Gilbert Badia

germaniste, historien, universitaire, journaliste français

Gilbert Badia, né le [1] à Causses-et-Veyran (Hérault), mort le dans le 5e arrondissement de Paris[2], est un historien, journaliste et germaniste français. Son nom est lié aux nombreux ouvrages qu'il a consacrés à Rosa Luxemburg.

BiographieModifier

Fils d'immigrés catalans, Gilbert Badia entreprend des études de langue allemande, qui le conduisent à l'agrégation (1940). Au cours de ces études, il obtient un poste d'assistant (Austauschlehrer) en Allemagne où il séjourne durant deux années (1936-1938)[1]. Il est alors témoin de la montée du nazisme[3]. Rentré en France, il se marie avec une institutrice communiste et adhère lui aussi au Parti communiste. Engagé dans la Résistance, il est chargé du « Travail allemand » (TA) parmi les soldats qui occupent la France. Il est arrêté en 1943, mais parvient à s'évader.

En 1945, il entre comme journaliste, puis rédacteur en chef du quotidien Ce soir, dirigé par Aragon et Jean-Richard Bloch. Il devient le secrétaire général, puis le directeur de ce journal avant de le quitter, en 1950, à la suite d'un désaccord éditorial[1]. Il retourne dans l'enseignement, obtenant un poste de professeur d'allemand au lycée Charlemagne de Paris tout en collaborant à L'Écran français (de 1950 à 1952).

En 1964, il enseigne à l'université d'Alger où il fonde la section d'allemand qu’il dirige jusqu'en 1966. De retour en France, après un bref passage à l'Université de Nanterre, il intègre en 1968 le tout nouveau Centre universitaire expérimental de Vincennes, future Université de Paris 8, où il enseigne jusqu'à la fin de sa carrière en 1985.

Gilbert Badia est un des spécialistes de Rosa Luxemburg à laquelle il a consacré sa thèse universitaire et d’autres publications[4].

Collaborateur de la revue La Pensée, auteur de livres sur l'Allemagne contemporaine, il avait créé dans les années 1970 une revue bilingue, Connaissances de la RDA, dont les positions n'étaient pas toujours bien vues par les autorités est-allemandes[5],[6]. Outre la publication d'ouvrages sur le spartakisme, Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Gilbert Badia a traduit des textes d'écrivains allemands et germanophones (Bertolt Brecht, Martin Walser, Volker Braun, Anna Seghers, Georg Lukacs, etc.). Il collabore aussi, par de nombreux articles et notes de lecture, aux Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes. Dans le cadre d'un numéro de ceux-ci, en 1994, « Regards sur l'histoire de la RDA », il livre, avec la prudence de l'historien envers lui-même, son témoignage sur ses « voyages en RDA de 1950 à 1989 » et l'évolution de sa perception vis-à-vis de cet État[7].

Avec d'autres chercheurs liés au PCF, il a participé à la traduction de la correspondance Marx-Engels. Il s'est aussi attaché à l'histoire des antifascistes allemands[8].

Il a contribué au Dictionnaire critique du marxisme pour ce qui concerne le luxemburgisme.

Il collabore au volume « Allemagne », du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international (Le Maitron), publié sous la direction Jacques Droz en 1990.

En 2021, une thèse de doctorat franco-allemande est consacrée à L'affrontement comme vecteur de réconciliation : Gilbert Badia et ses réseaux dans les transferts culturels entre la France, la RDA et la RFA[9].

PublicationsModifier

  • La fin de la République allemande, 1929-1933, éditions sociales, Paris, 1958
  • Histoire de l'Allemagne contemporaine, 2 volumes, éditions sociales, 1962, rééd. 1964, 1975, ouvrage repris et complété avec des collaborateurs en 1985
  • Un pays méconnu : la République démocratique allemande (avec Pierre Lefranc), édition Leipzig, 1963, rééd. 1966.
  • Les spartakistes, 1918, l'Allemagne en révolution, Collections archives, Julliard, 1966
  • Le Spartakisme, les dernières années de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht, L'Arche, 1967 [compte rendu de l'ouvrage]
  • (choix et présentation) Rosa Luxemburg, textes, éditions sociales, 1969
  • Rosa Luxemburg : Journaliste, polémiste, révolutionnaire, éditions sociales, 1975 (thèse de doctorat)[10]
  • (direction) Les barbelés de l'exil, Presses universitaires de Grenoble, 1979[11]
  • Feu au Reichstag : l'acte de naissance du régime nazi, éditions sociales, 1983 [compte rendu de l'ouvrage]
  • (direction) Les Bannis de Hitler, EDI-Presses universitaires de Vincennes, 1984
  • La Gestapo contre le Parti communiste : rapports sur l'activité du P.C.F. (décembre 1940-juin 1941), Paris, éditions sociales, coll. « Problèmes. Histoire », , 234 p. (introduction et notes de Germaine Willard, Roger Bourderon et Gilbert Badia ; traductions [sous la dir.] de Gilbert Badia)
  • Clara Zetkin, féministe sans frontières, Éditions de l'Atelier, 1993
  • Rosa Luxemburg, épistolière, Éditions de l'Atelier, 1995
  • Ces Allemands qui ont affronté Hitler, Éditions de l'Atelier, 2000

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Marie-Louise Goergen, Isabelle Kalinowski, notice « Gilbert Badia », in Le Maitron.
  2. Lieux de naissance et décès trouvés dans la base MatchId des fichiers de décès en ligne du Ministère de l'Intérieur avec les données INSEE (consultation 8 janvier 2020)
  3. Gilbert Badia, « Ma découverte de l'Allemagne », sur l'Humanité, (consulté le ).
  4. Jean Mortier et Hélène Roussel, Gilbert BADIA (1916-2004), Association des Germanistes de l'Enseignement Supérieur, 31 juillet 2008.
  5. Alain Lance, « Réactions à la disparition de Gilbert Badia », l'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  6. Jean-Claude Lebrun, « Cette histoire qui résiste. », l'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. « Voyages en RDA de 1950 à 1989 », Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, no 57, 1994, p. 43-62.
  8. André Burguière, notice "Gilbert Badia", in Le Monde, 10 novembre 2004.
  9. « Soutenance de doctorat- Résumé en français et en allemand », sur allemagnest.hypotheses.org, .
  10. notice SUDOC.
  11. Yves Chevalier, « Badia (Gilbert) et al. Les Barbelés de l'exil. Etudes sur l'émigration allemande et autrichienne (1938-1940) [compte-rendu] », Archives de sciences sociales des religions, nos 49-2,‎ , p. 234 (lire en ligne).

Liens externesModifier