Grande famine du Mont-Liban

Grande famine du Mont-Liban
Image illustrative de l’article Grande famine du Mont-Liban

Date 1915 - 1918
Lieu Mont Liban
Victimes Population libanaise en majorité chrétienne maronite
Type Famine imposée par blocus de denrées alimentaires
Morts 100 000 à 350 000
Auteurs Empire ottoman, Empire allemand
Guerre Première Guerre mondiale

La Grande famine ou Kafno en syriaque (ܟܦܢܐ [1] qui signifie faim ou famine) est une période de famine qui a touché le Mont Liban entre 1915 et 1918 entraînant la disparition d'environ le tiers de sa population. Pour certains, il s'agit d'un génocide perpétré par les Ottomans ; pour d'autres, des facteurs politiques et des causes naturelles sont aussi à prendre en considération. D'où la difficulté de caractériser cet événement qui a dépeuplé des centaines de villages libanais et profondément marqué les esprits, au point que beaucoup ont préféré l'oublier.

Un siècle plus tard, en 2018, a été érigé le mémorial de la Grande Famine 1915-1918 à Beyrouth devant l’université Saint-Joseph, à l'initiative de l'historien libanais Christian Taoutel (conservateur du mémorial) et de l'écrivain libanais Ramzi Toufic Salamé.

Contexte historiqueModifier

La situation au mont Liban avant la Grande famine est marquée par de fortes tensions géopolitiques et sociales. En effet, cette province de l'Empire ottoman se caractérise par une diversité communautaire comprenant des chrétiens, en majorité maronites, et des Druzes. Ces deux communautés ont eu par le passé des relations parfois conflictuelles, notamment entre 1840 et 1860, lors des massacres des Maronites par les Druzes. À la suite de ces événements, pour apaiser les tensions et sous la pression des grandes puissances de l'époque (Grande-Bretagne, France, Russie et Prusse), la Sublime Porte est contrainte de créer une province autonome, la « moutassarifiya », gouvernée selon une base communautaire.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, l'Empire ottoman allié des empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie) prend des mesures afin d'éviter toute révolte dans les territoires arabes de l'empire. En effet, l'Angleterre, membre de la Triple-Entente, a promis aux Arabes l'indépendance en échange de leur aide pour combattre les Ottomans.

Dans le même temps, le sultan Mehmed V a nommé Jamal Pacha à la tête des affaires civiles et militaires du Moyen-Orient. Ce dernier s'illustre dans la répression contre les Arméniens et les Assyriens et les qualificatifs de « boucher » et de « sanguinaire » lui sont attribués.

Contexte socio-économiqueModifier

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les évolutions sociales au mont Liban sont marquées par la disparition progressive des structures féodales au profit d'une petite et moyenne paysannerie propriétaire de lopins de terre. Cependant, ces couches sociales sont marquées par la précarité et seront les principales victimes de la Grande famine.

Vers 1900, l'économie du mont Liban repose sur l'agriculture : tabac, olives, production de savon et élevage de vers à soie, sur le commerce par le port de Beyrouth et  sur des transferts de fonds assurés par la diaspora libanaise, installée en Amérique par exemple.

Les causes de la Grande famineModifier

La Première Guerre mondiale joue un rôle déterminant puisque c'est elle qui est à l'origine de la pénurie et de la cherté des denrées alimentaires.

  • Le blocus maritime des Alliés qui dès empêchent l'approvisionnement des denrées venant d’Égypte, craignant que celles-ci ne tombent entre les mains des Ottomans et de l’armée allemande qui avait des troupes dans la région.
  • L’invasion de sauterelles qui a ravagé les récoltes. Le Liban a été « plongé dans l’obscurité de ce nuage d’orthoptères » qui a éclipsé le soleil et semé la panique parmi la population, du jusque fin .
  • Les réquisitions de denrées par les autorités ottomanes à partir de 1915 pour nourrir leur armée et le blocus terrestre imposé par Jamal Pacha aggravent ainsi la famine en dépit de quelques distributions de pain de la part des autorités.
  • Par la suite, les Allemands prennent le relais des Ottomans ; ils maintiennent le blocus terrestre et poursuivent les réquisitions de denrées encore plus systématiquement, portant la famine à son comble.
  • La crise monétaire de 1916 provoquée par l’empire ottoman pour affaiblir l’économie libanaise par l’émission de papier monnaie à la place de la livre turque-or.

ConséquencesModifier

Les facteurs mentionnés ci-dessus ont eu les conséquences suivantes :

  • La diffusion de la famine consécutive à l’arrêt de l’importation des denrées alimentaires ; le prix du rotol (unité de mesure utilisée à l’époque, équivalent à 2 kg et demi) de farine, de blé, et de maïs a centuplé passant de 6 à 8 piastres à 230 piastres. De même le prix de la « samneh » (beurre oriental), de l’huile, des oignons, des pommes de terre, du savon, atteint les centaines de piastres.
  • Augmentation du taux de mortalité à cause des épidémies (typhus, malaria) et de la famine. La misère, la dénutrition, l’insalubrité, la privation totale des moyens d’hygiène les plus élémentaires, personnels et collectifs, entraînent maladies et épidémies. Les milliers de cadavres étaient ramassés par les charrettes de la « baladiyeh » (municipalité) puis enterrés dans des fosses communes.
  • Le nombre de morts est évalué entre 100 000 et 300 000, pour une population dont l’estimation varie elle-même entre 400 000 et 500 000 habitants dont des dizaines de milliers avaient émigré : des statistiques exactes n’existant pas à l’époque. C’est la raison pour laquelle certains ont considéré que cette tragédie était une hécatombe et d’autres un génocide.

Fin de la famineModifier

La victoire des Alliés et l’arrivée des forces militaires françaises permettent le retour des congrégations et des missions religieuses que les Ottomans avaient chassées. Début 1919, le ravitaillement se normalise, des distributions de vivres sont organisées et le spectre de la famine est enfin écarté.

BibliographieModifier

  • Histoire du Liban : des origines au XXe siècle, sous la direction de Boutros Dib, .
  • Le pain, roman de Toufic Aouad, traduction française, .
  • Le peuple libanais dans la tourmente de la grande guerre 1914-1918, par Christian Taoutel et Pierre Wittouck, 2015.
  • Histoire du Liban contemporain par Denise Ammoun, 1997.
  • Antoine L. Boustany, Histoire de la grande famine au Mont-Liban (1915-1918). Un génocide passé sous silence. Beyrouth, 2014.

Article dans l’Orient- Le jour :

  •  À l’occasion de la conférence sur le centenaire à l'université Saint-Joseph de Beyrouth ()
  • À l’occasion de l’exposition inédite de photos des pères Jésuites (C. Taoutel et P.Wittouck) ainsi que de la collection Ibrahim Naoum Kanaan sur la grande famine de 1915 au Liban, à l’USJ ().

Notes et référencesModifier

Lien externeModifier