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Fedayin de l'Islam


Les Fadā'iyān-e Islam (persan : فدائیان اسلام, également orthographié comme Fedayeen-e Islam ou en français « Fedayins de l'islam » ou « Dévots de l'islam », littéralement les « auto-sacrificateurs de l'islam »[1] est un groupe fondamentaliste chiʿite, basé en Iran et qui est très politiquement orienté et actif[2], fondé en 1946, et reconnu comme un parti politique depuis 1989. Il fut fondée par un étudiant en théologie surnommé Navvab Safavi.

Safavi cherchait à purifier l'islam en Iran, en le débarrassant de la « corruption des individus » par le biais d'assassinats soigneusement planifiés de certaines grandes personnalités intellectuelles et politiques[3]. Navvab Safavi est aujourd’hui considéré comme un martyr par le régime iranien.

Leur journal porte la mention «l’Islam est au-dessus de tout et rien n’est au dessus de l’Islam ». Proche des thèses des frères musulmans égyptien, Navvab Safavi est leur invité à la conférence islamique de Jérusalem en 1953, puis au Caire en 1954[4].

Les Fédayin de l’Islam en Iran sont considérés comme des précurseurs emblématiques de la révolution et de l’État islamique iranien dans les années 1940- 1950, puis de l’école théologique Haqqâni[5].

Ce groupe armé ouvre la voie à la génération suivant de la frange radical du clergé qui réussit finalement à renverser le régime du Shah et à établir une république Islamique[6] en 1979

Groupe souvent considéré comme une organisation terroriste[7],[8],[9],[10].

Sommaire

IranModifier

Activisme politique des Fedayins de l’Islam : un Islam militant[6]   Modifier

Les Fedayins bénéficient dès leur création du soutien de l’institution religieuse iranienne et encouragé par le Bazar, pilier traditionnel de l’économie et assise financière du clergé classique, apolitique et quiétiste les Fedayin de l’Islam se hissent au rang d’acteur politique après l’assassinat de l’écrivain réformateur Ahmad Kasravi.

HistoireModifier

Navvab Sefavi

Issu d’une famille de la classe-moyenne du sud de Téhéran, Navvab Safavi étudie au German Technical College à Téhéran. Pendant la seconde guerre mondialel’occupation de l’Iran par les troupes Britanniques et Soviétiques le mène à organiser des manifestations au College pour dénoncer les difficultés économiques. Il travaille pendant un temps à la raffinerie d’Abadan, alors sous domination Britannique, où il organise une manifestation à la suite de la vision d’un de ses collègues battus par un employé britannique. En exil,  il lit les essais anti-cléricaux de Kasravi qui sonnent comme des provocation auxquelles il faut répondre par la violence[6].

Fondation des Fadā'iyān-e Islam

La création du mouvement est annoncée dans une déclaration intitulée «  Religion et Revanche » écrit par Navvab lui-même.

Assassinats notoires

Le premier assassinat de l’écrivain anticlérical et réformateur Ahmad Kasravi en mars 1946 est le premier meurtre d’une longue série. Seyyed Hossein Imami et d’autres membres des Fadā'iyān-e Islam l’assassinent. Si les meurtriers sont arrêtés, sous la pression de autorités religieuses, ils sont acquittés et libérés.

Cet assassinat est en réalité le second essai de Navvad pour tuer l’écrivain. La première tentative, en 1945, avait échoué et il avait déjà échappé à toute condamnation grâce à la pression des autorités religieuses[6]. C’est suite à cette première tentative que le mouvement des Fédayins se crée.

Sefavi justifie ces meurtres en se référant aux demandes de l’Ayatollah Khomeiny dans son premier livre Kashf al Asrar (Key to the Secrets) donnant l’ordre de tuer tous ceux qui critiqueraient l’Islam. L’auteur iranien Amir Taheri a démontré que Khomeiny était proche de Navvab Safavi et de ses idées[3].En 1949, le groupe tue l’ancien premier ministre  Abdolhossein Hajir.Le meurtrier Hossein Imami est excécuté cinq jours plus tard. En mars 1951, le premier ministre Haj Ali Razmara est également assassiné à la suite de ses propos s’opposant à la nationalisation du pétrole iranien[11],[12].

Trois semaines plus tard le ministre de l’éducation et de la Culture Ahmad Zangeneh est aussi assassiné par le groupe. Le groupe aurait aussi échoué « de peu » à tuer le Shah Mohammad Reza Pahlavi[13].

Implication politiqueModifier

Le groupe est connu pour avoir été très actif dans le processus de nationalisation pétrolier en 1954.  Suite à l’incident Kasravi, le groupe s’implique davantage en politique sous l’impulsion de l’Ayatollah Kashani qui est alors le seul membre proéminent du clergé iranien à croire dans l’unité du politique et de la religion. À partir de 1948, les activité politique des Fadayins se résument à protester contre l’exil de l’Ayatollah Kashani, provoqué par son opposition à la colonisation Britannique, à mener une campagne contre les femmes autorisées à ne pas porter le voile islamique dans une mosquée à Téhéran [6] ou encore à attaquer des magasins autorisés à vendre de l’alcool[6].

En 1949, les Fadā'iyān-e Islam aidèrent Kashani à implanter l’Association des Moudjahidin musulmans.

À la fin de l’année 1949, des lois supposées renforcer la domination pétrolière Britanniques sont discutées au Parlement. Les groupes d’opposition deviennent alors de plus en plus actifs. L’assassinat de l’ancien Premier Ministre Hajir par le groupe armée entraine en 1949 l’organisation de nouvelles élections pendant lesquelles le groupe soutient les candidatures des mouvances islamiques et celle notamment de l’Ayatollah Kashani. Des divergences apparaissent cependant entre les deux alliés à pour des questions politiques et théologiques[6].

Navvab Safavi est l’invité des Frères musulmans égyptiens à la conférence islamique de Jérusalem en 1953, puis au Caire en 1954.[3]

Les archives de la CIA soulignent le rôle de ce groupe armé, de l’Ayatollah Kashani et des officiers militaires monarchistes dans l’organisation du coup d’état orchestré en aout 1953 contre Mossadegh[4],[14].Navvab Safavi  choisit de ne pas travailler avec le nouveau gouvernement en place[6].

Jusqu’en 1955, les  Fadā'iyān-e Islam continuent leurs activités sans aucune obstruction étatique.

RépressionModifier

Au milieu des années 50, à la manière du mouvement de répression des frères musulmans en Egypte, l’Iran commençait la liquidation du mouvement des Fédayins.

Les arrestations d’une partie du mouvement font suite à la tentative d’assassinat en Novembre 1955 du premier ministre Hosayn Ala avant son départ pour l’Irak où il allait certifier de la participation de l’Iran dans le Pacte de Bagdad. En janvier 1956, les leaders du mouvement, y compris Navvab Safavi, sont jugés et condamnés à mort, et exécutés[15].Le régime impérial pensait qu’avec la disparition de Nawab Safawi et la mort de l’Ayatollah Kachani, chef spirituel des Fedayins et leader islamique que la poussée islamique dans ce pays était enrayée et ses missionnaires décimés. Puis commença en Iran ce que le Chah a appelé sa politique de « modernisation » et de « persification » de l’Iran[16].

Les membres du groupe restant vécurent dans la clandestinité jusqu’à la révolution islamique en 1979. Une lutte secrète continue.

MembresModifier

Les membres des Fedayins de l’Islam appartenait majoritairement aux classes populaires de la société iranienne[6].  Dès son plus jeune âge et pour raison économique Safawi est lui-même élevé par son oncle, un charpentier sans qualification. Les Fada’iyans de l’Islam sont souvent éduqués dans des écoles religieuses.

  • Navab Safavi, chef des Fedayins de l’Islam.
  • Mozafar Zolghadr : originaire de la ville de Karasf. Il est né dans une famille rurale et religieuse. C’est lui qui est l’origine de la tentative d’assassinat Hossein Ala mais un dysfonctionnement de son arme l’empêche de tirer. Il est arrêté à la suite de cet événement et exécuté[17].
  • Khalil Tahmasebi, est le Fedayin qui assassina en mars 1951[18] l'ancien premier ministre iranien.Il est exécuté en 1955[19].
  • Jafar Shojouni
  • Seyyed Mehdi Tabatabaei
  • Seyyed Hossein Imami

La Révolution et la République Islamique ( 1979)Modifier

Pendant la révolution islamique de 1979, le mouvement, parmi d’autre groupes armés, servi de bras armé pour Khomeiny. Ainsi pendant les manifestations menées par l’Ayatollah Khomeini en 1963,  certains survivants rejoignent les rangs d’Hey’-at-hai Mo’talefe-i Islami ou la coalition des groupes islamiques. S’ils échouent à se regrouper après la révolution, la plupart d’entre eux coopèrent avec le gouvernement Islamique. En outre, de nombreux partisans rejoignirent les groupes actuels les plus radicaux.Le groupe n’a jamais vraiment acquis de soutien populaire et les effectifs ont toujours été restreint.[2]

De 1993 à 1999, une série de meurtre de plus de 80 intellectuels, écrivains, chercheurs et des personnalités politiques critiques du régime islamique eut lieu.

En décembre 1998, une déclaration d’un groupe se revendiquant comme des héritiers des Fédayins de Mostafa Navvab (Fadayaan-e Islam-e Naab-e Mohammadi-ye Mostafa Navvab) [20] revendique les meurtres de certains d’entre eux :  Dariush Forouhar,Parvaneh Eskandari, Mohammad Mokhtari and Mohammad Jafar Pouyandeh.

Après une série d’arrestations, une seconde déclaration est délivrée par ce groupuscule revendiquant la nature structurée de leur organisation et déclarant l’ouverture de fichiers recensant l’ensemble des « hypocrites » par lesquels ces arrestations ont été rendues possibles. L’ancien ministre des renseignements iranien dans le gouvernement d’Ali Fallahian Saeed Emami est désigné comme l’un des coupables de cette vague d’assassinats[6]. Il est arrêté et emprisonné en 1999 sans que le lien avec l’organisation des Fedayins soit fait.

PakistanModifier

Également, les Fedayeen al-Islam (également orthographié Fedayan-i-Islam, qu'on peut traduire comme « Commandos islamiques » or « Patriotes islamiques ») sont un groupe militant et terroriste pakistanais, principalement actifs à la fin des années 2000, dirigé par Hakimullah Mehsud, lieutenant de Baitullah Mehsud, chef des Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP) jusqu'au décès du dirigeant[21]. Après la mort de Baitullah en 2009, Hakimullah repris la direction du TTP jusqu'à son propre décès en 2013.

Cette organisation fut suspectée d'être liée à l'attentat de l'Hôtel Marriott d'Islamabad en septembre 2008 ainsi que de l'attentat de l'hôtel Pearl Continental de Peshawar, et revendiqua l'attentat de l'école de police de Lahore en mars 2009, l'attentat du à Islamabad et de l'attentat du à Chakwal[22],[21].

RéférencesModifier

  1. Richard Clements, « 3. Prime Minister and Cabinet », Law Trove,‎ (DOI 10.1093/he/9780198745259.003.0003, lire en ligne, consulté le 17 avril 2019)
  2. Guy Spitaels, La triple insurrection islamiste, Luc Pire Editions, (ISBN 9782874154768, lire en ligne)
  3. a et b John C. Campbell et Amir Taheri, « The Spirit of Allah: Khomeini and the Islamic Revolution », Foreign Affairs, vol. 64, no 4,‎ , p. 88 (ISSN 0015-7120, DOI 10.2307/20042753, lire en ligne, consulté le 17 avril 2019)
  4. a et b « "Les Frères musulmans vivent dans le complot" », sur Marianne, (consulté le 17 avril 2019)
  5. Ramin Parham, « Gardiens de l'ordre, l'ordre des Gardiens », Outre-Terre,‎ , pages 151 à 163 (lire en ligne)
  6. a b c d e f g h i et j (en) Seyed M Taghavi, The Flourishing of Islamic Reformism in Iran: Political Islamic Groups in Iran (1941-61), (Routledgecurzon Studies in Political Islam), , 192 p., p. 116
  7. FEDĀʾĪĀN-E ESLĀM (1999).
  8. « The "terrorist group" that Kermit Roosevelt and Donald Wilber mobilized was the Fadaian Islam », Web.mit.edu
  9. Ramin Jahanbegloo, Iran: between tradition and modernity.
  10. Ostovar, Afshon P. (2009). Guardians of the Islamic Revolution: Ideology, Politics, and the Development of Military Power in Iran (1979–2009) (PDF) (Ph.D.), université du Michigan, p. 35. « Les Fada'iyan-e Islam furent la première organisation islamiste chiite à employer le terrorisme comme méthode primaire d'activisme politique »
  11. Afshon Ostovar, « Exporting the Revolution », dans Vanguard of the Imam, Oxford University Press, (ISBN 9780199387892, lire en ligne), p. 102–120
  12. « Iran MOSSADEQ AND OIL NATIONALIZATION - Flags, Maps, Economy, Geography, Climate, Natural Resources, Current Issues, International Agreements, Population, Social Statistics, Political System », sur www.workmall.com (consulté le 18 avril 2019)
  13. (en) Afshin Molavi, The Soul of Iran, a nation struggle for freedom, , p. 323 p.
  14. (en) Masoud Kazemzadeh, "The Day Democracy Died: The 50th Anniversary of the CIA Coup in Iran,", " Khaneh: Iranian Community Newspaper", , Vol. 3, No. 34 p.
  15. Farhad Kazemi, « State and Society in the Ideology of the Devotees of Islam », State, Culture, and Society, vol. 1, no 3,‎ , p. 118–135 (ISSN 0743-9245, lire en ligne, consulté le 18 avril 2019)
  16. Alain Roussillon et Mohga Machhour, La révolution iranienne dans la presse égyptienne, CEDEJ - Égypte/Soudan, (ISBN 9782905838520, lire en ligne)
  17. « شبکه اطلاع رسانی راه دانا », sur www.dana.ir (consulté le 18 avril 2019)
  18. (en) « Premier of Iran Is Shot to Death In a Mosque by a Religious Fanatic; PREMIER OF IRAN SLAIN IN MOSQUE Cabinet in Emergency Session VICTIM OF ASSASSIN" », sur nytimes.com, Quotidien, (consulté le 12 avril 2019)
  19. (en) Sepehr Zabih, « Aspects of Terrorism in Iran », The ANNALS of the American Academy of Political and Social Science, vol. 463, no 1,‎ , p. 84–94 (ISSN 0002-7162 et 1552-3349, DOI 10.1177/0002716282463001007, lire en ligne, consulté le 18 avril 2019)
  20. (en) [http://"A%20Review%20of%20Serial%20Murders%20by%20Nahid%20Mousavi%20-%20translated%20from Zanan %5BWomen%5D;%20Social%20&%20Cultural%20Magazine%20(Monthly)%20December%201999,%20No.%2058". « "A Review of Serial Murders by Nahid Mousavi - translated from Zanan [Women]; Social & Cultural Magazine (Monthly) December 1999, No. 58" »],
  21. a et b « The slide downhill », The Economist,‎ (ISSN 0013-0613, lire en ligne, consulté le 16 décembre 2018)
  22. (en) « Fedayeen al-Islam », dans Wikipedia, (lire en ligne)