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Gustave Fagniez

archiviste et historien français
L'historien Gustave Fagniez (1842-1927) en tenue d'académicien

Gustave Fagniez est un historien français, membre de l'Institut, né à Paris le 6 octobre 1842 et mort à Meudon le 18 juin 1927.

Ses travaux portent sur l’économie et la société française au XVIIe siècle (notamment Louis XIII et Richelieu).

BiographieModifier

Jeunesse et formationModifier

Originaire d'Arras, la famille de Gustave Fagniez fit fortune dans la banque à l'époque de la Restauration et vint s'installer à Paris. Orléanistes libéraux, les Fagniez exercent les professions de banquier, avoué, conseiller à la Cour des Comptes. Sa mère tient à Paris un salon fréquenté notamment par Jules Simon, Paul Janet, Charles de Rémusat, Prévost-Paradol[1]. Sous l'influence d'abord d'Eugène Despois, dont il fut l'élève au lycée Louis-le-Grand, puis de l'écrivain Jules Simon, Gustave Fagniez acquiert des convictions républicaines[2].

Délaissant l'étude familiale d'avoué, Gustave Fagniez entre à l'École des chartes en 1864, où il suit les cours de l'historien Jules Quicherat, et dont il sort troisième en 1867, avec une thèse sur L'Organisation du travail industriel à Paris aux XIIIe et XIVe siècles. C'est en complétant sa formation à l'École pratique des Hautes Études qu'il fait la connaissance de Gabriel Monod (1844-1912).

Nommé en 1869 archiviste aux Archives de l’Empire, sa carrière d’historien commence par la publication remarquée de sa thèse, sous le titre Études sur l’industrie et la classe industrielle à Paris aux XIIIe et XIVe siècles : cette œuvre, composée entièrement de documents pour la plupart inédits, a ouvert un nouveau champ aux études historiques et fit autorité pendant plus d'un demi-siècle. Ces travaux seront complétés par la publication en 1898-1900 des deux volumes de Documents pour servir à l'histoire de l'industrie en France jusqu'à la fin du XVe s.

La fondation de la Revue historique (1876)Modifier

En 1876, Gustave Fagniez fonde avec Gabriel Monod la Revue historique, dont le premier article est considéré comme le manifeste de l'école méthodique. En proposant à son ami Fagniez de se joindre à lui, « Gabriel Monod voulait fondre en une féconde collaboration l'esprit chartiste et l'esprit normalien »[3].

C'est dans la Revue historique, sous forme d'articles, que furent publiées ses premières études d'histoire diplomatique du XVIIe siècle, qu'il réunira pour l'édition de son œuvre maîtresse, le Père Joseph et Richelieu, en deux volumes, couronnée par le grand prix Gobert de l'Académie française en 1895. Cette biographie, plusieurs fois rééditée et qui connut un grand succès, le fit connaître au-delà des seuls cercles d'érudits. Cependant, à partir de 1882, Fagniez ralentit ses contributions à la Revue dont il finit par démissionner, pour protester des attaques de Monod contre l'Église.

En 1894, il publie L'Économie sociale de la France sous Henri IV. Quelques années avant sa mort, il rassemble et complète plusieurs études parues dans la Revue des Deux-mondes dans un ouvrage publié après sa mort par son épouse Pauline Lejeune (1851-1936), La Femme et la société française dans la première moitié du XVIIe siècle (1929).

L'historien d'Action françaiseModifier

La mort brutale de sa fille Alice, à quinze ans en 1894, affecte très fortement Gustave Fagniez, qui revient progressivement, sous l'influence de son ami le Cardinal Richard, archevêque de Paris, vers les convictions religieuses de son enfance. Il fait don à l'Association de Villepinte de sa propriété d'Hyères où est créé le sanatorium Alice-Fagniez dès 1895. Le Docteur Léon Émile Vidal est le médecin en chef des sanatoria Alice Fagniez et Renée Sabran à Giens.

C'est à partir de cette époque également, et sous l'influence de ses travaux historiques, que Fagniez parvient à la "démonstration de la monarchie", ce qui l'amène tout naturellement à rejoindre parmi les premiers Charles Maurras dans la fondation de l'Institut d'Action française, dont il occupe la chaire Fustel de Coulanges à partir de 1906[4]. L'historien fut aussi tête de liste à la députation en 1924, pour le département de Seine-et-Oise, sur une liste d'Union nationale. L'Action française lui rendit hommage à sa mort dans le journal du 20 juin 1927 : « Le souvenir de Gustave Fagniez restera chez nous aimé et honoré ; son œuvre historique sera toujours l'une de nos lumières ».

Membre de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France et de la Société d'histoire ecclésiastique de la France, dont il fut vice-président, Gustave Fagniez est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1901 au fauteuil du duc de Broglie. Il fut appelé à présider l'Académie des Sciences morales et politiques en 1913, tandis qu'Henri Bergson en était vice-président. Son éloge y fut prononcé en 1928 par son successeur, l'historien Frantz Funck-Brentano[5], qui était aussi son disciple, et qui avait préfacé l'édition posthume de son dernier ouvrage.

« Au fond, il avait moins changé que la face même de la France ; de tout temps, il redouta les progrès de la démocratie autoritaire, anarchique ou athée, et, en particulier, l’ingérence abusive de l’État dans la choix des fonctionnaires […] Il protesta à sa manière contre la sécularisation des biens du clergé régulier, devint membre et fut élu vice-président de la Société d’histoire ecclésiastique de la France. Son pessimisme, volontiers agressif en paroles, n’a d’ailleurs fait aucun tort à ses livres. Il était trop honnête homme pour mettre sa vaste érudition au service d’une cause politique ou religieuse quelconque » (Notice de Charles Bémont dans les chroniques de l’Institut à l’occasion du décès de Gustave Fagniez).

« Sa droiture un peu ombrageuse, ses convictions de savant et de chrétien, la nouveauté et la profondeur de ses recherches et la ferme élégance de sa phrase faisaient de M. Fagniez un homme de caractère, d'initiative et de valeur » (Notice nécrologique de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, 1928).

Gustave Fagniez habita souvent à la fin de sa vie le château de la Bonde, au pied du Luberon, en Provence, où se trouvait sa riche bibliothèque de dix mille volumes (celle-ci fut dispersée lors d'une vente à Nice en 1943). Il eut deux fils : Gabriel Fagniez (1870-1927), avoué (il fut le conseil de Léon Daudet lors de l'affaire Philippe Daudet), et Charles Fagniez (1874-1952), qui fut président de la Société entomologique de France en 1936, et une fille, Alice Fagniez (1878-1894), décédée de la tuberculose.

OuvragesModifier

RéférencesModifier

  1. Frantz Funck-Brentano, « Notice sur la vie et les œuvres de M. Gustave Fagniez », Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques,‎ 2ème semestre 1930, pp. 5-32 (lire en ligne)
  2. Claude Mauriac, Le Temps immobile, (lire en ligne)
  3. Charles Bémont, « Notice nécrologique de Gustave Fagniez », Revue historique,‎ vol. 155, mai-août 1927, pp. 456-458
  4. Louis Dimier, Vingt ans d'Action française et autres souvenirs, Paris, Nouvelle librairie nationale, (lire en ligne), pp. 80-81
  5. Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, Paris, , pp. 5-32

NotesModifier