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Félix Esquirou de Parieu

homme politique français

Félix Esquirou de Parieu
Illustration.
Fonctions
Sénateur du Cantal
Ministre présidant le conseil d'État
Monarque Napoléon III
Gouvernement Ollivier
Prédécesseur Prosper de Chasseloup-Laubat
Successeur Julien Busson-Billault
Vice-président du Conseil d'État
Prédécesseur Eugène Rouher
Successeur Ferdinand de Jouvencel
ministre de l'Instruction publique et des cultes
Président Louis-Napoléon Bonaparte
Gouvernement Hautpoul
Prédécesseur Alfred de Falloux
Successeur Charles Giraud
Député du Cantal
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Aurillac
Date de décès (à 77 ans)
Lieu de décès Paris
Nationalité Drapeau : France Française
Parti politique Droite monarchiste

Marie-Louis-Pierre Félix Esquirou de Parieu[1], né le à Aurillac et mort le à Paris, est un homme d’État français. Dans sa carrière politique, il a notamment été ministre de l'Instruction publique et des Cultes du 31 octobre 1849 au 24 janvier 1851, Vice-président du Conseil d'État du au et ministre présidant le conseil d'État du au . Il est également connu comme l’un des précurseurs de l’Union européenne.

BiographieModifier

Fils de Jean-Hippolyte Esquirou de Parieu, député de la droite dynastique, ancien élève du Collège de Juilly, Félix Esquirou de Parieu est d'abord avocat. Il se montre adversaire de l'élection présidentielle au suffrage universel masculin en décembre 1848 et préconise plutôt le système américain. Après la démission de Falloux et quelques mois d'intérim, il est appelé au ministère de l'Instruction publique, à une époque où la question de l'enseignement fait l'objet de discussions passionnées. Pour assurer une meilleure situation financière aux instituteurs, il fait adopter, le 11 janvier 1850, la loi qui porte son nom, dite « petite loi sur l'éducation ». Mais sa tâche principale est de faire voter - le 15 mars 1850 - puis exécuter la loi qu'avait préparée son prédécesseur et qui, en réorganisant complètement la hiérarchie universitaire, plaçait de fait les académies départementales sous l'égide du clergé. Il sert donc les intérêts des catholiques en prenant des mesures musclées à l'encontre des instituteurs en majorité républicains-socialistes, ce qui cause de vifs remous dans le milieu enseignant. Il se rallie plus tard au coup d'État du Prince-président.

Il est nommé conseiller d'État en 1852 où il préside la section des finances, puis devient vice-président du Conseil d'État de 1855 à 1870, année où il est nommé ministre présidant le conseil d'État jusqu'à la fin de l'Empire.

Le 4 avril 1856 il assiste à la fondation de L'Œuvre des Écoles d'Orient[2] plus connue actuellement sous le nom de L’Œuvre d’Orient[3], il fut membre de son 1er Conseil général[4] du 25 avril 1856.

Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1865.

DécorationsModifier

Parieu et les projets d'Union monétaire : un visionnaire de l'EuropeModifier

Parieu devient l'un des plus éminents spécialistes français de la question monétaire et, à partir de 1858, il est l'un des avocats les plus déterminés de l'unification monétaire européenne. Luca Einaudi a dit de lui qu'il était en 1865 « l'homme idoine pour mener une diplomatie monétaire... un curieux mélange de réalisme politique et d'aspirations utopiques[6]. »

Parieu présida la conférence monétaire de 1865, qui donna naissance à l'Union monétaire latine et fut pour une grande part son œuvre, ainsi que la conférence monétaire de 1867, qui tenta d'élargir cette union en une union européenne, voire mondiale, fondée sur un monnayage universel.

Cette invitation à adopter un monnayage commun pour toutes les « nations civilisées » était le résultat de facteurs économiques liés au développement de libre-échange et à l'émergence des premières idées fédéralistes en Europe. Parieu en symbolisa le caractère libéral.

Dès 1865, il exprima l'intention du gouvernement français de transformer l'Union monétaire latine et de considérer « une perspective plus large, celle d'une circulation monétaire uniforme pour toute l'Europe. » Il proposa en 1867 d'introduire une monnaie commune basée sur la pièce de 10 francs, appelée « Europe », dans une « Union européenne occidentale », dont le nom pourrait être changé dans le cas où les États-Unis manifesteraient leur désir d'y participer.

Selon lui, une Union monétaire européenne basée sur l'étalon-or offrirait une « circulation métallique riche et confortable, la possibilité d'un accord avec la plus grande puissance commerciale d'Europe, l'Angleterre, ainsi qu'avec l'Allemagne... La destruction graduelle dans l'ordre économique d'une de ces fréquentes barrières qui divisent les nations, et dont la réduction faciliterait leur mutuelle conquête morale, servant ainsi de prélude aux fédérations pacifiques du futur. »

Cette référence aux fédérations pacifiques du futur est d'autant plus révélatrice que Parieu anticipa, dans son ouvrage Principes de Science Politique, publié en 1870, la structure institutionnelle de l'Union européenne après la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, Parieu décrivait un cadre fédéral, une « Union européenne » dirigée par une « Commission européenne » dont les membres seraient nommés par les gouvernements nationaux, rejoints plus tard par un « Parlement européen. » Cette fédération devait prévenir d'autres guerres européennes et réaliser la mise en commun d'une monnaie, des transports, d'une poste et des représentations diplomatiques.

Parieu était conscient du caractère visionnaire de ses ambitions et déclara à un Sénat impérial sceptique en 1870 : « Dans l'histoire de l'humanité, l'utopie généreuse d'hier peut être transformée en une création pratique et faisable de demain, parce que le monde a progressé. »

Les positions fédéralistes de Parieu, bien en avance sur son temps, ont contribué à donner une crédibilité intellectuelle et une profondeur au projet français, au-delà de toute tentative d'interprétation hégémonique.

La conférence de 1867, visant à « favoriser l’établissement d’un circulation monétaire uniforme entre tous les états civilisés » réunit tous les États européens, la Russie, l'Empire ottoman et les États-Unis pour discuter des possibilités de créer une union monétaire. Parieu présida la plupart des huit séances de la conférence et conclut sur le fait que « le monde entier s'accorde sur les bénéfices que doit engendrer une unité monétaire. »

Mais cette conférence échoua, à la fois à cause du peu d'enthousiasme que montrèrent l'Angleterre et de la Prusse et à cause de l'opposition résolue des Banques centrales. Cet échec laissa Parieu amer et politiquement marginalisé.

Les mêmes considérations présidèrent à l'élaboration au XXe siècle du projet d'Union économique et monétaire (UEM) et ce projet rencontra les mêmes résistances qu'au XIXe siècle. Elles ne furent levées que par le changement de politique de l'Allemagne (mais pas du Royaume-Uni) et par le fait que les banques centrales, étant nationalisées, ne furent pas en position de maintenir une opposition aussi systématique qu'au XIXe siècle.

PublicationsModifier

  • Étude sur la pratique dorée, (Paris, Au bureau de la revue, 1844, 36pp)
  • La Question monétaire en France et à l’étranger, Revue contemporaine, 31 décembre (1865).
  • L’Union monétaire de la France, de l’Italie, de la Belgique et de la Suisse : le Münzverein latin, Revue Contemporaine, 31 octobre (1866).
  • De l’uniformité monétaire. Journal des économistes, juin, (1867) p. 321-356.
  • Principes de la science politique, (Paris, 1870).
  • La Politique monétaire en France et en Allemagne, (1872).

SourcesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Index, Paris, National Library of France (lire en ligne).
  2. https://www.oeuvre-orient.fr/wp-content/uploads/LE-CINQUANTENAIRE-DE-LŒUVRE-DES-ECOLES-DORIENT.04.07.2017.pdf
  3. https://oeuvre-orient.fr
  4. Voir le 1er fascicule de l’Œuvre des Écoles d’Orient publié à Paris, le 25 avril 1856 mentionnant la composition de son 1er Conseil Général
  5. Base Léonore
  6. Money and Politics: European Monetary Unification and the International Gold Standard (1865-1873), Oxford: Oxford University Press, 2001, p. 49, 54.

Fiche sur Assemblée nationaleModifier