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Galerie Bernheim-Jeune

galerie et éditeur d'art
Entrée de la galerie Bernheim-Jeune, no 27 avenue Matignon à Paris.

La galerie Bernheim-Jeune est l'une des plus anciennes galeries d'art parisiennes. Ouverte en 1863 à Paris, elle a entre autres promu les peintres réalistes, impressionnistes et, à leurs débuts, les post-impressionnistes[1].

Sommaire

De Besançon à ParisModifier

 
Affiche pour l'exposition des impressionnistes d'avril 1903, reproduisant Les Bulles de savon d'Édouard Manet.

En 1795, à Besançon, dans le Doubs, où il est marchand de couleurs et de matériels pour les peintres, Joseph Bernheim (1799−1859) commence une collection des œuvres de ses habitués[2]. Son fils Alexandre Bernheim (1839-1915) devient l'ami d'Eugène Delacroix, Jean-Baptiste Camille Corot et Gustave Courbet qui viennent peindre dans la région. En 1863, sur les conseils de Courbet, Alexandre Bernheim vient à Paris et ouvre une galerie au no 8 de la rue Laffitte où il montre les peintures des artistes de l'école de Barbizon et, en 1874, les premiers tableaux impressionnistes jamais exposés[3].

Cette rue va attirer de nombreuses autres galeries, plus d'une vingtaine en tout, jusqu'en 1914. En avril 1870 ouvre la galerie Paul Durand-Ruel (au 16) ; en septembre 1893, au 37-39, est inaugurée la galerie Vollard ; en 1902, celle de Clovis Sagot au 46. Vers 1898, ouvre au no 9 la galerie Georges Bernheim, qui n'a rien à voir avec cette famille[4]. Le quartier, situé idéalement entre la Bourse, l'hôtel Drouot, Montmartre, l'Opéra et les Grands Boulevards attire une clientèle de collectionneurs et des artistes du monde entier.

En 1901, Alexandre Bernheim aidé de ses deux fils, Joseph dit « Josse » (1870-1941) et Gaston (1870-1953), organise la première exposition de Vincent van Gogh à Paris avec l'aide du critique d'art Julien Leclercq. Il sera aussi celui par lequel se fera en 1913 la transaction de L'Origine du monde de Courbet pour un collectionneur hongrois, le baron François de Hatvany. La fille d'Alexandre, Gabrielle (1863-1932) épouse en secondes noces le peintre Félix Vallotton en 1899 et celui-ci fait son portrait, qu'achète Alexandre (Paris, musée d'Orsay)[5].

L'avant-gardeModifier

 
Les Marchands d'art (1912), huile sur toile par Édouard Vuillard, représente les frères Bernheim dans leur bureau (San Antonio, musée d'art McNay).

En 1906, les deux frères[6] ouvrent une autre galerie, au no 25 boulevard de la Madeleine qui prend le nom de « Bernheim-Jeune frères ». Ils présentent Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Paul Cézanne, Henri-Edmond Cross, Georges Seurat, Kees van Dongen, Henri Matisse, le Douanier Rousseau, Raoul Dufy, Maurice de Vlaminck, Amedeo Modigliani, Maurice Utrillo et Georges Dufrénoy. La galerie devient l'un des centres de l'avant-garde artistique, relayant le travail de marchands-découvreurs comme Berthe Weill ou le jeune Daniel-Henry Kahnweiler, lequel expose dès 1908 le cubiste Georges Braque. La galerie se lance aussi dans l'édition : en 1906, paraît le premier ouvrage, consacré aux toiles d'Eugène Carrière[7].

La concurrence entre galeries parisiennes sur le plan des modernes et des contemporains, ou de « la peinture d'après demain » pour reprendre une formule du critique Jacques des Gachons[8], devient à cette époque sensible, cependant Bernheim-Jeune et Durand-Ruel pratiquent pour certaines œuvres de grand prix la démarche du « compte ensemble », acquérant ainsi des tableaux de façon conjointe[7]. Cependant, en 1912, la galerie fondée par Alexandre quitte la rue Laffitte pour se rapprocher du boulevard de la Madeleine, au no 15 rue Richepance et le critique Félix Fénéon y organise du 5 au 24 février la première véritable exposition du groupe des artistes futuristes : les toiles d'Umberto Boccioni provoque une vive émotion dans le milieu de l'art.

En 1919, Bernheim-Jeune frères lancent un périodique, Le Bulletin de la vie artistique et nomment Félix Fénéon, rédacteur en chef, rejoint en 1921 par Adolphe Tabarant. Ils publient d'importantes monographies. L'aventure s'arrête en 1926. Les éditions commandent, entre 1921 et 1934, à Jacques Villon, quatre-cent cinquante gravures d’interprétation, d'après les peintres modernes de la galerie[7].

En 1922, une exposition réunit des œuvres d'Alice Halicka, Auguste Herbin, Pierre Hodé, Moïse Kisling, Marie Laurencin, Henri Lebasque, Fernand Léger et Henri Matisse.

En 1925, la galerie déménage à l'angle du no 83 rue du Faubourg-Saint-Honoré et du no 27 avenue Matignon, où elle est encore aujourd'hui. Le président de la République Gaston Doumergue inaugure le vernissage de la première exposition, « Chefs-d'œuvre des XIXe et XXe siècles ». Au début des années 1930, la crise n'épargne pas le milieu des galeries, et les frères Bernheim envisagent même de fermer.

Sous l'Occupation, leurs biens sont saisis par l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg[9]. Les Bernheim, comme le marchand Paul Rosenberg et d'autres, mettront parfois plusieurs décennies à récupérer certaines toiles, souvent issues de leurs collections personnelles, et certaines affaires remontant même au devant de l'actualité au début du XXIe siècle[10]. Démarches rendues d'autant plus difficiles que deux registres de la galerie ont disparu durant le pillage en 1942[7].

Dans les années 1960, la galerie entreprend l'édition de catalogues raisonnés portant sur l'œuvre de plusieurs peintres importants : celui de Pierre Bonnard paraît en 1973.

Après la mort en septembre 2012 de Michel Dauberville, descendant de Joseph Bernheim, son cousin Guy-Patrice Dauberville qui est également expert en tableaux modernes, spécialiste de Bonnard et de Renoir, dirige Bernheim-Jeune.

BilanModifier

L'historien français Gérard Monnier estime que « les activités de la galerie Bernheim-Jeune, entre 1900 et 1914, sont ainsi significatives de la nouvelle étendue des responsabilités culturelles d’un marché de l’art […]. Ces repères montrent la diversité des fonctions assurés par une grande galerie parisienne à ce moment : la consécration et la célébration des grands artistes modernes de la génération précédente (Van Gogh, Cézanne), la découverte et la promotion commerciale contractuelle des artistes novateurs du moment (Matisse), la participation (avec éventuellement son contrôle commercial) à l’inventaire de l’actualité artistique internationale. »[11].

La galerie a promu quelques-uns des maîtres de l'art moderne comme :

  • Paul Cézanne (1839-1906). En 1900, Cézanne est encore un inconnu. Il vit avec sa femme à Aix-en-Provence et empile ses toiles dans un coin de son atelier. Les frères Bernheim lui rendent visite, achètent ses tableaux et lui organisent une exposition en 1908. Ils éditent aussi le premier livre sur Cézanne ;
  • Claude Monet (1840-1926). Sur la route de leur maison de week-end à Villers-sur-Mer, les Bernheim s'arrêtent chaque fois à Giverny chez Monet, déjà considéré comme le maître de l'impressionnisme ;
  • Auguste Renoir (1841-1919), dont ils élaborent et publient depuis 1983 le catalogue raisonné[12] ;
  • Auguste Rodin (1840-1917) ;
  • Pierre Bonnard (1867-1947) ;
  • Henri Matisse (1869-1954).

De nos jours, la galerie expose des peintres et sculpteurs s'inscrivant pour certains dans la lignée de l'École de Paris, tendance propre à une grande partie des galeries environnantes proches de l'avenue Matignon. Parmi les plus connus, Jean Carzou, Lucien Fontanarosa ou Robert Humblot et Shelomo Selinger ou Pollès. La galerie est prisée de collectionneurs venus d'Asie[7].

Notes et référencesModifier

  1. « Bernheim-Jeune », in Encyclopédie Larousse.
  2. (en) « Galerie Bernheim-Jeune » sur le site de la Frick Collection.
  3. (en)Oup, Bernheim-Jeune in A Dictionary of Modern and Contemporary Art
  4. Catalogue de tableaux et études, paysages et animaux par Charpin, vente du 24 mai 1898 à Drouot (en ligne sur Gallica).
  5. Gabrielle Vallotton se faisant les ongles, huile sur toile, 58 × 50 cm (notice en ligne).
  6. Pour ne pas être confondus et par coquetterie, Joseph prend comme nom Bernheim d'Auberville et Gaston, Bernheim de Villers, en référence à des villégiatures normandes où ils ont l'habitude de résider. Joseph eut deux enfants, Jean et Henry, ce dernier sous le nom d'Henry Dauberville (1907-1988) fut un critique d'art, proche de Sacha Guitry.
  7. a, b, c, d et e « Les artistes et leurs galeries. Réceptions croisées » (colloque du 18 mai 2015), en ligne.
  8. Je sais tout, semaine du 15 avril 1912, pages Arts.
  9. Bernard Génies et Jean-Gabriel Fredet, « Le casse de Hitler - À la recherche des chefs d'œuvre volés aux Juifs », Le Nouvel Observateur, n°2575, 13 mars 2014, p. 64-77.
  10. « Le destin chaotique d'une toile de Vlaminck », par Valérie Sasportas, in: Le Figaro, 12 février 2015.
  11. Gérard Monnier, Des beaux-arts aux arts plastiques, La Manufacture, 1991, p. 217.
  12. Guy-Patrice et Michel Dauberville, Renoir, Catalogue raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles, 5 tomes et suppléments (1858-1919), Paris, Galerie Bernheim-Jeune, 1983-2014 (présentation en ligne).

Liens externesModifier