Francis Garnier

officier de marine et explorateur français

Francis Garnier
Francis Garnier
Francis Garnier vers 1860.

Nom de naissance Marie Joseph François Garnier
Naissance 25 juillet 1839
Saint-Étienne (Loire)
Décès (à 34 ans)
Hanoï (Tonkin)
Mort au combat
Allégeance Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau de la France République française
Arme Marine
Grade Lieutenant de vaisseau
Années de service 18571873
Conflits Guerre de 1870
Combats contre les Pavillons noirs
Faits d'armes Exploration du Mékong
Hommages Francis Garnier (navire) Ce lien renvoie vers une page d'homonymie, plusieurs navires
Autres fonctions Explorateur
Administrateur de Cholon
Signature de Francis Garnier

Marie Joseph François Garnier dit Francis Garnier (en vietnamien : Ngạc Nhi), né à Saint-Étienne le 25 juillet 1839[1] et mort au combat à Hanoï, le , est un officier de marine et explorateur français.

Il devint célèbre pour avoir passé l’essentiel de sa vie à explorer le Mékong. Sa carrière d’officier et sa fin héroïque en ont fait une des figures de premier plan de l'histoire de la Marine française.

BiographieModifier

Enfance et formationModifier

Fils d'un légitimiste convaincu – qui brisa son épée d'officier en 1830 – il entre en 1856 à l'École navale, après de bonnes études au lycée de Montpellier. En raison de ses pensées ambitieuses, de son courage et de sa fougue malgré sa petite taille, ses camarades de l'École navale l'avaient surnommé « Mademoiselle Bonaparte »[2].

Une carrière militaire tragiqueModifier

L'expédition en ChineModifier

À sa sortie de l'école navale en 1857, il effectue des voyages vers le Brésil et les mers du Sud. Il s'embarque vers la Chine en 1860 et y restera deux ans. Nommé auprès de l'amiral Léonard Victor Charner, il participe à la prise de Pékin et au sac du Palais d'Été en octobre 1860.

Administrateur de CholonModifier

Après un court séjour en France, il rejoint la Cochinchine en 1863 pour remplacer Henri Rieunier au sein du service des Affaires indigènes qui était comme lui enseigne de vaisseau à l'état-major de l'amiral Léonard Victor Charner. Il est alors chargé de l'administration de la ville chinoise de Cholon, où ses amis le surnomment « le petit préfet de Cholon »[3].

Il publie, en 1864 et en 1865, deux brochures qui analysent la situation politique, économique et sociale de la Cochinchine française.

L'exploration du MekongModifier

 
La mission d'exploration du Mékong. Garnier à l’extrême gauche.

Sa participation à la Mission d'exploration du Mékong, sous le commandement du capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée, accompagné, notamment, de l'anthropologue Lucien Joubert, médecin de la Marine de 2e classe, du botaniste Clovis Thorel, médecin de la Marine de 3e classe du photographe Émile Gsell, du dessinateur Louis Delaporte, enseigne de vaisseau et de Louis de Carné (fils) du ministère des Affaires étrangères, le rend illustre.

L'expédition part de Saïgon en juin 1866, sous le haut patronage du vice-amiral Pierre-Paul de La Grandière et entreprend de remonter le Mékong. Commandant en second, Garnier est chargé notamment des travaux d'hydrographie, de météorologie ainsi que du tracé de la carte du voyage.

À la mort de Doudart de Lagrée, dans le Yunnan, il prend la direction de la mission, gagne la vallée du Yangzi Jiang qu'il descend jusqu'à Shanghai. Il rallie Saïgon deux années après en être parti, en juin 1868.

Il rejoint aussitôt la France où il est affecté au Dépôt des cartes et plans de la Marine. Il y achève la rédaction de son rapport de mission. En 1871, il partage avec David Livingstone la Médaille d'Honneur de la Société de géographie dont il était membre depuis son retour.

Il sollicite et obtient un congé sans solde pendant lequel il s'installe à Shanghai avec son épouse. Il continue ses travaux de reconnaissance du cours supérieur du Mékong. Il passe plusieurs mois à explorer, seul, le Yunnan et le Tibet, lorsqu'il est rappelé par le contre-amiral Dupré, alors gouverneur de la Cochinchine, pour une mission diplomatique.

Expédition de 1873 au Tonkin et mortModifier

En automne 1873, un litige entre un marchand d'armes français du nom de Jean Dupuis et les autorités de Hanoï sont sur le point de créer une crise diplomatique entre la France et l'Empire d'Annam. A la demande du gouvernement annamite, le contre-amiral Dupré envoie le lieutenant Garnier, accompagné de 140 marins et 30 marsouins à bord de deux canonnières, afin de ramener le marchand récalcitrant à Saïgon.[4] Parti de Saïgon le 13 octobre, Garnier parvient à Hanoï le 5 novembre. Après avoir discuté avec Dupuis, il tente de négocier un compromis avec les autorités locales, mais celles-ci se montrent déplaisantes à son encontre et le somment de rester à sa place de petit officier de marine.

 
Prise d'Hanoi par les hommes de Garnier

De sa propre initiative, et sans aucun ordre officiel, Garnier décide, avec sa petite troupe de 170 hommes aidés des quelques dizaines de mercenaires chinois de Dupuis, de capturer la ville défendue par 7000 soldats annamites. Le 20 novembre 1873 au petit matin, Hanoï, ville de 80 000 habitants et capitale de la province du Tonkin, est conquise en une heure par le lieutenant Garnier. La seule perte du côté français est un mercenaire de Dupuis, accidentellement tué par des français l'ayant prit pour un annamite. Côté annamites, les pertes sont lourdes: 80 tués, 300 blessés et 2,000 prisonniers.[5] Le maréchal Nguyen Tri Phuong est grièvement blessé et son fils, beau-frère de l'Empereur Tự Đức, est tué au combat.

Enhardi par son éclatante victoire, Garnier décide, toujours sans aucun ordre officiel, de se lancer à la conquête du Tonkin avec sa poignée d'hommes et ses deux canonnières. Le 4 décembre l'aspirant Hautefeuille âgé de 21 ans, accompagné par 6 marins et un interprète vietnamien, capture par un tour de force la ville fortifiée de Ninh Bình défendue par 1700 soldats.[6] Suite à la capture de Nam Dinh le 11 décembre, Garnier et sa petite troupe sont maîtres de la majeure partie du Tonkin.

Complétement dépassées par les événements, les autorités annamites demandent l'aide des Pavillons noirs, une bande de pirates chinois établis dans la région. Le 21 décembre, un groupe de 600 Pavillons noirs, suivis de loin par l'armée annamite, apparait devant Hanoï. Un vive canonnade de la citadelle les forces à la retraite, mais cela ne satisfait pas Garnier qui veut leur porter un coup décisif. Avec 18 marins et un canon, il s'élance à leur poursuite, tout en envoyant l'enseigne de vaisseau, Adrien-Paul Balny d'Avricourt et 12 marins les contourner par un autre chemin.

 
Mort de Francis Garnier aux mains des Pavillons Noirs

Son canon s'étant embourbé dans les rizières, Garnier continue la poursuite avec quelques un de ses hommes, mais il succombe, submergé par la supériorité numérique de ses ennemis. Ses compagnons le découvriront décapité[7], émasculé et le cœur arraché. L'enseigne Adrien-Paul Balny d'Avricourt meurt dans des conditions similaires près de la Pagode Voi Phục (vi), et est lui est aussi décapité.

Le gouvernement français, qui n'avait pas prévu de se lancer dans une guerre contre l'Annam au sortir de la défaite contre la Prusse en 1870, désavoue sa conquête et une seconde expédition dirigée par le lieutenant Philastre est organisée début 1874 pour rapatrier les hommes de Garnier qui occupent toujours les principales villes du Tonkin. Un traité est signé en mars 1874, dans lequel la France s'engage à rendre les villes capturées en échange d'avantages commerciaux sur le fleuve rouge et de l'installation d'un résident de France à Hanoï.

ObsèquesModifier

Son corps est ramené en 1875 à Saïgon, où il est inhumé au cimetière français, aux côtés de celui de Doudart de Lagrée. Ce n'est que dix ans après la mort de Garnier que la France prend la décision de poursuivre la conquête du Viêt Nam, en lançant l'expédition du Tonkin.

En 1983, lors de la destruction du cimetière, les deux tombes sont longuement recherchées par Jean-François Parot, consul général de France à Saïgon. Il fait exhumer et incinérer les restes des deux hommes et propose alors au ministre de la Défense de les convoyer à Singapour où le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc et son escorteur Doudard de Lagrée doivent faire escale. Deux émouvantes cérémonies à bord marquent l'embarquement des urnes funéraires.

En 1987, les cendres de Garnier ont été placées dans le monument orné de son buste dû au sculpteur Denys Puech qui se trouve place Camille-Jullian, en limite des 5e et 6e arrondissements de Paris.

DécorationsModifier

HommagesModifier

 
plaque commémorative.

Francis Garnier a donné son nom à cinq navires de la Marine française. Le dernier en date fut le deuxième bâtiment de la classe Champlain, un bâtiment de transport léger. Le Francis Garnier fut désarmé le 16 février 2011.

Durant la période française, Francis Garnier était le nom d'une commune d'Algérie, appelée aujourd'hui Beni Haoua.

Le prix Francis Garnier de la Société de géographie, créé en 1903, récompense des travaux scientifiques sur les diverses parties du monde[9].

Depuis 1932, la rue Francis Garnier lui rend hommage à Paris 17e sur l'emplacement du bastion no 40 de l'enceinte de Thiers.

Un timbre a été émis à son effigie en 1943 dans la "série des Marins" en Indochine. Un second timbre dans la même série est resté non émis[10].

ÉcritsModifier

  • La Cochinchine française en 1864, Paris, 1864
  • Voyage d'exploration en Indo-chine, effectué pendant les années 1866, 1867 et 1868, Paris, Hachette, 1873 (rééd. La Découverte, 1985) [lire en ligne]
  • Atlas du voyage d'exploration en Indo-Chine : effectué pendant les années 1866, 1867 et 1868 par une Commission française, 2 volumes, Paris, Hachette, 1873
  • De Paris au Tibet : notes de voyage, Paris, Hachette, 1882. Ce récit a paru en feuilleton dans le journal le Temps du 30 juillet 1873 au 13 mars 1874.

Notes et référencesModifier

  1. Acte de naissance
  2. Voir page 14 in Histoire de l'Indochine : la perle de l'Empire (1624-1954), Philippe Héduy, Albin Michel, 1998
  3. cf. p. 83 dans : Gérard Gilles Epain, Indo-Chine: une histoire coloniale oubliée, Éditions L'Harmattan, 2008, Collection Recherches asiatiques, 527 p. (ISBN 229604073X) (Google Books)
  4. Henri Froidevaux, Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde., t. 5, , p. 416
  5. Fréderic Romanet du Caillaud, Histoire de l'intervention française au Tong-king de 1872 à 1874., , p. 116
  6. Albert de Pouvourville, Francis Garnier, , p. 217
  7. Le Tong-Kin et l'intervention française, Jean Dupuis, 1898
  8. « Recherche - Base de données Léonore », sur www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le )
  9. « Les 55 prix de fondation », sur Société de Géographie, (consulté le )
  10. Catalogue Yvert & Tellier, tome 2-1 consacré aux Colonies française

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Milton Osborne (en), « Francis Garnier (1839-1873), Explorer of the Mekong River », in Explorers of South-east Asia, Six Lives, éd. Victor T. King, Kuala Lumpur 1995
  • (en) Milton Osborne, River Road to China: The Mekong River Expedition, 1866-1873, 1975
  • E. Petit, Francis Garnier : Sa vie, ses voyages, ses œuvres d'après une correspondance inédite, Paris, 1897
  • Albert de Pouvourville, Francis Garnier, Paris, 1930
  • Roger Vercel, Francis Garnier à l'assaut des fleuves, Paris, 1952
  • G. Taboulet, Le voyage d'exploration du Mékong (1866-1868): Doudart de Lagrée et Francis Garnier, Revue Française d'Histoire d'Outre-Mer, 1970
  • Patricia Petit-Brulfert, « Francis Garnier : un double héritage méditerranéen », Revue d'histoire de Nîmes et du Gard, SHNG, no 34,‎ , p. 58-67 (ISSN 2607-9860, BNF 45471492) .

Articles connexesModifier

Liens externesModifier