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Grand Prix automobile de France 1951

course de Formule 1
Grand Prix de France 1951
Tracé de la course
Données de course
Nombre de tours 77
Longueur du circuit 7,816 km
Distance de course 601,832 km
Conditions de course
Météo temps chaud et ensoleillé
Affluence environ 70 000 spectateurs
Résultats
Vainqueur

Drapeau de l'Italie Luigi Fagioli &

Drapeau de l'Argentine Juan Manuel Fangio,
Alfa Romeo,
h 22 min 11 s 0
(vitesse moyenne : 178,600 km/h)
Pole position Drapeau de l'Argentine Juan Manuel Fangio,
Alfa Romeo,
min 25 s 7
(vitesse moyenne : 193,120 km/h)
Record du tour en course Drapeau de l'Argentine Juan Manuel Fangio,
Alfa Romeo,
min 27 s 8
(vitesse moyenne : 190,376 km/h)

Le Grand Prix de France 1951 (XXXVIIIe Grand Prix de l'A.C.F.), disputé sur le circuit de Reims-Gueux le , est la onzième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1951. Il fut également dénommé Grand Prix d'Europe 1951.

Sommaire

Contexte avant le Grand PrixModifier

Le championnat du mondeModifier

Quatrième épreuve du championnat, le Grand Prix de l'A.C.F., élevé cette année au rang de Grand Prix d'Europe, se déroule deux semaines après le Grand Prix de Belgique, qui fut remporté par l'Alfa Romeo du champion du monde en titre Giuseppe Farina. Avant l'épreuve de Reims, le pilote turinois est en tête du classement, avec deux points d'avance sur son coéquipier et rival Juan Manuel Fangio, malchanceux lors de l'épreuve précédente. À ce jour invaincues, les célèbres Alfetta sont néanmoins menacées dans leur suprématie par les Ferrari 375 F1, également très performantes aux mains d'Alberto Ascari et Luigi Villoresi qui seront secondés pour cette course par l'espoir argentin José Froilán González.

Le circuitModifier

Article détaillé : Circuit de Reims-Gueux.

Cette piste triangulaire très rapide autorise des moyennes de plus de 180 km/h, et fait la part belle à la puissance des moteurs. Ne comptant que trois virages lents, le circuit a pour cadre les plaines céréalières champenoises, mais traverse également le virage de Gueux, où la piste rase les maisons et les murs de briques.

Monoplaces en liceModifier

  • Alfa Romeo 159 "Usine"
 
Le poste de pilotage de l'Alfetta, la plus rapide des F1 engagées.

Avec une puissance d'environ 425 chevaux, les Alfetta sont les monoplaces les plus puissantes et les plus rapides du plateau. En contrepartie, leur moteur huit cylindres suralimenté est très gourmand, la consommation sur un circuit rapide est de l'ordre d'un litre et demi de méthanol au kilomètre. Pour l'épreuve de Reims, malgré une capacité de trois cents litres de carburant, les Alfa devront effectuer trois ravitaillements en course. L'écurie milanaise engage ici ses trois pilotes attitrés (Giuseppe Farina, Juan Manuel Fangio et Consalvo Sanesi), qui seront épaulés par le vétéran italien Luigi Fagioli, au volant d'une monoplace légèrement moins puissante, ne bénéficiant pas des dernières évolutions moteur.

  • Ferrari 375 F1 "Usine"
 
L'Argentin José Froilán González s'est vu confier le volant de la troisième Ferrari, en remplacement de Piero Taruffi.

La Scuderia Ferrari avait initialement engagé quatre monoplaces, trois seulement ont été acheminées à Reims. Alberto Ascari et Luigi Villoresi pilotent leurs voitures habituelles, tandis que Piero Taruffi, légèrement malade, a été jugé inapte par Enzo Ferrari[1] ! C'est le pilote argentin José Froilán González qui a été invité à piloter la troisième monoplace officielle. La puissance du V12 atmosphérique en version double allumage est estimée à 380 chevaux. Un peu moins rapides que les Alfa Romeo, ce sont néanmoins des concurrentes redoutables pour les Alfa Romeo, grâce à leur consommation moindre et un meilleur équilibre en conditions de course. Avec une autonomie de plus de trois cents kilomètres, les Ferrari ne devront effectuer qu'un seul arrêt ravitaillement en course.
Deux Ferrari privées britanniques sont également présentes : une ancienne 125 à compresseur alignée par Peter Whitehead, et la 375 F1 Thinwall de Tony Vandervell, que vont se partager Reg Parnell et Brian Shawe-Taylor.

  • Simca-Gordini "Usine"

Amédée Gordini a engagé quatre voitures : trois T15 pour les « Mousquetaires » Maurice Trintignant, Robert Manzon et André Simon, ainsi qu'une ancienne T11 pour son fils Aldo, qui fait ici ses débuts en championnat. D'une puissance très modeste (le petit 4 cylindres à simple compresseur développe environ 150 chevaux), ces monoplaces sont aujourd'hui totalement surclassées par leur concurrentes sur les circuits rapides. Il est peu probable que la prestation de l'année précédente (méritoire quatrième place de Manzon favorisée par un fort taux d'abandons) se renouvelle, la concurrence ayant nettement progressé tandis que les petites monoplaces françaises sont loin de bénéficier d'une préparation parfaite, faute de moyens[2].

  • Maserati 4CLT

Enrico Platé a amené deux anciennes 4CLT-48 pour Harry Schell et Emmanuel de Graffenried, tandis que le pilote argentin Onofre Marimon fait ses débuts sur une Maserati Milano. On attendait également le Prince Bira et sa 4CLT-48 personnelle, mais le pilote thaïlandais a finalement renoncé.

  • Talbot-Lago T26C
 
Le compartiment moteur de la Talbot-Lago T26C : un sobre 6 cylindres en ligne, 4 litres ½, environ 280 chevaux.

Bien qu'officiellement absente, Talbot est une nouvelle fois la marque la plus représentée, avec sept monoplaces engagées. Bien que largement dominées en puissance par les monoplaces italiennes, les T26C peuvent néanmoins espérer un résultat honorable sur cette longue épreuve, grâce à leur fiabilité et leur régularité. Parmi les mieux préparées, on trouve les deux monoplaces engagées par Louis Rosier, épaulé par le Monégasque Louis Chiron pour cette course.

Coureurs inscritsModifier

Liste des pilotes inscrits[3],[4]
no  Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques
2   Nino Farina Alfa Romeo SpA Alfa Romeo Alfa Romeo 159 Alfa Romeo L8s P
4   Juan Manuel Fangio Alfa Romeo SpA Alfa Romeo Alfa Romeo 159 Alfa Romeo L8s P
6   Consalvo Sanesi Alfa Romeo SpA Alfa Romeo Alfa Romeo 159 Alfa Romeo L8s P
8   Luigi Fagioli Alfa Romeo SpA Alfa Romeo Alfa Romeo 159 Alfa Romeo L8s P
10   Luigi Villoresi Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 375 F1 375/3 Ferrari V12 P
12   Alberto Ascari Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 375 F1 375/4 Ferrari V12 P
14   José Froilán González Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 375 F1 375/5 Ferrari V12 P
16   Piero Taruffi Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 375 F1 375/2 Ferrari V12 P
18   Emmanuel de Graffenried Enrico Platé Maserati Maserati 4CLT-48 1601 Maserati L4s P
20   Harry Schell Enrico Platé Maserati Maserati 4CLT-48 1598 Maserati L4s P
22   Prince Bira Écurie Siam Maserati Maserati 4CLT-48 1607 Maserati L4s P
24   Peter Whitehead Privé Ferrari Ferrari 125 114 Ferrari V12s D
26   Reg Parnell
  Brian Shawe-Taylor
GA Vandervell Ferrari Ferrari 375 F1 Thinwall 125-C-02 Ferrari V12 P
28   Johnny Claes Écurie Belge Talbot-Lago Talbot-Lago T26C-DA 110 052 Talbot L6 D
30   Robert Manzon Équipe Gordini Simca-Gordini Simca-Gordini T15 14-GC Gordini L4s E
32   Maurice Trintignant Équipe Gordini Simca-Gordini Simca-Gordini T15 12-GC Gordini L4s E
34   André Simon Équipe Gordini Simca-Gordini Simca-Gordini T15 11-GC Gordini L4s E
36   Aldo Gordini Équipe Gordini Simca-Gordini Simca-Gordini T11 4-GC Gordini L4s E
38   Philippe Étancelin Privé Talbot-Lago Talbot-Lago T26C-DA 110 054 Talbot L6 D
40   Louis Rosier Ecurie Rosier Talbot-Lago Talbot-Lago T26C-DA 110 053 Talbot L6 D
42   Louis Chiron Ecurie Rosier Talbot-Lago Talbot-Lago T26C 110 001 Talbot L6 D
44   Eugène Chaboud Privé Talbot-Lago Talbot-Lago T26C-GS 110 058 Talbot L6 D
46   Yves Giraud Cabantous Privé Talbot-Lago Talbot-Lago T26C 110 009 Talbot L6 D
48   Guy Mairesse Écurie Belgique Talbot-Lago Talbot-Lago T26C 110 002 Talbot L6 D
50   Onofre Marimon Scuderia Milano Maserati Maserati Milano 4CLT-50 1612 Maserati L4s P

QualificationsModifier

Les séances de qualifications se déroulent le vendredi et le samedi, sous une chaleur accablante[5]. Alberto Ascari (Ferrari) se montre le plus rapide lors de la première journée d'essais, mais le lendemain les Alfa Romeo exploitent pleinement leur puissance supérieure, et Juan Manuel Fangio s'empare une nouvelle fois de la pole position avec un tour en 2 min 25 s 7 (à plus de 193 km/h de moyenne), près de deux secondes devant son coéquipier Giuseppe Farina. Ascari reste le plus rapide des pilotes Ferrari, troisième temps devant son coéquipier Luigi Villoresi. Quant aux Talbot, désormais largement surclassées par les monoplaces italiennes, elles sont emmenées par le vétéran Louis Chiron, le plus rapide des pilotes privés, qui décroche une place en troisième ligne, à dix-huit secondes tout de même du meilleur temps.
Arrivées tardivement le samedi, une heure et demie avant la fin de la dernière séance, les Simca-Gordini ont très peu tourné[2]; à la surprise générale le débutant Aldo Gordini se révèle aussi rapide que les pilotes confirmés comme Maurice Trintignant. Rendant trois secondes au kilomètre aux Alfa Romeo et Ferrari, ces voitures ne peuvent espérer se mêler à la lutte pour les places d'honneur.

Résultats des qualifications
Pos. no  Pilote Écurie Temps Écart
1 4   Juan Manuel Fangio Alfa Romeo 2 min 25 s 7  
2 2   Giuseppe Farina Alfa Romeo 2 min 27 s 4 + 1 s 7
3 12   Alberto Ascari Ferrari 2 min 28 s 1 + 2 s 4
4 10   Luigi Villoresi Ferrari 2 min 28 s 5 + 2 s 8
5 6   Consalvo Sanesi Alfa Romeo 2 min 28 s 9 + 3 s 2
6 14   José Froilán González Ferrari 2 min 30 s 8 + 5 s 1
7 8   Luigi Fagioli Alfa Romeo 2 min 33 s 1 + 7 s 4
8 42   Louis Chiron Talbot-Lago 2 min 43 s 7 + 18 s 0
9 26   Reg Parnell Ferrari 2 min 44 s 0 + 18 s 3
10 38   Philippe Étancelin Talbot-Lago 2 min 44 s 8 + 19 s 1
11 46   Yves Giraud-Cabantous Talbot-Lago 2 min 45 s 7 + 20 s 0
12 28   Johnny Claes Talbot-Lago 2 min 46 s 6 + 20 s 9
13 40   Louis Rosier Talbot-Lago 2 min 48 s 0 + 22 s 3
14 44   Eugène Chaboud Talbot-Lago 2 min 49 s 6 + 23 s 9
15 50   Onofre Marimon Maserati 2 min 49 s 8 + 24 s 1
16 18   Emmanuel de Graffenried Maserati 2 min 50 s 1 + 24 s 4
17 36   Aldo Gordini Simca-Gordini 2 min 50 s 3 + 24 s 6
18 32   Maurice Trintignant Simca-Gordini 2 min 50 s 3 + 24 s 6
19 48   Guy Mairesse Talbot-Lago 2 min 58 s 4 + 32 s 7
20 24   Peter Whitehead Ferrari Pas de temps -
21 34   André Simon Simca-Gordini Pas de temps -
22 20   Harry Schell Maserati Pas de temps -
23 30   Robert Manzon Simca-Gordini Pas de temps -

Grille de départ du Grand PrixModifier

 
Une biplace au milieu des monoplaces : la Talbot-Lago T26C GS engagée par Eugène Chaboud, qui s'élancera de la sixième ligne.
Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications[6]
1re ligne Pos. 3 Pos. 2 Pos. 1
 
Ascari
Ferrari
2 min 28 s 1
 
Farina
Alfa Romeo
2 min 27 s 4
 
Fangio
Alfa Romeo
2 min 25 s 7
2e ligne Pos. 5 Pos. 4
 
Sanesi
Alfa Romeo
2 min 28 s 9
 
Villoresi
Ferrari
2 min 28 s 5
3e ligne Pos. 8 Pos. 7 Pos. 6
 
Chiron
Talbot-Lago
2 min 43 s 7
 
Fagioli
Alfa Romeo
2 min 33 s 1
 
González
Ferrari
2 min 30 s 8
4e ligne Pos. 10 Pos. 9
 
Étancelin
Talbot-Lago
2 min 44 s 8
 
Parnell
Ferrari
2 min 44 s 0
5e ligne Pos. 13 Pos. 12 Pos. 11
 
Rosier
Talbot-Lago
2 min 48 s 0
 
Claes
Talbot-Lago
2 min 46 s 6
 
Cabantous
Talbot-Lago
2 min 45 s 7
6e ligne Pos. 15 Pos. 14
 
Marimon
Maserati
2 min 49 s 8
 
Chaboud
Talbot-Lago
2 min 49 s 6
7e ligne Pos. 18 Pos. 17 Pos. 16
 
Trintignant
Simca-Gordini
2 min 50 s 3
 
Gordini
Simca-Gordini
2 min 50 s 3
 
Graffenried
Maserati
2 min 50 s 1
8e ligne Pos. 20 Pos. 19
 
Whitehead
Ferrari
Pas de temps
 
Mairesse
Talbot-Lago
2 min 58 s 4
9e ligne Pos. 23 Pos. 22 Pos. 21
 
Manzon
Simca-Gordini
Pas de temps
 
Schell
Maserati
Pas de temps
 
Simon
Simca-Gordini
Pas de temps

Déroulement de la courseModifier

Sur cette distance de plus de six cents kilomètres, les Alfa Romeo vont devoir ravitailler trois fois en carburant, contre une fois pour les Ferrari, tandis que les Talbot n'auront a priori pas à s'arrêter. 70000 spectateurs assistent à la course, qui va être disputée par temps chaud et ensoleillé[7].

En pole position, Juan Manuel Fangio (Alfa Romeo) s'élance en tête devant les Ferrari d'Alberto Ascari et Luigi Villoresi, alors que Giuseppe Farina (qualifié en première ligne sur son Alfetta) a complètement manqué son envol, ayant trop fait cirer ses pneus. Au cours du premier tour, Ascari prend la tête et repasse devant les stands avec déjà plusieurs longueurs d'avance sur Fangio et Villoresi. Suivent Consalvo Sanesi (Alfa Romeo) et José Froilán González sur la troisième Ferrari, alors que Farina, sixième, a déjà regagné quelques places. Le champion du monde tourne à un rythme très élevé en ce début de course : il dépasse González et Sanesi (victime de problèmes de magnéto) au cours du quatrième tour, et recolle bientôt au groupe de tête, ayant battu à deux reprises le record du tour. Ascari est toujours en tête, mais va bientôt connaître des ennuis de freins, cédant la première place à Fangio au neuvième tour, alors que Farina prend le meilleur sur Villoresi pour le gain de la troisième place. Fangio ne va rester que quelques kilomètres en tête, handicapé par des problèmes d'allumage. Après un bref arrêt au stand, Ascari est reparti en cinquième position, mais abandonne au tour suivant, boîte de vitesses cassée. C'est donc Farina, auteur d'une fulgurante remontée, qui occupe la première place, avec déjà sept secondes d'avance sur Villoresi, et près de vingt sur Fangio dont le moteur ratatouille de plus en plus. Le pilote argentin doit bientôt effectuer un très long arrêt au stand, pour faire remplacer les magnétos. En tête, débarrassé de ses plus dangereux adversaires, le champion du monde continue sur un rythme effréné, améliorant encore cinq fois le record entre le onzième et le dix-huitième passages ! Son avance sur la meilleure Ferrari se monte maintenant à plus d'une minute, alors que le vétéran Luigi Fagioli, après un début de course prudent sur son Alfetta, occupe maintenant la troisième place, ayant doublé la Ferrari de González au seizième tour. Villoresi semble en difficulté, il se fait dépasser coup sur coup par Fagioli et González. Au tour suivant le pilote argentin, qui effectue sa première course pour Ferrari, s'empare de la seconde place. Le premier quart de la course est dépassé, et c'est Fagioli qui va être le premier à effectuer son ravitaillement.

Nous sommes au début du vingt-cinquième tour, et Fangio est toujours immobilisé pour problèmes d'allumage, après un second arrêt. Guidotti, le directeur sportif, ordonne alors à Fagioli de céder sa voiture au pilote argentin ; le plein effectué, Fangio repart en quatrième position, derrière les Ferrari de González et Villoresi, Farina caracolant loin devant. Son retard sur le leader est de plus de deux minutes et parait insurmontable, Fangio met néanmoins tout en œuvre pour réduire l'écart et, malgré une voiture gorgée de carburant, il est pratiquement dans le rythme du record du tour. Farina effectue son premier ravitaillement après vingt-sept tours, il a toujours une confortable avance sur González et Villoresi lorsqu'il repart de son stand. La remontée de Fangio est ahurissante : n'hésitant pas à utiliser plus que la largeur de la piste[1], il réduit rapidement son écart sur les Ferrari; au trente-deuxième passage, il bat le record du tour à plus de 190 km/h, et deux boucles plus tard il a débordé Villoresi.

Au début du trente-cinquième tour, González ravitaille, mais malgré son remarquable début de course doit laisser le volant à Ascari. Entre-temps, Fangio est passé, il est désormais second à environ une minute et demie de son coéquipier Farina. Villoresi, quatrième, effectue son arrêt peu après ; il a considérablement ralenti son allure, sa Ferrari dégageant d'inquiétantes fumées blanches. Peu après la mi-course, Fangio a encore réduit l'écart sur son coéquipier Farina, lui reprenant deux secondes au tour. Les deux pilotes Alfa Romeo effectuent leur second ravitaillement peu après, les pneus arrière sont également remplacés, Ascari profite de l'arrêt de Fangio pour le gain de la seconde place. Farina est toujours en tête, mais au tour suivant il doit à nouveau s'arrêter, pneu avant gauche éclaté. C'est alors qu'il compromet toute chance de victoire : énervé par l'incident, il dépasse son stand. Le règlement l'oblige à pousser sa voiture en arrière, et lorsque l'on procède enfin au remplacement de la roue trois minutes ont été perdues !

La course se joue maintenant entre Ascari, désormais premier, et Fangio. Ce dernier est nettement plus rapide, mais il doit encore prévoir un troisième ravitaillement. Troisième et quatrième, Farina et Villoresi sont bien trop attardés pour la lutte en tête. Fangio comble rapidement son retard sur Ascari, et profite d'un bref arrêt de ce dernier (réglage des freins) pour prendre le commandement de la course. Son rythme est toujours très élevé, en dix tours il porte son avance à plus d'une minute, avance suffisante pour effectuer son dernier ravitaillement en toute quiétude. Ascari ne peut plus espérer le rejoindre et assure sa seconde place, tandis que Farina connaît à son tour des problèmes d'allumage et se fait successivement dépasser par Villoresi et Parnell en fin de course. Auteur d'une course ayant tenu en haleine et enthousiasmé le public rémois, Fangio emporte une victoire inespérée au volant de la voiture de Fagioli, au terme d'une époustouflante course poursuite. Il reprend à cette occasion la tête du championnat du monde, avec un point d'avance sur son coéquipier Farina, seulement cinquième de la course à la suite de sa crevaison et de ses ennuis d'allumage. Pour Luigi Fagioli (finalement reparti sur la voiture de Fangio avec un retard de plus de vingt tours !), cette victoire partagée est la première en championnat. Toutefois, vexé d'avoir dû céder sa voiture et réduit au rôle de faire-valoir, le vétéran italien quittera aussitôt l'équipe[1], et n'apparaîtra plus en formule 1.

Classements intermédiairesModifier

Classements intermédiaires des monoplaces aux premier, cinquième, dixième, vingtième, quarantième, cinquantième et soixantième tours[4],[8].

Classement de la courseModifier

 
Pour la deuxième année consécutive, Fangio ajoute son nom au palmarès de ce Grand Prix. Covainqueur, Fagioli est ici superbement ignoré !
 
Guy Mairesse sur Talbot-Lago termine neuvième de l'épreuve
Pos No Pilote Écurie Tours Temps/Abandon Grille Points
1 8   Luigi Fagioli
  Juan Manuel Fangio
Alfa Romeo 77 3 h 22 min 11 s 0 7 4
5
2 14   José Froilán González
  Alberto Ascari
Ferrari 77 3 h 23 min 09 s 2 (+ 58 s 2) 6 3
3
3 10   Luigi Villoresi Ferrari 74 3 h 23 min 28 s 5 (+ 3 tours) 4 4
4 26   Reg Parnell Ferrari 73 3 h 22 min 48 s 5 (+ 4 tours) 9 3
5 2   Nino Farina Alfa Romeo 73 3 h 23 min 51 s 5 (+ 4 tours) 2 2
6 42   Louis Chiron Talbot-Lago 71 3 h 23 min 29 s 0 (+ 6 tours) 8  
7 46   Yves Giraud-Cabantous Talbot-Lago 71 3 h 24 min 48 s 2 (+ 6 tours) 11  
8 44   Eugène Chaboud Talbot-Lago 69 3 h 22 min 19 s 6 (+ 8 tours) 14  
9 48   Guy Mairesse Talbot-Lago 66 3 h 24 min 58 s 9 (+ 11 tours) 19  
10 6   Consalvo Sanesi Alfa Romeo 58 3 h 22 min 30 s 0 (+ 19 tours) 5  
11 4   Juan Manuel Fangio
  Luigi Fagioli
Alfa Romeo 55 3 h 22 min 29 s 3 (+ 22 tours) 1  
Abd. 28   Johnny Claes Talbot-Lago 54 Accident 12  
Abd. 40   Louis Rosier Talbot-Lago 43 Transmission 13  
Abd. 38   Philippe Étancelin Talbot-Lago 37 Moteur 10  
Abd. 36   Aldo Gordini Simca-Gordini 27 Moteur 17  
Abd. 20   Harry Schell Maserati 23 Surchauffe moteur 22  
Abd. 32   Maurice Trintignant Simca-Gordini 11 Moteur 18  
Abd. 12   Alberto Ascari Ferrari 10 Boîte de vitesses 3  
Abd. 34   André Simon Simca-Gordini 7 Moteur 21  
Abd. 30   Robert Manzon Simca-Gordini 3 Moteur 23  
Abd. 50   Onofre Marimon Maserati-Milano 2 Moteur 15  
Abd. 18   Toulo de Graffenried Maserati 1 Transmission 16  
Abd. 24   Peter Whitehead Ferrari 1 Moteur 20  

Légende:

  • Abd.=Abandon

Pole position et record du tourModifier

Évolution du record du tour en courseModifier

Le record du tour fut amélioré dix fois au cours de l'épreuve[8], révélant l'intensité de la lutte en tête entre Fangio, Ascari et Farina.

Tours en têteModifier

Classement général à l'issue de la courseModifier

Classement des pilotes
Pos. Pilote Écurie Points  
SUI
 
500
 
BEL
 
FRA
 
GBR
 
ALL
 
ITA
 
ESP
1   Juan Manuel Fangio Alfa Romeo 15 9* - 1* 5*
2   Giuseppe Farina Alfa Romeo 14 4 - 8 2
3   Lee Wallard Kurtis Kraft 9 - 9* - -
  Alberto Ascari Ferrari 9 - - 6 3
5   Luigi Villoresi Ferrari 8 - - 4 4
6   Piero Taruffi Ferrari 6 6 - - -
  Mike Nazaruk Kurtis Kraft 6 - 6 - -
8   Luigi Fagioli Alfa Romeo 4 - - - 4
9   José Froilán González Ferrari 3 - - - 3
  Consalvo Sanesi Alfa Romeo 3 3 - - -
  Andy Linden Sherman 3 - 3 - -
  Louis Rosier Talbot-Lago 3 - - 3 -
  Reg Parnell Ferrari 3 - - - 3
14   Jack McGrath Kurtis Kraft 2 - 2 - -
  Manny Ayulo Kurtis Kraft 2 - 2 - -
  Emmanuel de Graffenried Alfa Romeo 2 2 - - -
  Bobby Ball Schroeder 2 - 2 - -
  Yves Giraud-Cabantous Talbot-Lago 2 - - 2 -
  • attribution des points : 8, 6, 4, 3, 2 respectivement aux cinq premiers de chaque épreuve et 1 point supplémentaire pour le pilote ayant accompli le meilleur tour en course (signalé par un astérisque)
  • Le règlement permet aux pilotes de se relayer sur une même voiture, les points éventuellement acquis étant alors partagés. Jack McGrath et Manny Ayulo marquent chacun deux points pour leur troisième place à Indianapolis, Luigi Fagioli et Juan Manuel Fangio marquent chacun quatre points pour leur victoire en France, José Froilán González et Alberto Ascari marquent chacun trois points pour leur seconde place en France.

À noterModifier

  • 1re victoire et dernière participation en championnat du monde pour Luigi Fagioli.
  • 5e victoire pour Juan Manuel Fangio.
  • 4e hat trick pour Juan Manuel Fangio.
  • 9e victoire pour Alfa Romeo en tant que constructeur.
  • 9e victoire pour Alfa Romeo en tant que motoriste.
  • Voitures copilotées :
    • n° 8: Luigi Fagioli (24 tours) et Juan Manuel Fangio (53 tours). Ils se partagent les 8 points de la victoire, Fangio inscrivant également un point pour son record du tour en course établi sur cette voiture.
    • n° 14: José Froilán González (34 tours) et Alberto Ascari (43 tours). Ils se partagent les 6 points de la 2e place.
    • n° 24: Juan Manuel Fangio (15 tours) et Luigi Fagioli (40 tours).

Notes et référencesModifier

  1. a b et c (en) Karl Ludvigsen, Juan Manuel Fangio – Motor racing’s grand master, Haynes Publishing, , 208 p. (ISBN 1-85960-625-3)
  2. a b et c Christian Huet, Gordini Un sorcier une équipe, Éditions Christian Huet, , 485 p. (ISBN 2-9500432-0-8)
  3. (en) Bruce Jones, The complete Encyclopedia of Formula One, Colour Library Direct, , 647 p. (ISBN 1-84100-064-7)
  4. a et b Revue Auto course n°2, Auto Course Ltd, 1951
  5. Pierre Abeillon, « Les Talbot en course », Revue Auto passion, no 32,‎
  6. (en) Mike Lang, Grand Prix volume 1, Haynes Publishing Group, , 288 p. (ISBN 0-85429-276-4)
  7. Revue L'Automobile n°64 - août 1951
  8. a et b Edmond Cohin, L'historique de la course automobile, Éditions Larivière, , 882 p.