Grande Alliance (traité)

premier traité entre la France et les autochtones

Le traité de la Grande Alliance a été conclu à « la poincte de Sainct Matthieu »[1] le par les sieurs Samuel de Champlain et François Gravé du Pont, représentant la France, et par des nations amérindiennes, nommément les Algonquins, les Montagnais et les Etchemins[2]. Par ce traité, la France, représentée par Champlain, devient le premier royaume européen à proposer une alliance à la fois militaire et commerciale aux peuples amérindiens[3]. Le terme Grande Tabagie est parfois utilisé pour référer à la fête qui scelle cette alliance[4].

La Pointe Saint-Mathieu est identifiée sur cette carte de 1631, Hendrik Hondius II, America noviter delineate, Amsterdam, 1636.
Carte représentant Tadoussac et l"embouchure de la rivière Saguenay.

Enjeux des guerres amérindiennesModifier

 
Représentation de Champlain dans un canot avec deux Indiens, descendant des rapides.

L'expédition d'Aymar de Chaste, est dirigée par François Gravé du Pont (Pont-Gravé). Le 7 mai, elle longe Terre-Neuve; le 20, elle est à Anticosti et, le 21, après avoir aperçu Gaspé, celle-ci remonte le fleuve Saint-Laurent jusqu'au Bic pour enfin traverser à Tadoussac[5]. Ils accostent à Tadoussac le . Cette petite expédition est notamment composée du cartographe Samuel de Champlain, mais aussi de deux Innus qui avaient passé l’année en France. Ceux-ci servent d’interprètes et de guides[6].

Ils se déplacent à une lieue de là, sur la pointe Saint-Mathieu (aujourd'hui Pointe-aux-Alouettes), où quelque 80 à 100 Autochtones faisaient « tabagie » (c'est-à-dire festin) sous la direction du « grand sagamo[7] » Anadabijou. Ils célébraient la victoire de 1 000 guerriers Montagnais, Algonquins et Etchemins sur les Iroquois à l’embouchure de la rivière des Iroquois.

Diplomatie et célébrationsModifier

« Quand Champlain et ses compagnons arrivèrent sur la Pointe, les Indiens étaient en train de faire tabagie. Ils fêtaient une récente victoire remportée sur les Iroquois et, comme preuve, ils exhibèrent aux yeux des Français plus de cent crânes sanglants qu'ils avaient remportés de leur expédition à l'entrée de la Rivière-des-Iroquois. Champlain et Pontgravé avaient ramené avec eux deux Indiens qui avaient suivi Pontgravé en France, lors d'un récent voyage. Ils furent les interprètes entre les Français et les sauvages. Adanabijou, le chef de ces derniers, reçut très aimablement les voyageurs et il les fit asseoir à côté de lui. L'un des sauvages rapatriés prononça alors un grand discours. Il raconta toutes les merveilles qu'il avait vues en France et les bons traitements dont il avait été l'objet. Adanabijou fit ensuite distribuer du petun et, quand tout le monde eut fumé dans le calumet de la paix, le chef fit à son tour une longue harangue dans laquelle il se félicitait d'avoir su conquérir l'amitié du Français. Puis, le festin se continua : on mangea, on chanta et l'on dança jusques près du matin[8]. »

— Damase Potvin

« Français et Indiens se firent des déclarations d’amitié réciproque. L’un des deux Indiens que Gravé avait déjà emmenés avec lui en France parla de son séjour là-bas et de l’accueil amical que le roi de France lui avait fait, donnant l’assurance que le roi voulait peupler leur pays et qu’il les aiderait à vaincre leurs ennemis. Anadabijou exprima sa satisfaction, soulignant « les avantages qu’ils [les Indiens] pourraient compter recevoir de Sa Majesté ». Le festin de la victoire se poursuivit et l’on consomma de huit à dix grandes marmites de viande d’orignal, d’ours, de phoque, de castor et de gibier d’eau. Le lendemain, Anadabijou transporta ses gens en canots jusqu’à Tadoussac où, quelque deux semaines plus tard, ils recommencèrent la fête en compagnie de leurs alliés algonquins et etchemins. »[2]

Les mille Algonquins, Etchemins et Montagnais s'étaient déplacés à Tadoussac même, avec leurs canots chargés de fourrures pour une nouvelle tabagie, présidée cette fois par le chef Tessouat[5].

L'ouvrage « Le rêve de Champlain » consacre une part importante à ces célébrations[4].

BilanModifier

À la suite de cette victoire, les Montagnais et leurs alliés passent à la défensive dans leurs relations avec leurs ennemis traditionnels, les Iroquois, qui retournaient dans la vallée du Saint-Laurent après en avoir été chassés vers 1570–1603. En s'alliant contre les Iroquois, les Français s'engageaient dans une longue guerre. Champlain respecte cette alliance en 1609 lors de la bataille du lac Champlain, ce qui envenime la situation. La guerre entre Iroquois et Français allait durer un siècle, jusqu'à la Grande Paix de Montréal.

« C’est le premier compte rendu d’une réunion où il fut question d’une alliance entre les Français, d’une part, et les Algonquins, les Montagnais et les Etchemins, d’autre part, contre leurs ennemis communs, les Iroquois ; les Français devaient rester fidèles à cette politique et il en résulta un siècle de conflits entre eux et les Iroquois[2]. »

— Elsie McLeod Jury

« Une histoire plus complexe s'impose autour de nouveaux éléments dont l’Alliance avec le grand Sagamo du « Canada », Anadabijou et les peuples autochtones, sont au cœur d'une histoire interculturelle, politique et commerciale qui est officialisée par les différents acteurs qui participent aux célébrations. Les Alliances avec les peuples autochtones et leur maintien s’inscrivent, à partir de l’Alliance de 1603, dans la politique de la France qui, en s’alliant avec les Peuples autochtones reconnaît leurs droits des peuples souverains sur leurs terres. »

— Camil Girard et Jacques Kurtness, L’Alliance de 1603[9]

En Mémoire du traitéModifier

La portion de la route 138 qui traverse le village de Baie-Sainte-Catherine se nomme maintenant la route de la Grande-Alliance, premier traité entre Français et Amérindiens[10].

Notes et référencesModifier

  1. La pointe aux Alouettes, située sur le territoire de la municipalité de Baie-Sainte-Catherine
  2. a b et c Elsie McLeod Jury 1966
  3. Mathieu d'Avignon, Samuel de Champlain et les alliances franco-amérindiennes : une diplomatie interculturelle, Québec, Québec Université Laval, coll. « Thèses et mémoires », , 161 p. (lire en ligne)
  4. a et b David Hackett Fischer (trad. de l'anglais par Daniel Poliquin), Le rêve de Champlain, Montréal (Québec) Canada, Éditions du Boréal, , 1008 p. (ISBN 978-2-7646-2093-9, lire en ligne), p. Chapitre 7, Tadoussac, La Grande Tabagie de 1603
  5. a et b Marcel Trudel, « Un nouvel inventaire du Saint-Laurent, 1603 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 16, no 3,‎ , p. 313–347 (ISSN 0035-2357 et 1492-1383, DOI 10.7202/302209ar, lire en ligne, consulté le )
  6. « La Grande Tabagie de 1603, vrai début de la présence française au Canada », sur ici.radio-canada.ca (consulté le )
  7. grand chef
  8. Damase Potvin 1881?-1964 et Benjamin Sulte (préface), Le tour du Saguenay, historique, légendaire et descriptif, Québec, Québec?, (ISBN 0-665-97413-2, lire en ligne), p. 60
  9. Camil Girard, et Jacques Kurtness, Premier Traité de l’histoire de la Nouvelle-France en Amérique . L’Alliance de 1603 (Tadoussac) et la a souveraineté des peuples autochtones du Québec, conférence prononcée à l’université de Xalapa, Veracruz, México, le 22 mars 2011, Colloque international Québec à Mexico intitulé : Développement régional, nouveaux acteurs et espaces publics, table : Autonomie et peuples autochtones Québec : Mexico., , 33 p. (lire en ligne)
  10. Route de la Grande-Alliance sur la Banque de noms de lieux du Québec

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Mathieu d'Avignon, Samuel de Champlain et les alliances franco-amérindiennes : une diplomatie interculturelle, Québec, Québec Université Laval, coll. « Thèses et mémoires », , 161 p. (lire en ligne).
  • Elsie McLeod Jury, ANADABIJOU, vol. 1, Québec et Toronto, Canada, Université Laval/University of Toronto, coll. « Dictionnaire biographique du Canada », (lire en ligne)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier