif de plainte pour sa redevance en grain ! (Si) tu ne donnes pas un champ irrigué à Nanna-tum, il aura des motifs de plainte et la perte de sa redevance sera mise sur ton compte (lit. sera placée sur toi) ![134] »
.

L'autre destinataire principal des lettres de Hammurabi retrouvées à Larsa est Shamash-hazir, « chef du cadastre », administrateur de terres du palais dans la province inférieure du Yamutbal, et dont on ne sait pas s'il était placé sous la supervision de Sin-iddinam ou pas. Il s'agit d'une source essentielle pour la connaissance de la gestion du domaine agricole dépendant directement du roi à l'époque de la première dynastie de Babylone[135]. Ce domaine est divisé en deux parties : une « réserve » dont les terres étaient concédées à des sortes d'entrepreneurs versant en contrepartie une redevance en argent et en nature ; des « tenures » concédées par le roi à des particuliers en échange d'un service (ilkum) qu'ils lui rendent (militaire, artisanal, etc.), des « champs alimentaires (ou de subsistance) » selon la terminologie de l'époque, car ils permettent de financer ce service (il s'agit donc d'une forme de rémunération). Les lettres adressées par Hammurabi à Shamash-hazir concernent prioritairement les attributions de telles terres et les nombreux litiges qu'elles soulevaient (qui se retrouvent aussi dans la correspondance avec Sin-iddinam), car ces terres font souvent l'objet d'appropriation par des personnes à qui elles ne sont pas attribuées, ce qui nécessite souvent une enquête sur le terrain diligentée par Shamash-hazir en personne[136],[137],[138]. Dans le cas suivant, particulièrement complexe, Shamash-hazir et Sin-iddinam sont sommés par le roi d'enquêter de concert[139] :

« Dis à Shamash-hazir, ainsi parle Hammurabi :
Ili-ippalsam le berger-rê’ûm m’a appris ceci : « Il y a 4 ans, Etel-pi-Marduk m’a confisqué le champ de 3 bur qui m’est officiellement attribué par un acte scellé de mon seigneur et il ne cesse d’en prendre le grain. De plus, Sin-iddinam a appris (cela), mais on ne me (l’)a pas rendu. » Voilà ce qu’il m’a appris.
Je viens d’écrire à Sin-iddinam. Si, comme le dit cet Ili-ippalsam, Etel-pi-Marduk a pris, il y a 4 ans, le champ de 3 bur qui lui est officiellement attribué dans le palais et en jouit, (alors) il n’y a pas d’affaire plus mauvaise que celle-ci !
Enquêtez soigneusement sur cette affaire, et rendez à Ili-ippalsam le champ selon la teneur de l’acte scellé qui lui a été officiellement attribué dans le palais.
Ensuite, évaluez par l’arme du dieu (la quantité de) grain que, depuis 4 ans, Etel-pi-Marduk ne cesse de prendre dans ce champ, et donnez (le grain) à Ili-ippalsam le berger-rê’ûm ! Enfin, écrivez-moi le rapport de ce jugement ![140] »

Il ressort des missives envoyées par Hammurabi à ces deux administrateurs que le roi s'implique souvent personnellement et directement dans les affaires de la province. Il est souvent saisi par ses sujets sur des affaires judiciaires et les problèmes liés à l'attribution de terres, et ordonne à ses subordonnés d'enquêter et de lui rendre compte de manière détaillée. Peu lui importe que l'affaire soit importante ou non[141],[142]. Son implication ressort également de cette lettre dans laquelle Shamash-hazir est convoqué à la cour de Babylone pour un audit de leurs activités sur les trois dernières années[143] :

« Dis à Shamash-hazir, ainsi parle Hammurabi :
À la lecture de ma présente tablette, prenez les tablettes de tous les services que vous avez accomplis, (celles) des champs à redevance, des champs des serviteurs du Palais, des champs des messagers-rakbum de la troupe des archers, des champs des gardiens de troupeaux rê’ûm (et) des pâtres-kaparrum, des champs des artisans et enfin tous les autres champs, tout ce que vous avez donné ou confirmé, les tablettes de listes de noms et d’inspections du nouveau service que vous accomplissez depuis trois ans, (celles) des futurs champs du Palais pour lesquels on vous avait écrit ; vous (les) avez prises et vous êtes venus ; puis, dans Kar-Nabium, vous avez rendu votre rapport, et vous (les) avez déposées dans Mashkan-shapir[144]. »

Les fouilles conduites en 2017 à Ur, ville de l'ancien royaume de Larsa annexée par Hammurabi, ont permis la mise au jour d'un autre lot de tablette datant de la période suivant l'intégration à Babylone. Il s'agit d'une trentaine de textes documentant les activités d'un général babylonien nommé Abisum, en place de l'an 36 de Hammurabi à l'an 11 de Samsu-iluna. Non encore publiées, une première analyse tend à montrer que là aussi la conquête babylonienne n'a pas remis en cause la position de l'élite locale[145].

Justice et loisModifier

 
Sceau-cylindre avec impression, représentant un roi versant une libation devant le dieu-soleil Shamash, divinité garante de la justice, qui tient l'anneau et le bâton symbolisant l'équité. Ur, v. 1900 av. J.-C. British Museum.

Le roi mésopotamien idéal à pour vocation à rendre la justice, protéger le faible contre le puissant. En ce sens la figure du roi-justicier en Mésopotamie est plus une mission qu'une fonction, et le roi ne se présente jamais comme un juge en tant que tel, bien que l'exercice de la justice fasse partie de ses actions. Dans le cas de Hammurabi, cela se voit de façon éloquente dans son fameux Code. Le sommet de la stèle représente le roi face au dieu-soleil Shamash, divinité de la justice, qui est celui qui lui inspire les jugements qu'il rend et qui sont consignés sur la stèle[146]. Le roi est du reste présenté dans l'épilogue de la stèle comme un recours contre les injustices, y compris celles venant de l'exercice courant de la justice :

« Pour que le fort n’opprime pas le faible, pour faire justice à l'orphelin et à la veuve, à Babylone, la ville dont Anu et Enlil ont élevé le faîte, dans l'Esagil, le temple dont les fondements sont aussi stables que les cieux et la terre, pour porter les jugements concernant le pays, pour prendre les décisions concernant le pays, pour faire justice à l'opprimé, j'ai écrit mes paroles précieuses sur ma stèle et je l'ai dressée devant ma statue de « Roi de justice ». (…)

Que l'homme injustement traité, qui est mêlé à une affaire, vienne devant ma statue de « Roi de justice », se fasse lire ma stèle inscrite, qu'il écoute mes paroles précieuses, que ma stèle lui dévoile l'affaire, qu'il voie son cas et qu’il laisse respirer son cœur en ces termes : « Hammurabi, le seigneur qui est comme un père charnel pour les gens, s'est affairé à la parole de Marduk son seigneur et a atteint ce que souhaitait Marduk au nord et au sud ; il a contenté le cœur de Marduk son seigneur, a destiné pour toujours le bien-être aux gens et fait justice au pays. » (…)

À l'avenir, que le roi qui, à un moment donné, apparaîtra dans le pays observe les paroles de justice que j'ai écrites sur ma stèle ; qu'il ne change pas les jugements que j'ai portés pour le pays, les décisions que j'ai prises pour le pays, qu'il n'enlève pas ce que j'ai gravé. […] Si cet homme a été attentif à mes paroles que j'ai écrites sur ma stèle et n'a pas écarté ce que j'ai jugé, n'a pas modifié mes paroles, n'a pas changé ce que j'ai gravé, cet homme sera un homme de justice comme moi ; que Shamash allonge son sceptre, qu'il fasse paître ses gens devant la justice[147]. »

Plusieurs articles du Code de Hammurabi ont d'ailleurs trait à la probité des juges, ce qui renvoie là encore au rôle du roi en tant que garant de la justice et protecteur des justiciables[148].

« § 3 : Si quelqu'un s'est présenté dans un procès pour un faux témoignage et n'a pas pu confirmer ce qu'il avait dit, si ce procès est un procès de vie cet homme sera mis à mort. § 4 : S'il est présenté pour un témoignage (quand il y a pénalité) en orge ou en argent, il subira la pénalité (qui s'ensuivra) de ce procès. § 5 : Si un juge a rendu un jugement, a prononcé une sentence, a fait remettre un document scellé et par la suite a changé son jugement, on convaincra ce juge d'avoir changé le jugement qu'il avait rendu et il donnera douze fois le montant de la réclamation résultant de ce jugement. On le fera publiquement se lever de son siège de juge et il ne pourra plus revenir siéger en jugement avec les juges[149]. »

Le roi est également invoqué dans les serments prêtés lors des procès, aux côtés des divinités garantes de la justice.

 
Lettre de Hammurabi à Sin-iddinam, ordonnant la venue d'hommes à Babylone pour qu'il puisse juger une affaire. British Museum.
« Dis à Sin-iddinam : ainsi parle Hammurabi.
Concernant Sin-rabi que tu m'as envoyé avec Nur-Ishtar : ils ont fait entrer en ma présence ce Sin-rabi et il m'a renseigné sur Iddin-Sin. Comme tu vois, je viens d'envoyer chez toi ce Sin-rabi. Envoie chez moi Iddin-Sin et les témoins dont il (Sin-rabi) te parlera[150]. »

En pratique, le roi peut intervenir directement dans la vie judiciaire de son royaume. Les lettres de Larsa indiquent ainsi qu'il est impliqué dans les affaires concernant le domaine royal, et d'une manière générale son administration[148]. Le gouverneur Sin-iddinam est ainsi souvent sollicité pour trouver des témoins et des preuves afin que le roi puisse prendre une décision[151]. Hammurabi intervient à la demande des justiciables, et l'affaire peut ensuite être tranchée de différentes manières : le roi rend le verdict lui-même ; le roi émet une décision sur un point de droit, que les juges locaux font appliquer ; ou bien il renvoie l'affaire aux juges locaux en demandant à être tenu au courant de ses suites[152]. Des lettres de Larsa indiquent du reste que le roi n'est pas forcément celui qui rend les jugements à Babylone, puisque dans plusieurs cas cette tâche incombe à un certain Awil-Ninurta, peut-être un « ministre »[153].

 
Face avant de la stèle du Code de Hammurabi. Musée du Louvre.

Le Code de Hammurabi dérive directement de cette fonction de garant de la justice. Rédigé vers la fin du règne de Hammurabi et surtout connu par une grande stèle sur laquelle il a été inscrit (des tablettes documentent aussi des parties du texte), son statut est débattu[154],[155]. Ce n'est certes pas le seul recueil législatif mésopotamien connu, ni le plus ancien, mais c'est le plus long qui soit connu. Il se présente par bien des aspects, exprimés dans son prologue et son épilogue, comme une inscription commémorative célébrant le sens de la justice de Hammurabi, et visant à prolonger son souvenir dans l'avenir[156]. Mais la présence de « lois », définies dans le texte comme des « jugements justes », entre ceux deux passages interroge sur leur utilisation. Divisées par les historiens modernes en 282 « articles », elles sont arrangées de façon thématique, abordant divers sujets : pratiques judiciaires, atteintes à la propriété, structures agraires, affaires financières, droit de la famille, délits de coups et blessures, des dispositions sur diverses professions, et la propriété des esclaves[157],[158]. Il semble qu'un bon nombre de ces lois aient rédigées à partir d'affaires ayant effectivement été jugées par Hammurabi. Certains spécialistes y voient donc un ensemble de précédents issus de la jurisprudence royale, devant servir d'exemples, de modèles. Mais d'autres vont plus loin en les analysant comme des rescrits, des solutions générales dégagées à partir de cas particuliers, et effectivement destinés à être appliqués par des juges[148],[159],[160].

Il n'y a aucun exemple explicite d'utilisation du Code par des juges, mais certaines tablettes indiquent que des décisions royales étaient conservées et copiées par des juges, de façon à servir pour aider à juger des affaires, donc des sortes de rescrits, qui dès lors qu'ils sont prononcés par le roi, garant de la justice, ont une valeur normative[148]. Selon D. Charpin, « ainsi, même lorsque le roi en personne ne rendait pas la justice, celle-ci était-elle au moins indirectement son œuvre[161]. » Une lettre de Larsa adressée par Hammurabi à Sin-iddinam relative à d'anciens fonctionnaires du royaume de Larsa qui avaient déserté et s'étaient réfugiés à Babylone durant le conflit entre les deux mentionne l'application d'un nouveau droit dans les territoires conquis, manifestement celui de Babylone (donc le Code ou bien un recueil législatif antérieur ?) qui a remplacé celui de Larsa[162],[163] :

« Dis à Sin-iddinam : ainsi (parle) Hammurabi.
Voici que je t’envoie Eri[…] avec des fonctionnaires qui sont en poste à la porte du palais mais qui ont déserté. Quand ils t’auront rejoint, examine leur affaire, élucide leur cas et rends-leur un verdict conforme au droit (dīnum) qui prévaut maintenant dans l’Emutbalum. Veille à les traiter de manière équitable[164]. »

« § 209 : Si quelqu'un a frappé une fille de notable (awīlum) et lui a fait expulser son fœtus, il payera 10 sicles (environ 80 g) d'argent pour le fœtus. § 210 : Si cette femme est morte, on tuera sa (= de l'agresseur) fille. § 211 : S'il a fait expulser son fœtus à la fille d'un homme du peuple (muškēnum) en (la) frappant, il payera 5 sicles (environ 40 g) d'argent. § 212 : Si cette femme est morte, il payera une demi-mine d'argent. § 213 : S'il a frappé l'esclave femme (amtum) de quelqu'un et lui a fait expulser son fœtus, il payera 2 sicles (environ 16 g) d'argent. § 214 : Si cette esclave est morte, il payera un tiers de mine d'argent. »

La distinction des peines en fonction des statuts sociaux dans le Code de Hammurabi[165].

Cela indiquerait qu'il y a aussi dans l’œuvre législative de Hammurabi un objectif de modification et d'unification des différentes coutumes qui existent dans les territoires, au moins dans certains domaines qui préoccupent plus le monarque, car le Code ne concerne pas tous les aspects de la vie juridique, loin de là. Du reste, cette tentative reste en bonne partie théorique[163]. Les historiens et les juristes ont notamment beaucoup discuté sur les différentes catégories sociales présentes dans le Code. Si l'opposition libre/non-libre structurant traditionnellement la société mésopotamienne est visible dans le traitement plus discriminant envers les esclaves, le Code distingue en plus au sein des hommes libres entre l’awīlum et le muškēnum, le premier étant l'élite proche du palais, au un statut plus honorable, et le second une catégorie intermédiaire aux contours flous, peut-être la masse de la population évoluant en dehors des sphères du palais[166],[167]. Mais en dehors du Code le terme muškēnum désigne certes des gens n'appartenant pas à l'élite du palais et occupant clairement une position sociale subalterne, mais jamais en tant que catégorie juridique. Selon S. Lafont « on peut alors se demander si l’objectif du souverain n’était pas d’introduire une discrimination juridique là où n’existait qu’une déconsidération sociale. » La tentative aurait tourné court, puisque la distinction juridique ne s'est pas imposée[168].

Le roi a également une fonction de justice sociale, c'est-à-dire une responsabilité dans la garantie de l'équité, et on attend donc qu'il mettre fin à des situation d'inégalités, notamment dans le cas de crises économiques, en prononçant des édits de rémission des dettes appelés andurarum[169],[170]. Hammurabi en prononce une durant sa première année de règne (1792/91), et commémore cela dans le nom de sa deuxième année de règne[171], « Année où le roi Hammurabi a instauré droit et justice dans son pays[172] ». Puis il en prononce une autre dans le pays de Larsa après sa conquête (1763)[125]. Cette recherche d'une forme de justice dans l'économie se retrouve également dans divers articles du Code de Hammurabi qui donnent des prix pour divers types de prestations, qui semble correspondre à un « juste prix », un minimum attendu en dessous duquel la situation était injuste pour celui qui était payé[173].

Guerres et arméeModifier

Le règne de Hammurabi est marqué par de nombreux conflits, mais ses inscriptions ne le présentent pas comme un va-t-en-guerre désireux d'étendre les frontières de son pays, au contraire : il s'y présente plutôt comme contraint à entrer en guerre, malgré lui[174]. Ce roi semble surtout avoir réalisé ses conquêtes en profitant des opportunités qui s'offraient à lui, sans projet de conquête réfléchi à l'avance[175].

Dans l'idéologie de l'époque, l'appui des dieux était nécessaire à la victoire, et Hammurabi sollicitait leur avis par des procédures divinatoires avant d'entreprendre un combat[174]. Sa capacité à triompher est également une vertu royale, les hymnes exprimant également sa puissance et son rôle pacificateur :

« Hammurabi, le roi, héros puissant, exterminateur des ennemis, déluge des combats, qui met fin aux discordes, qui détruit les soldats comme des figures d'argile[78]. »

Lors des guerres, le roi se tient au courant de l'évolution des opérations, commande les mouvements de ses troupes et communique avec ses alliés, comme l'indiquent certaines des rares lettres de Hammurabi mises au jour à Mari, qui informent son allié Zimri-Lim et ses subordonnés des dernières nouvelles du front contre l'armée élamite et cherchent à coordonner les actions des troupes coalisées[176] ; ainsi celle-ci dans laquelle il informe un responsable mariote qu'il a reçu des informations d'un fugitif sur le fait qu'après avoir pris la ville de Mankisum les troupes ennemies se sont mises en déplacement, ce qui l'a incité à déplacer ses propres troupes afin de stopper leur progression[177] :

« Dis à Buqâqum : ainsi (parle) Hammurabi.
Un fugitif s’est enfui du pays d’Eshnunna et il m’a donné l’information suivante : « [La troupe] qui est rassemblée à Mankisum se dispose à attaquer la rive de l’Irnina. » Telle est l’information qu’il m’a donnée. Je viens d’écrire à Nidnat-Sin et à Ilân-shemeʾa d’aller avec leurs troupes à la rive de l’Irnina et de se tenir prêts. [À présent], Nidnat-Sin et Ilân-shemeʾa vont partir avec leurs troupes ; de la sorte ils demeureront sur la rive de l’Irnina jusqu’à ce que tu apprennes des nouvelles de cette troupe, puis ils partiront vers leur position, et j’enverrai avec eux à Rapiqum la troupe de renfort pour laquelle tu m’avais écrit[178]. »

Il semble qu'il était attendu que le roi passe en revue ses troupes avant le combat, la guerre étant une des principales occasions durant lesquelles un souverain était en contact avec son peuple[179]. Une lettre de Mari rapporte par ailleurs le discours de Hammurabi avant l'assaut de Mashkan-shapir, dans laquelle il proclame être dans son bon droit face à son ennemi, Rim-Sin de Larsa, ce qui a été confirmé par des consultations oraculaires auprès de Marduk et de Shamash, et demande en même temps la clémence si la ville capitule[180] :

« (début manquant) Telles sont les mauvaises paroles que Rim-Sin [a exprimées]. Il n’y a personne d’autre, en dehors des grands dieux qui sont venus à mon secours, et Zimri-Lim, le roi Sim’alite, qui m’a donné et redonné la vie. Maintenant, le Larséen a mécontenté(?) mon pays à force de pillage. Depuis que les grands dieux [ont arraché] de ce pays l’emprise de l’Élamite, j’ai accordé de nombreuses faveurs au Larséen mais il ne m’a pas récompensé par un bienfait. Maintenant, je me suis plaint à Shamash et Marduk et ils m’ont sans cesse répondu “oui” : je n’ai pas effectué cette attaque sans (l’accord) de la divinité ».
Il a parlé à ses troupes en ces termes : « Allez ! Que la divinité marche devant vous ! Si (lorsque) vous arrivez, la ville s’ouvre devant vous, recevez sa capitulation ! Bien qu’elle ait méprisé le serment par Shamash et Marduk, ne [nuisez] en rien à cette ville ! Si cette ville ne s’ouvre pas, […] et écrivez-moi ». Telles sont les instructions […] qu’il a données à ses soldats[181]. »

Au regard des nombreux conflits qui ont émaillé le règne de Hammurabi, il n'est guère surprenant que les préoccupations militaires ressortent à plusieurs de la documentation le concernant. À cette période les soldats de métier, qui constituent le socle de l'armée, sont rémunérés comme d'autres serviteurs du palais par le système de l’ilkum, c'est-à-dire qu'ils reçoivent une terre dont les revenus doivent l'aider à son entretien et son équipement. Le problème étant de conjuguer la mise en valeur de la terre, qui impose d'être présent au moins une partie de l'année, avec les campagnes militaires qui mobilisent les soldats souvent loin de chez eux. Une longue partie du Code de Hammurabi (§ 26-41) est de ce fait consacrée à la situation des soldats, divisés en deux catégories, le rēdum, littéralement « celui qui suit », une sorte de fantassin, et le bā'irum, littéralement « pêcheur », un soldat qui patrouille sur des navires. Le Code prévoit les cas où un soldat choisit de confier l'exploitation de sa terre de service par un autre, ou bien les cas où il est fait prisonnier et doit alors être remplacé par son fils. La désertion est punie de mort[182],[183]. Les tablettes de Larsa renvoient aussi à ses préoccupations : des tablettes de rôle indiquent qu'après l'annexion du territoire, Hammurabi fait procéder à un recensement qui semble destiné à savoir qui peut être mobilisé[184],[185]. Le gouverneur Sin-iddinam est régulièrement sollicité pour lever des troupes. Shamash-hazir est quant à lui chargé d'attribuer des terres du domaine royal à des soldats[186]. Plusieurs articles du Code prévoient également la question du rachat de prisonniers de guerre, souvent effectués par des marchands en déplacement à l'étranger, qui reçoivent ensuite une compensation. Une lettre de Larsa documente également une telle situation[187],[188] :

« Dis à Lushtamar-Zababa et Belanum : ainsi (parle) Hammurabi.
Sin-ana-Damrum-lippalis, fils de Maninum, que l'ennemi a capturé, – donnez à son marchand 10 sicles d'argent provenant du temple de Sin et rachetez-le[189]. »

L'armée de Hammurabi intégrait également des contingents étrangers, les troupes fournies par Mari lors des guerres contre l'Élam et contre Larsa étant les mieux documentées. Elles gardent un commandement séparés, et les lettres des officiers mariotes à leur souverain sont une source essentielle pour reconstituer le conflit contre Larsa. Une lettre décrit la réception d'un de ces contingents par Hammurabi en personne, qui assiste à leur parade puis leur offre des présents[190]. D'autres tablettes documentent les problèmes de ravitaillement de ces troupes, et d'autres que Hammurabi a de son côté envoyé à Mari[191].

Activités diplomatiquesModifier

Les textes mis au jour à Mari permettent de reconstituer les pratiques diplomatiques de l'époque de Hammurabi, activités qui sont également documentées par d'autres archives proches dans le temps, mais qui ne donnent par d'informations sur Hammurabi[192].

Les relations diplomatiques sont alors régies par une hiérarchie stricte : il existe des rois de premier rang et des rois de rang secondaire. Hammurabi fait partie des premiers, au même titre que les rois de Mari, du Yamhad (Alep), de Qatna, de Larsa, d'Eshnunna, et d'Élam (ce dernier étant même apparemment encore un rang au-dessus des autres, au moins avant sa défaite). Dans le vocabulaire diplomatique de l'époque, ils se considèrent comme des « frères ». En revanche les rois de rang secondaire sont leurs « fils », et ils doivent les considérer comme leurs « pères »[193]. Hammurabi rappelle cela lors d'une audience avec les messagers de son « fils » Ishme-Dagan d'Ekallatum :

« Aux rois qui m’écrivent en tant que fils, toi, écris-leur en tant que frère. À Zimri-Lim (le roi de Mari) qui m’écrit en tant que frère, toi, écris-lui en tant que fils[194]. »

Les relations normales entre les cours de l'époque passent par la circulation de messagers représentant le souverain qui les mandate à la cour d'un autre roi[195], qui peuvent être chargés de porter les présents que s'échangent entre eux les rois[196], ou encore des négociations entre les deux cours. Les représentants du roi de Mari à la cour de Babylone tiennent ainsi leur maître informé des tractations qu'ils ont avec le roi babylonien pour son compte, mais ils servent aussi d'informateurs sur les activités diplomatiques qu'ils observent à la cour babylonienne (toutes les audiences n'étant pas publiques). Ces lettres rapportent différentes réceptions royales, parfois émaillées d'incidents, comme dans ce cas-ci où les Mariotes se plaignent de ne pas être traités avec la même déférence que les représentants du royaume du Yamhad, alors qu'ils sont également des émissaires d'un roi de premier rang. Cela crée un esclandre et une dispute avec Sîn-bel-aplim, le ministre de Hammurabi chargé de la réception des ambassades étrangères, et le roi de Babylone intervient finalement personnellement :

« Dis à mon Seigneur (Zimri-Lim de Mari) : ainsi parle Lâ'ûm, ton serviteur :
Nous sommes entrés pour le repas devant Hammurabi. Nous sommes entrés dans la cour du palais. Zimrî-Addu, moi-même et Yarîm-Addu nous trois seuls, on nous a revêtus d'habits et les Yamhadéens qui sont entrés avec nous, on les en a vêtu tous. Comme il avait vêtu tous les Yamhadéens alors qu'il ne l'avait pas fait pour les secrétaires, serviteurs de mon seigneur, moi j'ai dit à Sîn-bel-aplim à leur propos : « Pourquoi cette ségrégation de ta part envers nous, comme si nous étions des fils de truie ? Nous, de qui donc sommes nous les serviteurs et les secrétaires, de qui (le sont-ils) ? Nous tous, nous sommes serviteurs d'un roi de premier rang. Pourquoi faites-vous étrangères la droite avec la gauche ? »
Voilà ce que j'ai dit vivement à Sîn-bel-aplim. Moi-même je me suis pris de bec avec Sîn-bel-aplim et les secrétaires, serviteurs de mon Seigneur, se sont fâchés et sont sortis de la cour du palais. On a dit l'affaire à Hammurabi et par la suite on les a vêtus d'habits. Une fois qu'ils furent vêtus Tâb-eli-matim et Sîn-bel-aplim m'ont fait des reproches et m'ont tenu ce langage : « Voici ce que (te) dit Hammurabi : “Tu ne cesses, dès potron-minet, de me chercher noise. As-tu donc la charge d'être le censeur de mon palais concernant les habits ? Je vêts qui me plaît et ne vêts point qui me déplaît. Je ne vêtirai pas une autre fois de (simples) messagers à l'occasion d'un repas !” »
Voilà ce qu'a dit Hammurabi : mon Seigneur en est informé ![197]. »

On sait par d'autres exemples que Hammurabi traite les messagers étrangers en fonction des relations qu'il entretient avec leur souverain : les messages élamites sont ainsi mis à la portion congrue quand les deux pays sont en guerre, puis mieux traités une fois que les troupes élamites ont quitté la Mésopotamie[198]. D'autres fois Hammurabi sait montrer sa gratitude envers les diplomates de Mari, notamment lorsque l'un d'eux, en poste à la cour du Yamhad (Alep), a facilité son alliance avec le roi local, son homonyme Hammurabi. Hammurabi convoque alors le représentant du roi de Mari à sa cour :

« Hammurabi (de Babylone) a donné de bons messages aux messagers [...] yamhadéens et qatnéens. Une fois que ces messagers eurent reçu leur mission et qu'ils furent partis, c'est moi qu'il a convoqué et il m'a tenu le langage suivant : « Si ton seigneur (le roi de Mari) n'avait pas envoyé Hammi-shagish, son serviteur de confiance, Hammurabi (d'Alep) aurait traîné concernant le serment par le dieu. À présent, Hammi-shagish l'a entrepris par ses propos et il lui a fait prêter serment par les dieux[199]. » »

Les accords diplomatiques[200] sont en effet monnaie courante dans le Moyen-Orient amorrite, et le moment de formation de la coalition contre l'Élam voit de plusieurs accords être négociés et le cas échéant conclus par Hammurabi. Ces alliances ne donnent pas forcément lieu à des textes écrits, même si ont été conservées des tablettes de protocoles de serments qui contiennent les dispositions principales de l'accord et les dieux invoqués en tant que garants de l'alliance. Ils sont rédigés de façon unilatérale : chacun des partenaires envoie à l'autre les engagements qu'il souhaite le voir prendre[201]. L'élément le plus crucial est le rituel de prestation de serment, marqué par une gestuelle précise et un serment par les dieux, devant des symboles divins[202].

Les tractations concernant l'accord diplomatique entre Hammurabi et Zimri-Lim contre l'Élam et son roi Siwepalarhuhpak sont documentées par plusieurs textes. Pendant un temps, le litige entre les deux royaumes au sujet de la domination de la ville de Hit fait obstacle, mais il est mis de côté de façon à ne pas faire obstacle à l'alliance. Ensuite interviennent des problématiques liées aux gestes et au moment de la prestation de serment[203]. Une lettre indique que Hammurabi refuse de s'engager le 25 du mois, apparemment un jour jugé néfaste pour invoquer le nom du dieu-lune Sin, et prête serment trois jours plus tard devant son conseil :

« À notre seigneur dis ceci : ainsi (parlent) Abumekin et La’um, tes serviteurs.
Je suis arrivé à Babylone et j’ai exposé toute l’affaire devant Hammurabi.
Je l’ai entrepris au sujet de l’engagement sur la vie, mais au sujet de Hit il a fait complètement obstacle. Il a cherché à me faire quitter le sujet mais je n’y ai pas consenti, j’ai conduit l’affaire comme il convenait, j’ai pu faire face et j’ai fait jeu égal avec lui. (Le cas de) Hit reste à juger.
Le 25, il ne s’est pas engagé par serment sur sa vie en disant « Si Sin n’était pas … dans la tablette d’engagement sur la vie, c’est le 25 que je me serais engagé sur ma vie mais étant donné que Sin … je ne m’engagerai pas sur ma vie le 25 et ton maître doit jurer de la même façon. Qui, (dans ces conditions) accepterait de faire jurer ? » Le 27, j’ai versé l’eau sur ses mains. Le 28, au cours de son conseil Hammurabi a juré par les dieux pour mon seigneur, que mon seigneur sache cela. Après (avoir envoyé) cette tablette, je prendrai la tête des divinités de mon seigneur, vers[…] je placerai devant [mon seigneur(?)][204]. »

Le protocole de serment prêté par Hammurabi a été conservé par son partenaire, Zimri-Lim, et retrouvé dans les archives de Mari. De façon symétrique Hammurabi a dû conserver dans ses propres archives le protocole de serment de Zimri-Lim.

« Jure par Shamash des cieux, jure par Addu des cieux, par ces dieux-là, Hammurabi, fils de Sîn-muballit roi de Babylone (en ces termes) !
À compter de ce jour, pour ma vie entière je serai en guerre avec Siwepalarhuhpak. Je ne ferai pas prendre la route à des serviteurs à moi, comme messagers, avec des serviteurs à lui et ne les lui dépêcherai pas !
Je ne ferai pas la paix avec Siwepalarhuhpak, sans l'aveu de Zimri-Lim roi de Mari et du pays bédouin. Si, avec Siwepalarhuhpak, je me propose de faire la paix, je jure d'en délibérer avec Zimri-Lim roi de Mari et du pays bédouin (pour savoir) s'(il faut) ne pas faire la paix. Je jure que c'est de concert que nous ferons la paix avec Siwepalarhuhpak !
C'est avec de bons sentiments et sincérité complète que je formule ce serment par mes dieux, Shamash et Addu, qui est juré à Zimri-Lim fils de Yahdun-Lim roi de Mari et du pays bédouin et que je m'approche de lui[205]. »

Les mariages interdynastiques étaient un autre aspect important des pratiques diplomatiques. Concernant Hammurabi, seul est connu le mariage entre une de ses filles et le roi Silli-Sîn d'Eshnunna, qui doit se produire lorsque l'alliance entre les deux est conclue[90].

Grands travauxModifier

Une autre activité caractéristique de la fonction royale mésopotamienne à laquelle se livre Hammurabi sont les grands travaux d'aménagement, qui concernent les campagnes et les villes[206].

Le creusement de canaux servant pour l'irrigation et le transport revient souvent dans les noms d'années des rois de l'époque amorrite, et Hammurabi ne déroge pas à la règne. Ainsi l'an 33 de son règne célèbre la réalisation d'un canal nommé en son honneur, « Hammurabi (apporte) l'abondance au peuple » (en akkadien Ḫammu-rabi nuḫuš nishī) :

« Année où le roi Hammurabi creusa le canal « Hammurabi (apporte) l'abondance au peuple, le bien-aimé d'(An) et d'Enlil » ; il fournit de l'eau pérenne en abondance pour Nippur, Eridu, Ur, Larsa, Uruk et Isin ; (...)[60],[61]. »

Cette construction est à mettre en rapport avec les différents travaux entrepris dans les territoires de l'ancien royaume de Larsa après sa conquête. Comme le nom du canal l'indique, dans l'idéologie royale cela concerne la capacité du bon souverain à assurer la prospérité de son peuple[206]. Deux autres noms d'années, plusieurs inscriptions commémoratives ainsi que le prologue du Code de Hammurabi rapportent également de tels actes[207].

Les souverains mésopotamiens entreprennent également souvent des constructions ou réfections de murailles, assurant ainsi la protection du peuple[206]. Plusieurs inscriptions de Hammurabi font référence à de tels travaux à Sippar, une des deux villes (avec Larsa) ayant le dieu-soleil Shamash pour divinité tutélaire. Cette construction est de plus l'objet du nom de l'année Hammurabi 23[208], « Année où (il stabilisa) les fondations de la muraille de Sippar »[209],[210]. L'ouvrage porte là encore un nom en l'honneur du roi, « Sur l'ordre de Shamash, puisse Hammurabi ne pas de avoir rival ! »[206], invoquant la protection que lui accorde le dieu local. L'inscription suivante relate cette construction, également le creusement d'un canal et des exemptions accordées aux gens de Sippar, là encore des aspects de la figure du roi « bon pasteur » de son peuple, qui en retour doit adresser aux dieux des prières pour le bien-être du roi, et préserver son souvenir :

 
Cône d'argile rapportant la construction de la muraille de Sippar par Hammurabi (un des exemplaires du texte traduit à côté). Musée du Louvre.

« Quand le dieu Shamash, grand seigneur du ciel et de la terre, roi des dieux, avec son visage resplendissant, (me) regarda joyeusement moi, Hammurabi, le prince, son favori, m'a accordé pour l'éternité royauté (et) un règne de longs jours, a affermi pour moi le fondement du pays qu'il m'avait donné à gouverner, m'a parlé de par sa pure parole qui ne peut être modifiée afin d'établir le peuple de Sippar et de Babylone en de paisibles demeures, (et) m'a confié la grande mission de construire la muraille de Sippar (et) d'élever son pinacle. À ce moment-là, moi, Hammurabi, roi puissant, roi de Babylone, révérencieuse, celui qui écoute le dieu Shamash, le bien-aimé de la déesse Aya, celui qui contente le dieu Marduk, son seigneur, par la puissance suprême que le dieu Shamash m'a octroyé, avec la levée la troupe de mon pays, j'ai élevé le sommet de la fondation de la muraille de Sippar avec de la terre (jusqu'à ce qu'elle soit) comme une grande montagne. J'ai construit (cette) haute muraille.
Ce que par le passé aucun roi parmi les rois n'avait construit, pour le dieu Shamash, mon seigneur, je lui ai bâti somptueusement. Le nom de cette muraille est : « Sur l'ordre de Shamash, puisse Hammurabi ne pas de avoir rival ! »
Dans mon règne gracieux que le dieu Shamash a sollicité, j'ai annulé le devoir de corvée pour le dieu Shamash pour les gens de Sippar, la vieille ville du dieu Shamash.
J'ai creusé son canal (et) lui ai fourni de l'eau perpétuelle pour son pays. J'ai accumulé plénitude et abondance. J'ai établi la joie pour les habitants de Sippar.
Ils prient pour ma vie. J'ai accompli ce qui plaisait au dieu Shamash, mon seigneur, et à la déesse Aya, ma dame. J'ai mis mon nom auguste dans les bouches du peuple (afin) qu'ils le clament quotidiennement comme (celui d')un dieu et qu'il ne soit pas oublié, pour l'éternité[211]. »

Personnalité et compétences politiquesModifier

Les tablettes de Mari, qui sont les seuls documents à montrer Hammurabi par ses actes et ses paroles au quotidien, dessinent un négociateur habile et peu enclin à faire place aux prétentions de ses alliés, même quand il a besoin de leur appui[212]. Cela ressort notamment au sujet des tractations autour de la ville de Hit, disputée entre Babylone et Mari, qui font un temps obstacle à l'alliance entre les deux malgré l'invasion élamite, qui menace directement Babylone et face à laquelle elle a un besoin de l'appui de Mari. Le sujet est laissé en suspens de façon à permettre l'alliance, ce qui n'empêche pas Hammurabi de repousser les demandes mariotes et de rappeler ses prétentions sur la ville et leur justification, à savoir le fait que la ville ait du naphte nécessaire à l'étanchéité des bateaux, moyen de transport crucial dans le Sud mésopotamien en raison de ses nombreuses voies fluviales. Cela souligne par ailleurs que le roi babylonien a pleine conscience des enjeux sur l'accès aux matières premières nécessaires à son pays[213],[214]. Ainsi que le rapporte un émissaire de Mari à son roi :

« (Hammurabi :) « ... la ville de Hit [...] et c’est au sujet de cette ville que les plus grandes difficultés ont [été faites.] Depuis quatre ans cette affaire n’est pas réglée entre Zimri-Lim et moi : il n’y a pas […] ; que l’affaire de la frontière (soit remise à) plus tard. Enlevez Hit de la tablette d’engagement sur la vie, que je puisse m’engager par serment, puis prenez la tête de(s) troupes et faites route. Lorsque le but sera atteint, qu’alors les rois nos frères siègent et nous rendent un jugement : je me soumettrai au jugement qu’ils prononceront. » Voilà ce qu’il m’a déclaré et je lui ai répondu ainsi : « Mon seigneur a réuni pour toi les secours du pays tout entier et mon seigneur a marché contre l’adversaire et l’ennemi qui te cernaient, pour l’abattre et pour arracher du pays d’Akkad la griffe de l’ennemi. Pour (tout) le bien (que t’a fait) mon seigneur, renonce à ces villes qui sont le lot de mon seigneur et, par les eaux courantes du fleuve, fais-lui une faveur et quand tout va pour le mieux, ne suscite pas un sujet de mécontentement que l’affaire ne tourne pas à l’a[ffrontement] ». Voilà ce que je [lui ai ré]pondu. (Il a dit) : « C’est ce qui me préoccupe que je vous dis ; s[i(?) ...] ... pourquoi aurais-je désiré Hit ? La force de votre pays, (ce sont) les ânes et les chariots mais la force de ce pays ce sont les bateaux. C’est justement pour le bitume et la naphte que je désire vraiment cette ville ; pour quelle autre raison ai-je désiré cette ville de lui ? En échange de Hit, je prêterai l’oreille à tout ce que Zimri-Lim m’écrira ». Hammurabi a affirmé ses prétentions sur Hit en disant : « quand ... […] à Hit [je] ne [renoncer]ai pas »[215]. »

Il savait donc utiliser à son avantage ses alliés tout en leur donnant le minimum possible, ce dont Mari fait les frais. Il fait également respecter son statut et ne s'en laisse pas compter par les rois de rang inférieur au sien[216]. Une lettre rapporte par exemple une audience tendue entre Hammurabi et des émissaires d'Ishme-Dagan d'Ekallatum, allié de longue date et parent éloigné de Hammurabi. L'échange a trait à diverses plaintes d'Ishme-Dagan, d'abord sur le fait qu'il n'a pas avoir reçu de troupes de Hammurabi à l'inverse d'autres rois du nord de la Mésopotamie, malgré l'aide qu'il lui a accordé par le passé, puis viennent ensuite des récriminations à propos de Mari que les messagers d'Ekallatum cherchent apparemment à occulter[217]. Tout cela provoque plusieurs accès de colère à Hammurabi :

« Hammurabi leur a répondu ceci : « À [qui] ai-je donné des troupes ? Dites, dites ! » S’étant approché, il a répété 5 fois ou 6 fois (sa question), les forçant à dire : « Tu [as donné] des troupes à Atamrum (roi d'Andarig) ! » Et Hammurabi leur a répondu : « Quelle troupe ai-je donnée à Atamrum ? C’est une troupe de 3 ou 400 hommes (seulement) que j’ai fait conduire à Atamrum, et la troupe […] (Lacune).
Hammurabi [leur a répondu : « Pourquoi cachez-vous le reste de] votre rapport ? [Dites-moi votre rapport en entier] ». Ils ont dit ceci : « […] »… Il a dit ceci : « Il y a sûrement une autre nouvelle dont vous êtes porteurs ». Eux de dire : « Non, [nous n’avons pas caché] un rapport secret que ton serviteur (Ishme-Dagan) t’aurait envoyé. Ne nous fait pas violence : notre seigneur s’étend sous tes pieds comme une carpette. Même s’il y a un autre roi qui te révère, il ne t’écrit pas de tels messages de soumission ».
Comme les messagers d’Ishme-Dagan avaient dit cela, Hammurabi leur répondit en ces termes : « Puisque vous ne voulez pas achever votre rapport, que mon serviteur qui est venu avec vous achève votre rapport ! » Hammurabi a convoqué son serviteur qui était venu avec et il lui a dit : « Puisqu’ils ne veulent pas achever le rapport dont ils étaient chargés, à ton tour ! Toi, achève leur rapport ! »
Le serviteur d’Hammurabi qui était venu avec eux(!) [vint] ; après qu’il eut répété le rapport que les messagers d’Ishme-Dagan avaient délivré, il le compléta en ces termes : « Zimri-Lim, à qui tu me fais écrire en tant que fils, [cet homme] n’est-il pas mon serviteur ? Il ne demeure pas sur un trône élevé(?) ; je n’ai donc pas écrit de [salutations] élevées ».
À ces mots, Hammurabi s’écria : « Quel scandale ! » Les messagers d'Ishme-Dagan ont nié ce rapport (...)[218] »

On a donc un rare aperçu de la personnalité de Hammurabi, qui apparaît ici sous un jour colérique, impatient et menaçant pour les émissaires d'Ekallatum[219], une personnalité « volatile » selon K. Radner[212]. À plusieurs reprises Hammurabi ordonne des destructions, comme celle du palais de Mari, ainsi que des déportations de vaincus, comme après la révolte du Mutiabal, mais il ne s'agit pas d'actes inhabituels pour son époque, et rien n'indique qu'il soit plus brutal que les autres rois de son temps[220].

Les lettres adressées à ses subordonnés à Larsa le présentent comme un roi très impliqué dans les affaires de son royaume, proche de ses sujets selon M. Van De Mieroop :

« Le style de gestion de Hammurabi était très direct et les lettres indiquent que n'importe qui pouvait se tourner vers lui en cas de problème. Soit il a rendu un verdict et a ordonné à ses fonctionnaires d'exécuter ses ordres, soit il leur a demandé d'enquêter plus avant sur l'affaire. Rien ne semble avoir été trop trivial pour son attention. Il posait des questions sur de petits lots de terre, de simples serviteurs, etc. Certains universitaires ont vu cela comme le signe qu'il était un dirigeant tatillon, mais c'est un jugement erroné. Hammourabi remplit correctement ses fonctions de roi. Il était là pour son peuple et chacun était autorisé à l'approcher. Cela créait un lien personnel entre le roi et son peuple[221]. »

Pour P.-A. Beaulieu cette implication pourrait révéler le fait qu'il cherchait à combattre la corruption et la constitution de fiefs qui menaceraient l'intégrité de son État, ce qui expliquerait alors son succès en tant que bâtisseur de royaume[222].

Hammurabi avait-il la volonté de constituer un empire à l'image de ceux des dynasties d'Akkad et d'Ur ? Il est impossible de trancher, mais au regard du déroulement des conquêtes, l'existence d'un projet mûrement réfléchi dès le début de son règne semble peu probable. Selon D. Charpin : « il est vraisemblable que l'empire fut le résultat, non pas tant d'une politique volontariste, que de l'utilisation habile d’opportunités successives[175]. » Cela revient à tout le moins à lui reconnaître une grande habilité politique, et à utiliser du mieux qu'il pouvait les opportunités offertes par le contexte international très ouvert de son temps, en particulier dans les années 1770-1760. Selon P.-A. Beaulieu :

« Il est tentant pour les historiens d'expliquer rétrospectivement le succès de Babylone en mettant en lumière des conditions économiques, géographiques ou environnementales qui auraient rendu son essor inéluctable. De tels facteurs jouent toujours un rôle dans l'histoire, mais aucun ne doit être considéré comme décisif et Hammurabi doit recevoir également un certain crédit individuel. Un chef moins capable et rusé aurait facilement pu échouer, laissant d'autres villes tenter d'unifier la Mésopotamie sous une seule administration[223]. »

HéritageModifier

Sous le pouvoir du successeur de Hammurabi, Samsu-iluna, l'empire très récent de Babylone commence à reculer[224].

Les successeurs de Hammurabi essuient encore d'autres défaites et pertes de territoires du fait de la dynastie du Pays de la Mer dans le sud, de l'Élam à l'est et des Kassites au nord-est[224]. Ainsi le royaume de Babylone est-il rapidement réduit au petit État qu'il était peu de temps après sa fondation[224].

PostéritéModifier

Période antiqueModifier

Un texte mésopotamien connu par une copie très fragmentaire d'époque moyenne (v. 1400-1100 av. J.-C.) mise au jour à Nippur, mais peut-être rédigé dès la fin du règne de Hammurabi ou sous celui de son successeur Samsu-iluna, que ses éditeurs ont surnommé « Actes de Hammurabi », relate les triomphes de ce roi, évoquant Eshnunna, l'Élam et Mari[225].

Période moderneModifier

 
Le bas-relief de Hammurabi au congrès des États-Unis : il s'agit en fait de la copie de la tête du dieu Shamash telle que représentée sur la stèle du Code de Hammurabi.

En raison de sa réputation de législateur, Hammurabi est représenté dans plusieurs édifices gouvernementaux des États-Unis. Il est l'un des vingt-trois législateurs représentés en bas-relief de marbre dans la chambre des représentants au Capitole des États-Unis[226]. Une frise d'Adolph Weinman, représentant les grands législateurs de l'Histoire, se trouve sur le mur sud du bâtiment de la Cour suprême des États-Unis ; Hammurabi y figure[227].

Une théorie, datant de la première partie du xxe siècle, soutient que Hammurabi est Amraphel, le roi de Shinar, mentionné dans la Genèse 14 : 1[228],[229].

HommagesModifier

Dans la culture populaireModifier

Hammurabi est le dirigeant de l'empire babylonien dans le jeu de stratégie Civilization VI.

Il est également présent dans le jeu de stratégie Age of Empires.

RéférencesModifier

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  221. « Hammurabi’s management style was very direct and the letters indicate that anyone could turn to him when facing a problem. He either rendered a verdict and directed his officials to carry out his orders, or he asked them to investigate the matter further. Nothing seems to have been too trivial for his attention. He asked about small lots of land, single servants, and so on. Some scholars have seen this as a sign that he was a petty ruler, but that is a mistaken judgment. Hammurabi properly fulfilled his functions as king. He was there for his people and all were allowed to approach him. This created a personal bond between the king and his people. » : Van De Mieroop 2005, p. 97-98.
  222. Beaulieu 2018, p. 94.
  223. « It is tempting for historians to explain retrospectively the success of Babylon by highlighting economic, geographic, or environmental conditions that would have made its rise inevitable. Such factors always play a role in history, but none should be considered decisive and Hammu‐rabi must also receive some individual credit. A less capable and astute leader might easily have failed, letting other cities make their bid to unify Mesopotamia under a single administration. » : Beaulieu 2018, p. 76-77.
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BibliographieModifier

Sources antiquesModifier

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  • André Finet, Le Code de Hammurabi, Paris, Le Cerf, coll. « Littératures anciennes du Proche-Orient », .

Histoire de la Mésopotamie et de BabyloneModifier

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Période paléo-babylonienneModifier

  • Dominique Charpin, « Histoire politique du Proche-Orient amorrite (2002-1595) », dans Dominique Charpin, Dietz-Otto Edzard et Marten Stol, Mesopotamien : die altbabylonische Zeit, Fribourg et Göttingen, Academic Press Fribourg ou Vandenhoeck & Ruprecht, (lire en ligne), p. 25-480.
  • (en) Odette Boivin, « The Kingdom of Babylon and the Kingdom of the Sealand », dans Karen Radner, Nadine Moeller et Daniel T. Potts (dir.), The Oxford History of the Ancient Near East, Volume 2: From the End of the Third Millennium BC to the Fall of Babylon, New York, Oxford University Press, , p. 566-655.

Règne de HammurabiModifier

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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