Garçon du ghetto de Varsovie

Le « Garçon du ghetto de Varsovie » (aussi connu sous de nombreux autres titres dont « Poussés hors de leurs trous » et « L'Enfant juif de Varsovie ») apparaît sur la photographie la plus connue prise lors du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. Les mains en l’air lorsque que le SS-Rottenführer Josef Blösche pointe un pistolet-mitrailleur dans sa direction, le garçon et sa famille sont évacués et arrêtés par les troupes allemandes d'un bunker où ils se sont cachés lors de la liquidation finale du ghetto.

Le « Garçon du ghetto de Varsovie ».

Une fois la photo prise, tous les Juifs de celle-ci sont conduits à la Umschlagplatz et déportés au camp d'extermination de Majdanek et de Treblinka. L'emplacement exact et le photographe ne sont pas connus, et Blösche est la seule personne sur la photographie qui peut être identifiée avec certitude.

Cette image, extraite du rapport Stroop que Jürgen Stroop adresse en à Heinrich Himmler porte la légende originale en allemand « Poussés hors de leurs trous ». Elle est l'une des photographies les plus emblématiques de l'Holocauste et de la Seconde Guerre mondiale. Ce garçon en est venu à représenter le cas des enfants lors de l'Holocauste (en), ainsi que toutes les victimes juives plus largement.

Plusieurs personnes ont prétendu être le garçon sur la photographie, mais son identité reste incertaine.

A compter de 2018, Getty Images qui a acquis les droits de licence Corbis en 2016[1], continue de l'offrir pour la vente, en fournissant une copie de la photo avec un marquage numérique de la revendication de droits d'auteur en guise d'échantillon[2].

InfluenceModifier

La photo n'était pas très connue jusqu'aux années 1970[3], peut-être parce que la plupart des pays préféraient célébrer la résistance au Nazisme plutôt que des victimes anonymes. En 1969, la photo est sortie sur la couverture de l'édition anglaise de l'ouvrage de Gerhard Schoenberner The Yellow Star[4]. En 2016, le magazine Time l'a mentionnée comme l'une des 100 photos les plus influentes de tous les temps, en constatant qu'elle « avait une valeur probatoire dépassant l'impact de beaucoup d'autres "images aiguës" prises pendant l'Holocauste. L'enfant en est venu à représenter le visage des 6 millions des Juifs sans défense tués par les nazis »[5].

Plusieurs livres ont été écrits sur la photo, incluant A child of Gunpoint : A Case Study in the Life of a Photo de Richard Raskin, The Boy : A Holocaust Story de Dan Porat et L'Enfant juif de Varsovie et Histoire d'une photographie de Frédéric Rousseau[6],[7]. La photo est perçue différemment par l'homme de SS qui l'a prise et d’autres observateurs ; d'après Raskin, « une certaine catégorie de gens y ont vu des soldats héroïques combattant les déchets de l'humanité tandis que la vaste majorité des gens du monde entier y voit l'inhumanité brutale de l'homme »[8],[9]. D'après Eva Fogelman, la photo a promu le mythe sur le fait que les juifs se comportaient passivement, comme « les moutons allant à l'abattoir »[10].

L'œuvre de Norman Finkelstein "Deutschland über alles", juxtapose la photo de Varsovie aux images de la souffrance palestinienne. On peut lire le sous-titre tout en majuscules : « les petits enfants des survivants d'Holocauste font aux Palestiniens la même chose que celle qu'ils ont subie eux-mêmes de la part de l'Allemagne nazie »[11].

Artiste et survivant de l'Holocauste, Samuel Bak a créé une série de plus d'une centaine de tableaux inspirés par la photo, aussi bien que par sa propre expérience et souvenir d'un ami d'enfance qu'il a perdu. Dans ces travaux les bras étendus du garçon sont très souvent représentés avec le sujet de crucifiement ou bien avec le garçon vu comme une partie d'un monument imaginaire[12],[13].

NARA et IPN décrivent l'image comme dans un domaine public. Pourtant, en 1990, Corbis Corporation a acquis la photo de Bettman Archive et a autorisé trois versions de la photo, en prélevant le taux commercial pour son usage[14].

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. (en-US) Olivier Laurent, « The Decade-Long Image Licensing War Is Suddenly Over », sur Time (consulté le 25 octobre 2019)
  2. (en-GB) « Frightened Jewish families surrender to Nazi soldiers at the Warsaw... », sur Getty Images (consulté le 25 octobre 2019)
  3. « L’enfant juif de Varsovie | Histoire et analyse d'images et œuvres », sur www.histoire-image.org (consulté le 15 octobre 2019)
  4. « "L'Enfant juif de Varsovie. Histoire d'une photographie", de Frédéric Rousseau : l'enfant du ghetto », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 15 octobre 2019)
  5. « How A Little Boy Became the Face of The Holocaust », sur 100 Photographs | The Most Influential Images of All Time (consulté le 17 octobre 2019)
  6. (en) « Holocaust Studies / A picture worth six million names », sur Haaretz Com (consulté le 18 octobre 2019)
  7. « L’enfant juif de Varsovie | Histoire et analyse d'images et œuvres », sur www.histoire-image.org (consulté le 18 octobre 2019)
  8. (en) « Holocaust Studies / A picture worth six million names », sur Haaretz Com (consulté le 19 octobre 2019)
  9. « L’enfant juif de Varsovie | Histoire et analyse d'images et œuvres », sur www.histoire-image.org (consulté le 19 octobre 2019)
  10. Henry, Patrick (Patrick Gerard),, Jewish resistance against the Nazis (ISBN 978-0-8132-2590-6 et 0-8132-2590-6, OCLC 884479338, lire en ligne)
  11. Michael Rothberg, « From Gaza to Warsaw: Mapping Multidirectional Memory », Criticism, vol. 53, no 4,‎ , p. 523–548 (ISSN 1536-0342, DOI 10.1353/crt.2011.0032, lire en ligne, consulté le 26 octobre 2019)
  12. (en) Wabash College, « Holocaust Survivor/Artist Asks Tough Questions », sur Wabash College (consulté le 23 octobre 2019)
  13. https://puckergallery.squarespace.com/s/Bak-2008-small.pdf
  14. (en) Janina Struk, Photographing the Holocaust : Interpretations of the Evidence, I.B.Tauris, , 251 p. (ISBN 978-1-86064-546-4, lire en ligne)