Gilf al-Kabir

montagne égyptienne

Gilf al-Kabir
Localisation du Gilf al-Kabir en Égypte.
Géographie
Altitude 1 100 m
Superficie 7 700 km2
Administration
Pays Drapeau de l'Égypte Égypte
Gouvernorat Nouvelle-Vallée
Géologie
Roches Grès

Le plateau de Gilf el-Kebir ou Gilf al-Kabir (littéralement « la grande barrière »), est situé à l'extrême sud-ouest de l'Égypte, à proximité de la Libye et du Soudan, à environ 1 100 km du Caire.

C’est une zone difficile d’accès, et pour laquelle des autorisations spéciales sont encore nécessaires. Au bout de pistes de sable, on y trouve les dernières traces de civilisation, traces de garnison romaine et aérodrome anglais abandonné, montrant l'obstination des hommes, pasteurs toubous, caravaniers, armées de l'Antiquité et de la période moderne, à pénétrer ces lieux.

ToponymieModifier

Le nom de Gilf al-Kebir a été donné au plateau par le prince Kamal el Dine Hussein (en) en 1925[1]. Il signifie « la grande barrière ».

GéographieModifier

 
Une caravane de véhicules 4×4 vue depuis la mesa de Gilf al-Kebir.

Ce plateau extrêmement aride, quasiment vierge de végétation, est composé de calcaire[réf. souhaitée] et de grès. Il s'étend sur de 7 770 km2 et s'élève à 300 m au-dessus du sol du désert environnant, à plus de 1 000 m d'altitude.

Le Gilf el-Kebir contient le cratère Kebira, un cratère d'impact de 950 mètres de diamètre, datant de cinquante millions d'années. Le massif montagneux du Jebel Uweinat situé au sud du plateau s'étend jusqu'à la Libye et au Soudan voisins.

ClimatModifier

Plateau de Gilf al-Kabir
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc.
Température minimale moyenne (°C) 7,7 10 12,4 18,4 22,2 24,9 26,1 26,3 24,2 19,2 13,2 8,7
Température maximale moyenne (°C) 20,8 23,6 27,8 33,8 36,6 38,3 38,7 38,6 37,2 32,3 26,3 22,1
Source : Storm247.com[2]


HistoireModifier

La dernière période tempérée dans cette région a probablement pris fin aux environs du Ve millénaire av. J.‑C. ; l’Égypte connaissait alors un paysage de savane, où s’ébattaient, à en croire les peintures rupestres, des girafes et autres gibiers. Sur ce plateau vivait une civilisation rupestre, contemporaine du Badarien (période prédynastique égyptienne) ; sa trace a été retrouvée par la découverte en 1933, par l'explorateur László Almásy, de la « grotte des nageurs ».

La grotte des NageursModifier

 
Représentation d'un troupeau conduit par un homme.

La grotte des Nageurs renferme des chefs d'œuvre de l'art rupestre de l'époque préhistorique. On y voit des centaines de dessins, de dimensions relativement petites (dix à vingt centimètres), représentant des girafes, des gazelles, des autruches ainsi que des personnages dont seize « nageurs », d'où le nom donné à cette grotte. On y accède par une large ouverture au niveau du sol.

Environ 10 km vers l'ouest se trouve la grotte des Bêtes avec des peintures remarquablement conservées.

Le rocher de MeriModifier

On trouve sur cette pierre des pétroglyphes, inscriptions[3] à la manière des hiéroglyphes.

Relations entre le Gilf al-Kabir et l’Égypte antiqueModifier

À la suite de l’assèchement progressif du désert vers le milieu de l’Holocène, des migrations humaines provenant du Sahara auraient contribué au peuplement et à la culture de la vallée du Nil. Ainsi, selon certains auteurs, les anciens habitants du Gilf al-Kabir auraient influencé la culture saharienne.

Jean-Loïc Le Quellec reconnaît dans des représentations d’animaux fantastiques, ressemblant à des félins acéphales entourés d’humains qu’ils paraissent avaler ou recracher, ainsi que dans des représentations de personnages « flottants » ou « têtes en bas », la préfiguration des croyances mortuaires des dynasties pharaoniques[4]. Corroborant ce point, Julien d'Huy a relevé la proximité entre ces « bêtes » sans tête, ayant fait pour certaines l’objet de profondes rayures verticales, et certaines méthodes employées par les Égyptiens pour neutraliser les signes dangereux et en éviter l'animation[5],[6]. Cependant, ces rapprochements Égypte-Sahara ont pu être contestés[7].

Les Égyptiens n'ont par la suite pas oublié le Gilf al-Kabir, celui-ci se trouvant en effet sur la piste d'Abou Ballas reliant le Jebel Uweinat (où l'on a retrouvé des graffitis égyptiens datant du IIIe millénaire av. J.-C.), depuis l'oasis d'Ad-Dakhla dans le désert libyque, territoire égyptien[8].

Culture populaireModifier

Le Gilf el-Kebir est mentionné dans le roman de Michael Ondaatje, Le Patient anglais. Un monument a été érigé en l’honneur du prince Kamel El Din, qui a découvert le Gilf El Kebir, par son ami Almashi (scène du film « Le Patient anglais »).

Notes et référencesModifier

  1. (en) F.J.R.R., A Reconnaissance of the Gilf Kebir by the Late Sir Robert Clayton East Clayton et P. A. Clayton, « The Western Side of the Gilf Kebir » Geographical Journal no 81, p. 249-254 et 254-259, 1933
  2. « Weather for Gilf Kebir Plateau, Egypt », Storm247.com (consulté le 22 juin 2013)
  3. Pour visualiser ces caractères, utiliser la police de caractères tifinâgh téléchargeable sur ce site.
  4. Sur les « bêtes » et les « nageurs » du Gilf al-Kabir, Jean-Loïc Le Quellec, 2005, « Une nouvelle approche des rapports Nil-Sahara d’après l’art rupestre ». ArchéoNil no 15, p. 67-74.
  5. Sur les « bêtes » fléchés ou mutilées du Gilf al-Kabir: Julien d'Huy, 2009, « New evidence for a closeness between the Abu Ra´s shelter (Eastern Sahara) and Egyptian beliefs. » Sahara 20: 125-126
  6. Julien d'Huy et Jean-Loïc Le Quellec, 2009, « Du Sahara au Nil. La faible représentation d'animaux dangereux dans l'art rupestre du désert Libyque pourrait être lié à la crainte de leur représentation ».Les Cahiers de l'AARS no 13, p. 85-98, ou sur independent.academia.edu.
  7. Christian Dupuy, « Du Sahara à l’Égypte : Héritage culturel commun », Senouy no 7, p. 37-42.
  8. Damien Agut et Juan Carlos Moreno-Garcia, L'Égypte des pharaons - De Narmer à Dioclétien, Paris, éditions Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 978-2-7011-6491-5), chap. 1 (« L'oasis d'Égypte et le travail des hommes »)

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier