Fondation pour un monde sans fumée

groupe de façade de l'industrie du tabac Philip Morris
Fondation pour un monde sans fumée
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Forme juridique
Domaines d'activité
Siège
Pays
Organisation
Direction
Derek Yach (en) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Organisation mère
Site web
Identifiants
IRS
OpenCorporates

La Fondation pour un monde sans fumée (Foundation for a Smoke-Free World) est une organisation fondée en 2017 par Philip Morris International. Elle est financée intégralement par Philip Morris International, à hauteur de plus de 800 millions d'euros pour douze ans[1], dans le but de promouvoir les alternatives à la cigarette conventionnelle, comme le tabac chauffé[2]. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle à ne pas collaborer avec cette organisation de façade de l'industrie du tabac[3].

ContexteModifier

L'industrie du tabac a historiquement créé des groupes tiers pour influence la science et la politique de manière masquée, dans le but de semer le doute sur les méfaits du tabac[4]. Par exemple, le Tobacco Industry Research Committee en 1953, le Tobacco Institute en 1958 et le Center for Indoor Air Research en 1988[4]. Ces organisations ont été dissoutes par le Master Settlement Agreement conclu avec la justice américaine en 1998[4].

ActivitésModifier

En 2018, la fondation est entièrement financée par Philip Morris International et a moins investi en recherche scientifique qu'en relations publiques[5],[6]. Derek Yach, ancien de employé de l'OMS puis de PepsiCo, en est le président[7],[8].

Une enquête menée par Le Monde, The Investigative Desk (Pays-Bas), Follow the money (Pays-Bas) et Knack, publiée en , indique que la Fondation pour un monde sans fumée, dénuée de transparence quant aux subventions qu'elle octroie à d'autres entités, est un outil de lobbying utilisé par Philip Morris International pour contourner la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac dont l'article 5.3 vise à mettre à l'abri les décisions publiques du lobbying de l'industrie du tabac. Selon les auteurs de l'enquête, qui s'appuient notamment sur des documents internes de la firme datés de 2014, la stratégie de Philip Morris International consiste à diviser le mouvement anti-tabac (schématiquement partagé entre « prohibitionnistes » et « pragmatiques ») et à faire plier l'OMS dans le but de promouvoir ses nouveaux produits (cigarette électronique, tabac chauffé, etc.)[1].

RéactionsModifier

La création de la Fondation pour un monde sans fumée est accueillie avec scepticisme par le milieu médical[9]. L'Organisation mondiale de la santé et l'Union internationale contre le cancer annoncent qu'elles ne travailleront pas avec cette fondation, et encouragent les gouvernements et les agences de santé à suivre leur exemple[3].

Wolfgang Kweitel, membre de l'Association suisse pour la prévention du tabagisme dénonce un double discours de l'entreprise affirmant qu'« En Occident, où la pression est forte, on professe un monde sans fumée, mais en Asie du Sud-Est, Indonésie notamment, la multinationale mise toujours sur les cigarettes traditionnelles »[10].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Stéphane Horel, « La guerre secrète de Philip Morris contre l’OMS et les experts de la lutte antitabac », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  2. « Philip Morris va agir pour « un monde sans fumée » », sur 24 Heures, .
  3. a et b « Déclaration de l'OMS sur une Fondation pour un monde sans tabac financée par Philip Morris », sur Organisation mondiale de la santé, .
  4. a b et c (en) Tess Legg, Michel Legendre et Anna Gilmore, « Paying lip service to publication ethics: scientific publishing practices and the Foundation for a Smoke-Free World », Tobacco Control, 28 avril 2021 (PMID 33911028).
  5. « La Fondation pour un monde sans fumée, le faire-valoir de Philip Morris », sur Comité national contre le tabagisme (consulté le ).
  6. (en) Tess Legg, Silvy Peeters, Phil Chamberlain et Anna Gilmore, « The Philip Morris-funded Foundation for a Smoke-Free World: tax return sheds light on funding activities », The Lancet, volume 393, numéro 10190, pages 2487-2488, 22 juin 2019 (PMID 31178156).
  7. Stéphane Horel, « La guerre secrète de Philip Morris contre l’OMS et les experts de la lutte antitabac », Le Monde,‎ (lire en ligne  , consulté le ).
  8. « Nouveau revers pour la Fondation pour un monde sans fumée », sur Génération sans tabac (consulté le ).
  9. Rainer M. Kaelin, « Cigarettiers et politique de santé en Suisse – business et mensonge », Bulletin des médecins suisses,‎ (DOI 10.4414/bms.2019.17397, lire en ligne).
  10. « Philip Morris va agir pour « un monde sans fumée » », 24 Heures, (ISSN 1424-4039, consulté le ).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier