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Fuite des chrétiens de Jérusalem à Pella

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La fuite des chrétiens de Jérusalem à Pella est un épisode du christianisme primitif raconté par Eusèbe de Césarée, selon qui les chrétiens auraient voulu échapper à la destruction de Jérusalem, annoncée par une prophétie.

Sommaire

HistoriqueModifier

Selon une tradition rapportée par Eusèbe de Césarée et Épiphane de Salamine, à la veille de la Grande Révolte juive (66-73 ap. J.-C.) les membres de l’Église de Jérusalem furent avertis par un oracle de la prochaine destruction de la Ville Sainte. En conséquence, ils s'enfuirent de Jérusalem et s'installèrent dans la cité païenne de Pella[1],[2],[3] (Tabaqat Fahil en actuelle Jordanie)[4].

La question de l'historicité de cette tradition est selon Ray A. Pritz déterminante pour la compréhension du judéo-christianisme ancien[5]. Son authenticité a été pour la première fois contestée par S. G. F. Brandon au motif qu'elle comporterait de nombreuses difficultés; ainsi par exemple il eût été impossible que les Judéo-Chrétiens pussent déjouer la vigilance des Zélotes contrôlant Jérusalem et s'installer dans un milieu païen hostile aux Juifs[6]. Brandon a été rejoint par d'autres savants tels Günter Strecker[7] et Gerd Lüdemann[8]. Parmi les partisans de l'historicité de la fuite des chrétiens de Jérusalem à Pella on compte Sidney Sowers[9], Marcel Simon[10] et Jonathan Bourgel[11].

Sources anciennesModifier

« De plus, le peuple de l’Église de Jérusalem reçut, grâce à une prophétie transmise par révélation aux notables de l’endroit, l’ordre de quitter la ville avant la guerre et d’habiter une ville de Pérée, nommée Pella. Ce furent là que se transportèrent les fidèles du Christ, après être sortis de Jérusalem de telle sorte que les hommes saints abandonnèrent complètement la métropole royale des juifs et toute la terre de Judée. La justice de Dieu poursuivit alors les juifs pour avoir accompli de tels crimes contre le Christ et ses apôtres, faisant complètement disparaître d’entre les hommes cette race d’impies. »

— Eusèbe, Histoire ecclésiastique 3, 5, 3[12],[13]

« Cette hérésie des Nazoréens existe à Bérée en Cœlé-Syrie, dans la Décapole au voisinage du territoire de Pella et en Basanitide dans le village appelé Kokabè, (en hébreu Chochabè). C’est là qu’elle a pris naissance, après que tous les disciples eurent quitté Jérusalem et se furent installés à Pella, parce que le Christ avait dit de laisser Jérusalem et de trouver un endroit où se retirer à cause du siège que la ville devait supporter. Et ayant émigré pour cette raison en Pérée, ils s’y installèrent comme j’ai dit. C’est ainsi qu’a pris naissance l’hérésie des Nazoréens. »

— Épiphane, Panarion 29, 7, 7[14]

« Leur origine [des ébionites] remonte au temps qui suivit la prise de Jérusalem. En effet, comme tous ceux qui avaient cru au Christ s’étaient installés à cette époque-là en Pérée, pour la plupart d’entre eux dans une ville nommée Pella de la Décapole mentionnée dans l’Évangile, près de la Batanée ou Basanitide. »

— Épiphane, Panarion 30, 2, 7[15]

« À partir de ce moment Aquila vécut à Jérusalem, et il vit les disciples des disciples des apôtres florissant de foi, de réalisations merveilleuses par des guérisons et d’autres prodiges car ils étaient revenus de la ville de Pella à Jérusalem même. En effet, avant la destruction de Jérusalem par les Romains, les disciples reçurent l’ordre d’un ange de quitter ce lieu et d’habiter au-delà du Jourdain dans la ville appelée Pella. Il les avertit de la destruction de Jérusalem qui allait arriver, et ils habitèrent là-bas, puis après la destruction de Jérusalem ils revinrent. »

— Épiphane, De Mensuris et Ponderibus 15[16]

Notes et référencesModifier

  1. Frédéric Manns, Le judéo-christianisme, mémoire ou prophétie? (Éditions Beauchesne 2000), pp. 53–62
  2. Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri, André Vauchez, Marc Venard, Le nouveau peuple (des origines à 250): Histoire du Christianisme (Desclée 2000), pp. 290–291
  3. Jonathan Bourgel, Dan Jaffé, D'une identité à l'autre ?: La communauté judéo-chrétienne de Jérusalem (66-135) (Éditions du Cerf 2016), chapitre premier
  4. UNESCO, "Pella (Modern Tabaqat Fahil)"
  5. Pritz 1981.
  6. Brandon 1957.
  7. Strecker 1981.
  8. (en) Gerd Lüdemann, « The Successors of pre-70 Jerusalem Christianity: A Critical Evaluation of the Pella-Tradition », dans Ed P. Sanders (éd.), Jewish and Christian Self-Definition. Vol. I : The Shaping of Christianity in the Second and Third Centuries, Philadelphie, Fortress Press, 1980, p. 161-173.
  9. (en) Sidney Sowers, « The Circumstances and Recollection of the Pella Flight », TZ 26 (1970), p. 305-320.
  10. Marcel Simon, « La migration à Pella. Légende ou réalité ? », RSR 60 (1972), p. 37-54.
  11. Jonathan Bourgel, D'une identité à l'autre ? : la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem : 66 - 135, Paris, Le Cerf, 2015.
  12. Migne, Patrologia graeca, vol. 20, col. 221
  13. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre III (Picard 1913)
  14. Migne, Patrologia graeca, vol. 41, col. 401
  15. Migne, Patrologia graeca, vol. 41, col. 408
  16. Migne, Patrologia graeca, vol. 43, col. 261

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Samuel G. F. Brandon, The Fall of Jerusalem and the Christian Church, London, SPCK, , p. 167-184.  
  • van Houwelingen, P. H. R. (2003). "Fleeing forward: The departure of Christians from Jerusalem to Pella" (PDF). Westminster Theological Journal 65.
  • Bourgel, Jonathan, D'une identité à l'autre ? : la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem : 66 - 135, Paris, Le Cerf, 2015.
  • (en) Ray A. Pritz, « On Brandon’s Rejection of the Pella Tradition », Immanuel, no 13,‎ , p. 39-43 (lire en ligne [PDF]).  .
  • (de) Günter Strecker, Das Judenchristentum in den Pseudo-Klementinen, Berlin, Akademie- Verlag, , p. 229-31.  
  • Lüdemann Gerd, "The Successors of pre-70 Jerusalem Christianity: A Critical Evaluation of the Pella-Tradition", dans Ed P. Sanders (éd.), Jewish and Christian Self-Definition. Vol. I : The Shaping of Christianity in the Second and Third Centuries, Philadelphie, Fortress Press, 1980, p. 161-173.
  • Simon Marcel, « La migration à Pella. Légende ou réalité ? », RSR 60 (1972), p. 37-54.
  • Sowers Sidney, "The Circumstances and Recollection of the Pella Flight", Theologische Zeitschrift 26 (1970), p. 305-320.
  • Gunther, John J., "The Fate of the Jerusalem Church. The Flight to Pella", Theologische Zeitschrift 29 (1973), p. 81-94.