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Faits économiques et sociaux au XIIe siècle

ÉvénementsModifier

  • Vers 1120 : la Chine compte 100 millions d’habitants.
 
Asie Mineure et Levant vers 1140
  • 1154 : les Zengides unifient la Syrie musulmane. Les ravages des croisades ont accéléré l’exode rural en Syrie : les titulaires de l’iqtâ, n’ayant qu’une jouissance temporaire de leurs domaines, abandonnent les campagnes sans protéger leurs paysans. Nur ad-Din puis Salah al-Din adoptent le système de l’iqtâ héréditaire. Assuré de pouvoir transmettre son domaine, le muqta’ (titulaire d’un iqtâ) se préoccupe de sa mise en valeur et protège les paysans. Parti de la région de Damas, un mouvement de remise en culture des friches s’étend, dans la deuxième moitié du siècle, à l’ensemble de l’émirat zangide, puis ayyubide. La démographie et les prix des denrées alimentaires augmentent en Syrie. La pratique de l’iqtâ héréditaire donne naissance dans la région syro-mésopotamienne à une aristocratie terrienne stable et entraîne un assujettissement accru des classes sociales. Nur ad-Din fonde à Alep et à Damas une « maison de la justice », sorte de haut tribunal des abus qu’il préside. Il fonde aussi une dar al Hadith pour relancer l’étude de la tradition et fonde la hanaqah, sorte de couvent pour les sûfîs, à la fois centre religieux et hôtellerie. Il fait construire de nombreux hôpitaux.
  • 1177-1186 : mauvaises récoltes au Japon[1] ; le riz, dans le Kansai (ouest du Japon), ne parvient pas à maturité.
  • Sous les Ayyoubides, l’Égypte se trouve à nouveau surexploitée au profit de la Syrie déficitaire. Salah al-Din y implante le système de l’iqtâ héréditaire, ce qui réduit considérablement les libertés des paysans. La courbe démographique, très stable jusqu’à la fin du XIIe siècle, s’infléchit. Un certain asservissement est compensé par la protection des muqt’a héréditaires, tandis que l’État contrôle les impôts et fixe le prix des denrées, ce qui améliore sensiblement la sécurité personnelle et économique des paysans.
  • La réunification de la Syrie et de l’Égypte en 1175 permet au commerce syrien, jusqu’alors en stagnation, de refleurir. L’essentiel du marché est fourni par des produits locaux, agricoles ou industriels (textiles, verrerie, poterie fine, orfèvrerie).
  • L’Égypte est alors au confluent du grand commerce oriental. Alexandrie reçoit par la mer Rouge en provenance des Indes, d’Arabie et de Perse des aromates, des pierreries et surtout des épices. En outre, l’Égypte, qui manque de bois et de fer, est un bon marché d’exportation pour les Occidentaux.
  • De retour en Égypte après 1176, Saladin fonde des écoles supérieures d’administration, les medersas, pour former des fonctionnaires et éradiquer le chiisme[2].


  • Développement de l'industrie du fer en Chine (révolution industrielle).

EuropeModifier

  • Par la fertilisation des terres, en bonifiant les schorres, la Flandre devient un pays prospère : fruits, moissons, vignes, près, pâturages, coquillages, tout concours à l'abondance des richesses diverses. L'élevage des moutons et des vaches se développe, d'où la fabrication textile flamande sur la côte.
  • Vers 1100 :
    • première référence aux barons de l’Échiquier en Angleterre (à l’origine une grande table de 3 mètres sur 1,5), qui comptabilisent le paiement des impôts.
    • le roi Henri Ier Beauclerc aurait fixé la longueur du yard anglais en fonction de celle de son avant-bras.
    • des colons hollandais drainent les marais entre l’Elbe et l’Oder.
    • les moulins à eaux sont présents dans presque chaque ville d’Italie.
    • dans le golfe des Pictons devenu marais poitevin, des textes signalent la construction de digues prévues pour entamer l’assèchement des marais et la poldérisation.
  • 1100-1135 : Irnerius enseigne le droit civil à Bologne.
  • 1104 : construction de l’Arsenal de Venise[3]. Des accords commerciaux sont signés entre Venise et le royaume de Jérusalem[4].
  • 1106-1113 : Frédéric Ier, archevêque de Hambourg, passe un contrat avec des colons originaires des Pays-Bas pour les établir dans sa juridiction[5].
  • Vers 1120 :
  • Vers 1130 :
    • les habitants de Cologne et de Brême obtiennent un comptoir commercial à Londres (Guidhall)[6].
    • dans les États latins d'Orient, la mortalité infantile est grande chez les occidentaux à l’hygiène sommaire et mal adaptés aux conditions de vie de l’Orient. Ce n’est qu’avec le temps, en apprenant à utiliser le hammam et en recourant aux services des médecins arabes, qu’ils amélioreront leur situation.
  • Vers 1130-1150 : émergence des premières communes aristocratiques à Milan, Rome, Lucques, Pise, Parme et Pavie et dans les décennies suivantes à Plaisance, Arezzo, Assise et Gênes, puis Vérone, Pistoia, Côme, Sienne, Bologne, Florence. Elles sont dirigées par des consuls au pouvoir limité par l’assemblée des citoyens, l’arengo, qui approuve leurs décisions par acclamations en criant « Fiat, Fiat ». Dans les plus petites villes, cette assemblée regroupe tous les citoyens, mais dans les plus grandes, elle est remplacée par un conseil plus restreint, comme en 1164 à Pise, dont les membres sont soit élus au suffrage indirect, soit par les conseillers sortants, soit désignés par tirage au sort. Dans les communes aristocratiques, les familles nobles se groupent au sein de « clans » ou d’alliances appelés les consorterie, et s’affrontent entre elle pour le gouvernement de la cité. Elles construisent dans les villes des tours défensives, comme il en reste encore à San Gimignano et à Pavie.
  • 1130 ou 1133 : le roi Henri Ier Beauclerc octroie une charte aux Londoniens[7]. Les habitants de la ville bénéficient de la tenure bourgeoise, qui est une tenure libre, et voient leurs libertés garanties : administration municipale par un corps d’échevins (aldermen), droit de designer le shérif, fixation de l’assiette et collecte des impôts, instauration d’une foire ou d’un marché, droit d’association ou guilde des marchands recevant le monopole du commerce dans la ville.
  • 1147 : le pillage de Corinthe et de Thèbes par les Normands et le transfert de leurs ouvriers sériciculteur en Sicile porte un coup fatal à l’industrie byzantine de la soie[8] ; Roger II installe une première manufacture à Palerme dès 1148.
  • À partir de 1150 : en France, les transformations économiques bouleversent la hiérarchie des fortunes, affaiblissent la seigneurie châtelaine au profit des grands seigneurs et surtout des rois.
  • Après 1150 : renommée internationale des foires de Champagne (Troyes, Provins, Bar-sur-Aube, Lagny) où s’échangent les draps flamands contre les produits d’Orient (soieries, épices, produits de luxe), les cuirs et les fourrures (sud de la France, Allemagne). Usage de lettres de foire, de billets à ordre et de contrats de change.
  • 1155-1164 : apparition du contrat de change de place en place en Europe dans les actes du notaire génois Giovanni Scriba.
  • 1156 : apparition d’offices de banques en Italie du Nord (monti ou banques d’état à Venise)[9].
  • 1158 :
  • Vers 1170 :
    • augmentation du numéraire et décollage de l’économie marchande en France du Nord.
    • la fiscalité de l’Angleterre, contrôlée par l’Échiquier selon des méthodes comptables strictes, vaut au roi Henri II des revenus sans égaux en son temps et lui permet de substituer au service féodal une armée de mercenaires grâce à laquelle sa volonté peut s’imposer.
    • Henri II d'Angleterre donne à Rouen le monopole de l’exportation des vins vers l’Angleterre par l’estuaire de la Seine[13].
    • les empereurs byzantins tentent de limiter l’établissement de parèques[14] dans les grands domaines. Manuel Ier Comnène refuse aux moines de Patmos le droit d’établir sur leurs terres un nombre illimité de paysans. En 1175, il fait restituer par d’autres moines les paysans excédentaires qu’ils avaient attirés. Isaac II Ange fait de même en 1186[15].
  • 1171 : la première banque d’Europe aurait été fondée à Venise. Elle se spécialise dans les opérations de change et de crédit[16] : c’est l’invention du capitalisme.
  • 1173 : la Castille imite les monnaies d’or musulmanes[17].
  • Après 1173 : traité de commerce entre Knut Eriksson et Henri le Lion, garantissant aux marchands suédois des exemptions de droits de douane à Lübeck. La Suède noue les premiers liens avec les marchands allemands de la Baltique[18].
  • 1180-1223 : règne de Philippe Auguste en France. Il dispose annuellement de 17 000 kg d’équivalent argent de revenus. Sous son règne se diffuse le système du scellement dans le nord, tandis que le notariat s’étend dans le sud. Vers 1185, pour surveiller la gestion des prévôts, Philippe Auguste charge des familiers d’une mission d’enquête temporaire (baillis au XIIIe siècle).
  • 1188 : apparition de la kogge (cogue), navire dont la capacité de charge est de huit à dix fois celle des navires antérieurs. Quatre grands vaisseaux de ce type sont signalés dans le port de Cologne pour le transport des croisés[19]. C’est un navire trapu mesurant une trentaine de mètres de long sur sept de large, avec un tirant d’eau de trois mètres. Pourvue d’une voile unique, il est relativement maniable, capable d’avancer contre le vent, et rapide, surtout lorsqu’il est équipé d’un gouvernail d’étambot, à partir du début du XIIIe siècle. Probablement mis au point par les frisons, il devient le navire hanséatique par excellence du XIIIe au XIVe siècle, concurrencé au XIVe siècle par la hourque (holk), d’une capacité encore plus importante.
  • 1189-1190 : pour financer son expédition, Richard Cœur de Lion puise dans le trésor laissé par son père et vend son indépendance à l’Écosse[20].
  • 1190 : introduction du podestat, charge administrative et judiciaire, à Gênes et à Pise. Elles sont ensuite imitées par des villes comme Bergame, Lodi, Parme et Padoue et le podestat se généralise au début du XIIIe siècle. Le contexte de conflit croissant à l’intérieur des communes entre famille ou plus tard entre popolo et aristocratie, a sans doute déterminé les villes, lorsque la situation est bloquée, de faire appel à un tiers, souvent choisi à l’extérieur de la ville.
  • À la fin du XIIe siècle, l’Ordre du Temple possède à Paris un établissement très important, qui couvre le tiers de la ville et échappe à la juridiction royale. Les artisans de la ville y bénéficient d’un droit de franchise (francs mestiers) et échappent aux charges du roi et de la cité. Les maçons, tailleurs de pierre, charpentiers et mortelliers sont presque tous établis dans la censive du Temple. Ces franchises seront confirmées après la suppression de l’Ordre en 1312.

Inventions, découvertes, introductionsModifier

  • La boussole est attesté en France par une pièce satirique de Guyot de Provins[26].

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Pierre Souyri, Le monde à l'envers, Maisonneuve et Larose, (ISBN 9782706812972, présentation en ligne), p. 62
  2. Yaacov Lev, Saladin in Egypt, Boydell & Brewer, (ISBN 9780859913836, présentation en ligne)
  3. Yves D. Papin], Chronologie du Moyen Âge, Éditions Jean-paul Gisserot, (ISBN 978-2-87747-592-1, présentation en ligne)
  4. Pierre Antoine Bruno Daru, Histoire de la république de Venise, vol. 1, N. J. Grégoir V. Wouters & C°, (présentation en ligne)
  5. Charles Higounet, Les Allemands en Europe centrale et orientale au Moyen Âge, Aubier, (ISBN 9782700722239, présentation en ligne)
  6. Michel Ballard, Le Moyen-âge en occident, Hachette Éducation, (ISBN 9782011818355, présentation en ligne)
  7. (en) Judith A. Green, The Government of England Under Henry I, Cambridge University Press, (ISBN 9780521375863, présentation en ligne)
  8. Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, Albin Michel, (ISBN 9782226223319, présentation en ligne)
  9. Jules Zeller, Abrége de l'histoire d'Italie depuis la chute de l'empire romain jusqu'en 1864, Paris, L. Hachette, (présentation en ligne)
  10. Le Moyen Âge en Orient, Hachette Éducation, (ISBN 9782011400956, présentation en ligne)
  11. Alain Ducellier, Michel Kaplan, Bernadette Martin et Françoise Micheau, Le Moyen Age en Orient: Byzance et l'Islam : des Barbares aux Ottomans, Paris, Hachette, coll. « Histoire université », , 320 p. (ISBN 2010160126 et 9782010160127, OCLC 24514134, lire en ligne), p. 240
  12. (en) Christopher Harper-Bill, Nicholas Vincent, Henry II : New Interpretations, Boydell Press, (ISBN 9781843833406, présentation en ligne)
  13. Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France : des origines au XIXe siècle, Paris, Clavreuil,
  14. Paysans libres devant une redevance au propriétaire
  15. Alain Ducellier, Michel Kaplan, Bernadette Martin, Françoise Micheau, Le Moyen Âge en Orient, Hachette Éducation, (ISBN 9782011400956, présentation en ligne)
  16. Pieter Alexander Sandelin, Répertoire général d'économie politique ancienne et moderne, vol. 1, La Haye, P. H. Noordendorp, (présentation en ligne)
  17. Pascal Buresi, La frontière entre chrétienté et Islam dans la péninsule Ibérique, Éditions Publibook, (ISBN 978-2-7483-0644-6, présentation en ligne)
  18. Philippe Dollinger, The German Hansa, Routledge, (ISBN 9780415190732, présentation en ligne)
  19. Philippe Dollinger, La Hanse, XII-XVIIe siècles, Paris, Aubier, (présentation en ligne)
  20. Nicolas Viton de Saint-Allais, L'art de vérifier les dates…, vol. 7, Valade, (présentation en ligne)
  21. Yves Renouard, Études d'histoire médiévale, vol. 1, S.E.V.P.E.N., (présentation en ligne)
  22. Édouard Laboulaye, Rodolphe Dareste et Charles Ginoulhiac, Nouvelle revue historique de droit français et étranger, Recueil Sirey, (lire en ligne)
  23. Cahiers de civilisation médiévale, Université de Poitiers, Centre d'études supérieures de civilisation médiévale, (lire en ligne)
  24. Lucia Renzulli, Petit Futé Rome, Nouvelles Editions de l'Université, (ISBN 9782746920835, lire en ligne)
  25. Encyclopédie théologique, vol. 25, Paris, Jacques-Paul Migne, (présentation en ligne)
  26. Auguste Vallet, Histoire de l'instruction publique en Europe, et principalement en France, depuis le christianisme jusqu'a nos jours, (lire en ligne)