Famille Barozzi

famille noble

Barozzi est le nom d'une famille patricienne de Venise.

Armoiries de la famille Barozzi

La famille, même si elle n'a jamais fourni de doge à la Sérénissime, participa activement à la vie administrative et politique de Venise à partir du Xe siècle. Ses représentants ont souvent fait partie du Conseil des Dix, très important organe législatif, des procurateurs de Saint-Marc et ont été sollicités dans le cadre de négociations diplomatico-administratives en Grèce et en Asie mineure, comptoirs vitaux de l'économie vénitienne.

GénéralitésModifier

Le nom de Barozzi n'apparait pas dans les documents les plus anciens concernant Venise et n'est rencontré qu'à partir du Xe siècle[1]. À partir du XIIe siècle elle appartient aux principales familles de la ville[2]. Une branche de la famille, apparentée mais distincte de la famille principale basée à Venise, s'installe en Crète après son acquisition par Venise en 1204[3].

La famille Barozzi appartient à la noblesse de Venise dite Case Vecchie (« maisons anciennes »), attestée noble depuis 1297 et son nom est inscrit dans le « Livre d'or » (Libro d'Oro) de la noblesse vénitienne.

ÉtymologieModifier

Le nom italien Barozzi d'origine toscane provient du latin barus, qui veut dire courageux.

HistoriqueModifier

Selon une tradition tardive, un certain Jacopo Barozzi aurait reçu en fief d'un empereur de Constantinople les îles de Santorin et de Thirassia, en mer Égée, vers le Xe siècle[4]. Cette information a souvent été interprétée à la suite de Karl Hopf comme indiquant que Jacopo avait fait partie des compagnons de Marco Sanudo qui avait conquis les Cyclades après la chute de l’empire byzantin en 1204, et dont il aurait reçu l'île en fief. On considère cependant actuellement que la domination des Barozzi sur Santorin ne date que du début du XIVe siècle, l'île ayant été conquise au cours d'une guerre vénéto-byzantine par Jacopo II Barozzi[5], membre d'une branche installée en Crète.

Andrea Barozzi, consul de Venise à Négrepont en 1258, infligea une défaite à l'armée de Guillaume II d'Achaie au cours de la guerre de succession d'Eubée. Jacopo, son fils, fut recteur de la Canée, de Négrepont et duc de Candie vers 1301. Sa conquête de Santorin l'entraîna dans un conflit avec les ducs de Naxos qui dura plusieurs dizaines d'années et se solda par la perte définitive de l'île en 1335, le procès entre les deux familles se poursuivant cependant pendant une vingtaine d'années. Certains membres de la famille actuelle font toujours usage de titres plus ou moins fantaisistes rappelant cette période[6].

En 1463, Giacomo fut duc de Candie.

Nombreuses furent ensuite les tâches confiées aux membres de la famille Barozzi par la Sérénissime.

Membres illustresModifier

MilitairesModifier

La famille Barozzi a compté plusieurs généraux sur mer.

  • Andrea Barozzi s’est distingué à Acre contre les Génois.
  • Sorzi Barozzi s’est illustré durant la bataille de Lépante.
  • Lucas Barozzi défendit avec vaillance la Canée, en juin 1645 lorsque les Turcs débarquèrent en Crète.

EcclésiastiquesModifier

Parmi les nombreux ecclésiastiques de cette lignée, on peut citer :

  • Angelo Barozzi, patriarche de Grado en 1207 ;
  • Giovanni Barozzi, évêque de Bergamo 1449, patriarche de Venise en 1464.
  • Luigi Barozzi, archevêque de Zadar au XVIe siècle ;
  • Francesco Barozzi, mort en 1471, chanoine de Bergame puis évêque de Trévise, fut un grand jurisconsulte, bon orateur, et savant dans les lettres grecques et latines.
  • Pietro Barozzi (1441-1507) fut un humaniste réputé, évêque de Padoue.

Personnages peut-être apparentésModifier

PalaisModifier

 
Le palais Civran Badoer Barozzi sur le Grand Canal

DiversModifier

L’histoire a retenu également Elena Barozzi (1514-1580) surnommée la Barozza par sa beauté célèbre, et qui fut la maîtresse de Lorenzino de Medicis[9].

Les papes Eugène IV et Paul II étaient apparentés à la famille Barozzi[10].

À la fin du XIXe siècle, le titre de Premier Surintendant des Beaux Arts et des Biens culturels du Royaume d'Italie fut donné à Dino Barozzi[11].

La précieuse Biblioteca Barozziana, aujourd’hui conservée à Oxford, fut constitué par le mathématicien Francesco Barozzi, puis complétée par son neveu Lorenzo. Jacopo Barozzi (1561-1615) qui en hérita de son père, la vendit au comte de Pembrock, qui la légua en 1629 à la célèbre université dont il était chancelier[12].

Il existe à Argyropoulou, près de Réthymnon, une église byzantine appelée de la Panagia de Barozzi, témoignage des 200 ans d'influence de la famille sur l'île de Crète[13].

Notes et référencesModifier

  1. Schulz, 2004, p. 118
  2. Schulz, 2004, p. 119
  3. Schulz, 2004, note 46 p. 119
  4. cf par ex. Freschot,Li pregi della Nobilta' Veneta, Venise, 1682, p. 249
  5. Louise Buenger Robbert, « Venice and the Crusades », dans Kenneth M. Setton, Harry W. Hazard, Norman P. Zacour, A History of the Crusades, Volume 5 : The impact of the Crusades on the Near East, Univ of Wisconsin Press, (ISBN 0-299-09140-6, lire en ligne) p.432, citant les travaux de Silvano Borsari et de R-J Loenertz
  6. ainsi, Benedetto Barozzi s'intitule-t-il « Prince des Îles de Santorin, Thira (sic) et Nasso [1] ; Cristiano Barozzi est désigné dans la presse comme « principe di Santorini » [2] ; Pierre Baruzy s'intitulait « baron de Santorin »
  7. G.K. Loukomski, Les grands architectes : Vignole, Paris, Auguste Vincent & Cie Editeurs, , page 14
  8. (it) « Barozzi famiglia araldica genealogia stemma Barozzi », sur Heraldrys Institute of Rome (consulté le )
  9. (it) Francesca Russo, In morte del tiranno: Lorenzino dei Medici, da «Bruto toscano» a «Bruto italiano», Oltre edizioni, (ISBN 978-88-99415-94-5, lire en ligne)
  10. (en) Joseph Thomas, The Universal Dictionary of Biography and Mythology: A-clu, Cosimo, Inc., (ISBN 978-1-61640-068-2, lire en ligne)
  11. (it) Bollettino d'arte, La Libreria dello Stato., (lire en ligne)
  12. (it) Marco Foscarini, Della letteratura veneziana ed altri scritti intorno ad essa, A. Forni, (lire en ligne)
  13. « Chiesa di Panagìa di Barozzi - Alberghi, Autonoleggio - Creta Grecia », sur www.crete.tournet.gr (consulté le )

BibliographieModifier

  • C. Freschot B.,Lipregi della Nobilta' Veneta. Venise, 1682.
  • P. Daru, Histoire de la République de Venise. vol.7. Wouters, 1840.
  • Jürgen Schulz, The New Palaces of Medieval Venice, Pennsylvania State University Press, 2004.
  • G. Trivellato, G. Mazzariol, A. Dorigato, Palais vénitiens. Evergreen, 1998.

Articles connexesModifier