Famille Mégard (imprimeurs)

imprimeurs et libraires de Rouen
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mégard.

Logo de la maison d'édition
Marque « Mégard & Cie » dans un livre de 1874, utilisée au moins depuis 1851.
Repères historiques
Création 1804
Disparition 1908
Fondée par Jean-Baptiste dit Sébastien Mégard (1779-1844)
Fiche d’identité
Statut imprimeur-libraire
Siège social Rouen (France)
Spécialités Catholicisme, littérature pour la jeunesse
Collections « Bibliothèque morale de la jeunesse » (dès 1850)

Les Mégard forment une famille d'imprimeurs et de libraires de Rouen actifs durant tout le XIXe siècle. Les éditions de la « Maison Mégard » auraient produit 11 millions de livres pour la jeunesse entre 1850 et 1900[1]. Les livres imprimés et édités portent diverses mentions, dont : « Chez Mégard, Imprimeur-Libraire », « impr. de Mégard », « Imprimerie Mégard et Compagnie », « impr. de Mégard et Cie, Libraires-Éditeurs à Rouen », « Maison Mégard ».

GénéalogieModifier

Cette branche de la famille Mégard est originaire de Bellencombre (proche de Bosc-le-Hard, Seine-Maritime)[2].

HistoriqueModifier

Jean-Baptiste dit Sébastien Mégard est le fils d'un menuisier de Rouen. Il est bachelier ès lettres puis travaille chez Nicolas Labbey (imprimeur dès 1791). Il épouse une fille de Labbey et reprend son commerce vers 1804 (il est appelé « gendre et successeur de N. Labbey »)[4]. Jean-Baptiste obtient des brevets de libraire en 1813, d'« imprimeur en lettres » en 1815 (pendant les Cent-Jours) et de lithographe en 1829[5]. Il rachète l'imprimerie de Nicolas Herment et succède à celui-ci en 1815.

En 1827, Jean-Baptiste Mégard vend sa librairie (et cède son brevet) à son fils Sébastien, mais continue l'exploitation de l'imprimerie. En 1833, l'imprimerie Mégard emploie 20 ouvriers[5]. Sébastien reprendra le brevet d'imprimeur à la mort de son père en 1844.

Dès 1857, Pierre Eugène Vimont a acquis l'entreprise de Sébastien Mégard, désormais exploitée sous le nom « Mégard et Cie », et il reprend les brevets d'imprimeur et de libraire en 1860. Ernest Mégard, fils de Sébastien, reprend les brevets de libraire et d'imprimeur après le décès de Pierre Vimont en .

À la fin du XIXe siècle, Léon Mégard a repris l'entreprise[6].

Les derniers documents mentionnés au catalogue de la BNF sont un livre (Henri Thiellé, Traitement de la tuberculose…, 1905), de nombreuses lettres pastorales jusqu'en 1907, et la série Le Messager pour l'an 19.. : contenant des prédictions pour chaque mois, les évènements… semble avoir été publiée jusqu'en 1908[7].

Complexité des transmissionsModifier

L'acquisition d'un commerce, l'obtention d'un brevet et la pratique d'une profession sont trois événements différents (et trois sources d'informations potentielles).

Nicolas Labbey (?-1841) pratique l'imprimerie dès 1779 après avoir été lui-même commis de libraire, il est aussi marchand de papier[8]. Une de ses filles épouse (Laurent) Thierry Joseph Le Crêne en 1801, une autre fille épouse Sébastien Mégard. Labbey aurait remis son commerce à ses deux beaux-fils entre 1801 et 1804. En 1814, on trouve une demi-douzaine de livres imprimés par « Lecrêne-Labbey » ou par « Impr. de Herment », et qui portent simultanément l'indication « À Rouen, Chez Mégard » apparemment en tant que libraire-éditeur[9]. Un livre publié en 1811 porte l'indication « Chez Mégard, Libraire, Successeur de N. Labbey »[10]. Ainsi Sébastien Mégard aurait d'abord repris l'activité de libraire de son beau-père, avant d'avoir l'occasion d'acheter l'imprimerie Herment en 1815.

Le Crêne obtient ses brevets d'imprimeur en 1811 et de libraire en 1818, il restera dans la profession et acquiert l'imprimerie Trenchard vers 1833, y compris un brevet d'imprimeur qui reste inutilisé. Il démissionne et cède ses brevets de libraire et d'imprimeur à Adolphe Mégard le (lequel a cédé à Narcisse Niel un brevet d'imprimeur trois jours auparavant). Adolphe, frère cadet d'Ernest Mégard, est donc aussi un imprimeur-libraire (il se trouve à la même adresse que son père en 1844 et son grand-père en 1823 : 200 rue Martainville, monument historique depuis 1956[11]).

Littérature pour la jeunesseModifier

La collection « Bibliothèque morale de la jeunesse » débute en 1850 et publie jusqu'au début du XXe siècle, elle comprend des romans, des livres d'histoire (vulgarisation) et des « récits édifiants ». Avec environ 2 700 titres publiés et dix millions de livres imprimés, c'est un succès important : la collection apparaît comme concurrente de la « Bibliothèque de la jeunesse chrétienne » de Mame à Tours, de la « Bibliothèque religieuse, morale et littéraire pour l'enfance et la jeunesse » de Martial Ardent à Limoges, des Éditions Lefort de Lille, des Éditions Barbou de Lyon, Limoges et Paris, ainsi que de la fameuse « Bibliothèque rose » d'Hachette à Paris[12],[13].

Un comité d'ecclésiastiques nommé par l'archevêque de Rouen révise et approuve chaque ouvrage, comme l'indiquent les éditeurs : « Aucun livre ne sortira de leurs presses, pour entrer dans cette collection, qu'il n'ait été au préalable lu et examiné attentivement, non seulement par les Éditeurs, mais encore par les personnes les plus compétentes et les plus éclairées ».

Plus de 270 auteurs collaborent à cette collection, dont les historiens Céline Fallet[14] (environ 75 titres de 1852 à 1879, 300 éditions, 1,1 million d'exemplaires), Théodore Bachelet (qui use parfois des pseudonymes Bosquet ou Mignan, neuf ouvrages, près de 200 000 exemplaires), Louis Phocion Todière, Joseph Guibout, Victor Deville ou encore le graveur Auguste Pontenier[15]. Plusieurs ouvrages sont réédités maintes fois, par exemple les 15 éditions de la Galerie des artistes célèbres de Fallet (de 1854 à 1884)[14].

BibliographieModifier

L'histoire de la Maison Mégard et de sa production au XIXe siècle y est reconstituée.
  • Michel Manson, « Mégard », dans Dictionnaire encyclopédique du livre, Électre - Cercle de la Librairie, , p. 923-924
  • Michel Manson, « Céline Fallet ou l'écriture catholique de l'histoire pour la jeunesse », dans Nicole Pellegrin, Histoires d'historiennes, Université de Saint-Étienne, coll. « École du genre / Nouvelles recherches » (no 1), , 399 p. (ISBN 9782862723723, ISSN 1952-2568, lire en ligne), p. 286-306

SourcesModifier

  • Libraires et imprimeurs. Rouen (Seine-Maritime), 1813-1881. Imprimeurs en lettres, lithographes, taille-douciers et libraires, Archives nationales, répertoire par P. Laharie, 2003, 100 p. [PDF] [Lire en ligne (page consultée le 21.8.2014)]

Notes et référencesModifier

  1. Michel Manson, Rouen, le livre et l'enfant de 1700 à 1900, INRP, 1993.
  2. « Familles françaises », Seine-Maritime, site généalogique de Maurice Mégard www.megard.com.
  3. « Mégard, Sébastien (1779 - 1844) », Thésaurus du CERL.
  4. Notice d'autorité, catalogue de la BNF.
  5. a et b Libraires et imprimeurs. Rouen ..., Archives nationales, P. Laharie, 2003.
  6. On trouve la mention « Mégard et Cie imprimeurs-éditeurs 136, rue Saint-Hilaire à Rouen, L. Mégard Succ. » dans l'ouvrage Catéchisme du diocèse de Rouen… en 1902 (CNDP). Une mention analogue figure dans L'Hôtellerie de la montagne de Céline Fallet publié vers 1891 (CNDP). L. Mégard est qualifié d' imprimeur de l'archevêché en 1902 dans Histoire du bréviaire de Rouen, par l'abbé A. Collette (Hathi Trust). En 1906, le sermon imprimé sous le titre La fonction nationale du clergé de France porte la mention « Rouen, Impr. L. Mégard ». Léon Mégard est domicilié 136 rue Saint-Hilaire dans l’Almanach de Rouen de 1902.
  7. Notice au catalogue BNF.
  8. « Nicolas Labbey », notice de la BNF.
  9. Bibliographie de la France ou, Journal général de l'imprimerie et de la librairie, 1815.
  10. Cantiques spirituels à l'usage des missions, retraites et catéchismes du diocèse de Rouen avec les prières du matin et du soir…, Nouvelle édition.
  11. « Maison », notice no PA00100986, base Mérimée, ministère français de la Culture
  12. « Joseph Guibout (1827-1873), auteur d'ouvrages d'histoire pour la jeunesse », JJB, mai 2010, sur le site pages.textesrares.com. Dont une présentation de la « Bibliothèque morale de la jeunesse » pour laquelle Joseph Guibout a écrit de 1856 à 1861.
  13. « enfance et jeunesse », extrait du Dictionnaire mondial des littératures, Larousse.
  14. a et b Michel Manson, Céline Fallet ou l'écriture catholique de l'histoire pour la jeunesse (1850-1880), 2006.
  15. Michel Manson, Rouen, le livre et l'enfant de 1700 à 1900: la production rouennaise de manuels et de livres pour l'enfance et la jeunesse : catalogue, 1993, p.117.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier