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Ferdinand Ier d'Autriche

empereur d'Autriche, roi de Bohême et de Hongrie
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Ferdinand Ier
Illustration.
Ferdinand Ier d'Autriche.
Titre
Empereur d'Autriche

(13 ans et 9 mois)
Couronnement
Chancelier Klemens Wenzel von Metternich
Ministre-président François Kolowrat
Charles-Louis de Ficquelmont
Franz von Pillersdorf
Anton von Doblhoff-Dier
Johann von Wessenberg
Felix zu Schwarzenberg
Prédécesseur François Ier
Successeur François-Joseph Ier
Roi de Hongrie, de Bohême et de Lombardie-Vénétie

(13 ans et 9 mois)
Couronnement
Prédécesseur François Ier
Successeur François-Joseph Ier
Prince héritier de l’Empire austro-hongrois

(30 ans, 6 mois et 19 jours)
Prédécesseur Transformation de l'archiduché en empire
Successeur François-Charles
Prince héritier d'Autriche, de Hongrie, de Bohême, de Bourgogne, de Milan, de Brabant, de Limbourg et de Luxembourg

(11 ans, 3 mois et 23 jours)
Prédécesseur Charles-Louis
Successeur Transformation de l'archiduché en empire
Biographie
Dynastie Habsbourg-Lorraine
Nom de naissance Ferdinand Charles Léopold Joseph François Marcellin de Habsbourg-Lorraine
Date de naissance
Lieu de naissance Vienne (Autriche)
Date de décès (à 82 ans)
Lieu de décès Prague (Autriche)
Sépulture Crypte des Capucins
Père François Ier
Mère Marie-Thérèse de Bourbon-Sicile et Naples
Conjoint Marie-Anne de Sardaigne
Enfants Sans descendance
Héritier François-Charles d'Autriche (1831-1848)
François-Joseph Ier (1848)
Religion Catholicisme
Résidence Hofburg

Ferdinand Ier d'Autriche
Empereurs d'Autriche

Ferdinand Ier d'Autriche, né à Vienne le et mort à Prague le ) est empereur d'Autriche, roi de Hongrie et roi de Bohême sous le nom de Ferdinand V du au . Il fut également roi de Lombardie-Vénétie.

Fils aîné de l'empereur François Ier d'Autriche, il lui succède en 1835 tout en conservant au pouvoir le tout-puissant Klemens Wenzel von Metternich, comme chancelier d'Empire. Il est le dernier roi de Bohême à être couronné en la cathédrale Saint-Guy de Prague ; son successeur, monté sur le trône suite aux révolutions de 1848, ne se pliera pas à cet usage. Réputé peu subtil, l'empereur Ferdinand est surnommé affectueusement par les Tchèques Ferdinand Dobrotivý (Ferdinand le Bon) et plus méchamment par les Autrichiens Ferdinand der Gütige (Ferdinand le Bénin) ou plus encore Gütinand der Fertige (Béni-oui-oui le Fini).

Lors de la révolution du Printemps des peuples, alors que les Viennois marchent sur le palais, il demande une explication au chancelier Metternich, et se voit répondre qu’ils font une révolution. On lui attribue cette réponse : « Ja, dürfen Sie denn das? » (« Mais… ont-ils le droit de faire cela ? »).

Le prince Felix zu Schwarzenberg, qui vient d'être nommé ministre-président, le sixième depuis le déclenchement de la révolution[1], faisant partie de l'entourage de la belle-sœur de l'empereur, Sophie de Bavière, le convainc avec l'aide de celle-ci, de l'impératrice douairière Caroline-Augusta (demi-sœur de Sophie) et même de l'impératrice Marie-Anne — ce que l'on appellera le complot des dames —, d'abdiquer au profit de son neveu François-Joseph Ier — alors âgé de dix-huit ans — qui le remplace à la tête de l'Empire, le . De même, ce complot familial parvient à amener l'archiduc François-Charles à renoncer à ses droits au trône en faveur de son fils.

Sommaire

Famille et jeunesseModifier

 
La famille impériale peinte par Josef Kreutzinger en 1808.

Second enfant et fils aîné de l'empereur François II du Saint-Empire et de Marie-Thérèse de Bourbon-Naples, Ferdinand fut un enfant simple qui souffrait d'épilepsie et ne brilla guère dans ses études. Six mois après sa naissance, sa grand-tante, la reine de France Marie-Antoinette d'Autriche est guillotinée en public après son procès. L'Autriche est confrontée aux armées de la République française qui ont envahi les Pays-Bas autrichiens et le Saint-Empire romain germanique. Ferdinand et ses frères et sœurs sont élevés dans la haine de la Révolution française et du général qui en 1799 impose son pouvoir : Napoléon Bonaparte, qui se fait proclamer Premier consul, puis consul à vie et enfin empereur des Français.

En 1804, l'empereur François II se proclama empereur d'Autriche. Ferdinand devint prince impérial d'Autriche. En 1806, vaincu par les armées de l'empereur des Français, Napoléon Ier, il proclama la fin du Saint-Empire romain germanique fondé en 962. En 1807 mourut l'impératrice, mère de Ferdinand. L'empereur se remaria l'année suivante avec une cousine qui avait l'âge de ses enfants, Marie-Louise de Modène, qui, tout en faisant preuve d'une francophobie militante, se lia rapidement d'amitié avec les enfants de son mari. En 1810, l'empereur François nomma Klemens Wenzel von Metternich chancelier d'Empire et maria sa fille Marie-Louise d'Autriche à son vainqueur, l'empereur des Français.

Handicap et succession au trôneModifier

Le débonnaire Ferdinand, âgé de dix-sept ans, semblait ne pas pouvoir assumer la charge impériale et les espoirs de l'empereur se portaient sur son second fils l'archiduc François-Charles. L'empereur pensait écarter Ferdinand de la succession.

En 1814 se tint à Vienne le Congrès qui devait gérer les conséquences de la chute de l'Empire français. Il y fut entre autres question du mariage de l'archiduc François-Charles (qui avait douze ans) avec la princesse Sophie de Bavière qui en avait dix. Le mariage eut lieu en 1824.

La nouvelle archiduchesse montra de réelles qualités politiques, et forte de son emprise sur son mari, une grande ambition qui inquiéta le chancelier von Metternich. Celui-ci vit en la jeune archiduchesse une future rivale qui pourrait le jour venu le faire écarter du pouvoir, surtout après la naissance de son premier fils en 1830, l'archiduc François-Joseph.

MariageModifier

 
L'empereur Ferdinand et l'impératrice Marie-Anne.

Metternich convainquit l'empereur vieillissant de laisser le trône à Ferdinand et même de le marier. Ferdinand épousa à trente-huit ans en 1831 la belle, intelligente et pieuse Marie-Anne de Sardaigne qui en avait vingt-huit. La future impératrice s'occupa avec dévouement de son époux débile imposé par la politique, mais elle n'apprit jamais l'allemand.

Le 12 février 1831, la princesse Marie-Anne de Sardaigne est mariée à l'archiduc-héritier Ferdinand par procuration, à Turin.

Le couple n'eut pas d'enfant et l'on suppose même que le mariage ne fut jamais consommé[2]. Le mariage a lieu le 27 février de la même année à Vienne. Les époux n'auront pas de descendance. Il est possible que le mariage n'ait pas été consommé. Marie-Anne sera respectée pour sa piété et sa dignité. Peut-être faut-il voir dans les égards qu'elle reçoit un peu de compassion car chacun sait qu'elle tient plus un rôle d'infirmière que d'épouse auprès de son mari.

Quatre ans plus tard, l'empereur François Ier meurt le 2 mars 1835. Ferdinand devint alors empereur.

RègneModifier

Apogée de l'ère MetternichModifier

En politique intérieure, Metternich n'est pas le seul maître et doit composer avec l'empereur François jusqu'au décès de ce dernier en 1835. Son successeur Ferdinand, simple d'esprit, laisse la réalité du pouvoir au duo Metternich-Kollowrath[3]. Soucieux de lutter contre les idées révolutionnaires, le gouvernement autrichien est un peu plus favorable à l'Église. Le clergé retrouve son droit d'inspection sur les écoles primaires et les collèges. Le clergé est assimilé à un corps de fonctionnaires, dispensateurs de sacrements[4]. Si la plupart des membres du clergé sont satisfaits de leur situation, certains, les catholiques romantiques tentent de redonner une dimension mystique dans la vie de l'Église. En 1840, le service militaire est ramené de dix ans à huit ans, sauf en Hongrie et de nombreuses exemptions continuent d'être accordées aux nobles, fonctionnaires, médecins, étudiants, gros cultivateurs et soutiens de famille.

 
Portrait de Ferdinand Ier, empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême.

La révolution de 1830 met à mal le système imposé par les puissances conservatrices. Partie de France, elle se propage dans le reste de l'Europe sans que l'Autriche puisse toujours faire quelque chose. Metternich n'intervient pas dans la crise belge dans la mesure où il estime que la Belgique est trop loin et qu'il s'inquiète de l'Italie. Il aurait voulu une intervention des autres puissances mais ces dernières ne veulent pas intervenir sans l'Autriche. Par contre, Metternich envoie l'armée autrichienne lorsque la Romagne se soulève contre le Saint-Siège. L'occupation de la Romagne provoque l'intervention de la France qui menace d'une intervention armée si l'Autriche ne retire pas ses troupes une fois l'ordre rétabli. Metternich respecte sa promesse mais les Romagnols se soulèvent six mois plus tard si bien qu'il fait occuper Bologne. Casimir Perier fait alors occuper Ancône tant que les troupes autrichiennes n'auront pas évacué Bologne. La présence française en Italie est propice aux insurrections libérales mais ces dernières sont matées par les souverains soucieux de leurs prérogatives. Paris refuse de soutenir les insurgés.

Le mouvement libéral et national s'étend dans la Confédération germanique ce qui inquiète Metternich qui obtient aisément le soutien du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Metternich parvient à restaurer une politique autoritaire dans les États de la Confédération. Ayant eu besoin de l'appui de la Prusse pour mater les libéraux, Metternich ne peut plus réagir contre l'union douanière - le Zollverein - que la Prusse organise en Allemagne du Nord. Metternich comprend que les États allemands vont désormais former un bloc compact dirigé par la Prusse.

 
L'empereur Ferdinand.

Dans les années 1840, le système international mis en place par Metternich s'effrite du fait de la concurrence des grandes puissances. Autriche et Prusse s'affrontent au sujet de l'unité allemande. Autriche et Russie s'affrontent au sujet des Balkans, Metternich souhaitant un statu quo et le tsar souhaitant le démembrement de l'Empire ottoman. À la suite du retour des libéraux en Grande-Bretagne, les rapports entre les deux puissances se dégradent. C'est pourquoi, Metternich entame un rapprochement avec la France de Guizot, lequel appliquait une politique très conservatrice.

Politique réactionnaireModifier

Sous l'impulsion de Metternich, qui eut une grande influence sur les événements en Allemagne durant cette période, l'Autriche devient un État policier où la censure fait rage, suite aux décrets de Carlsbad. Les décrets de Carlsbad furent édictés le 20 septembre 1819 sous l'égide de Metternich (ministre des affaires étrangères autrichiennes). C'est en fait une série de lois visant à réprimer les idées libérales. Le but de ces décrets était d'endiguer les idées propagées dans toute l'Europe lors de la Révolution française, notamment celles des Lumières. Ainsi, la classe ouvrière était tenue sous contrôle constant, considérée comme un problème d'ordre politique plutôt que social. Tous les soulèvements populaires seraient réprimés par le régime réactionnaire de Metternich, qui profita des errements de Ferdinand Ier d'Autriche pour se positionner idéalement dans l'échiquier politique allemand.

Dans l'Empire des Habsbourg et l'État-multination de l'Empire d'Autriche, la monarchie ne fut pas menacée uniquement par de violents soulèvements en Autriche, c'est-à-dire l'État central de l'Empire, mais aussi par d'autres troubles révolutionnaires, comme en Bohême, en Hongrie ou en Italie du Nord[5]. Le Royaume de Sardaigne soutenait militairement les révolutionnaires. Alors que les soulèvements hongrois, bohémiens et italiens visaient entre autres à l'indépendance vis-à-vis de la domination autrichienne, la révolution autrichienne avait pour objectif un changement libéral et démocratique de la politique du gouvernement, et la fin de la Restauration[6],[7],[8].

Révolution de 1848Modifier

Chute de MetternichModifier

 
Le 25 mai, les étudiants de la Légion académique, des gardes nationaux et des ouvriers élevèrent plus de 160 barricades dans le centre de Vienne. Barricade sur la Michaelerplatz dans la nuit du 26 au , toile d'Anton Ziegler, 1848.

1847-1848 fut pour l'Autriche un hiver de famine pour les plus défavorisés[9]. Dans les milieux ouvriers également, la colère contre le système politique devint très forte. Des œuvres comme Nouveaux esclaves[citation 1] d'Alfred Meissner ou Pourquoi nous sommes pauvres[citation 2], ainsi qu'un poème de Karl Beck donnent une image parlante de la colère et du désespoir qui régnaient dans la population.

Finalement, la révolution éclata en Autriche le avec l'attaque de la Ständehaus à Vienne et des attentats de révolutionnaires socialistes contre des magasins et des usines dans les faubourgs[10]. La chanson Ce qui nous vient d'en haut[citation 3], où « haut (Höh) » désigne la police et les casernes, devint la chanson de la révolution. Elle est chantée aujourd'hui encore par diverses fraternités d'étudiants pour commémorer la participation de la légion académique. Avant l'attaque de la Ständehaus, la colère contre le système policier et les revendications des révolutionnaires pour une transformation constitutionnelle de la monarchie et la mise en place d'une constitution dans les pays autrichiens avaient déjà été exprimées le dans un discours rédigé par le chef nationaliste hongrois Lajos Kossuth[11].

Alors que les Viennois marchent sur le palais, l'empereur demande une explication au chancelier Metternich, et se voit répondre qu’ils font une révolution. On lui attribue cette réponse : « Ja, dürfen Sie denn das? » (« Mais… ont-ils le droit de faire cela ? »).

Le soir du , le chancelier Metternich, âgé de 74 ans, détesté par les socialistes et les réformateurs, démissionna[12] et s'enfuit en Angleterre. Cet événement inspira notamment Hermann Rollett, qui écrivit le poème Le Tilleul de Metternich[citation 4].

 
Caricature contemporaine de la fuite de Metternich ().

Le , l'empereur fit ses premières concessions : il consentit à l'établissement d'une garde nationale et leva la censure. Le lendemain, il précisa à ce sujet qu'il avait « octroyé une totale liberté de la presse[citation 5] » et il promit également par décret une constitution[13].

Le , le premier gouvernement fut formé ; son ministre de l'intérieur Franz von Pillersdorf esquissa une constitution à laquelle on donna son nom par la suite[citation 6], et qui fut rendue publique pour l'anniversaire de l'empereur, le 25 avril 1848[12]. Cette constitution n'allait pas assez loin selon les révolutionnaires. Le bicamérisme et le système électoral pour l'élection du Reichstag publié le 9 mai provoquèrent notamment l'indignation, et menèrent ainsi à de nouvelles perturbations (révolution de mai). En raison de la pétition du 15 mai, cette constitution fut réaménagée : le Reichstag ne devait plus être constitué que d'une seule chambre et celle-ci devait être déclarée « constituante », c'est-à-dire qu'elle avait la charge d'établir une constitution définitive[14],[15]. La constitution de Pillersdorf resta en vigueur de façon provisoire. L'empereur, dépassé par les émeutes qui s'intensifiaient, partit se mettre en sécurité à Innsbruck[14],[12].

Le , le Reichstag constituant autrichien, composé de 383 déléguées venus d'Autriche et des pays slaves, fut ouvert par l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche. On y décida, entre autres, la libération des paysans de la féodalité le 7 septembre[16],[17].

InsurrectionModifier

 
Combat sur le pont Taborbrücke à Leopoldstadt le 6 octobre 1848 – Bonaventura Emler (1831-1862) – Combats entre la Garde nationale et les étudiants d'une part, et le régiment Nassau de l'autre.

Les évènements qui eurent lieu en Hongrie à partir du , pendant lesquels le soulèvement hongrois dirigé par Lajos Kossuth mena à un affrontement contre les troupes impériales puis par la suite à l'assassinat du ministre de la Guerre autrichien Theodor Baillet von Latour le 6 octobre, provoquèrent à Vienne la troisième phase de la révolution autrichienne, appelée insurrection viennoise d'octobre 1848. Au cours de son développement, les citoyens, étudiants et travailleurs viennois parvinrent à prendre la capitale après que les troupes du gouvernement s'en furent enfuies. Mais les révolutionnaires ne purent la garder en leur pouvoir que pendant une courte période[14],[18].

 
La promesse d'une Constitution par l'empereur, le .

Le 23 octobre, Vienne fut encerclée par des troupes contre-révolutionnaires venant de Croatie, sous les ordres du Ban Josip Jelačić, et de Prague, sous les ordres du maréchal Alfred de Windisch-Graetz. Malgré la résistance farouche quoique désespérée de la population viennoise, la ville fut reprise par les troupes impériales en une semaine. quelque 2 000 insurgés furent tués. D'autres meneurs de l'insurrection viennoise d'octobre furent condamnés à mort ou à de longues peines de prison[19],[20].

Parmi les victimes des exécutions sommaires, figure notamment le député populaire gauche-libéral et républicain du Parlement de Francfort, Robert Blum, qui fut exécuté le 9 novembre 1848 en dépit de son immunité diplomatique et fut ainsi élevé au rang des martyrs de la révolution[20]. Cet événement fut repris dans la Chanson de Robert Blum qui fut surtout chantée dans les États allemands en-dehors de l'Autriche.

Bohême et HongrieModifier

La Bohême fut également touchée par la vague révolutionnaire. Le , František Palacký, l'une des figures du nationalisme tchèque, refuse de s'associer aux révolutionnaires allemands dans une lettre adressée au Parlement de Francfort. Il adopte cette position au nom de l'austroslavisme, à savoir la création d'un État confédéral dont Vienne serait la capitale. Il écrit ainsi que « si l’Empire d’Autriche n’existait pas depuis longtemps, il faudrait l’inventer, dans l’intérêt même de l’Europe et dans celui de l’humanité »[21]. Puis, entre le 2 et le 12 juin se tint le congrès panslave auquel assistèrent 350 participants tchèques, polonais, moraves, croates, serbes et slovaques[22], sous la présidence de Palacký. Ils réclamèrent la conversion de la « Monarchie du Danube » en un État confédéral garantissant l'égalité des droits entre les peuples. La revendication d'un État national tchèque fut expressément rejetée, les Moraves (des Allemands) craignant de se retrouver en minorité face aux Tchèques ; à la place, ils demandèrent seulement des droits d'autonomie vis-à-vis du gouvernement central autrichien et refusaient l'intégration dans un État allemand[23]. L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche refusa strictement chacune de ces revendications. Ainsi le 13 juin, les révolutionnaires tchèques commencèrent leur soulèvement à Prague contre la suprématie autrichienne. L'insurrection fut écrasée le par les troupes autrichiennes menées par Alfred de Windisch-Graetz[24].

 
Lajos Kossuth (1802–1894), Lithographie de Jacott.

En Hongrie, les nouvelles de la révolution à Vienne arrivèrent le . Lajos Kossuth fit alors une déclaration devant le parlement hongrois pour réaffirmer ses revendications libérales[25]. Le , une délégation hongroise se rendit à Vienne y transmettre ses souhaits[26]. Le lendemain, le Stadthalterbeirat (l'organe administratif suprême de la partie hongroise de l'empire d'Autriche), impressionné par 20 000 manifestants, satisfit les « douze points » de revendication des intellectuels hongrois radicaux rassemblés autour de Sándor Petőfi (notamment un ministère et un parlement hongrois indépendants de Vienne, le départ de toutes les troupes autrichiennes de Hongrie, la mise en place d'une armée nationale hongroise et la création d'une banque nationale) et fit ainsi réellement du Royaume de Hongrie un État indépendant[27]. Lajos Kossuth succéda le 12 septembre 1848 au ministre-président libéral Lajos Batthyány. Les révolutionnaires hongrois empêchèrent, à la suite des événements révolutionnaires autrichiens, l'empereur Ferdinand Ier d'être reconnu roi de Hongrie[28].

Fin août, Josip Jelačić fut nommé gouverneur de Croatie. Le 11 septembre, il déclara la guerre à la Hongrie. Le 29, ses troupes furent repoussées à Pákozd par les Hongrois[29].

Le décret impérial octroyant la constitution de Mars pour la Hongrie comme pour l'Autriche déboucha le sur un soulèvement pour l'indépendance[30]. Afin d'écraser l'insurrection, l'armée impériale, menée par Alfred de Windisch-Graetz, marcha sur la Hongrie. Mais, devant l'armée révolutionnaire renforcée par des corps franc et des émigrants polonais, elle se retira le 10 avril 1849.

Le , la Diète de Hongrie annonça son indépendance vis-à-vis de la maison de Habsbourg-Lorraine et proclama la république[31]. Lajos Kossuth fut alors nommé régent et investi des pleins pouvoirs[32].

Cependant, les autres États européens ne reconnurent pas l'indépendance de la Hongrie. Ainsi, les troupes russes prêtèrent assistance à l'armée autrichienne et, ensemble, elles écrasèrent la révolution hongroise[33]. Le , les dernières unités hongroises capitulèrent à Világos[34]. Dans les semaines qui suivirent, plus de cent meneurs du soulèvement hongrois furent exécutés à Arad. Le 2 octobre, les derniers révolutionnaires hongrois capitulèrent face aux Autrichiens dans la forteresse de Komárom[35]. Le 6 octobre 1849, au jour anniversaire de la révolution d'octobre à Vienne, l'ancien ministre-président Batthyány fut exécuté à Pest[36],[35].

Lajos Kossuth, le représentant politique le plus important du mouvement de libération hongrois, s'exila en août 1849. Jusqu'à sa mort à Turin en 1894, il plaida pour l'indépendance de la Hongrie[32].

Abdication et successionModifier

 
Couronnement de l'empereur François-Joseph Ier, passation de pouvoir avec Ferdinand Ier.

Après les émeutes sanglantes du 6 octobre[37], la famille et la cour impériale quittent Vienne pour Olmütz. C'est alors que le général Windischgrätz, auréolé par la reprise de Prague, propose aux Habsbourg de mettre un terme à la révolution en marchant sur Vienne. Ceci fait, Ferdinand Ier, trop compromis avec les révolutionnaires et inapte à gouverner, serait remplacé par son jeune neveu François-Joseph. L'empereur, pressé par l'impératrice-consort Marie-Anne de Sardaigne, accepte l'accord. Son père François-Charles, poussé quant à lui par Sophie, renonce à ses droits au trône au profit de son fils.

Le 31 octobre, après un court siège, Windischgrätz et Jellačic investissent Vienne[38]. Le 21 novembre, le prince Felix zu Schwarzenberg forme un gouvernement réactionnaire.

Le temps de l'avènement est venu pour François-Joseph. La passation de pouvoir entre lui et son oncle a officiellement lieu le dans la grande salle du palais archiépiscopal d'Olmütz (Moravie). Le nouvel empereur acceptant ses nouvelles charges aurait dit « Adieu, ma jeunesse ». Il a 18 ans et prend le nom de François-Joseph Ier (et non François II comme attendu, le prénom Joseph rappelle Joseph II, empereur réformateur)[39]. Il choisit comme devise Viribus unitis (avec nos forces unies), ce qui est de circonstance au moment où l'empire est au bord de la désagrégation. Il fait son entrée dans Vienne le , une fois les troubles matés.

Fin de vieModifier

 
Vue du château de Ploschkowitz.

Le nouvel empereur prend immédiatement en main les affaires de l'État, et dévoile au passage une force de travail impressionnante. Ce jeune homme de dix-huit ans est cependant alors sous l'influence de trois personnes essentielles : sa mère, l'archiduchesse Sophie de Bavière ; le Premier ministre Schwarzenberg, artisan de la restauration du pouvoir impérial ; et son premier aide de camp, le baron von Grünne, qui a la haute main sur les affaires militaires. Après avoir rejeté le projet de constitution du Reichstag de Kremsier, jugé trop libéral, François-Joseph promulgue la Constitution du 4 mars 1849 (de), conservatrice et centralisatrice. L'empereur et Schwarzenberg souhaitent en effet unifier l'empire plutôt que d'accorder l'autonomie aux minorités. Le Reichstag est dans le même temps dissous.

 
Sarcophage de Ferdinand Ier dans la Kaisergruft, la crypte des Capucins à Vienne, Autriche.

Ferdinand et son épouse se retirent à Prague et au château de Ploschkowitz. Il conserve malgré tout le nom de « Majesté impériale » ainsi que le titre honorifique d'« Empereur ». Entant qu'aîné de sa famille, il reste cependant le chef en droits de la Maison de Habsbourg-Lorraine.

L'ex-empereur passe son temps entre le château de Prague et celui de Reichstadt. À sa mort en 1875, il laisse à son successeur l'empereur François-Joseph. Sa veuve, s'attirera la sympathie de son successeur, la misanthrope "Sissi". Elle décèdera le , neuf ans après son mari auprès duquel elle est enterrée dans la crypte Ferdinand de la crypte des Capucins à Vienne.

NoteModifier

Références.Modifier

  1. Dit-on par l'entregent de son beau-frère, Alfred de Windisch-Graetz).
  2. Erika Bestenreiner, Sissi, ses frères et sœurs, Pygmalion 2004, p. 19.
  3. Jean Bérenger, Histoire de l'empire des Habsbourg Fayard 1990, rééd. Tallandier 2012 p. 255-260
  4. Jean Bérenger, L'Autriche-Hongrie, 1815-1918, A. Colin, 1994
  5. Brandt 2002, p. 198
  6. Brandt 2002, p. 190
  7. Brandt 2002, p. 200
  8. Brandt 2002, p. 202
  9. Siemann 1985, p. 46
  10. Dipper et Speck 1998, p. 102
  11. Gall 1998, p. 114
  12. a b et c Brandt 2002, p. 198
  13. Siemann 1985, p. 66
  14. a b et c Dipper et Speck 1998, p. 104
  15. Siemann 1985, p. 88
  16. Botzenhart 1998, p. 132
  17. Siemann 1985, p. 143
  18. Brandt 2002, p. 202
  19. Gall 1998, p. 326
  20. a et b Gall 1998, p. 328
  21. Jacques Droz, L’Europe centrale. Evolution historique de l’idée de « Mitteleuropa », Paris, , pp. 67-68
  22. Gall 1998, p. 102
  23. Brandt 2002, p. 200
  24. Botzenhart 1998, p. 118
  25. Botzenhart 1998, p. 124
  26. Gall 1998, p. 100
  27. Gall 1998, p. 116
  28. Brandt 2002, p. 202
  29. Botzenhart 1998, p. 128
  30. Brandt 2002, p. 208
  31. Gall 1998, p. 86
  32. a et b Gall 1998, p. 98
  33. Nipperdey 1994, p. 646
  34. Siemann 1985, p. 216
  35. a et b Botzenhart 1998, p. 238
  36. (en) « Hungary's War of Independence », sur historynet.com (consulté le 5 février 2013).
  37. Brigitte Vacha, Kriegsminister Theodor Graf Baillet von Latour ermordet, p. 388.
  38. Vacha Zeittafel, Die Truppen unter…erstürmen Wien.
  39. Bled 2011, p. 111

BibliographieModifier

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