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Une forêt usagère est une forêt privée soumise à un régime particulier de servitude. Il a existé de nombreuses forêts usagères en France, dans les Vosges comptant le plus grand nombre de communes usagères[1], dans les Landes de GascogneArcachon, La Teste-de-Buch et Biscarrosse).

Seule la forêt usagère de La Teste-de-Buch a résisté à l'épreuve du temps.

Sommaire

Forêt usagère de La Teste-de-BuchModifier

Elle s'étend sur 3800 hectares au cœur de la commune. Il s'agit d'une des rares forêts naturelles des Landes de Gascogne. Exploitée pour sa résine depuis plus de 2000 ans, cette forêt de dunes n'a pas été gérée dans le cadre de la sylviculture landaise conventionnelle, ce qui lui donne un visage particulier, rare dans la forêt landaise.

Les habitants résidant depuis plus de dix ans sur les communes de Gujan-Mestras et de La Teste-de-Buch[2] (le bourg, Cazaux, le Pyla et le Cap Ferret) et de certaines parties d'Arcachon avaient le droit de demander aux syndics du « pin vif » (ou pin vert) pour la construction de maisons ou de bateaux. Les usagers pouvaient prélever eux mêmes du "bois mort sec abattu ou à abattre" (exclusivement) pour leur bois de chauffage (transactions de 1468, 1604, 1746 et 1759).

Depuis quelques décennies, les modes de construction ayant évolué la demande en bois d'œuvre a diminué fortement. Toutefois les nouvelles orientations : construction de maison en bois, utilisation du bois pour les cheminées, nouvel intérêt pour la résine naturelle font apparaître un regain de la pratique des Droits d'Usage. Des manifestations festives et pittoresques symbolisent la mémoire de ces Droits. Célèbre parmi les juristes aquitains, elle a engendré de nombreux conflits entre les propriétaires dits « ayants-pins » et les Usagers.

HistoireModifier

Ce statut fut officialisé au XVe siècle. Les paroissiens de La Teste, Cazaux et de Gujan (aujourd'hui Gujan-Mestras) supplièrent le Captal de l'époque : Jean de Foix-Grailly, de leur donner l'usage de la forêt testerine notamment pour récolter la gemme dont ils tiraient la plus grande ressource. Ainsi la baillette de 1468 reconnaît aux habitants le droit de pratiquer le gemmage (moyennant une redevance : le droit gemmaire), de ramasser le bois mort pour le chauffage et de couper du bois vert pour construire, avec la permission du Captal[3]. Les habitants sont répartis en deux catégories: les ayants-pins, titulaires des parcelles pour l'extraction de la gemme, et les non-ayants-pins jouissant de droits d'usage sur le bois mort et le bois vert.

Un timide commerce de la résine extraite permet l'enrichissement de quelques marchands. Le statut de la forêt fut menacé à plusieurs reprises :

  • en 1535, Gaston de Foix, Captal de Buch, n'accepte pas de reconduire les droits d'usage, à moins de se voir verser une forte somme d'argent.
  • il y eut des difficultés également en 1587 avec le duc d'Épernon, également Captal de Buch.
  • en 1604, une transaction confirma les droits acquis, moyennant augmentation du droit gemaire et versement de 1200 livres au Captal.
  • les transactions de 1604 et 1645 formulent précisément les droits accordés aux habitants. Ils vont tous dans le sens de la préservation du massif, le droit d'usage doit se pratiquer en « bon père de famille », en évitant de dégrader la forêt et en choisissant soigneusement les pins à abattre avec des officiers du Captal. De plus, les usagers doivent combattre les incendies.
  • le Captal Amanieu de Ruat, au XVIIIe siècle cède la propriété « utile » aux ayants-pins, charge à eux d'assumer la servitude due aux usagers.
  • en faits, le droit d'usage devient difficile à pratiquer. Une transaction, en 1759, entre propriétaires et usagers rétablit l'équilibre au profit de ces derniers.
  • à la Révolution, une partie des Testerins revendique le caractère communautaire de la forêt usagère. Le tribunal arbitral du 8 fructidor an II (25/08/1794) les déboute et confirme la propriété privée des parcelles. La servitude de l'usage reste en vigueur.

Originalités de la forêt testerineModifier

Depuis la fin du gemmage la forêt n'est plus exploitée pour sa gemme, et elle est peu ou mal entretenue : les résiniers qui passant de pin en pin accomplissaient leur besogne, nettoyaient le sous-bois et y faisaient paître quelques bêtes. Ce massif forestier, très riche en flore et en faune abrite un écosystème précieux mais fragile. Sur de vieux pins restent visibles les cicatrices du travail de ces gemmeurs qui, de génération en génération, ont exploité cette forêt pendant plus de 2000 ans. Certains arbres ont tellement été « résinés » que les bourrelets de cicatrisations ont provoqué un élargissement important de la base du tronc. On appelle ces pins des « pins-bouteilles » en raison de leur forme singulière.

Habitée de mémoire d'homme, la "Grande Mountagne" de la Teste de Buch est riche d'une toponymie dans laquelle l'on peut lire son (et ses) histoire(s) — "Baquemorte", "Baron Capet", "Républicains"... —, sa topologie — "Lèdes" et Lettes", "Bat", "Truc" "Braou", "Lauga", Déserts"... —, les métiers traditionnels — "Carbouneyre", "Hourn", "lous Negues", "Gemeyre", "Tioules", "Gangaillots"... — et les noms et chaffres (surnoms) de ses propriétaires passés — "Daney", "Montauzey", "Liborns", "Crabey", "Dubrocq" etc.[4]

Ressources en ligneModifier

Sur la forêt usagère de La Teste de Buch, on peut consulter :

Forêt usagère d'ArcachonModifier

Aujourd'hui cantonnée, elle est entièrement privée, sans droit d'usage.

Sur la disparition de la forêt usagère d'Arcachon on peut consulter le site consacré à la "naissance" d'Arcachon.

Forêt usagère de BiscarrosseModifier

Ce territoire de 1000 hectares sur la commune de Biscarrosse est hérité d'une histoire lointaine. En 1277, le futur Edouard II, prince d'Aquitaine et de Galles, accorda le droit au biscarrossais de « paduenter leur bestial gros et menu, de faire cabane et faire ardoise, de faire gomme et résine, de semer bled, de planter vigne, ...». En 1468, ces droits d'usage furent confirmés par le roi Charles VIII, Henri II, Louis XIII, Louis XIV firent de même, ce qui n'était pas du goût des seigneurs locaux.

Une transaction de 1680 réglementa clairement les droits d'usages. Les usagers ont droit, entre autres, de couper du bois vert pour les bâtisses, prendre du bois sec et du bois mort pour le chauffage. Ici comme à La Teste, les habitants étaient divisés en deux catégories: les ayants-pins, propriétaires des parcelles, et les non-ayants-pins, simples usagers[5].

Aujourd'hui cantonnée[6], elle est en grande partie privée mais aussi dans une moindre mesure communale sur 370 ha, la mairie gérant la forêt pour maintenir une sorte d'usage au bénéfice des habitants.

Notes et référencesModifier

  1. Aurélien Tavella, « Chronique d'une fin annoncée. La disparition de la forêt usagère au XIXème siècle. Etude des droits d'usage forestiers dans les Vosges », (Thèse de doctorat en Droit, mention Histoire du Droit ; texte, 589 p. et annexes, 285 p.), sur theses.fr, (consulté le 25 mars 2018)
  2. Delage, Jean-Antoine-Roger-Marie, Du droit d'usage dans la forêt de la Teste-de-Buch, Bordeaux, , 162 p. (lire en ligne)
  3. Jacques Ragot, « Les baillettes de la Montagne de La-Teste-de-Buch », Bulletins de la Société Historique et Archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch, sur Histoire en Buch, (consulté le 21 avril 2016), p. 62-71.
  4. « Toponymie de la forêt usagère », sur Les lieux-dits de la Montagne (consulté le 28 décembre 2018)
  5. René Lalanne (pp. 399-418), « La forêt usagère et les droits d’usage à Biscarrosse (Landes) », Bull. de la Soc. De Borda, no 411,‎
  6. René Aufan, « Le cantonnement de Biscarrosse », sur r.aufanforetusagere.free.fr (consulté le 25 mars 2018)