Frédéric Mion

haut fonctionnaire français

Frédéric Mion, né le à Montpellier, est un haut fonctionnaire français, directeur de l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po) de 2013 à 2021.

BiographieModifier

FormationModifier

Élève au lycée du Mas de Tesse à Montpellier[1] puis au lycée Henri-IV, Frédéric Mion intègre l'École normale supérieure de Paris en 1988[2] (classé 12e au concours B/L)[3]. Il est également diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (« Sciences Po ») en 1992 (section Service Public)[4].

Après avoir fréquenté l'université de Princeton, il intègre l'École nationale d'administration (ENA) et sort major de la promotion Victor-Schœlcher (1996)[5].

DébutsModifier

Frédéric Mion enseigne comme maître de conférences à Sciences Po et y a dirigé la section « service public » ainsi que la prép'ENA. Sa carrière de haut fonctionnaire le fait entrer au Conseil d'État, d'abord comme auditeur de 1996 à 1999, puis comme maître des requêtes de 1999 à 2000[6], et il intègre le cabinet de Jack Lang comme conseiller technique puis conseiller lorsque celui-ci est ministre de l'Éducation nationale[7]. Il est ensuite adjoint au directeur général de l'administration et de la fonction publique de 2001 à 2003 puis avocat de 2003 à 2007 au sein du cabinet Allen & Overy LLP[6].

En 2007, il rejoint le groupe Canal + en tant que secrétaire général, fonction qu’il occupe jusqu’en 2013[8].

Directeur de Sciences PoModifier

Le , il est élu à la tête de Institut d'études politiques de Paris, succédant ainsi à Richard Descoings[5]. Cette élection ayant été validée par le ministère de l'Enseignement supérieur et par le président de la République le , il entre en fonction le . En 2018, il se présente pour un nouveau mandat[9] ; il est reconduit.

RéformesModifier

À la tête de l'IEP, Frédéric Mion mène une réforme de la gouvernance[10], de la formation en premier cycle[11], et parachève l’organisation du second cycle en "écoles professionnelles", notamment à travers la création d’une école du management et de l’innovation en 2017[12], d’une école d’affaires publiques et d’une école urbaine en 2015[13]. Il a porté l’élargissement de la politique d’égalité des chances de l’institution[14], la diversité étant selon lui la richesse première de l’institution[15], ainsi que l’ouverture internationale de Sciences Po (doubles diplômes avec la National University of Singapore, Berkeley, Hong-Kong University, l'Université Bocconi...)[16].

Peu après son élection, il nomme à l'équipe de direction Charline Avenel, secrétaire générale, Cornelia Woll, directrice des études et de la scolarité, Christine Musselin, directrice scientifique, Enrico Letta, doyen de l’École d’Affaires internationales et ancien président du Conseil italien[17].

En 2016, Frédéric Mion mène à bien l'achat de l'hôtel de l'Artillerie, dans le 7e arrondissement de Paris[18]. Le site sera réaménagé pour créer un vrai campus au coeur de Paris et accentuer l'attractivité de Sciences Po[19].

Durant son mandat, il remet en ordre les finances de Sciences Po, alors que la gestion de son prédécesseur à ce poste avait été critiquée[20]. En 2016, la Cour des comptes souligne les efforts réalisés mais juge nécessaire de les poursuivre. La rémunération du directeur de l'école a fortement baissé, à 200 000 euros annuels, mais, selon la Cour des comptes, « la justification de la différence (...) par l'écart de responsabilités et de charges de travail (...) » par rapport à un président d'université en France qui touche au maximum 100 000 euros par an « reste à démontrer ». Celle-ci juge de surcroît que le système des primes demeure complexe et obscur[21].

Il est, en 2018, l'un des présidents du comité action publique 2022[22].

DémissionModifier

En janvier 2021, Olivier Duhamel, président de la Fondation nationale des sciences politiques (institution dont dépend Sciences Po Paris), est visé par des accusations d'inceste[23]. Frédéric Mion se dit alors stupéfait par la nouvelle, mais reconnait ensuite avoir été averti de ces accusations par l'ex-ministre Aurélie Filippetti, selon lui en 2019[24]. Il apparaît finalement qu'il était au courant depuis 2018[25]. Malgré la demande d'une partie des étudiants de Sciences Po, il n'envisage initialement pas de démissionner[26],[27],[28] ; il décide finalement de quitter la direction de l'établissement le [29],[30].

Selon le rapport d'inspection commandé par la ministre de l'Enseignement supérieur[31], dont la lecture l'a décidé à démissionner, il a menti aux enseignants, aux étudiants, à la presse et à l'inspection. Dès 2018, il a cherché à éviter que l'affaire ne s'ébruite, et début 2021 il a voulu cacher que six autres personnes au sein de Sciences Po étaient au courant des accusations portées contre Olivier Duhamel[32].

EngagementsModifier

Convaincu de l’importance du « renouvellement des élites »[33], défenseur d’une conception "assez large" de la liberté d’expression[15], Frédéric Mion est également engagé pour l’égalité femmes-hommes sur les campus universitaires[34]. En 2011, il soutient l'action de l'association Isota qui milite pour le mariage et l'adoption d'enfants par des couples homosexuels[35]. Il devient en 2016 « champion français » de la campagne « Impact 10x10x10 » du programme HeForShe créé par l’ONU Femmes[36],[37].

Il est un ami proche d'Édouard Philippe[38].

Notes et référencesModifier

  1. Jean Baptiste Decroix, « Le Montpelliérain Frédéric Mion reconduit à la tête de Sciences-Po Paris », sur lagazettedemontpellier.fr, (consulté le 13 avril 2019)
  2. « L'annuaire | a-Ulm », sur www.archicubes.ens.fr (consulté le 16 décembre 2017)
  3. « Fac-similé JO du 15/11/1988, texte 4314 | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 22 décembre 2017)
  4. Alumni Sciences Po, « Actualité Alumni Sciences Po : Frédéric Mion, un nouveau directeur pour Sciences Po », sur www.sciences-po.asso.fr (consulté le 16 décembre 2017)
  5. a et b Olivier Monod, « Sciences Po : Frédéric Mion choisi par les conseils », L'Étudiant, 1er mars 2013.
  6. a et b « Biographie de Frédéric Mion », L'Étudiant, mars 2013
  7. AFP, « L'énarque Frédéric Mion, désigné à la tête de Sciences Po », Libération, 1er mars 2013
  8. « Frédéric MION: biographie et actualités sur EducPros », sur www.letudiant.fr (consulté le 27 septembre 2017)
  9. Guyonne de Montjou, « Frédéric Mion, Cap Sciences Po 2022 », Le Figaro Magazine, semaine du 19 janvier 2018, pages 20-21.
  10. « Frédéric Mion, Sciences Po : "Nous ne sommes pas une école de commerce, nous sommes autre chose" », Le nouvel Economiste,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  11. Paul de Coustin, « À Sciences Po, une réforme majeure du premier cycle », Le Figaro Etudiant,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  12. « Sciences Po s’aventure sur le marché des business schools », lesechos.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  13. « Sciences Po : l’école d’affaires publiques veut «réconcilier le peuple et les élites» », Le Figaro Etudiant,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  14. « Sciences-Po va élargir sa politique d’ouverture sociale », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  15. a et b « Frédéric Mion : « Je suis presque un peu gêné par le temps que vous m’avez consacré » », Yann Schreiber,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  16. Anne-Sophie Beauvais et Pascal Cauchy, Sciences Po pour les Nuls, Paris, First Editions, , p. 74
  17. « Nominations : (encore) plus de femmes à la tête de Sciences Po », sur Sciences Po (consulté le 27 septembre 2017)
  18. « L’hôtel de l’Artillerie va accueillir le futur campus de Sciences-Po », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  19. Frédéric Mion : « Les démocraties ont besoin d’élites », les Echos, 16 décembre 2016
  20. Maryline Baumard et Benoit Floc'h, La Cour des comptes dénonce la gabegie de Sciences Po Paris, Le Monde du 8 octobre 2012.
  21. Cigarettes, Sciences Po, facteurs... la Cour des comptes lance ses alertes annuelles, leparisien.fr, 10 février 2016
  22. Renaud Honoré, « Le gouvernement à la manoeuvre pour muscler la réforme de l'Etat - Les Echos », sur www.lesechos.fr, (consulté le 23 mai 2018)
  23. « Accusé d'inceste, le constitutionnaliste Olivier Duhamel démissionne de ses fonctions à la tête de la Fondation nationale des sciences politiques », sur Franceinfo, (consulté le 8 janvier 2021)
  24. « Le directeur de Sciences Po reconnaît avoir été alerté depuis 2019 des accusations d’inceste visant Olivier Duhamel », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 9 janvier 2021)
  25. « Affaire Olivier Duhamel : les atermoiements du directeur de Sciences Po », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 11 janvier 2021)
  26. « "Quelle élite politique espèrent-ils former avec ça ?" : des étudiants de Sciences Po ébranlés par l'affaire Duhamel », sur LCI, (consulté le 8 janvier 2021)
  27. Aurore Savarit-Lebrère, « Affaire Duhamel: à Sciences-Po, les étudiants toujours mobilisés contre «ceux qui savaient» », sur Libération.fr, (consulté le 25 janvier 2021)
  28. « Affaire Olivier Duhamel : Frédéric Mion ne veut pas démissionner de Sciences Po », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 9 janvier 2021)
  29. « L'affaire Duhamel fait tomber le directeur de Sciences-Po, Frédéric Mion », sur www.20minutes.fr (consulté le 9 février 2021)
  30. « Affaire Olivier Duhamel : Frédéric Mion, le directeur de Sciences Po Paris, démissionne », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 9 février 2021)
  31. « Mission d'inspection à Sciences Po Paris suite à la démission du président de la Fondation nationale des sciences politiques », sur Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (consulté le 16 février 2021)
  32. « Affaire Olivier Duhamel : le rapport qui a poussé Frédéric Mion à démissionner de Sciences Po », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 10 février 2021)
  33. « « Il faut être attentif aux critiques contre le système », selon Frédéric Mion (Sciences Po) », lesechos.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  34. « Avec l’ONU Femmes, Emma Watson s’engage pour l’égalité des genres sur les campus », Le Figaro Etudiant,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  35. "Pourquoi nous créons l'association Isota", Pascal Houzelot et Caroline Mecary, lemonde.fr, 17 mai 2011
  36. « "Il faut lever l'illusion d'une égalité entre les femmes et les hommes" », sur LExpress.fr, (consulté le 15 mai 2019)
  37. « Journée HeForShe à Sciences Po – ONU Femmes France », ONUFemmes.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 27 septembre 2017)
  38. Ghislaine Ottenheimer, « Édouard Philippe, un charmeur ambitieux à Matignon », Challenges,‎ (lire en ligne, consulté le 20 avril 2018)

Liens externesModifier