Fillettes du roi

Les fillettes du roi sont les fers et les chaînes dont se servait le roi de France Louis XI pour enchaîner ses prisonniers politiques[1].

Jean-Léon Gérôme, Louis XI visitant le cardinal La Balue, 1883, peinture d'histoire présentant une vision romancée des « Fillettes », devenues légendaires.

HistoriqueModifier

Roi de France de 1461 à 1483, Louis XI était surnommé le Prudent. Pour parvenir à ses fins et vaincre ses adversaires politiques, il privilégiait en effet l'emploi de la ruse et d'un efficace réseau d'informateurs à la force. Une ligne de conduite qui lui vaudra également de la part de ses détracteurs le surnom à consonance péjorative d'Universelle Aragne. C'est l'un d'entre eux, Thomas Basin, évêque de Lisieux, qui fondera la légende noire autour du roi et parlera le premier des fameuses fillettes. Il les décrit comme des cages de fer et de bois si basses et si étroites qu'un homme ne pouvait y tenir debout, et les situe dans les geôles du château de Loches. De telles cages s'y trouvent toujours. Ce sont cependant des reconstitutions modernes destinées aux touristes venant visiter le château, la dernière cage datant de l'Ancien Régime ayant été détruite pendant la Révolution française.

Plusieurs siècles plus tard, dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo reprendra cette légende noire en décrivant les fillettes de Louis XI[2] selon les textes de Thomas Basin. D'autres auteurs de la période romantique s'en empareront et contribueront à dépeindre Louis XI comme un souverain machiavélique[3].

Les véritables fillettesModifier

Le terme de fillettes du roi pour désigner des cages de fer et de bois n'a en réalité jamais été employé du temps de Louis XI. Il renvoyait plutôt à des fers qui reliaient les chevilles de prisonniers à un énorme boulet du même matériau. En fait, au tout départ, ce terme était utilisé quasi exclusivement pour les grosses chaînes de cou, qui était reliées au mur par une lourde chaîne, permettent ainsi d'éviter toute tentative d'evasion, ou même toute tentative de s'approcher des fenêtres pour faire des signaux à des personnes se situant à l'extérieur. Ainsi entravés, les prisonniers renonçaient généralement à s'évader de leur prison. Louis XI n'hésitait cependant pas à apposer aux prisonniers qui essayaient tout de même de s'enfuir des fers liant simultanément les quatre membres, ainsi que le corps et le cou[3].

Origines de la légende noire de Louis XIModifier

Dès le règne du roi de France, des opposants comme Thomas Basin, mais également Philippe de Commynes, le propre biographe de Louis XI, écrivirent la légende noire du souverain et notamment l'emploi de cages appelées fillettes pour y enfermer ses ennemis. Celle-ci sera remise au goût du jour sous la plume des écrivains romantiques, connus pour leur nostalgie de la chevalerie féodale et leur tendance à dépeindre le Moyen-Âge comme une période sombre et politiquement troublée. Des historiens plus récents comme Paul Murray Kendall se sont penchés sur le sujet et, par leurs travaux, ont grandement permis de lever le voile sur cette légende noire. Kendall rapporte notamment que les cages placées au centre de la légende noire de Louis XI n'ont concerné tout au plus que trois prisonniers.

GalerieModifier

Notes et référencesModifier

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « fillette » (sens B) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. Isabelle Durand-Le Guern, « Louis XI entre mythe et histoire », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, vol. 11,‎ , p. 31-45 (DOI 10.4000/crm.1703, lire en ligne, consulté le 5 août 2020).
  3. a et b « La sombre histoire des « fillettes » de Louis XI et autres joyeulsetez… », Moyen-Âge, sur savoirsdhistoire, (consulté le 5 août 2020).