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Gertrude Bell

femme de lettres, analyste politique, archéologue, alpiniste, espionne et fonctionnaire britannique
Gertrude Bell
BellK 218 Gertrude Bell in Iraq in 1909 age 41.jpg
Gertrude Bell visitant les fouilles archéologiques de Babylone en 1909.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 57 ans)
BagdadVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Gertrude Margaret Lowthian Bell an american womanVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Père
Sir Hugh Bell, 2nd Baronet (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Florence Eveleen Eleanore Olliffe Bell (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Domaine
Distinctions
Archives conservées par
Newcastle University Library (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Gertrude Margaret Lowthian Bell, née le dans le Washington New Hall (comté de Durham en Angleterre) et morte le à Bagdad, était une femme de lettres, analyste politique, archéologue, alpiniste, espionne et fonctionnaire britannique. Elle est décorée de l'ordre de l'Empire britannique.

Il est généralement reconnu que Gertrude Bell et Lawrence d'Arabie ont été les principaux soutiens de l'installation de dynasties Hachémites en Jordanie et en Irak. Elle soutient la révolte arabe durant la Première Guerre mondiale. À la fin de la guerre, elle dessine les frontières de la Mésopotamie et y inclut les trois wilayets qui sont devenues l'Irak moderne.

JeunesseModifier

Gertrude Bell naît dans une famille très influente. Elle est la petite-fille du grand industriel Isaac Lowthian Bell. Elle commence ses études au Queens' College (Londres) puis, l'année de ses seize ans, elle entre au collège Lady Margaret Hall (Oxford), où elle obtient un diplôme d’histoire en seulement deux ans.

Voyages en OrientModifier

À partir de 1892 et à l'issue d'un premier voyage en Perse, décrit dans son livre Persian pictures, Gertrude Bell multiplie les voyages en Orient, Palestine, Syrie et Arabie (qu'elle traverse six fois) et en tire un second livre, Syria, the desert and the sown.

À partir de 1907, elle participe à des campagnes de recherches archéologiques sur plusieurs sites le long de l'Euphrate. Elle découvre des ruines, élabore un plan et décrit les alentours fortifiés. « Mumbayah où mes tentes furent dressées – et dont le nom arabe signifie littéralement lieu à une altitude élevée, était probablement le « Bersiba » de la liste des noms établie par Ptolémée. Ce lieu se compose d’un double rempart, situé sur la rive du fleuve ». Gertrude Bell a mal cerné la localisation de Bersiba, mais a identifié, par la toponymie du lieu, la signification du terme de ce promontoire en ruine, participant à la découverte de cette ville orientale. Dans un rectangle de grande dimension (400 × 500 m) se trouvent les ruines d’une ville très fortifiée, à laquelle, des documents et études élaborés en 1964, font référence, à l’occasion de l’inspection de cette zone réservoir. En 1968 la société allemande Deutsche Orient a demandé le permis d’excavation pour le monticule de ruines[1].[source insuffisante].

AlpinismeModifier

En été, elle multiplie les premières dans les Alpes. En 1899 elle réalise la traversée de la Meije (étant probablement la première britannique), et en 1900 celle des Drus ; en 1901, avec ses guides Ulrich et Heinrich Fuhrer, elle réussit la première ascension de sept sommets dans les Engelhöner, un petit massif dans les Alpes bernoises. Un de ces pics, Gertrudspitze (2 632 m), a été nommé en son honneur. En 1902, lors d'une tentative pour la première ascension de la face nord-est du Finsteraarhorn, elle resta bloquée trois jours dans la tempête avec ses guides, aventure qui fut décrite par John Percy Farrar comme l'une des plus grandes expéditions dans les Alpes[2].

Première Guerre mondiale et carrière politiqueModifier

À la déclaration de guerre, Gertrude Bell demande à être envoyée au Moyen-Orient, ce qui lui est refusé. Elle se porte volontaire de la Croix Rouge en France.

Mission au Moyen-OrientModifier

Cependant, elle est envoyée en novembre 1915 au Bureau arabe du Caire, dirigé alors par le général Gilbert Clayton. Elle y retrouve Lawrence. Tout d’abord, elle ne reçoit pas d’affectation officielle, mais elle met au clair les connaissances de Lawrence sur les emplacements et l’état d’esprit des tribus arabes qui pouvaient s’allier aux Britanniques contre l’Empire ottoman. Ces informations servaient à Lawrence dans ses négociations avec les Arabes.

Le , elle est envoyée à Bassorah, que l’armée britannique a pris en novembre 1914, pour y conseiller l’officier chargé des affaires politiques, Percy Cox, sur une région qu'elle connait mieux que tout Occidental. Elle dessine des cartes qui aident l’armée britannique à atteindre Bagdad en sécurité. Elle devient la seule femme officier chargé d’affaires politiques de l’armée britannique, et reçoit le titre d’Officier de liaison, correspondant avec le Caire. Elle contrôle plus particulièrement Harry St. John Philby, et lui enseigne les subtilités des manipulations politiques secrètes.

Quand les troupes britanniques prennent Bagdad (10 mars 1917), elle est envoyée par Percy Cox à Bagdad avec le titre de « secrétaire orientale ».

Création de l’IrakModifier

À la chute de l’Empire ottoman, en , Gertrude Bell est chargée d’un rapport sur la Mésopotamie et les options pour la domination du futur Irak. Elle passe dix mois à le rédiger, et il est considéré comme un chef-d’œuvre de rapport officiel. Cependant, ses conclusions sont jugées trop largement en faveur des Arabes et son supérieur, A. T. Wilson, la désapprouve.

Le , Percy Cox retourne à Bagdad et lui demande de conserver son poste de secrétaire orientale, faisant office de lien avec le futur gouvernement arabe.

Elle fait partie, avec Percy Cox et Lawrence, du petit groupe d'orientalistes réuni par Winston Churchill pour participer à la Conférence du Caire de 1921 (en), destinée à tracer les frontières du mandat britannique et des nouveaux pays comme l'Irak. Pendant la conférence, elle ne ménage pas ses efforts pour que la Transjordanie et l'Irak soient dirigés par Abdallah Ier de Jordanie et Fayçal Ier d'Irak, deux fils de Hussein ben Ali, chérif de La Mecque, roi du Hedjaz, qui fut l'un des promoteurs de la révolte arabe de 1916 contre l'Empire ottoman.

L’influence de Gertrude Bell conduit à la création d’un pays à majorité chiite au sud, et à minorités sunnite et kurde au centre et au nord. Les Britanniques refusent aux Kurdes un État séparé, afin de mieux garder le contrôle des champs de pétrole qui se trouvent sur leurs territoires.

Les Britanniques choisissent les sunnites pour gouverner le pays, car ils considèrent que les chiites sont des fanatiques religieux. Dans son rapport, Gertrude Bell écrit :

« Je ne doute pas un instant que le pouvoir doive revenir aux sunnites, malgré leur infériorité numérique […] car sinon, vous aurez un État théocratique, qui pourra être très dangereux. »

Les rivalités entre différentes communautés religieuses continuent de provoquer, encore aujourd’hui, des heurts en Irak.

Elle persuade encore Winston Churchill de désigner comme premier roi irakien Fayçal, ancien roi de Syrie qui venait d’être déposé. Quand ce dernier arrive en Irak en , elle le met au courant des affaires locales, notamment les problèmes relatifs à la géographie des tribus, et l’économie locale. Elle supervise également les nominations aux différents postes du gouvernement.

Fayçal est couronné roi d’Irak le . Elle devient confidente du roi qu'elle aide au début de son règne à établir son autorité auprès des chefs tribaux. De par son influence sur le nouveau roi, Gertrude Bell est surnommée la reine sans couronne d’Irak.

Le musée archéologique de BagdadModifier

Lorsque la situation est stabilisée, Gertrude Bell commence à rassembler ce qui constitue les collections du musée archéologique de Bagdad, tout d’abord abrité dans les salles du palais royal.

Elle dirige les fouilles et examine les trouvailles. Malgré l’opposition européenne, elle insiste pour que les trésors mis au jour restent dans leur pays d'origine, s’assurant ainsi que son musée se constituerait une collection d’antiquités locales. Celui-ci ouvre officiellement ses portes en . Il deviendra plus tard le musée national d'Irak. Après son décès, son testament permet la création de l'École britannique d'archéologie d’Irak.

Ligue des anti-suffragettesModifier

Gertrude Bell est secrétaire honoraire de la Ligue britannique des femmes contre le suffrage féminin. Elle avance comme arguments que tant que les femmes croiront que leur domaine est la cuisine et la chambre à coucher, elles ne pourront pas prendre part au débat politique ainsi qu'aux décisions concernant la manière dont la nation doit être gouvernée.

MortModifier

Gertrude Bell retourne brièvement en Grande-Bretagne en 1925. Elle se retrouve face à des problèmes familiaux et tombe malade. La fortune de sa famille a décliné. Elle retourne en Irak, mais souffre d’une pleurésie. Quand elle s’en relève, elle apprend la mort de son frère de la typhoïde.

Le , on la découvre morte chez elle à Bagdad, apparemment d’une surdose de somnifères. On ne sait s'il s'agissait d'un accident ou d'un suicide[3]. Elle a droit à des funérailles grandioses, en présence du roi d'Irak et suivies par un grand nombre de personnes. Elle repose au cimetière britannique de Bagdad[4].

Elle ne s’est jamais mariée et n’a pas eu d’enfants.

Son travail a été cité en exemple au Parlement britannique et elle a été récompensée de l'ordre de l'Empire britannique.

Notes et référencesModifier

  1. Comparer Alfred Werner Maurer : Mumbaqat 1977, Bericht über die von der Deutschen Orient-Gesellschaft mit Mitteln der Universität Saarbrücken unternommene Ausgrabung. Philologus Verlag, Bâle, 2007.
  2. (de) Der Hölle am Finsteraarhorn entronnen, sur le site du journal Tages-Anzeiger - Cicely Williams, « The feminine share in mountain adventure. Pt II », Alpine Journal,‎ , p. 103-104 (lire en ligne)
  3. Wallach (1999).
  4. Buchan (2003) ; Lukitz (2006), p. 235.

Voir aussiModifier

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Au cinémaModifier

Le cinéaste allemand Werner Herzog réalise le film biographique Queen of the Desert, basé sur sa vie, sorti en 2015. Nicole Kidman y tient le rôle de Gertrude Bell.

Articles connexesModifier

SourcesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier