Famille d'Estouteville

famille noble normande

Famille d'Estouteville
Image illustrative de l’article Famille d'Estouteville
Armes de la famille.

Blasonnement Burelé d'argent et de gueules de dix pièces au lion de sable armé, lampassé et couronné d'or, brochant sur le tout.
Période XIe – XVIe siècle
Pays ou province d’origine Drapeau du Duché de Normandie Duché de Normandie
Fiefs tenus Chanteloup
Demeures château de Valmont
Fonctions militaires Maître des Arbalétriers

La famille d'Estouteville (prononcez /de.tut.'vil/) est une ancienne famille de la noblesse normande, originaire du pays de Caux entre Fécamp, Saint-Valery-en-Caux et Yvetot, avec les domaines de Valmont (berceau de la famille), Etoutteville, Estoutevillette, le manoir d'Estouteville aux Loges, ainsi qu'à Estouteville en Bray.

À la suite de la conquête normande de l'Angleterre (1066), ses membres anglo-normands deviennent les Stuteville. Une branche de la famille s'installe également en Italie du sud, dans la région de Naples, où elle donne naissance à la famille Tuttavilla[1],.

HistoriqueModifier

 
Gisant de Nicolas, relevé par Roger de Gaignières.
 
Robert d'Estouteville, chevalier, mort en 1321 et Marguerite de Hotot, sa femme, morte en 1360, gisant de l'abbaye de Valmont.

Robert Ier (fin du XIème siècle)Modifier

Robert Ier d'Estouteville[2] est seigneur de Valmont et d'Etoutteville en pays de Caux.

Il serait le fils d'un Robert Grondebœuf, peu assuré, qui aurait combattu avec Guillaume le Conquérant (à moins que ce soit plutôt lui-même dans sa jeunesse ? ; il aurait alors pu voir le jour entre 1140 et 1150).

Il a peut-être épousé une femme nommée Blanche ou Béatrice, peut-être la sœur d'Alain de Rieux, fils de Guéthénoc, qui aurait lui-même épousé une sœur de Robert, Amaurie d'Estouteville. Robert et Amaurie auraient une autre sœur, Mathild (Mahaut/Maude) d'Estouteville, qui serait la femme de Gilbert Talbot[3].

Entre 1088 et 1100, il reçoit du roi d'Angleterre Guillaume le Roux[4], la majeure partie des fiefs de Hugues Fitz Baldric dans le Yorkshire[5].

Robert Ier d'Estouteville est un fidèle de Robert Courteheuse qu'il accompagne en 1096 à la première croisade.

Il semble avoir été impliqué dans la guerre entre le duc Robert Courteheuse[6]) et son frère le roi Henri Beauclerc[7].

En 1105 se profile la guerre fratricide qui va opposer Henri Beauclerc à son frère Robert Courteheuse. Robert d'Estouteville renforce alors ses châteaux du pays de Caux[8]). Il est probable qu'il a substitué aux fortifications de terre et de bois de Valmont (Seine-Maritime), un donjon de pierre[9].

Après le combat de Saint-Pierre-sur-Dives, il est fait prisonnier en 1106 lors de la bataille de Tinchebray. Henri, vainqueur, s'empare alors du duché de Normandie et Robert Courteheuse est détenu jusqu'à sa mort en 1134 dans une prison anglaise. Toutes ses[pas clair] possessions anglaises sont confisquées[7].

De Robert II à Robert IVModifier

  • Robert II, fils du précédent (mort après 1138), représente la génération suivante, revenue en faveur auprès de Beauclerc (roi de 1100 à 1135, duc de 1106 à 1135) et/ou d'Étienne (roi de 1135 à 1154). Il serait dans l'armée anglaise lors de la bataille de l'Étendard au mois d'août 1138 contre l'Écosse du roi David Ier. Il épouserait 1° Jeanne Talbot dame de Cleuville, qui serait une petite-fille de Richard Ier Talbot, le frère aîné de Gilbert Talbot rencontré plus haut, d'où :

C'est avec leurs deux fils, Robert V (ou VI) († v. 1334) et Estout († v. 1308), que la maison d'Estouteville se divise en deux branches fondamentales.

La branche aînée après Robert IVModifier

Robert V (VI) († v. 1334), époux en 1311/1320 de Marguerite/Marie d'Hotot/Hautot-sur-Dieppe[12], dame de Bernouville/Berneval, Vasqueil et probablement de Lammerville[13], est la souche de la branche aînée des sires d'Estouteville, Valmont et Cleuville :

  • Jean III d'Estouteville (1483-1517), fils de Jacques et Louise d'Albret, vicomte de Roncheville, x 1509 sa cousine germaine Jacqueline d'Estouteville dame d'Hambye, Bricquebec, Gacé et Moyon ci-dessus : d'où la duchesse Adrienne d'Estouteville vue plus loin

La branche cadette (Estoutemont et Torcy)Modifier

Estout d'Estouteville († vers 1308), frère cadet de Robert V, est l'origine de la branche cadette de la famille, celle des sires d'Estoutemont et de Torcy : branche vue plus en détail à l'article Robert (vers 1410-1479). Appartiennent à cette branche : son fils < Jean II († entre 1356 et 1380 ; sa 1° épouse fut Jeanne de Fiennes ), père de < Nicolas/Colart II († 1415 à Azincourt ; sire de Beynes par son gendre Robert L'Estendart, et de Blainville par sa femme Jeanne/Blanche de Mauquenchy de Blainville, fille du maréchal Jean Mouton), et père aussi des prélats Guillaume et Thomas qui suivent :

Ils sont les oncles de :

  • Anne d'Estouteville a épousé Godemar du Fay (deuxième du nom) fils de Pierre du Fay et de Julienne de Poitiers, cette famille était installée en Lorraine au XVIIe siècle[20].

Jean III, seigneur de Torcy (1404-1494)Modifier

Jean III d'Estouteville, seigneur de Torcy, Ondeauville (Doudeauville) et Blainville, etc., né vers 1404/1405 et mort le , est le fils de Guillaume d'Estouteville (1379-), chevalier, seigneur de Torcy, Blainville et Estouttemont, Beynes, baron d'Ivry, etc. et de Jeanne d'Ondeauville (Doudeauville) (?-1449) dame de Conches, Novion et Caumartin, fille de Jean du Bois dit «Mansart», seigneur de Doudeauville, Raincheval et Novion, et de Jeanne de Créquy[21],[22].

Frère de Robert VII d'Estouteville, Jean d'Estouteville était chambellan du Roi, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, prévôt de Paris, capitaine du château de Caen et maître des Arbalétriers de France.
Il avait 17 ans lorsque le roi d'Angleterre lui rendit en 1422, ainsi qu'à ses frères, les biens qui avaient été confisqués sur son père, pour avoir tenu le parti du roi de France.
Étant depuis rentré au service du roi, il l'établit à la garde de Fécamp et d'Harfleur. Il fut établi prévôt de Paris, en , mais se démit peu de temps après de cette charge en faveur de son frère Robert et fut nommé chambellan du Roi[23].

Il commanda les francs-archers au secours de Tournai et au retour fut pourvu de la charge de Maître des Arbalétriers de France en 1449, qu'il exerça jusqu'en 1461.
Il sert lors de la conquête de la Normandie en 1449 et 1450 et se trouve à la bataille de Formigny. Il est également présent à la bataille de Guinegatte, en 1479.
Il meurt le à l'âge d'environ 90 ans[24].

Il est le fondateur de la Collégiale de Blainville (5 janvier 1489).

Jean d'Estouteville avait épousé Françoise de La Rochefoucauld, dame de Monbazon, fille d'Aymar de La Rochefoucauld, seigneur de Montbazon, Sainte-Maure et Nouâtre, et de Jeanne de Partieul-Martreuil dame d'Aizie[25], Hérisson, et de La Saisine, La Libordière, Leigné, Argentières, Le Plessis-Olivier.
Ils eurent un fils unique :

Postérité du nom d'Estouteville après l'extinction de la familleModifier

 
Armes de François II et de Marie II de Bourbon-Saint-Pol. L'écu écartèle les fleurs-de-lys et la bande des Bourbon et le burelé et le lion des Estouteville.

La dernière descendante de la famille est Adrienne d'Estouteville ( - † à Trie), fille de Jean III et Jacqueline d'Estouteville[26], épouse en 1534/1535 du comte François Ier de Bourbon-Saint-Pol. La seigneurie d'Estouteville est alors érigée en duché d'Estouteville. Adrienne d'Estouteville et François de Bourbon-Saint-Paul ont deux enfants, qui reprennent les armes des Estouteville :

Le titre de duc d'Estouteville s'éteint en 1707, mais les descendants de la famille continuent à prétendre au titre (en fait, ils ne seront que seigneurs du duché de Longueville). Le prince de Monaco est l'actuel prétendant au titre de duc d'Estouteville.

Les possessions de la familleModifier

Liste par ordre alphabétique et non exhaustive des possessions tenues en nom propre ou en fief de la famille d'Estouteville :

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Jacques Le Maho, « L'apparition des seigneuries châtelaines dans le Grand Caux », in Archéologie médiévale, tome VI, 1976, p. 60.
  • Gabriel de La Morandière, Histoire de la maison d'Estouteville en Normandie, 1903, 663 p., [lire en ligne].]
  • Christophe Piel, « Clientèles nobiliaires et pouvoir royal. Les Estouteville, de l’occupation anglaise à la Ligue du Bien Public (vers 1415-vers 1465) », in Hypothèses, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 137-144, [lire en ligne].

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • (en) Charles Cawley, « Seigneurs d'Estouteville », sur Foundation for Medieval Genealogy (consulté en )
  • [PDF] « Estouteville » sur le site racineshistoire.free.fr
  • Des papiers de la famille d'Estouteville et la Nougarède sont conservés aux Archives nationales, à Pierrefitte-sur-Seine, sous la cote 17AP : Inventaire du fonds

Notes et référencesModifier

  1. (it) Nobili Napoletani : Famiglia Tuttavilla.
  2. Parfois appelé Robert II, si on fait de Robert Grondeboeuf un Robert Ier. Dans ce cas, toute la numérotation est décalée pour les « Robert d'Estouteville »
  3. Nos connaissances généalogique sur cette première génération sont peu assurées.
  4. Fils cadet de Guillaume le Conquérant, il règne de 1087 à 1100, après son père qui règne entre 1066 et 1087.
  5. Paul Dalton, Conquest, Anarchy and Lordship: Yorkshire, 1066-1154, Cambridge University Press, 2002, p. 81-83
  6. Fils aîné du Conquérant, il est duc de Normandie de 1087 à 1106.
  7. a b et c Sidney Painter, « The Family and the Feudal System in Twelfth Century England », Speculum, vol. 35, no 1 (1960), p. 7.
  8. Selon Orderic Vital.
  9. Sources:1°) Gabriel de la Morandière, Histoire de la Maison d'Estouteville en Normandie, Paris, Delagrave, . 2°) Orderic Vital, Historiæ ecclesiasticæ libri tredecem De Ordericus Vitalis, Benjamin Edme Charles Guérard, Léopold Delisle, p. 438)
  10. « Les Remparts de Gommerville : Rames, par Gilloudifs, 2019 », sur Remparts de Normandie
  11. « Les seigneurs du Bouchet en Vendômois », sur FranceBalade : Les Seigneurs du Haut Vendômois
  12. « Les remparts de Hautot-sur-Mer, par Gilloudifs, 2017 », sur Remparts de Normandie
  13. « Lammerville, village cauchois (aperçu) », sur Un village cauchois, Lammerville, par Pierre Jamme, aux Editions Bertout-Luneray, 1992
  14. Jean Vallery-Radot, « 3e excursion. Valmont », Congrès archéologique de France, 89e session tenue à Rouen par la Société française d'archéologie en 1926, Picard, Société générale d'imprimerie, 1927, p. 404
  15. « Guillaume d'Estouteville, évêque d'Evreux, p. 257 », sur Histoire civile et ecclésiastique du comté d'Evreux, par Pierre Le Brasseur, chez François Barois, à Paris, 1722
  16. « Guillaume d'Estouteville-Torcy (IV comme évêque d'Auxerre), p. 255 », sur Histoire chrétienne des diocèses de France, par le chanoine Jean-Louis-Auguste Clavel de St-Geniez, t. Ier, chez Louis Vivès, à Paris, 1855
  17. « Les Remparts de Roncheville, par Gilloudifs, 2018 », sur Remparts de Normandie
  18. Archives départementales Yvelines et de l'ancienne Seine-et-Oise, Série E, Inventaires, Notariat, 1348-XVIIIe siècle, AD 78 (lire en ligne), p. 15
  19. Mauduit, François-Joseph (1821-1892), Histoire d'Ivry-la-Bataille et de l'abbaye de Notre-Dame d'Ivry, d'après les notes et pièces inédites recueillies par feu M. F.-J. Mauduit, rédigées et classées par un membre de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, Evreux, Impr. de C. Hérissey, , 609 p. (lire en ligne), p. 233
  20. Notice de la Lorraine d'Augustin Calmet p. 360.
  21. [PDF] « Maison d'Estouteville », sur le site racineshistoire.free.fr, page 15.
  22. E. Montrot, Sainte-Maure de Touraine, p. 102 (présentation en ligne)
  23. Jean-Louis Chalmel, Histoire de Touraine jusqu'à l'année 1790, Volume 3, page 189 (présentation en ligne).
  24. Le Grand dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée...., page 787 (présentation en ligne).
  25. « Aizie-baronnie, par Patrice Lucquiaud, 2009 », sur C.G.C.P., les Cyber-Généalogistes de Charentes Poitou
  26. Jirí Louda, Michael McLagan, Lines of Succession: Heraldry of the Royal Families of Europe, Londres, Little, Brown and Co. (réimpr. 2nde éd. 1999), « table 68 ».