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Carte des Grandes Antilles

Les Grandes Antilles sont un groupe de quatre archipels (cinq pays) des Antilles nommé ainsi par opposition avec le groupe des Petites Antilles. Il s'agit par ordre de taille des îles de : Cuba, Hispaniola (rassemblant la République d'Haïti et la République dominicaine), la Jamaïque et Porto Rico. Elles couvrent à elles seules 90 % de la surface totale de toutes les îles des Antilles. Par commodité, certains y ajoutent l'archipel des Bahamas et l'archipel des Turks et Caïcos.

Sommaire

GéologieModifier

Les Grandes Antilles, fruit d'un lent soulèvement tectonique et des diverses régressions marines, sont marquées par la présence de roches sédimentaires calcaires karstiques, d'origines corallienne et marine et par un soubassement de vielles formations d'arcs volcaniques, rendues parfois apparentes par des basculements tectoniques, des charriages ou simplement l'érosion. Les trois chaînes principales qualifiées de nord-caraïbes, au nord de la mer des Antilles ou des Caraïbes, se rejoignent à l'ouest sur l'île de Porto-Rico, l'alignement du nord de Cuba prolonge les plateaux de la péninsule du Yucatan sur le continent nord-américain à l'ouest, la chaîne centrale s'impose au sud-est de Cuba et au centre de Haïti-Hispaniola, la chaîne la plus méridionale d'emblée vigoureuse se remarque à la Jamaïque avant de rejoindre le sud de Haïti[1]. La cordillère centrale d'Hispaniola s'élève rapidement, atteignant souvent 2000 mètres d'altitude pour culminer au-delà de 3000 mètres. La vigueur du relief est à mettre en correspondance avec des fosses marines très profondes de plus de 9000 mètres, plus à l'ouest au nord de Porto Rico. La fosse océanique la plus profonde de l'océan Atlantique (-9 210 m) est située en bordure septentrionale de Porto Rico.

Si l'essentiel de l'île de Cuba, ainsi que le vaste plateau calcaire en partie émergé des Bahamas, est assis sur la plaque nord-américaine, il existe au sud de cette grande plaque des microplaques, lointains produits de dislocation de la plaque des Caraïbes apparue à l'ère tertiaire, telle que la "microplaque des Gonâves", qui apparaît entre le sud de Cuba et le nord de la Jamaïque et se prolonge vers le sud de Haïti, expliquant les graves risques sismiques de la région de Port-au-Prince. Le volcanisme est bien plus présent dans les fonds marins que sur les terres émergées. Un des moteurs de l'activité sismique et volcanique reste la plongée de la plaque océanique atlantique sous la plaque caraïbe[2].

  • Historique rapide :
  • Minerais : Les gisements latéritiques de bauxite, afin de produire de l'alumine, caractérise l'industrie minière de la Jamaïque. Ce pays a été un des premiers producteurs et exportateurs de ce minerai.

GéographieModifier

Les Grandes Antilles se situent de part et d'autre du 20° parallèle de latitude nord.

Hispaniola est l'île la plus montueuse, le sommet le plus élevé est le Pic Duarte (3 087 m et la dépression endoréique locale la plus importante est le lac salé d'Enriquillo situé à -44 m en partie sud-ouest de la République dominicaine. D'autres montagnes possèdent un relief assez vigoureux comme la Sierra maestra à Cuba et les Montagnes bleues à la Jamaïque

En 2005, la population totale des grandes Antilles est proche de 35 millions d'habitants.

ClimatModifier

Les températures, typique d'un climat tropical, sont adoucies par les brises de mer et par l'altitude. Sur le littoral, le chaud climat tropical est adouci par les vents alizés assez constants tout au long de l'année. Ces vents sont uniquement interrompus par l'effet de tempêtes sur l'océan Atlantique. À l'intérieur des terres, le climat est plus chaud. Mais, avec l'altitude, l'humidité augmente et la température diminue.

Les pluies correspondent aux deux passages du soleil au zénith. Elles ont lieu en deux saisons rapprochées, soit en mai-juin et en septembre-octobre. Il y a en conséquence deux types de saisons :

  • La saison sèche est fraîche (de décembre à juin), dite période du carême.
  • La saison humide est chaude (de juin à décembre), dite période cyclonique. Cet "hivernage" est marqué par des pluies orageuses éclatant l'après-midi. L'été inaugure aussi une saison des cyclones au grand pouvoir destructeur sur les cultures et les installations humaines. Les cyclones formés initialement sur l'océan surchauffé parviennent sur les Grandes Antilles depuis l'est.

Les versants qui font face aux alizés ou vents d'est, sont beaucoup plus humides, autrefois chargés de denses forêts pluviales, alors que les autres versants "sous le vent", autrefois domaines des prairies, savanes ou petits déserts à plantes xérophiles, peuvent souffrir de la sécheresse

Faune et floreModifier

Malgré les évolutions modernes, destructrices de la biodiversité de la forêt vierge, avec ses strates arborées et son lot de plantes épiphytes, dont les broméliacées et les orchidées, des marais, des littoraux sableux ou des mangroves, des prairies ou terres plus sèches ou désertiques des plateaux de montagnes, les Grandes Antilles témoignent encore de nombreuses espèces endémiques, spécifiquement îliennes, qui résistent parfois à l'intérieur des terres ou dans les derniers vastes marais et lagunes péninsulaires protégés, à la survenue d'espèces migratrices du continent. Ainsi le mammifère insectivore solénodon, le minuscule colibri-abeille, aujourd'hui de plus en plus rares.

Ainsi le crocodile d'eau douce des marais intérieurs de Cuba, le crocodile de Cuba plus petit, agressif et vif, diffère des crocodiles américains qui prennent pied dans la péninsule de Zapata. Même les crocodiles américains des eaux saumâtres du lac Enriquillo à Hispaniola tendent à évoluer vers une espèce animale spécifique[3].

La faune des abords marins était autrefois encore plus remarquable et variée, avec le lamantin des Caraïbes ou encore les foules de flamands roses, mangeurs de petits crustacés, l'aigle pêcheur, la frégate superbe, le spatule rosée, ces deux derniers nichant encore dans les mangroves préservées.

EthnologieModifier

Les anciennes populations arawaks ont été supplantés par des populations caraïbes. En dépit de leurs rivalités culturelles, ces populations précolombiennes appartiennent à des cultures andines, maîtrisant avec raffinement les cultures de manioc, d'arachides et de haricots ainsi que l'adaptation sophistiquée à la vie semi-nomade des rivages (pêche) et des différents milieux intérieurs îliens. Mis à part quelques réduits largement métissés, ces populations amérindiennes ont pratiquement disparu, après le premier désenclavement économique occidental. Leur dramatique disparition dès le XVIe siècle a nécessité l'immigration par déportation de populations d'esclaves ou de laborieux, au profit des élites hispaniques, françaises, anglaises ou hollandaises.

La population est en majorité d'origine noire africaine plus ou moins métissée d'Européens et d'Asiatiques. Les habitants se revendiquent d'une communauté culturelle inter îles dite « créole ». La suppression de l'apport africain, après la tardive suppression de la traite négrière et de l'esclavage au milieu du XIXe siècle, a ouvert ses îles aux migrations asiatiques, notamment venues de l'Inde.

Cultures tropicalesModifier

La monoculture de la canne à sucre, générant de façon précoce une industrie de transformation pour obtenir jus de canne, sucre, mélasse et rhum, a marqué durablement la vie des domaines agricoles, mis à part quelques cultures vivrières ou de produits d'exportations spécifiques. Celles-ci se sont parfois développées à des fins d'exportation, de manière agro-industrielle, surtout avec la banane, le café et l'ananas.

PaysModifier

 
Iles des Grandes Antilles.
Pays avec drapeau Superficie
(km²)
Population totale
(Estimation au 1er juillet 2005)
Densité
(per km²)
Capitale
  Cuba 110 860 11 346 670 102.4 La Havane
  République dominicaine 48 730 8 950 034 183.7 Santo Domingo
  Haïti 27 750 8 121 622 292.7 Port-au-Prince
  Jamaïque 10 991 2 731 832 248.6 Kingston
  Porto Rico (  États-Unis) 9 104 3 916 632 430.2 San Juan
Total 207 435 35 066 790 169.05

HistoireModifier

Les Antilles doivent leur appellation à Christophe Colomb[4]. Les Grandes Antilles sont d'abord exploitées sans vergogne puis contrôlées au nom des rois d'Espagne. Une mise en valeur par grand domaine est tentée, différentes cultures sont introduites, dont celle de la canne à sucre en 1508.

Mais avec la dépopulation indigène, dramatique entre 1570 et 1620, la puissance espagnole se fragilise et se délite en dehors de quelques centres importants. Des marins français, anglais, hollandais, qu'ils soient aventuriers, corsaires ou pirates, parviennent à prendre pied, instaurant parfois des entités autonomes durables entre 1620 et 1640, en dépit des violentes reprises militaire espagnoles.

Les boucaniers français s'installent ainsi durablement sur la côte occidentale en partie désertée de la grande île d'Hispaniola, qui se dénomme en français Saint-Domingue et plus tard Haïti. Les petites îles ou les enclaves sécurisée, non espagnoles après 1650, développent l'économie sucrière, avec la main d'œuvre esclave, apportée par la traite négrière et offrant des débouchés prometteurs et lointains à ses dérivés que sont les "pains de sucre", le rhum, la mélasse, les alcools.

Après avoir mis au pas en 1650 La Barbade, île des Petites Antilles, précédemment conquise par la marine anglaise entre 1625 et 1626 aux Portugais, mais rapidement devenue un repère de boucaniers et flibustiers, de planteurs de tabac ruinés, de commerçants d'esclaves et de négriers anglais, la marine d'Oliver Cromwell s'attaque aux îles espagnoles et enlève la Jamaïque aux Espagnols en 1655. Les cultures diversifiées anciennement mises en place non sans difficulté par les Espagnols, pour l'exportation du tabac, rocou, cacao, piment, de l'indigo... s'estompent pour laisser la place à la culture monopolistique de la canne à sucre, qui tend à envahir La Barbade depuis la fin des années 1630. Les colons anglais bénéficient d'un accès privilégié au marché d'esclaves de la Barbade[5]. Au XVIIIe siècle, la Jamaïque s'impose comme le grand producteur de sucre, surpassant la Barbade en déclin. En 1805, elle compte 859 grandes plantations et exporte 137000 boucauts de sucre brut selon les livres de fret des navires anglais. L'île, lieu d'un intense commerce d'esclaves, affiche une économie florissante pour les tenants et rentiers de l'économie sucrière. Pourtant, les colonies anglaises des Antilles n'ont qu'une structure économie peu développée, du fait de l'interdiction de raffinage du sucre sur place et du contrôle drastiques des rares industries ou manufactures, cependant moins sévère qu'en Irlande.

En 1789, la Saint-Domingue française dépasse le demi-million d'habitants esclaves noirs pour officiellement 33000 blancs et 26000 mulâtres, il reste probablement plus de 100000 errants, ce qui montre la violence de la société esclavagiste antillaise en crise à Saint-Domingue, alors qu'elle est cachée à la Jamaïque. Cette terre française exporte du sucre à hauteur de 165 millions de livres en valeur de ses 793 sucreries, du café pour 68 millions de livres de ses 3117 caféières, du coton pour 6 millions de livres de ses 733 cotonneries, de l'indigo pour 930 mille livres de ses 3150 indigoteries, ainsi que du campêche pour 1,5 millions de livres et des cuirs de bœuf pour 20000 livres. Le mouvement commercial dépasse 330 à 350 millions. Haïti adopte en principe les idéaux révolutionnaires français pendant une longue guerre civile et entérine son indépendance en 1804 après un violent conflit avec la république métropolitaine, rendue impuissante par sa marine défaillante.

Cuba placé sous le joug de la couronne d'Espagne, maîtresse de la communication et de l'information, a subi l'évolution imposée par ses voisins tout en gardant des domaines agricoles ou "estancias" traditionnelles. En 1763, l'exportation de cuirs et de cires est toujours associée aux élevages de bétail extensif. L'importation d'esclaves noirs, il ne sont qu'à peine 32000 en 1763, justifie ailleurs les cultures coloniales, en particulier le tabac, le sucre et le café. En 1774, Cuba ne compte que 171000 habitants sujets blancs et de couleur. Une immigration des colons français de Saint-Domingue, attirant par contre coup une vague retour ou nouvelle de divers colons espagnols, explique le bond démographique de 100000 habitants. En 1792, la grande et longue île peu peuplée compte 272000 habitants. La culture du tabac s'est développée en quantité et en qualité, l'exportation de 860 tonnes en 1750 a plus que triplé, avec 2900 tonnes en 1790, instaurant une spécialité de l'île pour le siècle suivant. Les autres cultures coloniales s'affirment par un essor vigoureux mais heurté, comme le café. Les troubles d'Haïti expliquent ensuite la multiplication des réfugiés, parfois très actifs dans le café mais indésirables ou souvent mal accueillis puis chassés par les autorités espagnoles inquiètes de l'invasion francophone. Mais le développement des cultures esclavagistes se poursuit, amènant entre 1790 et 1820 plus de 320000 esclaves noirs. L'arrivée de 720000 nouveaux esclaves noirs entre 1820 et 1860 change définitivement le visage démographique de l'île.

En 1898, le royaume d'Espagne ne peut empêcher ses troupes militaires d'être humiliées à la fois par la révolte populaire cubaine et par les États-Unis d'Amérique, entrées en guerre pour émanciper les derniers hispanophones de la tutelle coloniale. L'Espagne perd ses derniers joyaux tropicaux en laissant instaurer la république autonome de Cuba. L'économie caraïbe est passé sous la domination nord-américaine, qui relance les cultures tropicales, en particulier celle du sucre, du café et de la banane. La crise de 1933 désorganise l'économie des Grandes Antilles. La révolution castriste en 1959 sépare Cuba du reste de la Caraïbe, alors que les derniers pourparlers d'indépendance aboutissent, pour la Jamaïque en 1962 et les Bahamas en 1973.

PolitiqueModifier

Les régimes politiques des différents pays de l'archipel sont relativement hétérogènes. La Jamaïque est membre du Commonwealth depuis 1962 et est donc une monarchie constitutionnelle. La République dominicaine et Haïti sont dotés de régimes républicains. Toutefois, Haïti n'est pas considéré comme une démocratie. Les États-Unis assurent leur présence dans l'archipel grâce à Porto Rico, territoire non incorporé ayant le statut de commonwealth, la base navale de la baie de Guantánamo (revendiquée par Cuba) et l'île de la Navasse, inhabitée et revendiquée par Haïti. Enfin, Cuba est une dictature communiste à parti unique (le Parti communiste de Cuba) suivant le modèle soviétique et les principes du marxisme-léninisme et du martisme.

ÉconomieModifier

Le tourisme est particulièrement développé dans l'archipel, notamment en République dominicaine et en Jamaïque.

En tant qu'État communiste, Cuba a longtemps été doté d'une économie planifiée. Le Parti Communiste de Cuba serait affecté par des problèmes de corruption[6].

Notes et référencesModifier

  1. Jacques Butterlin, opus cité, observe qu'à partir du fonds des mers environnantes, les diverses formations des Grandes Antilles constituent a minima une longue cordillère caraïbe.
  2. Il est vrai que ce phénomène de subduction concerne en premier chef l'arc antillais et les volcans actifs des Antilles.
  3. Les caïmans noirs, espèces originaires du bassin de l'Amazonie, seraient à l'origine de ses diverses espèces nanifiées ou en cours de séparation spécifiques par isolement, ils se laissent toujours dériver des côtes américaines comme des bois morts portés par le courant. Série documentaire allemande Les Caraïbes, WDR, 2016 déclinées en plusieurs volets. En particulier, numéro 1 Les Grandes Antilles, documentaire de 43 minutes 14 secondes de Marion Pöllmann, diffusion lundi 13 mars 2017 sur Arte.
  4. Le grand navigateur à l'estime pensait dès ses premières explorations que ces chapelets d'îles plus ou moins grandes étaient placées avant l'Inde ou à défaut les utopiques îles des petites indes, d'où l'hypothèse ante indias ou ante indillas avant abréviation populaire. On peut aussi suggérer une équivalence avec le nom italien singulier Antille désignation légendaire d'une grande île outre-atlantique sur une carte théorique de Paolo Toscanelli, cartographe florentin.
  5. La Barbade compte en 1650 100000 captifs noirs pour presque 50000 blancs ou libres. Le commerce maritime est assuré par environ 400 bâtiments jaugeant globalement 60000 tonneaux.
  6. Christian Nadeau, « Étude socio-économique et politique : Cuba (1989 - 2005) », Institut d’études internationales de Montréal, (consulté le 4 avril 2009), p. 29 [PDF]

BibliographieModifier

  • Article géologique collectif de Aubouin, Blanchet, Mansy, Tardy, Mercier de Lépinay, Stephan, Bourgeois, Vicente, sur « Amérique (Structure et milieu) - Géologie  », Encyclopædia Universalis, 2010. En particulier chapitre 3
  • Jacques Butterlin, Géologie structurale de la région des Caraïbes : Mexique, Amérique centrale, Antilles, Cordillère caraïbe, Paris : Masson, 1977.
  • Françoise Hatzenberger, Paysages et végétations des Antilles, Karthala éditions, 2001, 508 pages, (ISBN 9782845861268)

Autres liensModifier