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Hôtel de Bagis

hôtel particulier à Toulouse (Haute-Garonne)
Hôtel de Bagis, de Clary ou Daguin
Hôtel de Pierre
HoteldePierre-Toulouse.jpg

Façade de l'hôtel de Bagis

Présentation
Type
Destination initiale
hôtel de Jean Bagis
Destination actuelle
co-propriété privée
Style
Architecte
Construction
1537 ; 1611 ; 1857
Reconstruction
Statut patrimonial
Localisation
Pays
Commune
Adresse
Coordonnées

L'hôtel de Bagis, de Clary ou Daguin, est un hôtel particulier situé au no 25 rue de la Dalbade, dans le centre historique de Toulouse. Les Toulousains l'appellent l’hôtel de Pierre, car sa façade est toute en pierre, ce qui était unique à Toulouse au XVIIe siècle[1]. Il constitue un ensemble exceptionnel de la Renaissance toulousaine.

La construction d'un premier hôtel débute en 1537 sous la direction du célèbre architecte toulousain Nicolas Bachelier : la façade sur cour aux Atlantes en est le plus beau témoin. L'hôtel est modifié en 1611 par l'architecte Pierre Souffron, qui fait construire la nouvelle façade sur rue, entièrement en pierre. Le décor sculpté n'en sera cependant achevé qu'au XIXe siècle[2]. L'hôtel est classé monument historique en 1889[3].

Sommaire

HistoireModifier

En 1533, Jean de Bagis, conseiller au parlement de Bordeaux, rachète cinq immeubles qui appartenaient pour certains à l'avocat Raimond de Saint-Félix. En 1537, il passe commande au célèbre architecte Nicolas Bachelier pour un nouvel hôtel particulier. Jean de Bagis, personnalité importante, devient conseiller au Grand conseil entre 1538 et 1540, puis président aux requêtes du parlement de Toulouse en 1544. Il est par ailleurs l'époux d'Anne de Gondi, sœur d'Albert de Gondi, duc de Retz et proche de la reine Catherine de Médicis. À la mort de Jean de Bagis, l'hôtel passe à sa fille, Marguerite. Celle-ci épouse Jean de Paulo, président au Parlement, qui loue l'hôtel aux procureurs Jean Maynier, Raymond Vortin et Jean Boyer, et au référendaire de la chancellerie Saint-Simon. En 1588, le fils de Jean de Paulo, Philippe hérite de l'hôtel, mais après en avoir cédé plusieurs parts à Jean Boyer et à Françoise de Cathelan dès 1600, il le vend complètement en 1601 à Nicolas de Guerrier, probablement pressé par des ennuis financiers[4].

Nicolas de Guerrier, apothicaire, a fait fortune grâce à sa boutique de la rue des Pélégantiers (actuels no 3 et 5 rue du May) et a déjà accédé au capitoulat en 1583-1584 et en 1593-1594. Il meurt en 1606 et lègue l'hôtel à sa fille, Gabrielle, épouse de François de Clary. Celui-ci, président du Parlement de Toulouse, est une personnalité considérable : né à Cordes, venu sans fortune exercer la magistrature à Toulouse, il est devenu juge mage de la sénéchaussée de Toulouse, puis, en 1606, conseiller du roi en ses conseils d'État, premier maître des requêtes de l'hôtel du roi[5]. Il fait remanier à partir de 1609 la cour intérieure de l'hôtel et, surtout, édifier par l'architecte Pierre Souffron et les maîtres tailleur de pierre Pierre Bouc, Thomas Heurtematte, Pierre Monge et Arthur Legoust[6],[2], une imposante façade de pierre sculptée, ce qui est une nouveauté dans une ville tout entière vouée à la construction en brique : d'où le surnom d’« hôtel de pierre » (en graphie patoisante oustal de pèiro; en occitan normalisé ː Ostal de pèira [usta'l de pɛ'ʲrɔ]) qui lui est resté. François de Clary est d'ailleurs accusé d'avoir utilisé des pierres destinées à l'édification du Pont-Neuf ː un dicton populaire disait alors qu'« Il y a plus de pierres du pont à l'hôtel de pierre que de pierres au pont »[7],[6]. C'est en tout cas François de Clary qui est à l'origine de la construction, à la suite de l'inondation de 1613, du pont de Clary, en bois, entre l'île de Tounis et le quartier Saint-Cyprien[5]. En 1611, François de Clary devient premier président du Parlement. Il meurt en 1616 sans voir la façade de pierre finie, car seules les sculptures des portes et d'une des colonnes sont terminées ː sa fille aînée hérite de l'hôtel, mais ne poursuit pas les travaux[6].

Vers 1654, l'hôtel est acheté par Richard Dejean, marchand enrichi, baron de Launac et capitoul en 1654-1655, 1671-1672 et 1682-1683[8]. En 1710, la baronnie de Launac et l'hôtel de Pierre sont vendus à Jean-Joseph Daguin. Conseiller au parlement en 1719, président de la 2e chambre en 1734, il ne prend possession de l'hôtel qu'en 1727. Le bâtiment et sa charge de président du parlement passent en 1759 à son fils, du même nom. Durant la Révolution française, il est inquiété pour son passé de parlementaire. Arrêté, il est enfermé dans la prison de la Visitation en 1794, puis transféré à Paris, où il est jugé, condamné à mort et guillotiné sur la place de la Révolution le 14 juin 1794. Pendant ce temps, l'hôtel, confisqué, devenu bien national, est vendu à Jean-Pierre Sarremejane, ancien capitoul en 1772-1773. Vers 1808, il est vendu au négociant Esquirol[9].

En 1855, Calvet-Besson, nouveau propriétaire, achève l'œuvre établie par François de Clary. Les travaux, engagés à partir de 1857, sont dirigés par l'architecte Urbain Vitry et le sculpteur Calmettes[9]. En 1899, l'hôtel est classé aux monuments historiques[3].

Entre 1998 et 1999, malgré certaines oppositions, la façade de l'hôtel est complètement nettoyée. Les façades sur cour, cependant, ne bénéficient pas de ce traitement[10].

DescriptionModifier

L'hôtel de Bagis s'organise entre cour et jardin. Les quatre corps de bâtiment sont disposés autour d'une cour centrale, tandis qu'un jardin se développe à l'arrière, jusqu'à la Garonnette.

FaçadeModifier

L'hôtel s'ouvre sur la rue de la Dalbade par une façade majestueuse. Composée de huit travées, son axe de symétrie est formé par les deux travées centrales, identiques, dont celle de gauche seulement abrite la porte cochère. La façade monumentale est élevée, entre 1609 à 1616, à la demande de Gabrielle Guerrier et de son mari François de Clary, par l'architecte Pierre Souffron, aidé par plusieurs sculpteurs et maîtres tailleur de pierre qui se succèdent sur le chantier : Pierre Bouc, Thomas Heurtematte, Pierre Monge et Arthur Legoust[6],[2].

La façade est richement ornée d'un décor sculpté en pierre : pilastres, trophées d'armes, guirlandes, fruits[2]. François de Clary fait placer, sur les chapiteaux d'acanthe, des aigles et des soleils qui rappellent ses armoiries, « d'or à l'aigle éployée de sable, au chef d'azur chargé d'un soleil rayonnant d'or ». Ses armes sont également placées au-dessus des portes, mais elles sont martelées à la Révolution française[6]. En 1855, Calvet-Besson fait compléter les sculptures de la façade et placer le blason de François de Clary et son monogramme au-dessus des portes. Il en confie la réalisation à l'architecte Urbain Vitry et au sculpteur Calmettes[9].

Cour intérieureModifier

Nicolas Bachelier, selon le bail passé en 1537, conçoit quatre corps de bâtiment disposés en quadrilatère, ouverts sur une cour centrale. Les élévations sur cour, où se mêlent la pierre et la brique, sont richement ornées. L’œuvre de Bachelier est encore visible sur l'élévation ouest, qui est celle qui a été la moins remaniée par les campagnes de travaux successives. Des ouvertures similaires se retrouvent néanmoins sur les façades sud et est. Entre 1609 et 1616, François de Clary fait modifier les façades des corps de bâtiment sud et est sur cour en y faisant construire des portiques. Il fait également apposer des plaquages de pierre avec pilastres, mascarons et chapiteaux destinés à supporter des statues[2].

Porte aux AtlantesModifier

La porte aux Atlantes est construite sur les dessins de Nicolas Bachelier. Elle ouvre sur une cage d'escalier à rampe droite, un des premiers exemples de ce type d'escalier à Toulouse ː les escaliers à vis disparaissent progressivement des hôtels toulousains, sous l'influence de l'architecture Renaissance[2].

IntérieurModifier

L'intérieur de l'hôtel conserve des plafonds peints et une cheminée monumentale, œuvre de Nicolas Bachelier. Le décor intérieur sculpture en terre cuite de la manufacture de Gaston Virebent complètent le décor intérieur.

Notes et référencesModifier

  1. Jules Chalande, 1914, p. 220.
  2. a, b, c, d, e et f Nathalie Prat, Laure Krispin et Louise-Emmanuelle Friquart, 1996 et 2011.
  3. a et b Notice no PA00094563, base Mérimée, ministère français de la Culture
  4. Jules Chalande, 1914, p. 221-222.
  5. a et b Jules Chalande, 1914, p. 222.
  6. a, b, c, d et e Jules Chalande, 1914, p. 223.
  7. Guy Ahlsell de Toulza, Louis Peyrusse et Bruno Tollon, Hôtels et Demeures de Toulouse et du Midi toulousain, Éditions Daniel Briand, 1994.
  8. Jules Chalande, 1914, p. 223-224.
  9. a, b et c Jules Chalande, 1914, p. 224.
  10. Andrée Brassens, « Le style pompier de l'Hôtel de Pierre met le feu », La Dépêche du Midi, 2 septembre 1998.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », Mémoires de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Toulouse, 11e série, tome II, Toulouse, 1914, p. 220-224.
  • Michèle Éclache, Demeures toulousaines du XVIIe siècle : sources d'archives (1600-1630 environ), Université de Toulouse-Le Mirail, collection « Méridiennes », Toulouse, 2006 (ISBN 978-2-912025-29-6)
  • Christian et Jean-Michel Lassure et Gérard Villeval, Fouilles de l'Hôtel de Clary (dit Hôtel de pierre) à Toulouse (Haute-Garonne). Découverte de trois fosses à poterie, rapport de fouilles, 1964.
  • Bruno Tollon, « Hôtels de Toulouse », Congrès archéologique de France. 154e session. Monuments en Toulousain et Comminges. 1996, Société française d'archéologie, Paris, 2002, p. 303-310 (ISBN 978-2369190950)

Liens externesModifier

  • Nathalie Prat, Laure Krispin et Louise-Emmanuelle Friquart, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31116347 », sur le site Urban-Hist, Archives de Toulouse, 1996 et 2011, consulté le 22 octobre 2015.

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