Gouvernement Pohiva (1)

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Gouvernement Pohiva (1)

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Le Premier ministre ʻAkilisi Pohiva
en avril 2015.
Roi Tupou VI
Premier ministre ʻAkilisi Pohiva
Élection 25 novembre 2014
Législature 42e
Formation
Fin
Durée 3 ans et 19 jours
Composition initiale
Coalition Démocrates et sans étiquette
Représentation
Assemblée législative
15 / 26
Drapeau des Tonga

Le gouvernement Pohiva est le gouvernement des Tonga formé le et dirigé par le Premier ministre ʻAkilisi Pohiva. Il marque à plusieurs égards un tournant dans l'histoire politique de la nation.

Les élections de 2014Modifier

Les élections législatives du 25 novembre 2014 ne sont que les deuxièmes à produire une Assemblée législative majoritairement élue par le peuple, et dont est issu un gouvernement responsable. À la suite de réformes constitutionnelles initiées par le roi George Tupou V en 2010, le royaume est en effet devenu une monarchie parlementaire, où le monarque délègue son pouvoir exécutif à un Premier ministre choisi par l'Assemblée.

ʻAkilisi Pohiva avait été, depuis les années 1980, la principale figure du mouvement pour la démocratie. Député depuis 1987, il brigue la fonction de Premier ministre à la suite des élections de 2010, mais la noblesse tongienne demeure une force politique conséquente au parlement et c'est un noble, Lord Tuʻivakano, qui prend la tête du gouvernement. Aux élections de 2014 le Parti démocrate des îles des Amis, dirigé par Pohiva, obtient dix des dix-sept sièges alloués aux roturiers à l'Assemblée, les nobles ayant de leur côté neuf sièges. Recueillant la confiance de quinze députés sur vingt-six, Pohiva est élu Premier ministre le , et formellement nommé à ce poste par le roi Tupou VI le lendemain. Pohiva est alors le premier roturier à être élu Premier ministre par un parlement lui-même majoritairement élu. C'est également la première fois que le Parti démocrate, soutenu de longue date par les citoyens, peut former un gouvernement[1],[2].

Formation du gouvernementModifier

S'engageant à travailler en bonne entente avec le roi, Pohiva nomme son gouvernement le [3]. Il accorde un ministère à chacun des cinq députés roturiers sans étiquette qui le soutiennent, six autres ministères revenant à des députés de son parti. Ce gouvernement est ainsi soutenu par quinze des dix-sept députés représentant le peuple : seuls Samiu Vaipulu et Vili Hingano siègent dans l'opposition, aux côtés des représentants de la noblesse.
Par ailleurs, un seul représentant parlementaire de la noblesse, Lord Maʻafu, se voit allouer un ministère : celui des Terres[4]. La loi oblige en effet le Premier ministre à confier le ministère des Terres à un noble[5]. Cette exclusion de la noblesse au gouvernement constitue également une nouveauté aux Tonga.
Enfin, si le gouvernement doit majoritairement être composé de députés (roturiers ou nobles), le Premier ministre dispose d'un droit de nommer dans son gouvernement un maximum de quatre personnalités externes à l'Assemblée, qui de ce fait obtiendraient un siège au parlement. Jugeant ce principe anti-démocratique, Pohiva y a toujours été opposé, et sélectionne donc ses ministres uniquement parmi les députés. Néanmoins, l'Assemblée en 2014 ne comportant aucune femme, un collectif de défense des droits des femmes lui demande dès le de nommer au moins une femme dans son gouvernement[6]. Peu soutenue[7], la pétition est écartée : le cabinet validé formellement par le roi reste exclusivement masculin[8].

Sept des douze ministres sont députés pour la première fois. Les démocrates ayant peu d'expérience du pouvoir, seuls quatre des ministres ayant déjà eu des fonctions au gouvernement conservent les fonctions qu'ils exerçaient sous le gouvernement précédent (‘Aisake ‘Eke aux Finances, Lord Maʻafu à la Défense, tandis que Fe‘ao Vakata avait exercé diverses fonctions ministérielles de 2011 à 2014, et que Pohiva lui-même avait été ministre de la Santé pendant neuf jours en 2011, avant de démissionner du gouvernement Tuʻivakano[8].

Le , le gouvernement Pohiva est le suivant[4] :

Nom Fonctions Parti Circonscription
ʻAkilisi Pohiva   Premier ministre,
Ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur,
Ministre de l'Éducation et de la Formation
Démocrate Tongatapu 1
Siaosi Sovaleni   Vice-Premier ministre,
Ministre de l'Environnement,
Ministre des Communications
sans étiquette Tongatapu 3
Lord Maʻafu   Ministre des Terres et des Ressources naturelles,
Ministre des Forces armées de Sa Majesté[9]
sans étiquette Tongatapu
(noblesse)
Dr Saia Piukala   Ministre de la Santé sans étiquette Vavaʻu 14
‘Aisake ‘Eke   Ministre des Finances et de la Planification nationale Démocrate Tongatapu 5
Dr Pohiva Tuʻiʻonetoa   Ministre de la Police,
Ministre du Tourisme,
Ministre du Travail et du Commerce
Démocrate Tongatapu 10
Semisi Fakahua   Ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation, des Forêts et des Pêcheries Démocrate Tongatapu 8
Vuna Faʻotusia   Ministre de la Justice Démocrate Tongatapu 7
‘Etuate Lavulavu   Ministre des Infrastructures et des Travaux publics sans étiquette Vavaʻu 16
Fe‘ao Vakata   Ministre de l'Intérieur,
Ministre des Femmes,
Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports
sans étiquette Niuas 17
Poasi Tei   Ministre des Entreprises publiques sans étiquette Tongatapu 6
Tevita Lavemaau   Ministre du Trésor public et des Douanes Démocrate ʻEua 11

Le , ‘Etuate Lavulavu, ministre des Infrastructures et des Travaux publics, est reconnu coupable par la justice de trois actes de corruption durant la campagne électorale de 2014 ; il est également coupable d'avoir dépensé sept fois plus d'argent que le seuil légal pour sa campagne. En conséquence, il perd son siège de député, et son ministère[10]. Il est remplacé en avril par Semisi Sika, député démocrate de Tongatapu 2[11].

Le , Fe‘ao Vakata, ministre de l'Intérieur, des Femmes, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, est contraint de démissionner après avoir jeté un verre de vin à la figure d'une fonctionnaire de son ministère[12]. Penisimani Fifita, député démocrate de Tongatapu 9, lui succède. Le , ʻAkilisi Pohiva prend lui-même en charge le ministère de l'Intérieur, et cède à Fifita le ministère de l'Éducation[13].

Le , une motion de censure initiée par l'opposition (la noblesse) contre le gouvernement est rejetée par l'Assemblée législative. Le ministre des Finances, ‘Aisake ‘Eke, qui s'est abstenu, est conséquemment limogé le [14]. Tevita Lavemaau est nommé à sa succession et il est lui-même remplacé comme ministre du Trésor public par Pohiva Tuʻiʻonetoa. Ce dernier est remplacé comme ministre de la Police par Mateni Tapueluelu, député démocrate de la circonscription de Tongatapu 4[15].

Le , ʻAkilisi Pohiva limoge son vice-Premier ministre, Siaosi Sovaleni, et son ministre des Finances, Tevita Lavemaau, les accusant de déloyauté. Le premier est remplacé comme vice-Premier ministre par Lord Maʻafu et comme ministre de l'Environnement et des Communications par Poasi Tei ; le second est remplacé par Pohiva Tuʻiʻonetoa[16].

Le gouvernement fin 2017 est donc le suivant :

Nom Fonctions Parti Circonscription
ʻAkilisi Pohiva   Premier ministre,
Ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur,
Ministre de l’Intérieur
Démocrate Tongatapu 1
Lord Maʻafu   Vice-Premier ministre,
Ministre des Terres et des Ressources naturelles,
Ministre des Forces armées de Sa Majesté
sans étiquette Tongatapu
(noblesse)
Dr Saia Piukala   Ministre de la Santé sans étiquette Vavaʻu 14
Dr Pohiva Tuʻiʻonetoa   Ministre des Finances et du Trésor public Démocrate Tongatapu 10
Poasi Tei   Ministre de l'Environnement,
Ministre des Communications,
Ministre des Entreprises publiques
sans étiquette Tongatapu 6
Mateni Tapueluelu   Ministre de la Police,
Ministre du Tourisme,
Ministre du Travail et du Commerce
Démocrate Tongatapu 4
Semisi Fakahua   Ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation, des Forêts et des Pêcheries Démocrate Tongatapu 8
Vuna Faʻotusia   Ministre de la Justice Démocrate Tongatapu 7
Semisi Sika   Ministre des Infrastructures et des Travaux publics Démocrate Tongatapu 2
Penisimani Fifita   Ministre de l’Education et de la Formation,
Ministre des Femmes,
Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports
Démocrate Tongatapu 9

PolitiqueModifier

La première grande mesure du gouvernement est son souhait d'adopter et de ratifier la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Cette volonté est controversée, et génère des pétitions hostiles. Le , des milliers de femmes, menées par la Ligue des femmes catholiques des Tonga, manifestent contre la Convention. Elles estiment que la Convention permettrait la légalisation de l'avortement et du mariage homosexuel (pour les femmes). Certaines craignent aussi qu'une convention sur l'égalité des sexes pourrait contraindre le roi Tupou VI à abdiquer en faveur de la princesse Salote, sa sœur aînée[17],[18],[19]. Au sein même du gouvernement, le député Mateni Tapueluelu, rédacteur en chef du journal du parti, Keleʻa, s'oppose à l'adoption de la Convention, au nom de la « morale chrétienne »[20]. Le 1er juillet, le roi Tupou VI et son Conseil privé interdisent la signature de la Convention par le gouvernement, estimant qu'elle pourrait être anticonstitutionnelle[21]. Pohiva annonce son intention de consulter le peuple par référendum[22], avant d'y renoncer.

Législation adoptéeModifier

D'après la base de données du gouvernement[23] :

  • Public Service (Amendment) Act 2015 (Lao (Fakatonutonu) ki he Ngaue Fakapule’anga 2015) : modifie marginalement les intitulés des ministères.
  • Appropriation Act 2015 (Lao ke Fakahu atu ‘a e Pa’anga 2015) : budget : 329 709 000 pa’anga pour la période du au .
  • Westpac Bank of Tonga (Amendment) Act 2015 (Lao (Fakatonutonu) ki he Westpac Pangike 'o Tonga 2015)
  • Westpac Bank of Tonga (Repeal) Act 2015 (Lao (Fakapekia) ki he Westpac Pangike 'o Tonga 2015)

DissolutionModifier

Le , le Premier ministre Pohiva est subitement limogé par le roi Tupou VI, qui dissout l'Assemblée législative et ordonne la tenue d'élections anticipées pour la mi-novembre au plus tard[24]. ʻAkilisi Pohiva avait été accusé de « népotisme, d'incompétence et de mauvaise gestion des finances » par ses adversaires durant ses deux années et demi à la tête du gouvernement, et les représentants de la noblesse à l'Assemblée s'étaient livrés à un « effort concerté » pour obtenir sa destitution[25]. Le , le roi charge le gouvernement Pohiva de traiter les affaires courantes jusqu'à la tenue du scrutin[26]. Le Parti démocrate remporte pour la première fois la majorité absolue des sièges lors des élections qui s'ensuivent et ʻAkilisi Pohiva est chargé de former un nouveau gouvernement, constitué de députés de son parti.

RéférencesModifier

  1. (en) "Akilisi Pohiva Tonga's new PM", Radio New Zealand, 29 décembre 2014
  2. (en) "Pohiva is new Prime Minister", Tonga Daily News, 29 décembre 2014
  3. (en) "PM Pōhiva: We have to prove to His Majesty that we can work together to build Tonga", Kaniva Pacific, 30 décembre 2014
  4. a et b (en) "PM Pohiva names Sovaleni as Deputy in Cabinet lineup", Tonga Daily News, 30 décembre 2014
  5. (en) "Inappropriate land-grabs in Tonga", Pacific Institute of Public Policy, mars 2014
  6. (en) "Call for new Tongan PM to appoint woman to cabinet", Radio New Zealand International, 30 décembre 2014
  7. (en) "Petition to appoint women directly to Tonga's cabinet", Radio New Zealand International, 31 décembre 2014
  8. a et b (en) "King accepts Tonga's new Cabinet", Matangi Tonga, 31 décembre 2014
  9. (en) "Tonga’s PM ‘Akilisi Pohiva – long, hazardous road from chief critic to power", Pacific Scoop, 7 janvier 2015
  10. (en) "Convicted Tonga minister plans appeal", Radio New Zealand, 1er février 2016
  11. (en) "Tonga's Sika gets vacant Cabinet seat", Radio New Zealand, 21 avril 2016
  12. (en) "Tongan cabinet minister to resign", Radio New Zealand, 14 septembre 2016
  13. (en) "Tonga Ministerial shake-up, Penisimani Fifita new Minister of Education", One PNG, 16 janvier 2017
  14. (en) "PM fires his Minister of Finance", Matangi Tonga, 6 mars 2017
  15. (en) "Tongan PM not worried about cabinet inexperience", Radio New Zealand, 8 mars 2017
  16. (en) "Tonga’s caretaker PM Pōhiva sacks deputy and Finance Minister", Asia Pacific Report, 2 septembre 2017
  17. (en) "Catholic Women's League marches against CEDAW", Matangi Tonga, 19 mai 2015
  18. (en) "March in Tonga against ratification of CEDAW", Radio New Zealand, 20 mai 2015
  19. (en) "CEDAW likely to lose in Tongan referendum", Radio New Zealand, 2 juin 2015
  20. (en) "Tonga Democratic MP pushes against CEDAW", Radio New Zealand, 16 juin 2015
  21. (en) "Tonga's King and Privy council say "no" to CEDAW", Radio New Zealand, 1er juillet 2015
  22. (en) "Tonga PM says CEDAW issue will be put to public vote", Radio New Zealand, 7 juillet 2015
  23. (en) crownlaw.gov.to
  24. (en) "King of Tonga dismisses Prime Minister, as Kiwi SAS troops in country", New Zealand Herald, 25 août 2017
  25. (en) "New Zealand poised to help Tonga with election process", Newshub, 25 août 2017
  26. (en) "King Tupou VI proclaims current govt as Caretaker Government", Matangi Tonga, 26 août 2017