Fatima Mernissi

sociologue, écrivaine et féministe marocaine

Fatima Mernissi ou Fatema Mernissi (ar) فاطمة مرنيسي, née en à Fès et morte le à Rabat, est une universitaire, sociologue et féministe marocaine[1]. Elle consacre sa vie à la réflexion, au débat d’idées et à la production académique, s'attelant à observer la complexité des rapports entre les hommes et les femmes dans le monde arabe ; au discours victimaire, elle lui préfère celui qui met la lumière sur la capacité des femmes à négocier leur place au sein de la société[2].

Fatima Mernissi
2004 Al Azm Mernissi Soroush Mernissi cropped.tif
Fatima Mernissi à la remise du prix Prix Érasme en 2004.
Fonction
Professeure
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
فاطمة مرنيسيVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Fatna Aït SabahVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
A travaillé pour
Domaines
Religion
Distinctions

BiographieModifier

Elle est très discrète quant à sa vie personnelle[1]. Née à Fès en 1940, Fatima Mernissi a grandi entourée des femmes de sa famille dans ce qu'elle nomme « un harem domestique »[3]. Elle étudie dans l'une des premières écoles privées mixtes du Maroc et poursuit des études de droit à Rabat. En France, elle décroche une bourse à la Sorbonne et obtient aux États-Unis, en 1974, un doctorat de sociologie à l’université américaine de Brandeis.

Elle rédige une thèse intitulée The effects of modernization on the male-female dynamics in a Muslim society : Morocco qui est publiée en 1975 sous le titre Beyond the veil: male-female dynamics in modern Muslim society[4] ; elle s’impose rapidement aux Etats-Unis comme un classique des cultural studies : « les profondes entraves à la liberté des femmes dans les pays dits “islamiques” ne trouvent pas tant leur origine dans les sources scripturaires que dans des formes de contrôle théorisées dans un second temps de l’islam, notamment sous la dynastie des Omeyyades »[5].

Dès les années 1980, elle enseigne la sociologie à l'université Mohammed V de Rabat[6] ; elle y côtoie les principales figures de l’avant-garde intellectuelle, dont Abdelkébir Khatibi (ar) عبدالكبير خطيبي qui la présente au poète Mohammed Bennis (ar) محمّد عبد الواحد بنّيس[5].

Dans son troisième livre – Le harem politique – Fatima Mernissi, également connue sous le pseudonyme Fatna Aït Sabbah[2], s'interroge sur la place des femmes musulmanes dans le monde et la question de leur exclusion des sphères publiques et politiques ; le livre est interdit au Maroc et des islamistes marocains ou certains oulémas se font remarquer, mais elle ne se laisse pas intimider : « Je suis très fière de ce livre. […] je le revendique ».

Parallèlement à sa carrière littéraire, dès , elle mène un combat pour le féminisme dans la société civile : elle fonde les « Caravanes civiques », un réseau d'artistes, d'intellectuels et d'activistes, ou encore le collectif « Femmes, familles, enfants ». Elle dénonce le patriarcat dans la société arabe en montrant que l'islam encourage l'égalité des sexes. De par son action, elle inspire nombre profils dont la journaliste américano-égyptienne Mona Eltahawy (ar) منى الطحاوي ou encore la figure du féminisme musulman, Amina Wadud(ar) آمنه ودود.

Elle reçoit en , avec Susan Sontag, le prix Prince des Asturies[7] en littérature[8] suivi, en , du Prix Érasme[9] avec le Syrien Sadek al-Azem (ar) صادق جلال العظم et le Persan Abdolkarim Soroush. Elle anime des ateliers d'écriture avec Layla Chaouni et des amateurs, des militants des droits humains, d’anciens prisonniers des « années de plomb », des journalistes.

Fatima Mernissi meurt le 30 novembre 2015 à Rabat au Maroc[10].

Depuis le , elle a sa chaire à l’université nationale autonome du Mexique (UNAM). La cérémonie de lancement a lieu à Mexico « avec pour objectif de créer un espace institutionnel pour l’enrichissement et la diversification des activités d’enseignement, d’intégration et de rayonnement universitaires »[11]. Dans le cadre du même accord, la philosophe mexicaine Graciela Hierro (es) obtient sa chaire extraordinaire à l’UM5.

PublicationsModifier

  • (en) Beyond the veil : male-female dynamics in modern Muslim society, Cambridge, Schenkman Publishing Company, , 132 p.; Indiana University Press, 1987 ; Saqi Books, 2011
  • Sexe, Idéologie, Islam, Éditions Maghrébines, 1985 Le Fennec
  • Al Jins Ka Handasa Ijtima'iya, Éditions Le Fennec, Casablanca 1987
  • Le monde n'est pas un harem, édition révisée, Albin Michel, 1991
  • Sultanes oubliées : femmes chefs d'État en Islam, Albin Michel / Éditions Le Fennec, 1990
  • Le harem politique : le Prophète et les femmes, Albin Michel, 1987, Paperback 1992
  • La Peur-Modernité : conflit islam démocratie, Albin Michel / Éditions Le Fennec, 1992
  • Nissa' 'Ala Ajnihati al-Hulmt, Éditions Le Fennec, Casablanca, 1998
  • Rêves de femmes : une enfance au harem, traduction Claudine Richetin, Éditions Le Fennec, Casablanca 1997 - Éd. Albin Michel, 1998. Version originale anglaise Dreams of Trespass: Tales of a Harem Girlhood (en), Perseus Books, 1994.
  • Les Aït-Débrouille, Éditions Le Fennec, Casablanca, 1997 (2e édition, Édition de poche, Marsam, Rabat, 2003)
  • Êtes-vous vacciné contre le harem ?, Texte-Test pour les messieurs qui adorent les dames, Éditions Le Fennec, Casablanca, 1998
  • Le Harem et l'Occident, Albin Michel, 2001
  • Les Sindbads marocains, Voyage dans le Maroc civique, Éditions Marsam, Rabat, 2004


Notes et référencesModifier

  1. a et b Mohamed Arbi Nsiri, « Hommage à Fatima Mernissi (1940-2015) », sur webdo.tn,
  2. a et b Latifa El Bouhsini, « Fatima Mernissi (1940-2015)L’intellectuelle féministe qui a fait connaître son pays, le Maroc », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, no 74,‎ , p. 7–13 (ISSN 1111-2050, lire en ligne, consulté le 1er décembre 2019)
  3. « Fatima Mernissi, sociologue et féministe marocaine », sur Franceinfo, (consulté le 29 novembre 2019)
  4. (en) Fatima Mernissi, Male-Female dynamics in modern muslim society, Indiana University Press, , 200 p. (ISBN 978-0-253-31162-7, OCLC 490065340, lire en ligne)
  5. a et b Youssef Ait Akdim, « Fatima Mernissi, une lumière arabe s’est éteinte au Maroc », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 26 novembre 2019)
  6. « Fatima Mernissi », sur babelio.com
  7. Le prix change de nom en 2015 et devient « prix Princesse des Asturies »
  8. « Fatima Mernissi », sur bibliomonde.com
  9. « Praemium Erasmianum Foundation », sur https://erasmusprijs.org,
  10. « Décès de la sociologue marocaine Fatima Mernissi », sur Bladi.net, .
  11. « Une chaire Fatima Mernissi lancée dans une université mexicaine | MOHAMMED V UNIVERSITY IN RABAT », sur www.um5.ac.ma (consulté le 25 novembre 2019)

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier