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Gnassingbé Eyadema

ancien président du Togo
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Eyadema et Gnassingbé.

Gnassingbé Eyadema
Illustration.
Gnassingbé Eyadema en 1983.
Fonctions
Président de la République togolaise

(37 ans, 9 mois et 21 jours)
Élection
Réélection



Premier ministre Joseph Kokou Koffigoh
Edem Kodjo
Kwassi Klutsé
Eugène Koffi Adoboli
Agbéyomé Kodjo
Koffi Sama
Prédécesseur Kléber Dadjo
Successeur Faure Gnassingbé
Biographie
Nom de naissance Étienne Eyadéma Gnassingbé
Date de naissance
Lieu de naissance Pya, Togo français
Date de décès (à 69 ans)
Lieu de décès Tunisie
Nationalité togolaise
Parti politique Rassemblement du peuple togolais
Enfants Faure Gnassingbé
Profession militaire

Gnassingbé Eyadema
Présidents de la République togolaise

Étienne Eyadéma Gnassingbé, dit Gnassingbé Eyadema, né le à Pya (Togo) et mort le à bord de l'avion présidentiel qui l'évacuait pour des soins vers la France[1], était un militaire et homme politique togolais. Il a occupé durant 38 ans, de 1967 à sa mort, le poste de président de la République togolaise et était considéré par des ONG comme un dictateur. Depuis 1999, avec le décès du roi Hassan II du Maroc, il était le doyen des chefs d'État en Afrique[2].

BiographieModifier

Origines familialesModifier

Issu d'une modeste famille paysanne protestante, Étienne Eyadéma (ses deux prénoms, sous lesquels il se fera appeler jusqu'en 1974, avant finalement d'escamoter le prénom chrétien[3]) Gnassingbé (son nom de famille) serait né le 26 décembre 1935 à Pya[Note 1], dans le nord du Togo, de Gnassinbgé et de N'danida (connue plus tard comme Maman N'Danida, née en 1878, d'après l'historiographie officielle[3]).

On sait peu de choses sur sa famille, son enfance et son éducation, consciencieusement entourées d'un halo de mystère. Selon la bande dessinée à sa gloire parue en 1976[3] (Eyadema. Histoire du Togo, Afrique Biblio Club, de Serge Saint-Michel), son père, tué pour s'être rebellé contre les travaux forcés imposés par l'administration coloniale (il s'agira de la seule évocation officielle de cet épisode[3]).

Il perd ainsi son père très tôt, qui aurait succombé après avoir été passé à tabac à la suite d'une altercation avec des éléments de l'armée coloniale, les fameux Abongo sodja, dirigés au moment des faits par un certain Alfa Wissi, originaire de la même région que Gnassingbé, dans des circonstances obscures. Des sources racontent qu'Eyadema, après sa prise de pouvoir, aurait vengé son père en commanditant l'assassinat d'Alfa Wissi, mais ces informations n'ont pas été vérifiées.

Après la mort de son père, Eyadéma s'inscrit à l'école primaire évangélique de Pya, où il ne dépassera pas le cours élémentaire.

LégendeModifier

La légende raconte qu'il était sorti champion des luttes traditionnelles qui servent de rites préparatoires pour le passage de l'adolescence au monde des adultes. En fait, Eyadéma n'était pas champion : il a diffusé cette légende à des fins de propagande. La preuve en est que lors de l'initiation d'un des fils d'Eyadéma passant les mêmes rites en 1997, il devait affronter un des fils de celui-là même qui avait battu Eyadéma. Il aurait exhorté son fils à « laver l'affront » que constituait son élimination par le père de l'adversaire de son fils. Ce dernier effectivement lava l'affront et terrassa son adversaire.

Carrière militaireModifier

Après avoir travaillé comme métayer chez un agriculteur de Kabou-Sara, en pays bassar à l'ouest de Kara, Eyadéma part pour Ouidah au Dahomey voisin, actuelle république du Bénin, où il se fait recruter dans les rangs de l'armée coloniale française en 1954. Envoyé en Indochine puis en Algérie[4], il est resté au poste de soldat dans l'armée française mais fait croire publiquement au peuple qu'il a atteint le grade de sergent à la fin de la guerre[réf. souhaitée]. À la suite de l'indépendance politique du Togo et à la fin de la guerre d'Algérie, Eyadéma et d'autres combattants indigènes de l'armée coloniale sont démobilisés et rentrent dans leur pays d'origine, nouvellement indépendants en 1962.

Le coup d'État de 1963Modifier

Voir l'article détaillé Politique du Togo

Contrairement aux autres États qui ont incorporé les démobilisés de l'armée coloniale dans les toutes nouvelles armées nationales, le Togo a refusé d'incorporer les démobilisés dans la gendarmerie nationale togolaise, officiellement pour des raisons budgétaires. À l'époque la gendarmerie comptait 300 hommes et une seule caserne à Lomé, sous le commandement du commandant Georges Maîtrier, gendarme français envoyé au Togo comme coopérant et conseiller militaire du chef de l'État togolais. Le président Sylvanus Olympio aurait proposé aux démobilisés de leur octroyer un fonds afin qu'ils investissent dans le projet de leur choix.

Cependant d'autres sources non vérifiées rapportent qu'officieusement, Olympio aurait reproché aux démobilisés d'avoir servi dans une armée coloniale et qu'il n'entendait pas incorporer « ceux qui combattent les combattants de la liberté » dans l'armée togolaise. En janvier 1963, Gnassingbé Eyadéma participe activement à l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président du Togo depuis l'indépendance en 1960. Il revendiquera dans la presse cet assassinat.

Chef d'état-major, puis de l'ÉtatModifier

 
Gnassingbé Eyadéma en 1975.

Rejoignant l’armée togolaise, il devient le 1er novembre 1965 chef d’état-major des armées avec le grade de lieutenant-colonel.

Le , Gnassingbé Eyadéma renverse Nicolas Grunitzky, second président de la République et prend le pouvoir. Le 15 avril, il devient officiellement président de la République, chef du gouvernement et ministre de la Défense. En 1969, il fonde le Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti unique du pays. Le , Gnassingbé Eyadéma est confirmé à la tête de l'État par un plébiscite (réprimant durement toute forme d'opposition politique, il sera inévitablement « réélu » à cinq reprises en 1979, 1986, 1993, 1998 et 2003).

Le est proclamée la IIIe République. Le , à la suite de l’attaque d’un commando à Lomé, les autorités mettent en cause le Ghana et le Burkina Faso qui démentent. Le président Gnassingbé Eyadéma, en vertu des accords militaires franco-togolais, demande l’aide militaire de la France. Des soldats français débarquent à Lomé.

De la répression au multipartismeModifier

En 1990, des grèves et des manifestations secouent le pays. En octobre 1990, l'armée disperse par la force une manifestation de soutien à de jeunes opposants. Les troubles politiques et sociaux au début des années 1990 ont fait plusieurs centaines de morts. En avril 1991, Gnassingbé Eyadéma est obligé d’instaurer le multipartisme[5], à la suite des pressions du président français François Mitterrand. Du 8 juillet au 28 août 1991, se tient une « conférence nationale », qui opte pour la mise en place d’un régime semi-présidentiel, institue un Haut conseil de la République (HCR) et impose la nomination d’un Premier ministre.

Des tensions persistantesModifier

En décembre 1991, à Lomé, les chars tirent sur les bureaux du chef de gouvernement. Gnassingbé Eyadéma récupère alors toutes ses prérogatives. Il fait adopter une nouvelle Constitution le . Le 16 novembre, commence une grève générale de plusieurs mois pour obtenir la neutralité politique de l'armée.

Le , la police tire sur une manifestation de l'opposition à Lomé : au moins 16 morts (sources médicales), plus de 50 selon l'opposition. La Communauté européenne suspend sa coopération. Le 25 mars 1993, Gnassingbé Eyadéma échappe à une attaque lancée contre sa résidence officielle. Il avait déjà été l'objet de plusieurs attentats ou de complots[4].

Scrutins de 1998 et 1999 : une domination toujours écrasanteModifier

Le , il est réélu lors d'un scrutin contesté par l'opposition (et mis en doute par de nombreux observateurs européens) qui revendique la victoire pour le candidat de l'Union des forces de changement (UFC) Gilchrist Olympio. Le , le Rassemblement du peuple togolais (RPT) du président Gnassingbé Eyadéma remporte la quasi-totalité des sièges du Parlement lors de législatives boycottées par l'opposition. En juillet, Gnassingbé Eyadéma s'engage à quitter le pouvoir en 2003 à la fin de son mandat. Un accord est signé entre le pouvoir et l’opposition qui prévoit de nouvelles élections législatives. Plusieurs fois repoussées, elles auront lieu en 2002.

Les révisions normatives de 2002 : le maintien au pouvoirModifier

Le , le Parlement procède à la modification du code électoral, déclenchant la colère de l'opposition. Le 27 juin, le Premier ministre Agbéyomé Kodjo est démis de ses fonctions[6]. M. Kodjo, qui affirme avoir pris la décision de démissionner, se lance dans une diatribe d'une rare violence contre le chef de l'État et son régime. Les législatives anticipées ont lieu le 27 octobre mais sont boudées par les principaux partis d'opposition dits « traditionnels ». Le RPT confirme sa suprématie à l'Assemblée. Le 30 décembre 2002, le Parlement modifie l'article 59 de la Constitution qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels, ouvrant la voie à une nouvelle candidature de Gnassingbé Eyadéma. Le , la candidature de l'opposant Gilchrist Olympio à la présidentielle n'est pas retenue par la Commission électorale pour cause de « dossier incomplet » (il manque un certificat médical). Le 21 mai, Gilchrist Olympio dénonce « le coup d'État permanent » du chef de l'État. Le 1er juin, Gnassingbé Eyadéma est réélu pour un troisième mandat de cinq ans avec 57,78 % des voix lors d'un scrutin dont les résultats sont contestés par plusieurs dirigeants de l’opposition. Le 20 juin, il prête serment devant sept chefs d'État africains.

En 2004, à la suite de l'engagement de la tenue d’élections législatives en 2005, l’Union européenne normalise partiellement ses relations avec le Togo.

MortModifier

Gnassingbé Eyadema meurt le , victime des conséquences d'une crise cardiaque subie le matin même dans sa ville natale de Piya, à bord du Boeing 707 présidentiel, qui survole alors la Tunisie et l'évacue vers l'Europe pour raisons sanitaires[5]. À l’annonce de son décès, le président français Jacques Chirac a présenté ses condoléances à sa famille en rappelant : « Avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel »[4].

La politique d'EyademaModifier

Un « ami de la France »Modifier

Dès sa prise de pouvoir, par un coup d'État militaire, Gnassingbé Eyadéma reçoit le soutien de la France. Il conserve ce soutien de la part des différents présidents français, de Charles de Gaulle à Jacques Chirac[4]. Il est le fer de lance de la politique française et de la défense des intérêts français dans la sous-région.

Droits humainsModifier

 
Gnassingbé Eyadema au Colloque sur la promotion de la femme face aux responsabilités communales, organisé conjointement par l'Agence de coopération culturelle et technique et la Fédération mondiale des Villes jumelées à Lomé au Togo du 26 au 31 juillet 1975.

Les organisations de défense des droits de l’homme, tant togolaises qu’internationales, ont régulièrement dénoncé les atteintes aux droits de l’homme commises par le régime de Gnassingbé Eyadéma. Le , Amnesty International, dans un rapport intitulé « Le règne de la terreur » accuse le pouvoir d’avoir exécuté des centaines de personnes et jeté leur corps à la mer après la proclamation des résultats de l'élection de 1998[7]. En juin 2004, la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) accable le régime dans un rapport intitulé « Togo, l’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature » où elle dénonce « la torture systématique dans les commissariats en toute impunité, la justice aux ordres du pouvoir, les prisons surpeuplées et les élections truquées »[8]. François Barazer de Lannurien, ancien de la 33e Waffen-Grenadier-Division de la SS Charlemagne fut parmi ses conseillers.

SuccessionModifier

Alors que la Constitution prévoit que le président de l'Assemblée nationale doit assurer l'intérim jusqu'à la tenue de nouvelles élections, 60 jours après le décès du président en exercice, l'armée togolaise prend le pouvoir à la mort de Gnassingbé Eyadéma, prétextant que le président de l'Assemblée nationale n'est pas présent dans le pays. En toute hâte, le parlement élit un de ses fils, Faure Gnassingbé Eyadéma, président de l'Assemblée nationale, et modifie la constitution afin de prolonger son mandat jusqu'à la fin normale de celui de son père.

L'Union africaine dénonce un coup d’État militaire. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, demande que la Constitution soit respectée. La Fédération internationale des droits de l'homme et la Ligue togolaise des droits de l'homme dénoncent la « dictature héréditaire » dans un communiqué[9].

Le 25 février, à la suite très certainement des pressions internationales, Faure Gnassingbé Eyadéma annonce qu'il renonce à la présidence, que des élections seront organisées dans les prochaines semaines et qu'il se porte candidat à la présidence. Il est élu le 4 mai 2005.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. L'absence d'état civil rend cette date de naissance incertaine.

RéférencesModifier

  1. (en) « G. Eyadema, Togo's Ruler, Dies at 69 », sur https://www.nytimes.com, (consulté le 17 septembre 2011).
  2. (en) « Obituary: Gnassingbe Eyadema », sur http://news.bbc.co.uk, (consulté le 17 septembre 2011).
  3. a b c et d Encyclopedia Universalis. Article EYADÉMA GNASSINGBÉ (lire en ligne)
  4. a b c et d « De la présidence Eyadéma à la dynastie Gnassingbé », sur http://www.rfi.fr, (consulté le 17 septembre 2011).
  5. a et b « Gnassingbé Eyadéma est mort », sur http://www.rfi.fr, (consulté le 17 septembre 2011).
  6. « Le président Eyadéma limoge son Premier ministre », sur http://www.rfi.fr (consulté le 18 septembre 2011).
  7. « Togo: Le règne de la terreur dans un climat d’impunité », sur https://www.amnesty.org/ (consulté le 18 septembre 2011).
  8. « l’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature », sur http://www.fidh.org, (consulté le 18 septembre 2011).
  9. « La FIDH et la LTDH condamnent vigoureusement la dictature héréditaire », sur http://www.fidh.org/, (consulté le 17 septembre 2011).

Voir aussiModifier