Georges Ripert

professeur de droit et homme politique français

Louis Marie Adolphe Georges Ripert, né le à La Ciotat[1] et mort le à Paris, est un professeur de droit et homme politique français, profondément conservateur, voire réactionnaire[2], frère du félibre Émile Ripert. Eminent juriste et auteur de nombreux traités, il devient doyen de la faculté de droit de Paris.

Georges Ripert
Fonctions
Président
Académie des sciences morales et politiques
Ministre de l'Éducation nationale
-
Doyen
Faculté de droit de Paris
-
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
Université d'Aix (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Fratrie
Autres informations
A travaillé pour
École libre des sciences politiques
École coloniale (d)
HEC Paris
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Membre de
Conflit
Distinction
Officier de la Légion d'honneur

Après la défaite de 1940 il se rallie au régime de Vichy et devient membre, durant toute la guerre, du Conseil national de Vichy[2] (titre du gouvernement). Ses accointances avec la Révolution nationale le mènent à devenir secrétaire d'État à l'Instruction publique et à la Jeunesse de septembre à [3]. Emprisonné lors de l'épuration, la Haute cour de justice prononce un non-lieu pour actes de résistance. Il est alors réintégré et continue à écrire, principalement des traités conservateurs.

Avant-guerre modifier

Il est doyen de la Faculté de droit de Paris. À partir de 1933, et en raison de son catholicisme qu'il affiche souvent[4], il demande à ses étudiants d'accueillir fraternellement les victimes de l'antisémitisme nazi : « J'aime l'étudiant qui, sachant que les jeunes gens de son âge sont dans leur pays chassés de l'Université, à cause de leur race ou de leur religion, fait une place à côté de lui, sur son banc, au camarade qui n'est pas de sa religion ou de sa race[5] ». Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1937.

Il enseigne à l'École libre des sciences politiques[6].

Sous Vichy modifier

Malgré ses positions contre l'antisémitisme au début des années 1930, Ripert se rallie au régime de Vichy et accepte sa nomination comme secrétaire d'État à l'Instruction publique et à la Jeunesse, poste qu'il conserve du au , avec Joseph Hamel, spécialiste de droit commercial et futur doyen, comme directeur de cabinet. Il demeure durant toute l’Occupation membre du Conseil national de Vichy[2].

Peu avant l'entrevue de Montoire, il adresse aux recteurs et aux inspecteurs d’académie une circulaire qui détaille les modalités à suivre afin de dresser les listes « des fonctionnaires, hommes et femmes, qui, de notoriété publique ou à votre connaissance personnelle, doivent être, aux termes de l’article 1er [de la loi du 3 octobre 1940 sur le « statut » des Juifs], regardés comme juifs. » Il procède aux premiers renvois de professeurs juifs de l'Université en application du Statut des juifs[7]. Il signe ainsi la révocation de René Cassin dont il était l'ami avant-guerre et il le fait avec des « attendus infamants »[8] selon l'intéressé[9].

Enfin, lorsqu'il ré-édite, en 1943, le Traité élémentaire de droit civil de Marcel Planiol, avec l'aide de Jean Boulanger, dans une version revue et complétée, il justifie les diverses lois sur le statut des Juifs, en déclarant qu'elles ne sont pas de simples conséquences de la « haine raciale », mais celles du « rôle néfaste que certains politiciens et financiers juifs avaient joué sous la Troisième République »[10],[2]. La ré-édition, en 1946, de ce volume, constitue un revirement de cap, Ripert mentionnant une « grave atteinte à l’égalité » et l'annulation « en bloc par l’Ordonnance du 9 août 1944 (art. 33) rétablissant la légalité républicaine »[10] (du reste, il est inexact de parler d'annulation en bloc, certaines dispositions sur la nationalité française perdurant plus longtemps[11]).

En 1943, il préface et publie un recueil d'études sur le droit national-socialiste, Etudes de droit allemand - Mélanges Oflag II B (Paris, LGDJ, 1943) lequel inclut des contributions de H. Balazard, C.-A. Colliard, M. Doublet, P.-M. Gaudemet, M. Hubert, Robert Vouin et J. Hamelin. Dans cette préface, Georges Ripert affirme l'importance de l'étude et de la connaissance du système juridique allemand, et ce bien qu'il soit corrompu par le nazisme. Il trouve en ces quelques pages l'occasion de réaffirmer la « richesse scientifique » des doctrines et des droits étrangers, l'importance du droit comparé et envisage la possibilité d'un droit européen supranational en vue d'une organisation économique[12].

Après-guerre modifier

Arrêté le , il est libéré le . Le , la Haute Cour de justice prononce un non-lieu en sa faveur pour actes de résistance.

C'est vraisemblablement la non-continuation de son poste au secrétariat d'État dans le second gouvernement Laval qui lui vaut d'échapper à l'épuration[13] ; des faits allégués de résistance, aucune note sténographiée du procès n'est établie[13].

Il est réintégré, à l'Université et à l'Institut, et rédige différents traités, dont un Traité élémentaire de Droit commercial (1948), ou Le Déclin du droit (1949) puis Les Forces créatrices du droit (1955), deux ouvrages profondément réactionnaires qui, entre autres, théorisent l'impératif de l'obéissance aux lois, thème peu en vogue auprès des gaullistes et autres compagnons (communistes et autres) de la Résistance[13].

Distinctions modifier

Notes et références modifier

  1. Archives des Bouches-du-Rhône, commune de La Ciotat, acte de naissance no 80, année 1880 (consulté le 16 décembre 2014) (sans mention marginale de décès).
  2. a b c et d Benoît Plessix, Le droit public, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », (ISBN 9782715400009, lire en ligne).
  3. Jean-Pierre Allinne, « Georges Ripert, un positiviste spiritualiste », dans Les Facultés de droit de province au xixe siècle. Tome 2 : Bilan et perspectives de la recherche, Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, coll. « Études d’histoire du droit et des idées politiques », (ISBN 978-2-37928-083-2, lire en ligne), p. 221–241.
  4. Carlos-Miguel Herrera, « Georges Ripert en politique », Droits, vol. 65, no 1,‎ , p. 182 (lire en ligne).
  5. Discours de la rentrée universitaire de 1938, paru dans La Juste Parole, 5 mars 1939, sous le titre « Paroles humaines et chrétiennes ».
  6. Qui êtes-vous?: Annuaire des contemporains; notices biographiques, C. Delagrave, (lire en ligne)
  7. Tristan Lecoq, L'inspecteur général qui a dit NON , publié dans L'Histoire no 357, 10/2010.
  8. René Cassin, Les Hommes partis de rien. Le réveil de la France abattue (1940-1941), Paris, Plon, 1975. p. 115.
  9. Simon Epstein, Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Albin Michel, 2008, p. 38-39 (ISBN 978-2-226-17915-9).
  10. a et b S. Falconieri, Le « droit de la race ». Apprendre l’antisémitisme à la faculté de droit de Paris (1940-1944), Clio n°7, mars 2014, §50 et 63.
  11. Danièle Lochak, « Les mauvais Français du maréchal », Plein droit (revue du GISTI), n° 29-30, novembre 1995.
  12. [source détournée] de droit allemand : Mélanges Oflag II B, Paris, LGDJ, 1943. p. I-VIII.
  13. a b et c Bio de juristes : Ripert, blog de D. Mainguy, professeur de droit à l'Université de Montpellier (date non renseignée).

Liens externes modifier