Hérésies du XIe siècle en Occident

Au XIe siècle, après plusieurs siècles d'accalmie, l'Occident chrétien connut l'émergence de mouvements hérétiques variés, notamment dans le royaume de Francie occidentale.

HistoireModifier

Ces dissidences sont signalées en premier par le moine clunisien Adémar de Chabannes (en 1025-1029) en Aquitaine (vers 1017-1018), à Orléans (1022), à Toulouse. Le moine Héribert en repère dans le Périgord : « ils sont signalés à Arras (1025), à Monteforte (1027) ou autour de Conques »[1].

« Adhémar de Chabannes et Héribert font l'inventaire des refus : refus du baptême, négation de la consécration de l'hostie eucharistique, impossibilité de la rémission du péché mortel, refus de sacraliser le lien du mariage, abstinence des viandes et autres nourritures animales tenues pour impures, rejet de la croix, du culte des saints, des images, des églises comme étant les seuls bâtiments consacrés au culte, des chants ecclésiastiques, des aumônes, des offrandes pour les défunts »[2].

Rapidement étouffées, ces dissidences n'acquirent jamais la dimension des hérésies de l'Antiquité tardive, comme l'arianisme, ou du XIIe siècle, notamment le catharisme. Ces affaires d'hérésie manifestèrent cependant l'émergence d'un mouvement de contestation de plus en plus marquée de l'Église de l'époque. Deux types d'affaires d'hérésies, correspondant à deux époques distinctes, apparaissent dans les sources au XIe siècle : d'une part, au début du siècle (années 1000-1020), des mouvements contestant l'ancrage seigneurial de l'Église, d'autre part, à la fin du siècle, des accusations d'hérésies portées contre des individus qui semblent relever davantage de partisans radicaux voire « extrémistes » de la Réforme grégorienne.

Mouvements hérétiquesModifier

Les sectes hérétiques les mieux connues de la période de l'An Mil en Occident sont celles d'Orléans, d'Arras et de Monteforte en Piémont[3]. Elles précédent celles de Pierre de Bruys (brûlé en 1140) et de Henri de Lausanne (emprisonné en 1148), et plus encore le catharisme.

L'hérésie d'OrléansModifier

L'hérésie d'Orléans est signalée en 1022. Raoul Glaber (avant 1049) tient les chanoines et l'écolâtre condamnés pour « des épicuriens adonnés aux plaisirs, qui nient la Trinité, la Création, toutes les valeurs chrétiennes ». 10 chanoines sont brûlés à Orléans en 1022.

L'hérésie d'ArrasModifier

Les Actes du synode d'Arras (1025) condamnent pour hérésie un groupe d'hérétiques ayant pour chef un certain Gondolfe[4].

L'hérésie de MonteforteModifier

Raoul Glaber et Landolf Senior mentionnent l'hérétique Gérard, en Italie, à Monteforte, près d'Asti. Les hérétiques de Monteforte sont brûlés à Milan en 1030.

Notes et référencesModifier

  1. Pilar Jiménez-Sanchez, Les catharismes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 78.
  2. Brian Stock, The implications of Literacy, chap. II, Princeton University Press, 1983, résumé par Pilar Jiménez-Sanchez, Les catharismes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 78.
  3. Huguette Taviani-Carozzi, "La mort et l'hérésie : des hérétiques de l'An Mil à Pierre de Bruis et à Henri, dit de Lausanne", in La mort et l'au-delà en France méridionale (XIIe – XVe siècles), Toulouse, Privat, coll. "Cahiers de Fanjeaux", no 33, 1998, p. 121.
  4. Guy Lobrichon, La religion des laïcs en Occident, XIe – XVe siècles, Hachette, 1994, p. 9-39 ; "Arras 1025", in M. Zerner (édi.), Inventer l'hérésie ?, Brepols Publishers, 1998, p. 67-86.

BibliographieModifier

SourcesModifier

  • Adémar de Chabannes, Chronique (1025-1029), III, 49, trad. Yves Chauvin et Georges Pon, Turnhout, Brepols Publishers, coll. "Miroir du Moyen Âge", 2003.
  • Raoul Glaber, Histoires (avant 1049), III, trad. Mathieu Arnoux, Turnhout, Brepols Publishers, 1999.
  • Pierre le Vénérable, Epistula, coll. "Corpus Christianorum, Continuatio Mediaevalis", Turnhout, 1968.
  • Gérard I de Cambrai (Gerardus Cameracensis, 1012-1051), Acta synodi atrebatensis in manicheos (1025), in Patrologie latine, vol. CXLII, col. 1269-1312 ; Brepols, 2014, 39 p..
  • Landolf Senior, Histoire de Milan (Historia Mediolanensis, fin XI° s.), édi. A. Cutolo, Bologne, 1942.

ÉtudesModifier

  • Dominique Barthélemy, « Les hérétiques de l'An Mil » dans L'Histoire, no 156, , p. 22-31.
  • Robert-Henri Bautier, « L'hérésie d'Orléans et le mouvement intellectuel au début du XIe siècle. Documents et hypothèses », dans Actes du 95e congrès national des sociétés savantes. Reims 1970. Section philologie et histoire jusqu'à 1610, Paris, 1975, tome I : Enseignement et vie intellectuelle, p. 63-88.
  • Georges Duby, L'An Mil, Paris, Julliard, collection « Archives », 1974 (récits d'Adémar de Chabannes et de Raoul Glaber).
  • Robert I. Moore, Hérétiques. Résistances et répression dans l'Occident médiéval, trad. fr. Belin, 2017, chapitre I à VI.
  • Jean Musy, « Mouvements populaires et hérésies au XIe siècle en France », dans Revue historique253, 1975, p. 33-76.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • Richard Landes, « La vie apostolique en Aquitaine en l'an mil, Paix de Dieu, culte des reliques et communautés hérétiques »], Annales ESC, année 1991, no 3, p. 573-593 [1].
  • Huguette Taviani, « Le mariage dans l'hérésie de l'an Mil », Annales ESC, année 1977, no 6, p. 1222-1252. [2]
  • Huguette Taviani, "Naissance d'une hérésie en Italie du Nord", Annales ESC, année 1974, vol. 29, no 5, p. 1224-1252. [3]