Liste de familles subsistantes d'ancienne bourgeoisie française

Les familles subsistantes d'ancienne bourgeoisie française sont, au sein de la bourgeoisie actuelle, celles dont l'ascension a commencé antérieurement à 1789.

Ces familles notables de l'Ancien Régime comprennent ce que certains historiens ont appelé la bourgeoisie d'office[1], qui s'éleva à partir du XVIe siècle en occupant des charges et autres offices royaux ou municipaux dans la magistrature, l'administration, les impôts ou les finances[2]. On en trouve aussi qui furent actives au XVIIIe siècle dans l'armement maritime, les plantations coloniales, le négoce, la banque ou les premières industries[1] (voir liste détaillée des charges et fonctions éligibles en fin d'article). Beaucoup prirent une part active dans la Révolution française, qui consacra leur nouvelle position dominante[1].

Armes d'Adrien de Bray, marchand bourgeois d'Amiens, dans l'Armorial général de France
Nicolas Boileau, appartenant à une vieille famille bourgeoise de Paris.
François-Marie Arouet dit Voltaire (1724 ou 1725), bourgeois de Paris.

À la fin du XVIIe siècle, les familles françaises notables sont bien connues : l'Édit de 1696 de Louis XIV, qui impose l'enregistrement de leurs armoiries à tous « les officiers de robe, de finance et des villes, les ecclésiastiques, les gens du clergé, les bourgeois de nos villes franches et autres, qui jouissent, à cause de leurs charges, états et emplois, de quelques exemptions, privilèges et droits publics, [à] nos autres sujets qui possèdent des fiefs et terres nobles, les personnes de lettres et autres qui par la noblesse de leur profession et de leur art, ou pour leur mérite personnel, tiennent un rang d'honneur et de distinction dans nos états et dans leurs corps, compagnies et communautés, et généralement tous ceux qui se seront signalés à notre service. »[3], fait de l'Armorial général de France un inventaire presque complet des notables dans la France de 1700, avec environ 80 000 entrées concernant des personnes physiques.

ÉtudesModifier

 
Henriette Sélincart (1644-1680), fille d'un marchand drapier de Paris

Dans un Recueil généalogique de la bourgeoisie ancienne[4] publié en 1954, André Delavenne a constitué une liste de familles de la bonne bourgeoisie de son époque, qu'il jugeait suffisamment anciennes pour figurer dans son ouvrage. Contrairement à ce que peut laisser supposer le titre, il ne s'agit pas d'un inventaire à prétention exhaustive, mais d'un choix de quelques dizaines d'exemples, avec certaines familles dont l'ascension sociale ne remonte qu'au XIXe siècle.

En étudiant ces familles dans La Bourgeoisie selon le dictionnaire généalogique d'André Delavenne, Jacques Houdailles a remarqué qu'elles occupaient souvent avant la Révolution des professions et des positions similaires[5] : « À la période ancienne, les maires et échevins sont nombreux ainsi que les officiers du roi. Les gens de loi (avocats, juges, huissier) maintiennent leur importance au cours des deux siècles et plus. Les industriels apparaissent au début du XIXe siècle et prennent de l'importance dans la seconde moitié. »

Dans son essai L'Ancienne bourgeoisie en France : Émergence et permanence d'un groupe social du XVIe siècle au XXe siècle, publié en 2013, Xavier de Montclos fait l'hypothèse qu'un grand nombre des familles bourgeoises du XXe siècle ont une position établie depuis fort longtemps — et souvent maintenue depuis le XVIe siècle[6]. Cet auteur ne propose cependant pas de liste des familles notables anciennes. Dans la préface, l'historien René Rémond définit ainsi cette ancienne bourgeoisie :

« Un groupe intermédiaire entre la noblesse d'origine et ce qu'on appellerait les classes moyennes, qui est constitué au XVe siècle ou au XVIe siècle. (...) Ces familles sont presque toutes des dynasties provinciales dont l'ascension s'est tout entière accomplie dans leur région d'origine à laquelle elles sont généralement restées fidèles : aujourd'hui encore leurs descendants y sont présents. (...) Ces familles plongent leurs racines dans l'Ancien Régime. (...) Elles ont su assurer sur quatre ou cinq cents ans la transmission de leur héritage matériel comme de leur patrimoine de conviction et de valeur.(...) Ces familles sont toujours restées fidèles à la religion et se sont adaptées à la modernisation sans renier leurs valeurs. »

Selon Xavier de Montclos, ces familles appartenaient sous l'Ancien Régime à la notabilité des villes et des campagnes[6]. Elles acquirent à partir du XVIIe siècle des offices et des charges de judicature ou de finances puis des seigneuries, et certaines parvinrent à la noblesse, soit avant, soit après la Révolution au cours de laquelle beaucoup jouèrent un rôle majeur.

Recueils de famillesModifier

L'Armorial général de France a recensé, comme on l'a vu, la plupart des individus nobles ou notables de France vers 1696 ; il existe des index pour l'ensemble et des éditions critiques des armoriaux régionaux.

Plusieurs ouvrages de sociologie familiale ont été publiés au milieu du XXe siècle, notamment le Dictionnaire des dynasties bourgeoises et du monde des affaires en 1975 par Henry Coston et Les Responsabilités des dynasties bourgeoises (dans l'histoire récente) publié de 1943 à 1973 par Emmanuel Beau de Loménie, où l'on retrouve un nombre important de familles de la bourgeoisie du XXe siècle participant déjà à la vie économique avant la Révolution française.

Quant aux ouvrages généraux, on mentionnera le Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle de Gustave Chaix d'Est-Ange, suivi d'une riche bibliographie citant de nombreux ouvrages régionaux ou spécialisés.

On recense, dans les différentes éditions du Bottin mondain, des familles bourgeoises parmi les plus notables de la période contemporaine. On retrouve aussi leurs noms dans les listes des membres des cercles à vocation élitiste[7].

Liste alphabétique de familles subsistantesModifier

Cette liste n'a pas vocation à l'exhaustivité : elle ne retient que les noms des familles d'ancienne bourgeoisie, n'ayant bénéficié d'aucun anoblissement ni titre nobiliaire français, régulier et héréditaire (reçu avant ou après la Révolution) — et dont un membre au moins s'est vu consacrer une page sur Wikipédia.

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Critères de notabilitéModifier

Les « familles d'ancienne bourgeoisie française », ou « familles françaises notables anciennes », se reconnaissent principalement par les charges ou fonctions[28] occupées par leurs ascendants agnatiques avant 1789, selon la liste suivante qui se veut exhaustive :

  • Charges juridiques et judiciaires
    • Tabellion, notaire royal
    • Avocat, procureur au siège présidial ou au Parlement,
    • Procureur du roi,
    • Conseiller à la cour des aides, des monnaies, à la chambre des comptes
    • Conseiller au siège présidial
    • Bailli de robe longue, sénéchal
    • Lieutenant de police
  • Charges fiscales
    • Fermier général
    • Receveur des tailles, des capitations
    • Receveur des dimes, des décimes
    • Receveur, officier au grenier à sel
    • Officier ou juge d'une gruerie (Eaux et forêts)
    • Receveur, contrôleur des traites foraines, et autres droits de douane
  • Charges de gestion
    • Procureur fiscal d'une terre noble (espèce d'administrateur seigneurial)
  • Charges financières
    • Trésorier-payeur des rentes, des gages
    • Contrôleur ordinaire des guerres
    • Commissaire ordinaire des guerres
  • Autres charges et fonctions
    • Ingénieur des bâtiments du roi
    • Recteur d'université
    • Médecin des hôpitaux
  • Charges électives
    • Député du tiers-état aux États généraux de 1789
    • Maire d'une ville grande ou moyenne (au moins l'équivalent d'une sous-préfecture actuelle)
    • Échevin, consul d'une ville grande ou moyenne (idem)
  • Fonctions commerciales et industrielles
    • Armateur de navires de commerce océanique
    • Banquier
    • Négociant (d'une surface significative)
    • Maitre de forges
  • Fonctions militaires
    • Officier dans l'armée, la marine
  • Fonctions ecclésiastiques
    • Évêque
    • Abbé (supérieur d'une abbaye)
  • Autres cas
    • Propriétaire terrien rentier, en métropole et outre-mer
    • Propriétaire d'une terre noble (seigneurie)
    • Armes enregistrées dans l'Armorial de 1696

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Louis de Flichy (1640-1701), receveur de la seigneurie du Beslay, Vincent Flichy de la Neuville (1681-1733), écuyer, Gilles de Flichy (1695-1755), écuyer, officier serdeau du roi
  2. Plusieurs juges-châtelains et maires de Saint-Galmier sous l'Ancien Régime et la Restauration, un député au XXe siècle
  3. Gérard de Heinzelin de Braucourt, décédé en 1686, gentilhomme verrier à Aubréville
  4. Pierre Ozanam (1615-1679), receveur des terres de la seigneurie de Bouligneux.
  5. Jean-François Thierry (1743-1804), régisseur des douanes, Hangard, (Somme)

Références groupéesModifier

Chaix d'Est-Ange
  1. t.1, p.193, Andoque de Sériège (d')
  2. t.17, p.46-47, Faget de Casteljau (de)
  3. à compléter
Jougla de Morenas
Tallandier 2008
  1. Tallandier 2008, p.102

Autres référencesModifier

  1. a b et c « Encyclopédie Larousse en ligne - bourgeoisie », sur larousse.fr (consulté le 7 octobre 2020).
  2. La Réforme Sociale, Les classes sociales sous l'Ancien Régime, René de France, Page 447
  3. Mémoires de la Société des antiquaires du Centre, vol. 12, Bourges, Société des antiquaires du Centre, (lire en ligne), p. 20.
  4. André Delavenne (préf. le Duc de Brissac), Recueil généalogique de la bourgeoisie ancienne, Éditions S.G.A.F., (lire en ligne)
  5. La Bourgeoisie selon le dictionnaire généalogique d'André Delavenne, Jacques Houdaille, Population, 1988, page 311-329
  6. a et b Xavier de Montclos, L'ancienne bourgeoisie en France du XVIe au XXe siècle, Éditions Christian, , 258 p. (ISBN 9782864961352, présentation en ligne)
  7. Baron de Tully, Annuaire des grands cercles et du grand monde, Paris, A. Lahure, (lire en ligne).
  8. Réunion de la Noblesse Pontificale, Annuaire des membres au 1er mars 2013
  9. Charondas, Le Cahier noir, édition Patrice du Puy, 2015, sans pagination. Famille issue de Pierre Courcol et qui donna des bourgeois et des échevins à la ville d'Arras. La famille actuelle est issue de Pasquier Courcol, fermier de l'abbaye d'Estrien. Les Courcol ont acheté la terre de Bailliencourt au XVIe siècle et ne se rattachent pas à l'ancienne famille noble de Bailliencourt.
  10. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao et ap Henri Frotier de La Messelière, Filiations bretonnes, St-Brieuc, 1912-1925
  11. Arnaud Clément, La noblesse française, Acadomia, 2020, page 85. La famille actuelle ne descend pas de la branche qui a été anoblie au XVIIIe siècle.
  12. a b c d e f g h et i Henri Beauchet-Filleau et Charles de Chergé, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou (de A à L), Poitiers, 1909
  13. a b c et d Charondas, Le cahier noir.
  14. Philippe du Puy de Clinchamps, La noblesse, collection Que sais-je ?, numéro 830, PUF, 1959, page 88
  15. Charondas, Le Cahier noir, Patrice du Puy éditeur, 2015
  16. Michel Sementéry, Les Présidents de la République française et leur famille, éditions Christian, 1982.
  17. Achille Leymarie, Histoire du Limousin : la bourgeoisie, , 492 p. (lire en ligne), p. 429.
  18. Le simili-nobiliaire français, Pierre-Marie Dioudonnat, Sédopols, Paris, 2012
  19. Voir l'article consacré à cette famille pour plus de détails sur le désaccord entre les auteurs sur la question.
  20. Lalive, La Live, Lalive d'Epinay - Site généalogique et héraldique du Canton de Fribourg [les actuels porteurs du nom, de nationalité française et suisse, descendent de Rosalie Lalive d'Épinay (1781-1860) et de Jean-Joseph Folly (1787-1867)].
  21. http://mesnil.saint.denis.free.fr/mathieu%20de%20reichshofen.htm
  22. échevin d'Auxerre en 1572, cité dans Histoire de la prise d'Auxerre par les huguenots et de la délivrance de la même ville, Jean Leboeuf, 1723
  23. « Famiglia du MESNIL du BUISSON (fasc. 6013) », sur www.archiviodistato.firenze.it (consulté le 15 avril 2019)
  24. http://www.boofzheim-fr.com/id16.htm
  25. André Delavenne, Recueil généalogique de la bourgeoisie ancienne, tome II, 1954
  26. Charondas, Un juge d'armes au Jockey-club, ICC, 2000, non paginé.
  27. Annuaire de la Réunion de la Noblesse Pontificale (RNP), année 2013.
  28. Les collections de l' État de la France et de l' Almanach royal donnent un aperçu objectif des personnes exerçant une de ces charges.

BibliographieModifier

Recueils de généalogiesModifier

Recueils nationauxModifier

  • Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, lettres A à Gau, Evreux, 1903-1929
  • Henri Jougla de Morenas et Raoul de Warren, Grand Armorial de France, 7 tomes, Paris, 1934-1952
  • André Delavenne, Recueil généalogique de la bourgeoisie ancienne, Paris, 1954

Recueils régionauxModifier

  • Frédéric Mireur, Le tiers Etat à Draguignan, Draguignan, impr. de Latil frères, 1910
  • Henri Frotier de La Messelière, Filiations bretonnes, 6 tomes, St-Brieuc, 1912-1925
  • Hubert de Vergnette de Lamotte, Filiations languedociennes, 3 volumes, Mémodoc, Versailles, 2006
  • Jean-Louis Ruchaud (dir.), Généalogies limousines et marchoises, 21 volumes, Editions Régionales de l'Ouest, 1982-2019
  • Gilles Le Barbier de Blignières (dir.), Généalogies périgourdines, 3 volumes, Patrice du Puy éditeur, Paris, 2014-2019
  • Aymar d'Arlot de Saint-Saud, Généalogies périgourdines, 4 volumes, Bergerac, 1898-1942
  • Bernard Mayaud, Recueils de généalogies angevines, 16 volumes, Nantes, 1981-1996
  • Henri Beauchet-Filleau et Charles de Chergé, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou (de A à L), Poitiers, 1909
  • Maurice Albert Léo Delcer de Puymège, éd. À la vieille France
    • Les vieux noms de la France Méridionale et Centrale (1939)
    • Les vieux noms de la France de l’Ouest (...) et d'outremer (1954)

Recueils de notices familialesModifier

  • Pierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire français, éd. Sédopols, Paris, 2012
  • Dictionnaire de la vraie / fausse noblesse, éd. Tallandier, Paris, 2008
  • Charondas, Le cahier noir

Monographies, essaisModifier

  • André Guirard, Les Anciennes Familles de France, 1930
  • Augustin Hamon, Les maîtres de la France, 1938
  • Yves Durand, Les fermiers généraux au XVIIIe siècle, 1971
  • Xavier de Montclos, L'ancienne bourgeoisie en France, éditions A&J Picard, 2013
  • Mathieu Marraud, De la Ville à l'État. La bourgeoisie parisienne XVIIe – XVIIIe siècle, Paris : Albin Michel, 2009
  • Jean Duma (dir.), Histoires de nobles et de bourgeois. Individus, groupes, réseaux en France, XVIe – XVIIIe siècles, Paris : Presses Universitaires de Paris Ouest, 2011
  • Nicole Brondel, « L’Almanach royal, national, impérial : quelle vérité, quelle transparence ? (1699-1840) », dans Bibliothèque de l'École des chartes, 166/1, 2008

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier