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Fondation française pour l'étude des problèmes humains

Fondation française pour l'étude des problèmes humains
Histoire
Fondation
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Organisation
Régent

La Fondation française pour l’étude des problèmes humains, souvent désignée sous les noms Fondation Alexis Carrel ou Fondation Carrel, est une institution créée à l'initiative du Prix Nobel de Médecine Alexis Carrel sous le Régime de Vichy.

HistoriqueModifier

Vivant aux États-Unis à l'époque, Alexis Carrel est rentré en France après la défaite de 1940 pour proposer au Maréchal Pétain de fonder un centre scientifique destiné à régler les problèmes rencontrés par le régime de Vichy. Carrel était plutôt sympathisant du régime puisqu'il était adhérent du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, parti fasciste. Le , Alexis Carrel rencontre le Maréchal Pétain pour lui exposer son projet. Comme Pétain, Carrel pense que la France est un pays décadent où l'on doit remplacer les classes sociales par une communauté nationale, où la natalité doit être relancée, où les jeunes doivent être vigoureux et les mères célébrées, mais aussi cantonnées dans leur rôle. L'entrevue avec Pétain ne débouche sur rien de concret, mais Carrel réunit dans sa propriété de Saint-Gildas son épouse, le dom Alexis Presse et le polytechnicien André Missenard, pour lancer le chantier de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains, qui sera créée par la loi du 17 novembre 1941[1]. Sans lien avec l'université, financièrement autonome, la fondation est dirigée par Carrel sous le titre inédit de "régent". Le budget est de 40 millions de francs par an, alors que celui du CNRS était de 50 millions la même année.

La Fondation entend initier une nouvelle science de l'homme aux contours très larges : biologie de la lignée, natalité, développement de l'enfance, développement de la jeunesse, habitat, nutrition, biotypologie, psychophysiologie, travail, économie rurale, production, sociologie, économie, finances, droit, assurances. Un des souhaits de Carrel est par ailleurs de rassembler les travaux scientifiques de valeur : trop de chercheurs ignorent les travaux de leurs pairs. Sa mission est « l’étude, sous tous ses aspects, des mesures les plus propres à sauvegarder, améliorer et développer la population française dans toutes ses activités ».

Les premiers chercheurs recrutés s'installent en 1942 dans des locaux vides du CNRS à Meudon Bellevue. L'équipe croît régulièrement pour atteindre 250 chercheurs ; il faut donc déménager, et la Fondation porte son dévolu sur l'Institut Edmond-de-Rothschild, récemment renommé, à la demande du commandement allemand, "Institut de biologie physico-chimique". Pierre Girard, directeur de cet institut, ne se laisse pas spolier et profite de ses réseaux académiques pour faire échouer ce projet de déménagement. La Fondation doit finalement renoncer au bâtiment convoité et sera alors dispersée entre ses locaux historiques de Meudon et des bureaux annexes situés dans Paris.

Le , François Perroux, économiste spécialisé dans le corporatisme, est nommé secrétaire général de la Fondation en remplacement de Jacques Ménétrier, dans le but d'assainir ses finances et de donner une cohérence à un travail interdisciplinaire pour le moins flou. Perroux est notamment préoccupé par la qualité médiocre du recrutement des chercheurs et par le déficit de documentation de ses travaux menés — alors même que Carrel rêvait d'un lieu où faire la synthèse des recherches de scientifiques qui travaillent en s'ignorant les unes les autres.

Axes de rechercheModifier

L'équipe "Travail" crée un centre médical pilote de ce qui deviendra la médecine du travail.
L'équipe "Habitat", à laquelle collabore Le Corbusier comme conseiller technique entre mi-1942 et mi-1944, s'intéresse à l'aménagement des usines.
De grandes enquêtes statistiques, méthode alors méconnue en France, sont menées pour comprendre les causes de la dénatalité, notamment. Une enquête dite "des 100 000 enfants" est lancée pour évaluer le niveau scolaire des enfants et identifier les lacunes dont ils souffrent.
La Fondation est aussi à l'origine de l'institution du certificat prénuptial (loi du 16 décembre 1942) et du livret scolaire.
Entre autres personnalités engagées dans les travaux de la fondation on compte Robert Gessain, Paul Vincent, Jean Bourgeois, Jean Stoetzel, Jean Sutter, Cécile Goldet et Jean Merlet.

Un héritage embarrassantModifier

L'existence de la Fondation est immédiatement remise en cause par la France de la Libération : Le , Louis Pasteur Valléry-Radot suspend l'activité de la Fondation ; Carrel est démis de ses fonctions (d'une santé défaillante, victime d'une crise cardiaque, il mourra peu après). Son ancien directeur général, François Perroux (dont Carrel s'était séparé en 1943), dénonce la Fondation comme une escroquerie scientifique [réf. nécessaire]. L'institution, marquée par son origine vichyssoise, n'existera plus sous son nom ; mais une partie de son objet d'étude sera néanmoins préservé. Plusieurs propositions sont étudiées. Finalement, en décembre 1944, alors que Carrel vient de décéder (sans être inquiété par les autorités, Eisenhower ayant reçu l’ordre de « ne pas laisser toucher à Carrel »[2]), 7% des chercheurs de la Fondation (selon les recherches de Paul-André Rosental dans les fichiers du personnel) sont reclassés pour fonder une nouvelle institution, l'INED d’Alfred Sauvy. D'autres le sont par l’Institut national d’hygiène, futur INSERM, de Robert Debré.

Longtemps occultée, l'histoire de la Fondation d'Alexis Carrel sera redécouverte à partir de la publication d'une thèse de doctorat soutenue par Alain Drouard en 1989.

MembresModifier

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Alain Drouard, Une inconnue des sciences sociales, la fondation Alexis Carrel (1941-1944), , recension ici
  • Paul-André Rosental, L'Intelligence démographique : Sciences et politiques des populations en France (1930-1960), Odile Jacob,
  • Nicolas Chevassus-au-Louis, Savants sous l'occupation, Le Seuil,

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier