René Georges-Etienne

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René Georges-Etienne[N 1], né le 22 novembre 1909 à Paris et mort le 21 novembre 1985, est un avocat et résistant français. Il a été secrétaire général de la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste (LAURS) fondée en 1924 et président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme (LDH)[1] après s'y être investi trente ans durant. Il a fait partie de plusieurs cabinets ministériels, dont ceux de Joseph Paul-Boncour et de Pierre Vienot et exercé la fonction d'adjoint de directeur de cabinet d'un secrétariat d'État à l'économie.

Parcours de son père, personnalité du parti républicain-socialisteModifier

Le père de René, Georges Etienne, apparaît à la tête du parti à partir de 1914. Rapidement, il devient le gardien intransigeant de sa doctrine et de la discipline. Il devient le secrétaire général du second parti républicain-socialiste de 1923 à 1934. Il est d'abord un homme d'appareil, l'aventure électorale s'étant soldée pour lui par des échecs. Ainsi, candidat à Issoudun, lors des élections législatives de 1928, il n'obtient que 395 voix, soit 3,6% des suffrages.

En mars 1914, il fait scission pour fonder, en compagnie de Maurice Violette, un « parti républicain-socialiste » concurrent. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il participa à la fondation d'un nouveau parti républicain-socialiste dont il fut le secrétaire général.

Approuvant la participation au Cartel des gauches, il critiqua vivement le soutien des ténors du parti au gouvernement d'union nationale dirigé par Raymond Poincaré (juillet 1926).

À l'occasion du congrès de Paris (décembre 1927), Georges-Etienne père fit scission pour fonder le « parti socialiste français »[N 2].

Secrétaire général de la LAURSModifier

Membre de la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste[2], organisation étudiante fondée en mai 1924 pour contrecarrer les menées de l'Action française au Quartier latin et réunissant étudiants socialistes et étudiants proches du parti radical et du parti républicain-socialiste, il en devient le secrétaire général. Au troisième congrès de la Ligue à Nantes en janvier 1929, il gauchit son discours dans un appel aux étudiants de France : « C'est également au nom de l'idée de justice que la Ligue demande à la jeunesse intellectuelle de France de s'associer aux légitimes revendications de la classe ouvrière »[3]. Il est ensuite président des amis de la LAURS.

Activités à la Ligue des droits de l'hommeModifier

En 1934, alors qu'il est président de la section du 5e arrondissement de la Ligue des droits de l'Homme, il se rend en Allemagne avec un groupe d'étudiants de la LAURS. À son retour, il publie un article intitulé Allemagne 1934, où il fait état de ses impressions de voyage. S'il n'approuve pas l'idéologie de la nouvelle Allemagne nazie, en revanche il trouve que sa politique économique mérite d'être examinée plus attentivement. À ses yeux, la vraie liberté, c'est de pouvoir travailler et vivre[4]. Rendant compte de son séjour également dans une communication faite à l'Institut international de la coopération intellectuelle de la Société des Nations, il fait part de son sentiment qu'il est impossible d'établir un pont entre la jeunesse française et la jeunesse allemande en raison des opinions de cette dernière[5].

Sur sa proposition, la LDH vote en 1936 un complément de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789[6]. Membre du comité central de la LDH en 1947, vice-président en 1951, il est élu président d'honneur en 1979.

Avocat et résistantModifier

Avocat auprès de la Cour de Cassation, il s'engage dans la résistance, au sein du réseau du musée de l'Homme. Dénoncé avec tous les membres du groupe de Boris Vildé par un infiltré (Albert Gaveau), il est arrêté le 13 janvier 1941 à son domicile parisien[7]. Il est l'un de ceux qui seront acquittés, faute de preuves écrites[8],[9], après treize mois de détention préventive[10]. Croix de guerre 1939-1945, médaillé de la Résistance, officier des Palmes académiques, il est commandeur de la Légion d'honneur.

PublicationsModifier

  • Complément au Code des comptables de Louis Rachou, 3e édition. Droits et obligations des comptables dans l'exercice de leur profession, par René Georges-Étienne, 1939, 116 pages

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Quelquefois orthographié René-Georges Étienne.
  2. À ne pas confondre avec la parti socialiste historiquement connu en France.

RéférencesModifier

  1. Roger Pinto, Julius et Ethel Rosenberg. Un déni de justice, 1950-1997, Publications de la Sorbonne, 2002, 231 pages, p. 5 (dédicace) : « À LA MÉMOIRE DE Me RENÉ GEORGES-ÉTIENNE / Président d'honneur / de la ligue des droits de l'Homme ».
  2. Sur la LAURS, cf. Emmanuel Naquet, Un mouvement typique de la France de l'entre-deux-guerres : la LAURS (Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste), thèse de doctorat sous la direction de René Rémond et Jean-François Sirinelli, Paris X, 1987, 4 vol., 825 p. + 395 p. annexes.
  3. Le IIIe Congrès national de la LAURS, in L'Université Républicaine, 2e année, vendredi 8 février 1929, No 14, numéro spécial, p. 1.
  4. (en) William Irvine, Between Justice And Politics: The Ligue Des Droits De L'Homme, 1898-1945', Stanford University Press, 2006, 288 pages, p. 149 : « In an article entitled "Germany, 1934," René Georges-Etienne, president of the section of the fifth arrondissement of Paris and soon to become League treasurer, shared his impressions of a recent trip to Germany with a group of students from LAURS. It was hard, he admitted, to find any political or ideological common ground with representatives of the new Germany. On economic questions, by contrast, "the national socialist movement deserves to be better understood and more carefully studied. The racism, nationalism, and authoritarianism of the new regime represented the antithesis of democracy but, he noted, Weimar democracy had offered little for the Germans because "true freedom consists of being able to work and to live." »
  5. (en) Elana Passman, The Cultivation of Friendship: French and German Cultural Cooperation, 1925-1954, History PhD dissertation, University of North Carolina at Chapel Hill, 2008, pp. 209-210 : « René Georges-Étienne of the League of the Rights of Man, who had traveled to the Sohlberghreiss meeting alongside Jouvenel and Weil-Curiel, reported separately on his experience to the Institute. Georges-Étienne found to his dismay that German youth held incompatible views with those of the French: "building a bridge" to German youth would be, to his mind, impossible ».
  6. Le centenaire de la LDH : quelques dates repères, sur le site de la section locale Le Pecq Saint-Germain-en-Laye de la LDH.
  7. Julien Blanc, Au commencement de la Résistance. Du côté du Musée de l'Homme 1940-1941, Seuil, 526 pages (livre numérique Google n. p.) : « Le même jour [le 13 janvier 1941], un autre avocat, René-Georges Étienne, proche de Nordmann et de Weil-Curiel, est arrêté à son domicile parisien ».
  8. Biographie des fusillés du réseau dit du musée de l'Homme, sur defense.gouv.fr, 27 février 2012.
  9. Dominique Veillon, Boris Vildé - De Saint-Petersbourg au Mont-Valérien, sur museeorisvilde.org.
  10. Alain Guérin, Chronique de la Résistance (nouvelle édition), Place Des Éditeurs, 2010, 1812 pages, p. 525 : « Et il [Léon-Maurice Nordmann] a multiplié ses efforts pour sauver ceux de ses coïnculpés contre lesquels on ne possédait aucune preuve écrite : cinq d'entre eux, dont mon ami René-Georges Etienne, ont été acquittés, après treize mois de détention préventive ».

Articles connexesModifier

Parti républicain-socialiste