Familles anciennes de Constantine

Les familles anciennes de Constantine (aussi appelées « beldia »)[1] sont un groupe social à identité propre, composé de familles ayant habité Constantine depuis l'arrivée des Ottomans, et bien avant l'arrivée massive de migrants à la suite des mouvements d'exode rural du XXe siècle. Elles se caractérisent par une culture citadine propre, et d'un art de vivre à Al andalous avec ses codes propres, héritage d'un métissage arabo-andalou et ottoman[réf. nécessaire].

Caractéristiques culturellesModifier

MusiqueModifier

Le patrimoine citadin de Constantine est marqué par le malouf, musique arabe-andalouse qui se réclame de l'école de Séville[2]. C'est l'une des trois principales écoles de musique arabo-andalouse d'Algérie, avec Tlemcen et Alger. Le barwal est aussi une forme poétique d'expression citadine qui demeure pratiquée à Constantine.

Les fkirettes ainsi que les Banoutates sont des orchestres féminins traditionnels (chanteuses et musiciennes) qui officient lors des mariages[3].

Traditions et coutumesModifier

Rite de la NachraModifier

Les Constantinoises (musulmanes et juives) se retrouvent pour un rituel dédié à Sidi Mohamed Leghrab, qui s'est opposé à Salah Bey et qui a ressuscité sous la forme d'un corbeau. Une légende dit que ce corbeau hante toujours la résidence d'été de Salah Bey. La Nachra se déroule dans une grotte et dans des bassins. Durant ce rite festif, les femmes font des mouvements, entrent en transe et prononcent des vœux. Ce rite très ancien était aussi réalisé à Sidi M'cid et dans d'autres bassins et lieux de Constantine[4].

MawlidModifier

La célébration du Mawlid durait une semaine entière durant laquelle l'accent était mis sur la religiosité avec des réunions de cheikhs dans les zaouias de la ville ainsi que des concours de récitation du Coran et de connaissances religieuses[5]. C'était l'occasion de préparer la Tchekhtchoukha en grandes quantités, une partie étant donnée en aumône[5]. Une tradition constantinoise consistait à acheter la Kachkcha (mélange de fruits secs tels que des figues, des amandes, des pistaches...) que les enfants adoraient[6]. Le soir, les bougies étaient allumées dans les maisons et la famille constantinoise entonnait des chants tels que "Zad Ennabi", accompagnés par le bendir[5].

LangueModifier

Le parler citadin constantinois a quasiment disparu. Ce parler est issu des orientaux (aristocratie arabe) qui sont venus au VIIIe siècle et qui se sont installés à Constantine ainsi que dans les principaux centres urbains du Maghreb. Il fait partie des dialectes préhilaliens, issus de la première vague d'arabisation survenue au VIIIe siècle. Ce parler constantinois a reculé au profit de l'arabe hilalien des hauts plateaux (dialectes hilaliens datant des XIe et XIIe siècles)[7].

ArtisanatModifier

La broderie constantinoise est caractérisée par sa pièce maîtresse : la « gandoura qatifa » (« qatifa » signifiant « velours » en arabe) portée par les femmes lors du mariage. Les femmes de Constantine portent la M'laya, un long voile noir (contrairement au haïk qui est blanc)[8]. Constantine est reconnue pour une pratique très ancienne : la distillation d'eau de rose (rituel du « quattar ») et de fleurs d'oranger qui a lieu chaque année au printemps[9].

Art culinaireModifier

Le café à Constantine, traditionnellement, ne se prend jamais sucré, toujours parfumé par l'eau de fleur d'oranger[3]. Le café est un mets qui se déguste en milieu d'après-midi. Ce café, le Kahouat el Asr, rassemble la famille constantinoise autour du café et de gâteaux[10].De nombreux gâteaux sont des spécialités traditionnelles de Constantine, tel que la jawzia préparée à base de miel, venue d'Irak qui a été introduite par les Ottomans à Constantine, la recette ayant été changée au fil du temps[11].

On recense divers plats comme étant des spécialités de Constantine. Parmi ceux-là on trouve le tlitli, longs grains de pâte se consommant généralement avec une sauce blanche, parfois rouge, du poulet, de l'agneau, des boulettes de viande, des œufs et des pois chiches. De même, la trida, petits carrés de pâte cuisinés en sauce blanche, accompagnés d’œufs, de poulet, de viande d'agneau, de boulettes et de pois chiches.

FamillesModifier

C'est une liste non exhaustive dans l'ordre alphabétique :

  • Abdelmoumène[12] (installée à Constantine depuis le milieu du XVe siècle)
  • Acheuk-Youcef[12]
  • Ali-Khodja[12]
  • Amine-Khodja[12]
  • Bachagha[12]
  • Bachkhaznadji[12]
  • Bachtarzi[12] (famille turque originaire d'Alger, installée à Constantine à la fin du XVIIIe siècle)[13]* Belattar
  • Belahmadi (famille noble d’origine morisques Andalouse installé à Constantine à la chute du Royaume de Grenade)[14]
  • Belbey[12]
  • Beldjoudi[12]
  • Belguechi[12]
  • Belhadj-Mostefa[12]
  • Belkhodja[12]
  • Benabdallah-Khodja[12]
  • Benachour[12]
  • Benaïssa[12] ( originaire de béni Fergan, descendants de Sidi Ali Benaïssa )
  • Benazzouz[12] (famille propriétaire terriens chérifienne)
  • Benbadis[12](famille d'el oulémas )[1]
  • Benbakir[12]
  • Noui[15]
  • Bencharif[12]
  • Bencheikh-el-Fegoun[12] (gardien de la ville à la période pré-ottomane, famille aristocrate de propriétaires terriens à Constantine)
  • Bendjelloul[12] (famille d'oulémas descendants de Saleh bey)[1]
  • Benelbedjaoui[12]
  • Benlkoreichi[12]
  • Benloucif[12] (famille de koulouglis propriétaires terriens présence attestée depuis 1680)
  • Benenglizbey[12] ( descendants du bey Hadj Mostefa dit Engliz bey )
  • Benghezal[12] (présence à Constantine attestée depuis le XIXe siècle, famille d'origine Turque)
  • Benkara[12]
  • Benhacine (présence à Constantine attestée depuis 1570)[12]
  • Benmosbah (famille de mufti aux XVIe et XVIIe siècles)[13]
  • Bennamoun[12](famille de religieux mais aussi du makhzen beylical)[1]
  • Benslama <famille Arabe>
  • Benotmane (famille d’origine turque)+
  • Bentchikou[12]
  • Bentobbal[12]
  • Benmati
  • benmebarek
  • Elhadef-El-Okki[12](originaire de bilad-al-cham)[1]
  • kara[12]
  • Kara-Ali[12]
  • Karabaghli[12]
  • kara-Mostefa[12]
  • Khaznadar (famille originaire de l'île de Chio, installée à Constantine depuis 1821[16])
  • kherouatou[12]
  • Koutchouk Ali[12](famille d'origine turque: dynastie beylicale turkmène des Dulkadir, sud-est de l'Anatolie)[1] famille du makhzen beylical[13]
  • Louadfel[12](aussi orthographié « Benouadfel » ou « Ouadfel »)[12] famille de légistes
  • Massali[12]
  • Merrakchi[12]
  • Nemdil (famille d'origine turque dont le wali salah "Sidi nemdil" y appartient, originaire de la mechta beni nemdil a Constantine [17])
  • Roudesli[12]
  • Tchanderli-Braham[12] (aristocratie Turque, originaire d'Izmir en Turquie)
  • Zair [12]
  • Benouataf[12]
  • Benabderrahmane [12] (Dit Benzarka )
  • Zermane[12]

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f Isabelle Grangaud, « La ville imprenable. Histoire sociale de Constantine au XVIIIème siècle », sur tel.archives-ouvertes.fr,
  2. Baron Rodolphe d'ERLANGER: La musique arabe, Paris, Paul Geuthner, t.VI, 1959
  3. a et b « Traditions », sur www.constantine-hier-aujourdhui.fr (consulté le 18 juillet 2020)
  4. Abdelmadjid Merdaci, Constantine: cité des vertiges/texte Abdelmadjid Merdaci ; photogr. Kouider Métaïr, Paris, Paris-Méditerranée, , 160 p. (ISBN 2-84272-238-8), p100-101
  5. a b et c « Les traditions se perdent », sur Djazairess (consulté le 9 juin 2020).
  6. sofiane, « A Constantine : la célébration a perdu de son charme », sur Vitaminedz.com, (consulté le 9 juin 2020).
  7. « SUBSTRAT ET CONVERGENCES : LE BERBÈRE ET L'ARABE NORD-AFRICAIN », sur Scribd (consulté le 9 juin 2020).
  8. « La M'laya », sur www.constantine-hier-aujourdhui.fr (consulté le 18 juillet 2020)
  9. « Eau de rose et de fleurs d'oranger », sur www.constantine-hier-aujourdhui.fr (consulté le 18 juillet 2020)
  10. http://www.elmoudjahid.com/fr/mobile/detail-article/id/17382
  11. http://www.elmoudjahid.com/fr/mobile/detail-article/id/44231
  12. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao ap aq ar as at au et av Fatima-Zohra Guechi, Constantine, Constantine, Média-Plus, , 230 p. (ISBN 978-9961-922-72-9)
  13. a b et c "La ville imprenable. Histoire sociale de Constantine au XVIIIe siècle" d'Isabelle Grangaud
  14. (en) Hugh N. Kennedy, Muslim Spain and Portugal, Londres, , p. 58
  15. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées “Guechi”
  16. « Les feux de la haine », sur Djazairess (consulté le 9 juin 2020).
  17. « la machta beni nemdil a Constantine », sur gallica.bnf.fr (consulté le 14 janvier 2021).

Articles connexesModifier