Gilbert Tournier

écrivain français

Gilbert Édouard Tournier, né le à Tarbes et mort le à Caluire-et-Cuire[1], est un directeur de la Compagnie nationale du Rhône et un homme de lettres catholique.

Gilbert Tournier
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Nom de naissance Gilbert Édouard Tournier
Naissance
Tarbes
Décès (à 80 ans)
Caluire-et-Cuire
Nationalité Française
Activité principale
Directeur administratif de la CNR ( 1950-1966 )
Autres activités
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Conjoint
Marié
Descendants
Trois enfants

BiographieModifier

Le directeur d'une société d'économie mixteModifier

Issu d'une famille lyonnaise, fils d'Auguste Tournier, polytechnicien, officier et ingénieur, directeur chez Schneider, il est contrarié dans sa vocation littéraire et est obligé par son père de suivre des études scientifiques: il est "polytechnicien malgré lui" en 1922[2]. Officier d'artillerie durant quatre ans, puis secrétaire général adjoint d'Alais, Froges et Camargue (Péchiney) de 1930 à 1933, il entre à la Compagnie nationale du Rhône, formée en 1933, comme secrétaire général, en tant que candidat des entreprises privées, et devient directeur administratif de la CNR en 1950; il occupe ce poste jusqu'en . Il passe la majeure partie de son temps professionnel dans les locaux parisiens de la CNR, s'entend mal avec Pierre Delattre, DG de la CNR, et n'assiste pas aux réunions de coordination entre les différentes directions de l'entreprise[3].

Il donne des conférences et publie des articles sur la CNR et l'aménagement du Rhône[4].

L'homme de lettres catholique et maurrassienModifier

Maurrassien avant la Seconde Guerre mondiale[5], catholique, il collabore sous l'Occupation, à partir de 1942, à la revue Demain de Jean de Fabrègues[6], ainsi qu'à Frontières et à la Revue universelle d'Henri Massis. Ses articles sont loués par l'Action française et Charles Maurras[7], tandis que Tournier défend la pensée de Maurras et « la rectitude jamais en défaut des démarches qu'il fait ou qu'il nous conseille »[8].

Membre de l'association des écrivains catholiques, il collabore après la guerre à l'hebdomadaire La France catholique, animé par Fabrègues, à la revue Recherches et débats du Centre catholique des intellectuels français[9]. C'est un catholique conservateur et maurrassien. Il donne ainsi une conférence au 10e congrès de la Cité catholique du catholique contre-révolutionnaire Jean Ousset en 1960[10] et la défend lorsqu'elle est attaquée au début des années 1960, cosignant un manifeste en sa faveur en 1962, aux côtés de personnalités comme le général Maxime Weygand, le Colonel Rémy, Henri Massis, Gustave Thibon, Michel de Saint-Pierre, le maréchal Alphonse Juin et d'autres[11].

Il se veut humaniste ; son ouvrage Babel ou le vertige technique, préfacé par son ami Gustave Thibon, critique la civilisation technique et les technocrates et leur préfère une « élite humaniste ». Il participe aux congrès pour le latin vivant du recteur Jean Capelle, en 1955, puis en 1959, à Lyon[12] et signe un appel pour la défense des études classiques, en particulier pour le maintien de l'enseignement du latin en 6e[13]. Depuis ses articles et ses conférences de 1944 critiques à l'égard de la formation des polytechniciens, du « bachotage taupinal »[14], il défend ses convictions hostiles au « forçage mathématique, à l'étroitesse du champ spirituel offert aux ingénieurs et aux méfaits de la sélection par concours »[15], dans la Revue des deux mondes, France catholique, Le Monde[16] ou la revue Les Études sociales[17].

Il assiste au procès de Charles Maurras en 1945, par fidélité, donne trois conférences sur Maurras (conférences à Paris en 1948, Toulouse en 1968, Castres en 1972), participe aux colloques Charles Maurras d'Aix-en-Provence[18] et publie dans les Cahiers Charles Maurras[19]. Il est vice-président en d'un cercle politico-littéraire parisien, les Amitiés françaises, placé sous le patronage de Maurice Barrès et présidé par Henri Massis depuis la même date[20].

Membre du conseil d'administration du Centre international d'études romanes[21], vice-président de la commission d'inventaires de la région Rhône-Alpes, membre de l'Académie drômoise des lettres, sciences et arts[22] et de l'Académie de Lyon[23] (à partir de 1970), vice-président de la Société d'économie politique de Lyon, il fonde en 1958 l'association de La vallée impériale, dont il a été le président d'honneur, et la revue Delta en 1960.

Adhérent de l’Association des chefs d'entreprise libres (ACEL) de Lyon, il publie à partir de 1980 ses « Propos de sagesse pour des hommes libres » dans le bulletin de cette association patronale, L'Informateur des chefs d'entreprise libres.


ŒuvresModifier

  • Rhône, dieu conquis, Plon, 1952, 365 p., préface de Daniel-Rops, prix du renouveau[24]
  • Le Rhône, fleuve dieu, vous parle (photographies d'Antoine Demilly et texte de Tournier), Fayard, 1957, préface d'Emile Bollaert (président de la CNR), 113 p.
  • Rhône, fleuve de vie, Villeurbanne, Ateliers de constructions électriques de Delle, 1958, préface de Roger Ricard, 120 p.
  • Babel ou le vertige technique, Fayard, 1959, préface de Gustave Thibon, 317 p.[25].
  • Je n'ai pas de métier, Ed. du Conquistador, 1962, 129 p.
  • Le cœur des hommes : essai sur le monde actuel et sur la prospective de Gaston Berger, Fayard, 1965, 287 p.
  • La vallée impériale, couloir de l'Europe, Ed. de la vallée impériale/Chambre de commerce de Lyon, 1977, 302 p.
  • Maurras au-dessus de notre temps: trois conférences, Castres, Ed. "Cahiers du présent", 1980, 77 p.

RécompensesModifier

BibliographieModifier

  • Alexandre Giandou, La Compagnie nationale du Rhône, Presses universitaires de Grenoble, 1999
  • Dominique Saint-Pierre, "TOURNIER Gilbert", in Dominique Saint-Pierre (dir.), Dictionnaire historique des académiciens de Lyon 1700-2016, Lyon, Éditions de l'Académie, 2017, p. 1280-1282.

Notes et référencesModifier

  1. Archives de la commune de Tarbes, acte de naissance no 270, année 1901 (avec mention marginale de décès) (consulté le 6 juin 2015)
  2. Bulletin de la société belge des électriciens, 1954, p. 291 ( conférences de Tournier à Bruxelles et Liège en 1953 ), Revue de l'Université Laval, 1953, vol. 8
  3. Alexandre Giandou, op. cit., p. 160-161
  4. Revue de géographie de Lyon, 1958: articles de Tournier, Revue des études coopératives, 1966, n° 44, p. 115-132, « L'aspect coopératif de l'aménagement du Rhône, Prospective et souci de l'homme », in Prospective des sciences humaines, Centre économique de perfectionnement des cadres, 1967, « Les secrets du Rhône », conférence à l'association des amis de l'Université de Lyon, 4 février 1955, « La formule du Rhône », conférence à l'ENA, 24 mars 1956 ( publiée dans "Les Études sociales", mars 1957), "L'homme et l'œuvre à l'ère des spécialistes", conférence en Sorbonne, 25 mai 1962, "La liaison Mer du Nord-Méditerranée", conférence au groupe Paris-Lyon, 24 janvier 1963, Le Monde, 26.5.1965: 9e assises nationales de la recherche, de la technique et de l'industrie, , « Civilisation industrielle et communication » : intervention aux Entretiens de Bayonne, 25 avril 1966
  5. "Les Nouvelles littéraires", 19/1/1929: enquête sur la jeunesse. Cette enquête a été critiquée par l'Étudiant français et l'Action française, les propos des témoins auraient été tronqués et dénaturés, dans un sens hostile à Maurras: La Nouvelle lanterne, 11/5/1929.
  6. Véronique Auzépy-Chavagnac, Jean de Fabrègues et la jeune droite catholique, Presses univ. du Septentrion, 2002, p. 370
  7. L'Action française, 25 septembre 1943, Ibid., 28 avril 1944, Ibid., 5 mai 1944. Tournier est qualifié de « notre ami » par Maurras
  8. L'Action française, 25 octobre 1943. Cf. aussi Ibid., 28 septembre 1943. Ou cet article qui loue Léon Daudet: Ibid., 15 juillet 1942
  9. Recherches et débats, septembre 1957, n° 20, Automation et avenir humain
  10. Le Monde, 5.7.1960, "Civilisation et technique", Metz, Maisonneuve, 1960, 12 p.
  11. "Verbo", n° 9-19, 1962, p. 127.
  12. Bulletin de l'association Guillaume Budé, 1960, vol. 1/no 2, exposé de Tournier au 1er congrès: les vertus du latin d'après certains savants", Études, octobre-décembre 1959, Le Monde, 23.9.1959
  13. Le Monde, 25.9.1968
  14. L'Action française, 14 février 1944, La Revue universelle, avril 1944, G. Tournier, "La formation des élites industrielles"
  15. La Revue des deux mondes, G. Tournier, "prévisions et prospectives", 1.1.1965, p. 62
  16. Le Monde, 28.9.1959: ce polytechnicien critique les diplômes, qui « divisent en clans rivaux l'élite qu'ils prétendent définir », et les « mathématiques forcées »
  17. Les Études sociales, mars-juin 1958, "L'administration et les hommes".
  18. Actes du 1er colloque Maurras, Centre Charles Maurras, 1972, p. 12 ( 1er colloque de décembre 1968 ), Actes du 5e colloque: Non possumus, 1986, p. 91 et 96
  19. Cahiers Charles Maurras, 1972, n° 42, G. Tournier: "Face à l'idolâtrie démocratique, le réalisme de Maurras", n° 57, "Charles Maurras"
  20. Notre XVIe, avril 1962. Sur ce cercle lié à la librairie du même nom fondée en 1948, qui accueille des conférenciers comme Pierre Boutang, Daniel Halévy, Thierry Maulnier, Gustave Thibon, André Thérive, Jean Madiran, René Gillouin, Louis Rougier, Michel de Saint-Pierre, et Tournier ( en 1959: Notre XVIe, décembre 1959 ), cf. Guillaume Gros, Philippe Ariès, un traditionaliste non-conformiste, Presses univ. du Septentrion, p. 105 et Sébastien Laurent, Daniel Halévy, Grasset, 2001. Tournier remplace Massis à un dîner du Centre d'études politiques et civiques en 1962 pour célébrer le centenaire de Barrès avec Gillouin
  21. "Société des amis des arts et sciences de Tournus", 1966-67.
  22. "Cahiers dromois", n° 2, 1960.
  23. Dominique Saint-Pierre, Dictionnaire historique des académiciens de Lyon : 1700-2016, (ISBN 978-2-9559433-0-4 et 2-9559433-0-4, OCLC 983829759, lire en ligne)
  24. compte-rendu dans la Revue de géographie de Lyon par André Allix en 1953, critique dans la revue Études, 1954.
  25. compte-rendu dans la revue des jésuites "Études", 1960.
  26. site de l'Académie française.

Voir aussiModifier

Liens externesModifier

Articles connexesModifier