Françoise Gaspard

personnalité politique française

Françoise Gaspard
Illustration.
Fonctions
Députée française

(6 ans, 10 mois et 12 jours)
Élection 21 juin 1981
Réélection 16 mars 1986
Circonscription 2e circonscription d'Eure-et-Loir
Législature VIIe et VIIIe (Cinquième République)
Groupe politique SOC
Prédécesseur Martial Taugourdeau
Successeur Martial Taugourdeau
Députée européenne

(2 ans, 1 mois et 14 jours)
Élection 10 juin 1979
Législature 1re
Groupe politique SOC
Maire de Dreux

(5 ans, 10 mois et 21 jours)
Élection 20 mars 1977
Prédécesseur Jean Cauchon
Successeur Marcel Piquet
Biographie
Date de naissance (77 ans)
Lieu de naissance Dreux
Nationalité Française
Parti politique PS
Conjoint Claude Servan-Schreiber

Françoise Gaspard, née le à Dreux, est une sociologue féministe et femme politique française.

Maire PS de Dreux de 1977 à 1983 et députée d'Eure-et-Loir de 1981 à 1988[1],[2], elle a également été députée européenne et conseillère régionale de la région Centre-Val de Loire.

BiographieModifier

FamilleModifier

Un de ses ancêtres, tailleur de pierre, compagnon du tour de France, s'installe à Dreux et y fait souche après avoir été embauché pour tailler les ébauches des gisants de la Chapelle royale de Dreux. En 1869, son arrière-grand-père fonde une marbrerie à Dreux, 41, rue de Billy, reprise de génération en génération[3].

Ses ancêtres maternels sont du village de dans le Drouais[4]. Son arrière grand-père, Alexandre Terrasson (1870-1947), domicilié à Dreux, 91 rue du Bois-Sabot, est également marbrier. Sa fille unique a épousé Lucien Gaspard, grand-père de Françoise Gaspard.

Françoise Gaspard naît à Dreux dans la maison de ses grands-parents 16, rue des Gaults. Cette maison sera détruite dans les années 1990 et un immeuble sera construit à la place pour y héberger une agence du Crédit mutuel. Elle passe ses premières années dans cette maison, avant que ses parents, Jean Gaspard et Paule Aubé, déménagent rue de Billy pour reprendre la marbrerie familiale[5].

À sa naissance, sa mère est sauvée par la pénicilline apportée par les Américains[6].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père, Jean Gaspard, entre dans la Résistance, selon Françoise Gaspard, il a fait partie du petit groupe de résistants qui a miné le viaduc de Cherisy[7], mais son nom n'apparaît pas dans les articles historiques consacré au minage et dynamitage de ce viaduc[8].

À l'âge de 8 ans, le maire de Dreux de 1908 à 1959, Maurice Viollette (1870-1960), vieil ami de ses grands-parents, la fait sauter sur ses genoux et vérifie ses progrès en lecture en lui faisant lire des articles dans le journal L'Action républicaine. Lorsqu'elle lui dit qu'elle veut devenir maire de Dreux, celui-ci lui répond « pourquoi pas ? »[9].

Sa famille est de gauche : son grand-père est radical, son père est socialiste et un de ses oncles est membre du Parti communiste français[10].

Elle est très influencée par une de ses institutrices, Mme Maréchal, qui passe pour une originale car elle fait sa classe au milieu d'oiseaux et de plantes vertes. Celle-ci lui « ouvre l'esprit aux problèmes du monde »[10]. Une fois par semaine, toutes ses petites camarades quittaient l'école avant l'heure habituelle de la sortie pour aller aux cours de catéchisme. N'y étant pas inscrite, elle se sent alors isolée et stigmatisée, car elle est montrée du doigt dans la cour de récréation comme celle qui irait en enfer. Mais elle reçoit le soutien de son institutrice, laïque et républicaine[11].

Elle assume dès les années 1980 publiquement son homosexualité, devenant ainsi l'une des premières personnalités politiques françaises à le faire et presque la seule en tant que femme[12],[13]. En 2013, elle épouse la journaliste Claude Servan-Schreiber[14],[15], qui avait quitté son mari Jean-Louis Servan-Schreiber en 1970 pour vivre avec elle.

Études et carrière universitaireModifier

Après avoir obtenu une licence d'histoire, diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris, elle devient, en 1968, l'assistante technique de René Rémond à l'Université Paris-Nanterre. Elle hésite à devenir journaliste[16], mais choisit de poursuivre ses études d'histoire, devient assistante d'histoire à l'université Paris-IV et, en 1970, agrégée en histoire et géographie[17].

Elle entre à l'ENA en 1975 et en sortira conseillère au tribunal administratif de Versailles[réf. nécessaire].

Après avoir exercé des mandats parlementaires et locaux pendant douze ans, Françoise Gaspard a choisi de renouer avec la recherche. Elle est actuellement[Quand ?] maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris[18] et rattachée au Centre d’analyse et d’intervention sociologiques, unité mixte de recherche sous tutelles conjointes de l'EHESS et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ses travaux l’ont conduite à enseigner et à donner des conférences dans de nombreuses universités en Europe et en Amérique. Elle a participé à différentes missions d’assistance technique en Europe et en Afrique pour l’introduction de la dimension du genre dans les législations et les politiques nationales[réf. nécessaire].

Ses travaux académiques ont notamment porté sur l’histoire des migrations, la sociologie urbaine et les mouvements sociaux. Ses ouvrages et articles sont, pour nombre d’entre eux, disponibles en anglais, allemand, espagnol, portugais, arabe et japonais.[réf. nécessaire]

Françoise Gaspard a joué un rôle pionnier dans l'introduction des études gaies et lesbiennes en France[19] : elle a conduit, avec Didier Eribon, un séminaire de recherche à l'EHESS (de 1998 à 2004) consacré à la sociologie des homosexualités ; elle a codirigé avec Bruno Perreau le premier cours français sur l'homosexualité destiné à des étudiants de premier cycle universitaire (2006-2007, Sciences Po)[19].

Carrière politique et militantisme associatifModifier

En 1973, elle rejoint la section socialiste de Dreux composée d'une vingtaine d'adhérents. Elle se présente la même année aux élections du Conseil général d'Eure-et-Loir, dans le canton de Dreux nord-est, elle est battue par Jean Cauchon. Elle se présente une nouvelle fois, en mars 1976, à ces mêmes élections[20] et est, encore une fois, battue par Jean Cauchon[5].

Françoise Gaspard est élue maire (Parti socialiste) de Dreux le 13 mars 1977, au premier tour, avant même la fin de ses études. En 1981, elle siège à l'Assemblée nationale élue députée d'Eure-et-Loir[19].

En 1983, elle perd la ville de Dreux qui bascule à nouveau à droite, à la faveur d'une alliance entre le Front national et le RPR sous l'égide de Jean Hieaux[21]. Françoise Gaspard écrira un livre sur son expérience, Une petite ville en France.

De janvier 1998 à 2000, elle est représentante de la France à la Commission de la condition de la femme de l'ONU. Elle est depuis 2001 experte au sein du comité d'experts chargés du suivi de l'application de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes[22] et membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme.

Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination pour l'éducation à la non-violence et à la paix.

Françoise Gaspard a fondé en 1994 avec Colette Kreder le réseau Demain la parité, qui regroupe des associations féminines, dans le but de promouvoir les femmes dans tous les domaines[23],[24].

En 1991, est elle nommée experte pour la France du réseau « Femmes dans la prise de décision » mis en place par la Commission européenne[24].

En 1992, avec sa compagne Claude Servan-Schreiber et Anne LeGall, Françoise Gaspard publie Au pouvoir citoyennes!. Dans cet ouvrage, elles plaident pour une loi sur la parité qui affirme l'égalité des sexes au lieu de prendre en considération les différences. C'est cette idée d'égalité qui est reprise dans la loi constitutionnelle du 8 juillet 1999[23].

Françoise Gaspard a également fondé en 2000 avec Huguette Delavault, Françoise Cyrot-Lackmann, Claudine Hermann, Colette Kreder et l'association Femmes et mathématiques, l'association Femmes et Sciences, dont les objectifs sont de promouvoir les femmes dans les sciences et les sciences auprès des jeunes, les filles en particulier[25].

Ses archives sont conservées à l'université d'Angers qui en est propriétaire depuis 2003, au Centre des archives du féminisme (BU Angers)[26].

PublicationsModifier

  • Souvenir et avenir de Dreux, Évreux, Herissey, 1977.
  • Madame Le..., Paris, Grasset,
  • La Fin des immigrés, avec Claude Servan-Schreiber, Paris, Le Seuil, 1984 (traduit en japonais, Nobuhiro Hayashi, 1989).
  • Maurice Viollette, Un homme, Trois Républiques, Musée de Chartres, 1985.
  • Maurice Viollette : homme politique, éditorialiste, Pontoise, Edijac, , 253 p.
  • Maurice Viollette, 1870-1960 : de Dreux à Alger (préf. François Mitterrand), Paris, L'Harmattan, coll. « Histoire et perspectives méditerranéennes », , 207 p. (ISBN 2-7384-0963-6, présentation en ligne).
  • Une petite ville en France, Paris, Gallimard, 1990 (traduit en anglais, Harvard University Press, 1995).
  • Au pouvoir citoyennes ! Liberté, Égalité, Parité, avec Claude Servan-Schreiber et Anne Le Gall, Paris, Le Seuil, 1992.
  • Le Foulard et la République, avec Farhad Khosrokhavar, Paris, Éditions de La Découverte, 1995.
  • L'U.F.J.T., D'une jeunesse ouvrière à une jeunesse incertaine, Quarante ans d'histoire d'un mouvement associatif, 1955-1995, Paris, Les Éditions de l'Atelier, 1995.
  • Femmes dans la prise de décision en France et en Europe (dir.), Paris, L'Harmattan, 1997.
  • Comment les femmes changent la politique, avec Philippe Bataille, Paris, Éditions de La Découverte, 1999 (traduit en espagnol et en arabe).
  • Le Livre noir de la condition des femmes, 2006.

DistinctionsModifier

Le , Françoise Gaspard est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur. Dans un premier temps, elle déclare qu'elle « n'entend pas recevoir cette décoration, du moins pour le moment », d'autant qu'elle a « toujours été allergique aux médailles »[27]. Toutefois, elle est faite chevalier de l'ordre le , puis promue au grade d'officier le au titre de « experte auprès d'une organisation internationale pour la défense des femmes »[28]. Elle est faite officier de l'ordre le puis promue au grade de commandeur le au titre de « sociologue, maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales »[29].

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Assemblée nationale - Les députés de la Ve République : Mme Françoise gaspard », sur assemblee-nationale.fr.
  2. « Assemblée nationale - Les députés de la Ve République : Mme Françoise Gaspard », sur assemblee-nationale.fr.
  3. Une petite ville en France, de Françoise Gaspard, Gallimard, 1990
  4. Gaspar 1978.
  5. a et b Portrait-interview de Françoise Gaspard, nouveau maire de Dreux, publié dans L'Action républicaine du 18 mars 1977.
  6. Une petite ville en France, de Françoise Gaspard, Gallimard, 1990, page 53 : "Ils ont apporté le médicament qui devait sauver la vie de ma mère, à ma naissance, au printemps de 1945"
  7. Une Petite ville en France, de François Gaspard, Gallimard, 1990, page 52.
  8. « Le viaduc de Cherisy saute le 19 juillet 1944 », www.lechorepublicain.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. Gaspar 1978, p. 20.
  10. a et b L'Action républicaine du 18 mars 1977.
  11. Témoignage de Françoise Gaspard dans L'Action républicaine du 18 mars 1977.
  12. « Homosexualité: Les personnalités politiques gays ou lesbiennes qui ont fait leur coming-out restent peu nombreuses », sur KOMITID, (consulté le )
  13. « Ces personnalités politiques ont fait leur coming-out », sur Public.fr (consulté le )
  14. « Biographie et actualités de Claude Servan-Schreiber », sur franceinter.fr.
  15. « Biographie et actualités de Claude Servan-Schreiber France Inter », sur www.franceinter.fr (consulté le )
  16. L'Action républicaine du 9 juin 1981, interview de Françoise Gaspard : "J'ai failli entrer à l'école de la rue du Louvre à Paris, mais j'avais inquiète du manque de débouchés. J'ai quand même, longtemps hésité."
  17. L'Action républicaine du 24 juillet 1970.
  18. Helft-Malz, Véronique, H. Levy, Paule, Encyclopédie des femmes politiques sous la Ve République, Paris: Éditions Patrick Banon, 1996, 371 p.
  19. a b et c Didier Béatrice, Fouque Antoinette (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices T2, Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, 2013.
  20. Les conseillers généraux sont élus pour six ans, mais exceptionnellement, la moitié des nouveaux cantons créés en 1973 doit être renouvelée par anticipation en mars 1976.
  21. « À Dreux, le retrait amer de la gauche. Refusant un front républicain, Ravanne ne donne pas de consigne de vote », sur liberation.fr, .
  22. « Inventaire du fonds Gaspard du Centre des Archives du Féminisme (BU Angers) », sur univ-angers.fr.
  23. a et b Joan Scott Wallach (trad. de l'anglais), Parité! : l'universel et la différence des sexes, Paris, Albin Michel, , 254 p. (ISBN 2-226-15881-2, OCLC 75984124, lire en ligne).
  24. a et b Laure Bereni, « Du MLF au Mouvement pour la parité », Politix', vol. 2, no 78,‎ , p. 107-132 (lire en ligne).
  25. Delavault Huguette, Hermann Claudine et Konrad Corinne, Les enseignantes-chercheuses à l'université : demain la parité?, Paris/Budapest/Torino, L'Harmattan, , 192 p. (ISBN 2-7475-3157-0, OCLC 300773708, lire en ligne).
  26. http://bu.univ-angers.fr/sites/default/files/inventairegaspard.pdf
  27. « Françoise Gaspard », sur liberation.fr, (consulté le ).
  28. Décret du 31 décembre 2008 portant promotion et nomination.
  29. Décret du 3 avril 2015 portant promotion.