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Guerre des paysans en Alsace et en Lorraine

Guerre des Paysans Freyheit 1525

La guerre des paysans, aussi appelée guerre des rustauds (en Allemand Bauernkrieg), désigne les révoltes paysannes qui ont secoué le Saint-Empire romain germanique au début du XVIe siècle. La Lorraine, l'Alsace et la Franche-Comté sont touchées par ce mouvement, avec l'apparition d'armées de paysans qui s'opposent à l'ordre établi ; ils revendiquent un nouvel ordre social résumé par les douze articles du soulèvement. Ces derniers visent une plus grande équité au sein du peuple, une meilleure répartition de l'impôt et une plus grande autonomie des communautés rurales vis-à-vis des autorités ecclésiastiques et aristocratiques. L'écho important rencontré en Lorraine, très majoritairement dans le bailliage d'Allemagne, et sur les terres alsaciennes du Duc de Lorraine entraînent l'intervention militaire de ce dernier. Antoine de Lorraine, après avoir rassemblé les troupes lorraines et de nombreux mercenaires, se lance dans une campagne rapide et sanglante, qui au bout de quelque semaines marque la fin des combats en Alsace du Nord et en Lorraine. Les batailles se poursuivront encore quelques mois en Alsace du Sud et en Franche-Comté, où les rebelles locaux seront finalement écrasés à leur tour.

Le mouvement : des origines religieuses ?Modifier

Alors que le protestantisme n'est pas encore véritablement organisé en Europe (les luthériens, calvinistes et anglicans ne se distingueront qu'ultérieurement), de nouveaux courants protestants plus radicaux jugent que la nouvelle doctrine luthérienne ne va pas assez loin dans la simplicité du christianisme biblique. Plusieurs de ces groupes, notamment certains anabaptistes (tous ne sont pas violents) suscitent des révoltes locales ou s'attaquent aux églises et aux monastères dont ils détruisent les images, les vitraux, les statues et les orgues.

Ils s'attaquent avec une égale violence aux Églises qui se sont ralliées au tout nouveau protestantisme, (à l'époque non encore véritablement codifié), et à l'Église catholique. Luther, qui au départ avait critiqué violemment la société de l'époque, et ainsi contribué à l'esprit de révolte, désapprouve cette vision radicale. Cependant, en vue d'aboutir à un règlement pacifique, il exhorte les seigneurs à satisfaire certaines revendications. Finalement, devant les dévastations dues au conflit, il fait volte-face et condamne sévèrement les paysans révoltés dans un pamphlet de 1525 intitulé Wider die mördischen und räubischen Rotten der Bauern, (Contre les hordes criminelles et pillardes des paysans).

Plutôt que de s'en tenir à une interprétation strictement religieuse, il conviendrait de relire la guerre des paysans de 1524-1526 en tant que continuation logique des Bundschuh, les révoltes paysannes précédentes (1493-1517), relancées et attisées par la naissance du protestantisme en 1517. Ces Bundschuh révèlent un contexte social bien plus marqué. Il reste cependant difficile, vu le contexte de l'époque, de séparer les revendications sociales et politiques des revendications religieuses, les deux dimensions étant étroitement liées.

Le soulèvement dans le Saint-Empire romain germaniqueModifier

 
Carte de la guerre des paysans dans le Saint-Empire romain germanique.
Article détaillé : guerre des Paysans allemands.

Les historiens débattent encore des causes du soulèvement. Dans les différentes régions concernées, la condition des paysans est très variable. Des laboureurs aisés participent à la révolte, et la conjoncture économique n’est pas fondamentalement mauvaise. Il ne s’agit donc pas d’une révolte de la misère, même si le poids des redevances, de la dîme et de la corvée était assez lourd pour contribuer à un réel endettement.

Les Douze Articles rédigés en Souabe et adoptés par toutes les bandes paysannes contestent la hiérarchie ecclésiastique et aristocratique. Ils formulent des exigences, dont le droit de choisir leurs propres pasteurs, l'abolition du servage, le droit de pêche et de chasse, l'abolition de nombreux impôts féodaux et la garantie d'être traités justement par les tribunaux seigneuriaux. Principal argumentaire des rebelles, les douze articles n'ont qu'une enveloppe religieuse, leur contenu est principalement d'ordre temporel et social voire politique.

Des combats entre les paysans et les représentants des nobles éclatent en 1524 à Stühlingen, dans ce qui est aujourd'hui le canton de Schaffhouse (nord de la Suisse, Forêt-Noire), et l'insurrection s'étend progressivement durant l'hiver 1524-1525 sur la plus grande partie de l'Allemagne centrale, occidentale et méridionale, à l'exception de la Bavière. La révolte est particulièrement violente en Thuringe, où elle prend un tour plus religieux sous l'influence d'une troupe de tendance anabaptiste dirigée par Thomas Münzer.

Pasteur à Zwickau de 1520 à 1521, Münzer soutient la paysannerie dans la lutte qui oppose les guildes de mineurs et les classes supérieures. Il revendique l'inspiration divine et se met à prêcher la suprématie de la lumière intérieure sur l'omnipotence de l'Écriture sainte. Il affirme également que le peuple, dans sa simplicité, peut accueillir cette lumière intérieure. Tour à tour expulsé de plusieurs villes, pour avoir poussé les paysans et les ouvriers à se révolter ouvertement, il participe, pendant une courte durée, à la guerre des Paysans (1524-1525), puis revient à Mühlhausen pour prendre la tête d'une révolte contre les autorités civiles et religieuses locales. Il réussit à renverser le régime féodal et à organiser pendant un temps une communauté de paysans dans laquelle tout est possédé en commun. Battu à Frankenhausen le 15 mai 1525, Münzer est jeté en prison et exécuté.

Après bien des atrocités commises par les deux parties et la mort de dizaines de milliers de paysans et de soldats, de femmes et d'enfants, les nobles de la ligue de Souabe écrasent la rébellion en Allemagne centrale, mais la révolte se poursuit en Autriche jusqu'en 1526. La défaite du meneur paysan Michael Gaismair au siège de Radstadt signe la fin du vaste mouvement très protéiforme amorcé en 1524. Les paysans allemands n'obtiennent en définitive, sauf exceptions, aucune concession, tandis qu'en Autriche les nobles abolissent quelques-unes des injustices à l'origine du soulèvement.

Paradoxalement, l'opposition de Martin Luther, dont les principes ont été adoptés par les paysans mécontents et ont inspiré leur révolte, contribue à la défaite des rebelles.

L’insurrection en Alsace et en LorraineModifier

Ce soulèvement a été minutieusement préparé car il éclate dans différentes parties de l’Alsace le même jour, le 14 avril 1525, et bénéficie d’un effet de surprise totale. Les autorités ne peuvent opposer aucune résistance. Le mouvement gagne très vite le duché de Lorraine. Des paysans révoltés pénètrent dans la région de Blâmont et de Saint-Dié. Plus au nord, il a fait souche dans le bailliage d'Allemagne (la partie germanophone du duché), dont Dieuze. Dans le comté de Deux-Ponts-Bitche, la révolte est massive. L'abbaye de Sturzelbronn est dévastée par la bande des tondus qui rejoint les rebelles du Palatinat. Une troupe du même comté descend en Alsace pour rejoindre la bande de Neubourg, dont ils représentent le plus gros contingent. Une troisième rejoint les rebelles des environs de Sarreguemines. Le comte Reinhart de Deux-Ponts Bitche se précipite vers Antoine de Lorraine en le suppliant d'intervenir : "des six mille paysans de mon fief, moins de six me sont restés fidèles", reconnait-il.

Les insurgés venus de tout le bailliage d'Allemagne occupent l’abbaye d’Herbitzheim qui devient un grand centre de rassemblement. Le chef de la bande lorraine est Hans Zoller, de Rimling. 3 000 de ces paysans rejoignent les révoltés alsaciens, à Saverne, fin avril-début mai.

Outre la condamnation virulente d'une nouvelle forme de foi religieuse, sévèrement fustigée par Théodore de Saint-Chamond, le conseiller religieux d'Antoine de Lorraine, les autorités se sentent menacées par le volet social des revendications. Aussi le duc Antoine de Lorraine, virulent opposant au protestantisme, comprend le risque d'une extension à l'ensemble du duché, y compris les bailliages de langue romane. Fin avril, sa décision est prise : il décide d'une expédition militaire pour mater la rébellion de manière radicale. C'est dans un véritable esprit de croisade contre les hérétiques qu'il va engager les forces de son duché.

Le 4 mai Antoine rassemble à Nancy des fantassins, des cavaliers et des artilleurs, avec pièces, munitions et vivres, et se met en marche en direction de Dieuze, où la révolte bat son plein. Le lendemain il fait étape à Vic-sur-Seille d’où des détachements de cavaliers, d’archers et d’arquebusiers vont verrouiller les principaux passages vosgiens (Saint-Dié, Raon-l’Étape, Blâmont) et Sarreguemines. Une troupe commandée par le capitaine de Sarreguemines, Jean de Braubach, tente semble-t-il de déloger la bande de paysans rassemblée dans le couvent de Herbitzheim (dont le dénommé Hans Zoller). Une confrontation sanglante a lieu au Wittringerhof. Le combat prend fin quand Jean de Braubach est fait prisonnier. Dans la foulée, les paysans lorrains, apprenant l'arrivée de l'armée du duc Antoine, craignant les inévitables représailles, décident de rejoindre les insurgés alsaciens à Saverne. Ils emmènent Braubach comme otage.

À Vic-sur-Seille, l’armée ducale compte entre 12 000 et 15 000 hommes : nobles de Lorraine, de Champagne, de Brie et leurs soldats ; cavaliers de diverses origines ; lansquenets venus des Pays-Bas et d’Allemagne du Nord ; fantassins espagnols. Le 11 mai, elle fait mouvement sur Dieuze, où elle est renforcée par les cavaliers de Claude de Lorraine, comte de Guise, frère du duc et gouverneur de Champagne, donc des troupes françaises, et par les lansquenets d’un autre frère d’Antoine, Louis de Vaudémont (qui a rassemblé sa troupe à Pont-à-Mousson).

Le 14 mai, l’armée est encore complétée à Sarrebourg par le comte de Nassau-Sarrebruck et par des gentilshommes français.

Entre-temps, en Alsace, entre le 4 et le 11 mai se tient à Molsheim une assemblée générale des paysans révoltés qui rassemble toutes les bandes insurgées ("haufen") de basse-Alsace, (Altorf, Neubourg-Dauendorf, Ebersmunster et Honcourt) de Lorraine (Herbitzheim) d'Oberkich (Bade) du Sundgau (Alsace) ; les 10 et 11 mai ces derniers sont rejoints par des délégués de Cleebourg (Alsace) de Sturzelbronn (Lorraine, comté de Bitche) et de Bockenheim et Geilweiler (Palatinat). Ces bandes paysannes se donnent une direction commune, élisent Eramus Gerber de Molsheim en tant que capitaine général et prônent une unité d'action. Leur mot d'ordre face aux ordres aristocratiques et religieux : "vivre ensemble ou mourir". Ainsi, l'Alsace du nord devient l'épicentre d'un vaste mouvement insurrectionnel qui embrasse l'ensemble de l'Alsace elle-même, la majeure partie du bailliage lorrain d'Allemagne, ainsi que des portions du Palatinat et du pays de Bade. Antoine de Lorraine semble informé de ce vaste mouvement de convergence et d'organisation de la rébellion. Si la réaction de son armée n'est pas rapide et définitive, les insurgés auront à leur disposition des troupes très largement supérieures en nombre, sinon en armement, et maîtriseront l'ensemble des campagnes concernées.

Saverne et LupsteinModifier

 
La bataille contre les Rustauds à Saverne (gravure de Gabriel Salmon illustrant le livre de Nicolas Volcyr de Serrouville, 1526)
 
Hans Baldung Grien, ville assiégée pendant la guerre des Paysans en Alsace, 1525

Un parti favorable au soulèvement existe à Saverne, et les autorités de la ville décident d’abandonner la place. Le 13 mai au soir des milliers d’insurgés pénètrent dans la ville sans avoir à livrer combat. Les rebelles lorrains en provenance de Herbitzheim passent par Diemeringen, Graufthal, Dossenheim, et les rejoignent le lendemain avec leur otage Braubach. Une autre bande arrive encore de Neuwiller. Puis le commandant en chef des paysans alsaciens, Erasme Gerber, se rend en personne à Saverne.

Mais, dans le même temps, des cavaliers du duc de Lorraine ont investi le château de Haut-Barr, qui domine la ville. Le gros de l’armée, qui a quitté Sarrebourg pendant la nuit du 14 au 15 mai, s’installe devant les remparts de Saverne et décide d’attendre le lendemain.

Le 16 mai une première confrontation sanglante a lieu à une douzaine de kilomètres de là, à Lupstein où se sont regroupés trois à quatre mille paysans. On ne sait pas précisément quels événements déclenchent le drame mais il semble qu’une escarmouche dégénère et provoque un massacre des rebelles, de la population locale et l’incendie du village. Du côté de Saverne, de rudes combats ont lieu devant Monswiller. L'artillerie lorraine prouve sa supériorité. Antoine de Lorraine exige la libération de Braubach et la reddition totale des insurgés, contre la vie sauve. Face à l’évolution défavorable de la situation, les rebelles acceptent de se rendre et relâchent leur otage au préalable.

Le lendemain 17 mai, alors que les rebelles ont ouvert les portes de la ville, déposé les armes et se rendent, un incident entre les forces en présence déclenche un nouveau massacre. On tue sans discernement dans les rues et les maisons. Il semble qu’Antoine et le comte de Vaudémont ne contrôlent plus leurs soldats qui mettent à sac toutes les habitations, l’Hôtel de Ville, l’église. Erasme Gerber est capturé et pendu dans la foulée. Pendant ce temps Neuwiller est aussi occupé, avec un bon nombre d'exactions.

On estime à environ 20 000 le nombre des tués à Lupstein, Saverne et Neuwiller.

ScherwillerModifier

L’armée quitte Saverne le 18 mai pour Marmoutier en direction du sud où les bandes de l’Alsace centrale (Barr, Ebersmunster, Ribeauvillé, Sélestat) aspirent à venger leurs morts et à continuer à défendre leur cause, tandis qu’une troupe d’insurgés s’est aussi formée dans les territoires mêmes du duc de Lorraine, à Saint-Hippolyte et dans le Val de Lièpvre.

La plus importante de ces troupes, celle d’Ebersmunster, commandée par Wolf Wagner, prend place à l’ouest de Scherwiller, où d’autres viennent la rejoindre. Cette armée dispose d’arquebuses et d’une artillerie capturée dans les places qu’elle a occupées. Elle bénéficie de l’appoint de soldats de métier, Suisses notamment. Elle a enfin choisi pour se battre un terrain favorable qu’elle connaît bien.

Le 12 mai, la bataille est rude : 500 (?) tués dans l’armée ducale et 4 000 au moins dans une troupe de 15 000 à 20 000 insurgés.

La fin des hostilités dans le bailliage lorrain d'Allemagne et en Alsace du NordModifier

Battus en Basse et Moyenne Alsace, les révoltés tiennent encore une partie du sud. Les princes allemands et les autorités d'Alsace (Strasbourg, ville d'Empire reste neutre) supplient Antoine de continuer l’expédition. Probablement frappé par l’ampleur de la tuerie, il refuse et préfère regagner Nancy, en passant par le Val de Villé. Le corps expéditionnaire subira encore des attaques de bandes de paysans dans les cols vosgiens. Finalement, les régiments se regroupent à Lunéville et Saint-Nicolas-de-Port où ils peuvent vendre le produit de leur butin. Le 24 mai, le duc et sa suite sont accueillis triomphalement dans la capitale lorraine.

La fin de l'expédition ne met pas un terme à la guerre. Les insurgés sont impitoyablement traqués dans la région de Wissembourg. La lutte paysanne se poursuit encore quelques mois en Haute Alsace, notamment dans le Sundgau, dont le capitaine local est Heinrich Wetzel, ainsi qu'en Franche-Comté autour de Belfort et de Montbéliard.

La question de la répression des paysans rebelles lorrains du bailliage d'Allemagne reste controversée, en Lorraine même. Le calme revenu, Antoine fait réaliser une vaste enquête dans le bailliage d'Allemagne. Beaucoup reconnaissent s’être rendus aux rassemblements de Herbitzheim et de Diemeringen et, parfois, avoir participé ou assisté au pillage des cures. Presque tous prétendent avoir quitté les bandes avant l’affrontement de Saverne. Si l'historien Henri Lepage relativise le nombre d'exécutions, d'emprisonnements et d'amendes, son collègue Henri Hiegel estime quant à lui que cette répression est largement sous-évaluée. En Haute-Alsace, elle semble avoir été particulièrement féroce, notamment par le tribunal d'Ensisheim.

La guerre des paysans, de laquelle participe l’expédition d’Antoine de Lorraine, a un profond retentissement en Occident. Le mouvement des paysans exprime à la fois la contestation sociale et une hostilité à l’égard de l’Église catholique. Les chroniqueurs ont longtemps mis l’accent sur l’aspect religieux, ignorant les aspects de revendication sociale. Le duc Antoine victorieux apparaît comme un croisé, défenseur impitoyable de la foi catholique menacée. Il semblerait que ce soit Friedrich Engels, par son ouvrage "La guerre des paysans allemands" qui ait ouvert la voie à une interprétation plus sociale de ce vaste mouvement.

Histoire et légende de la RusticiadeModifier

Les développements de l'expédition punitive d'Antoine de Lorraine sont principalement connues par les travaux d'un des historiographes du duc, Nicolas Volcyr de Serrouville. Témoin oculaire de la plupart des événements, l'écrivain (qui était également secrétaire d'Antoine) en a fait une longue épopée à la gloire du duc, L'Histoire et recueil de la triomphante et glorieuse victoire obtenue contre les séduits et abusés luthériens mécréants du pays d'Alsace et autres par le très haut et très puissant prince et seigneur Antoine en défendant la foi catholique, notre mère l'Église, et vraie noblesse, à l'utilité et profit de la chose publique, parfois abrégé en Relation de la guerre des Rustauds[1].

L'expression de guerre des rustauds était celle qui était employée à l'époque et qu'on retrouve dans ce texte. Rustaud avait le sens d’habitant de la campagne et n'avait pas le sens réduit aujourd'hui à celui d'homme fruste. Cependant le mépris des paysans existait déjà et s'y entendait également. La connotation péjorative était à l'époque renforcée par la proximité avec les verbes rusteier, qui signifiait combattre rudement, et rustiser, qui signifiait maltraiter[2]. Dans l'expression rustauds s'entendait une association entre habitants des campagnes et brutes cognant alors que le terme paysan renvoie à une intégration sociale dans le pays et à un acteur du paysage.

Dans les années suivant des événements, leur récit en latin a été mis en vers par le chanoine de Saint-Dié Pillart[3] (ou Pilladius[4]) . À l'occasion de la régence de la mère du nouveau duc Charles III, le poème a été traduit en français par Brayé de Nancy et publié sous le titre La Rusticiade en 1548 à Metz[3]. La mode était de flatter les princes, en l'occurrence feu le grand-père du jeune duc orphelin, en comparant leurs faits d'armes à ceux de l’Iliade, comme le sera La Henriade de Voltaire en hommage à Henri IV.

À côté de l'histoire apologétique se sont développés des récits oraux donnant une réinterprétation historique à des légendes plus anciennes et composant une part importante du folklore lorrain[3].

Du côté alsacien, l'expédition d'Antoine de Lorraine a été à l'origine de nombreuses histoires populaires, à l'origine d'une forme folklorique de ressentiment. Le proverbe "Hüte dich vor dem falschen Lothringer" (garde-toi du Lorrain fourbe) a-t-il pour origine la guerre des paysans ? Nul ne sait. Mais la légende alsacienne a gardé la mémoire d'une confrontation entre Alsaciens et Lorrains, alors qu'en réalité, paysans Alsaciens et Lorrains se battaient ensemble contre le pouvoir religieux et l'aristocratie de leurs provinces respectives.

Notes et référencesModifier

  1. Relation de la guerre des Rustauds En ligne
  2. F. Godefroy, Lexique de l'ancien français, p. 469, Honoré Champion, Paris, 1994.
  3. a b et c J.O.B. d'Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, p. 22, note 1, Michel Levy frères, Paris, 1854.
  4. Odile Jurbert, La Réforme en Lorraine du sud au XVIe siècle in Les Réformes en Lorraine (1520-1620) sous la direction de Louis Châtellier. Presses universitaires de Nancy, 1986. (ISBN 2-86480-240-6). p. 64

BibliographieModifier

  • Georges Bischoff, La guerre des paysans. L’Alsace et la révolution du Bundschuh. 1493-1525, Strasbourg. La Nuée Bleue, mars 2010.
  • Gautier Heumann, La guerre des paysans d'Alsace et de Moselle (Avril-Mai 1525) Paris, Editions sciences sociales, 1976
  • Henri Lepage, Documents inédits sur la guerre des rustauds. Ed. L. Wiener, 1861.
  • Henri Hiegel, La châtellenie et la ville de Sarreguemines, de 1335 à 1630. Editions Berger-Levrault 1934.
  • Surdel Alain-Julien, La croisade du duc Antoine de Lorraine contre les paysans révoltés d'Alsace, édition en français moderne du texte original de Volcyr de Sérouville, La Nuée Bleue, 2018

Littérature : le roman historique Vénus en révolution de Paul Christophe Abel, (Le Verger éditeur, 2014) met en scène, à travers les tribulations d'un jeune flamand, artiste peintre en voyage vers la Suisse, les principaux évènements de la Guerre des paysans en Alsace, Lorraine et environs.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier