Exil de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

Exil forcé de l'ancien empereur des français dans le Pacifique de 1815 à 1821

L'exil de Napoléon Ier à Sainte-Hélène se réfère aux six dernières années de la vie de l'empereur déchu, à la suite de sa seconde abdication[note 1] en 1815 au terme des Cent Jours qui se termina par sa défaite militaire pendant la bataille de Waterloo.

Géolocalisation de l'île Sainte-Hélène

Après être arrivé à Rochefort, Napoléon Ier n'a pas pu se rendre aux États-Unis, comme il l'aurait souhaité. Le gouvernement britannique avait décidé de le faire prisonnier et de le déporter sur l'île Sainte-Hélène, en plein océan Atlantique, pour qu'il ne puisse plus « nuire au repos du monde ». Il meurt le .

Le dernier voyageModifier

 
Napoléon se livrant aux Anglais et embarquant sur un de leurs vaisseaux.

Après avoir abdiqué le , Napoléon rejoint la côte atlantique où le gouvernement français dirigé par Fouché a mis à sa disposition deux frégates pour le conduire en Amérique mais le blocus de l'escadre anglaise organisé dans la région de la Rochelle et de Rochefort l'en empêche[1]. Il se livre aux Anglais le devant l'île d'Aix, et est mené dans la baie de Torbay puis de Plymouth, sur la côte sud-ouest de l'Angleterre à bord du HMS Bellerophon, pensant que le gouvernement britannique va l'autoriser à s'installer et vivre bourgeoisement dans la campagne anglaise[2]. Après avoir appris sa déportation sur l'île de Sainte-Hélène le 31 juillet, Napoléon est transféré le sur le Northumberland, qui le conduit à l'île de Sainte-Hélène, après une traversée de deux mois et une semaine[note 2],[3].

Sainte-Hélène est une île volcanique située à 1 900 km à l'ouest de l'Afrique en plein Atlantique sud. Comptant près de 5 à 6 000 habitants[note 3], elle ne possède que trois accès à la mer. Cet isolement joint à l'escarpement de ses falaises noires de 200 à 300 m, la rendent aisée à surveiller et défendre[4]. Possession de la Compagnie britannique des Indes orientales, et non de l'État anglais, ce dernier doit la louer[note 4].

Le Northumberland mouille devant Sainte-Hélène le [5]. Napoléon débarque le lendemain[6]. Parmi ceux qui l'accompagnent se trouvent le Grand Maréchal du Palais, Henri Gratien Bertrand, le général Gourgaud, Las Cases et le Général Montholon, Louis-Étienne Saint-Denis, dit le Mamelouk Ali, et son valet de chambre Marchand. Le , Napoléon s'établit au pavillon des Briars chez les Balcombe, en attendant sept semaines que son lieu de détention définitif, Longwood, soit prêt à l'accueillir avec ses compagnons d'exil[7]. Longwood, de par sa situation sur un plateau, permet une surveillance plus aisée mais s'avère exposé de façon constante aux vents alizés, souvent plongé dans le brouillard et l'humidité, avec des alternances soudaines de violentes pluies et de soleil ardent. Napoléon est enfin installé dans son ultime résidence le par le gouverneur provisoire, l'amiral Cockburn.

La solitude à LongwoodModifier

 
Anonyme, Fleshy (le ventripotent) dessin d'après nature de Napoléon à Longwood le .

Installé le 10 décembre 1815 à Longwood House, une habitation sans confort à l'image d'une ferme, surveillé en permanence par ses gardiens, Napoléon est soumis à des vexations de la part de Hudson Lowe, le nouveau gouverneur de l'Île qu'il reçoit pour la première fois le 17 avril 1816[8]. Les relations sont tendues entre Napoléon et Lowe : sur ordre du gouvernement britannique, ce dernier refuse à Napoléon le titre d'empereur et même celui de « général Bonaparte », acceptant seulement de supprimer le « u » de Buonaparte, son nom d'origine, pour l'appeler Napoléon Bonaparte[9].

Ses armes sont confisquées, son courrier censuré, et toute liberté de mouvement restreinte. Cet exil forcé attise les susceptibilités, autorise les mesquineries de ceux qui partagent sa condition, la chaleur et l'humidité faisant le reste. L'Empereur revient sur sa vie et son règne, dictant ses mémoires à ses compagnons d'infortune. Pendant ce temps, les passagers en escale à Sainte-Hélène se succèdent et sollicitent de la part des geôliers de Napoléon de leur laisser apercevoir le captif[10].

À la fin de l'année 1816, Las Cases quitte l'île de Sainte-Hélène (il publiera, en 1823, le Mémorial de Sainte-Hélène).

Début 1818, c'est au tour de Gourgaud, fâché avec Napoléon, de quitter Longwood. Puis, en , sa maîtresse madame de Montholon[11] retourne en Europe, avec tous ses enfants. Progressivement vidé, Longwood tombe dans une atmosphère d'attente et de langueur à peine supportable. L'arrivée en d'une petite colonie de nouveaux compagnons, la plupart corses, envoyés d'Italie par la famille Bonaparte, permit de rompre la monotonie régnante, quoique les nouveaux venus ne fussent pas au niveau des espérances de Napoléon et de ses autres compagnons de captivité.

Un compagnon attire cependant l'attention de Napoléon : un esclave noir du nom de Toby qui s’occupait de son potager et dont les conversations avec Napoléon ont été rapportées par le médecin personnel de Napoléon, Barry O’Meara. « Las Cases en parle dans le Mémorial mais dans le manuscrit originel, ça n’y figure pas. Et pourtant, l’histoire est authentique, d’autant plus qu’on a retrouvé les traces de Toby aux archives de Sainte-Hélène » explique le directeur de la Fondation Napoléon Thierry Lentz[12].

Une amitié entre les deux hommes se serait nouée, à tel point que Napoléon aurait émis le souhait de l'aider à gagner sa liberté. Il « a voulu libérer un esclave, appelé Toby, en lui expliquant qu’il avait lui-même signé par décret la fin de la traite négrière avant de partir combattre les coalisés à Waterloo » explique l'historien David Chanteranne[13].

La fin de NapoléonModifier

 
Sainte-Hélène — Mort de Napoléon. Tableau de Steuben.

Dans les dernières années, Napoléon ne travaille plus, ou peu, mais continue ses habituelles lectures dont il est toujours passionné. Il reste cloitré à Longwood pendant plusieurs mois. François Antommarchi, son médecin, lui conseille de prendre plus souvent l'air, conseil que Napoléon ne respecte pas, supportant mal ce médecin dont il dit qu'« on a le droit d'être ignorant mais pas de manquer de cœur ». Le médecin rencontre Hudson Lowe : le gouverneur lui affirme que Napoléon n'est atteint que d'une « maladie diplomatique » malgré la douleur vive au côté droit dont se plaint régulièrement l'empereur ; Antommarchi n'y diagnostique qu'une simple constipation et lui prescrit une forte dose de calomel, puissant laxatif qui ne fera qu'accentuer son ulcère à l'estomac. À partir du , alité, Napoléon commence à dicter son testament au général de Montholon[note 5] et ajoute des codicilles en lien avec les événements de sa vie qui reviennent à sa mémoire, jusqu'au 27 avril, avant de sombrer dans l'agonie. Malade, atteint d'un ulcère de l'estomac, il refuse l'assistance des médecins anglais et après huit jours d'agonie rend le dernier soupir le à 17 h 49. Ses derniers mots prononcés sont « Armée », « tête de l'Armée », ou encore « Joséphine ».

Son autopsie réalisée le 6 mai, a donné lieu à de nombreuses controverses depuis 1821 causées par les nombreux rapports, officiels et officieux, dont pas moins de trois, tous différents, pour le seul docteur Antommarchi[14].

Il est inhumé le 9 mai dans la vallée du Géranium, comme stipulé dans ses dernières volontés dans le cas où son corps ne devait pas être ramené en Europe. Sa tombe ne comportera aucune inscription car le gouverneur Lowe ne veut pas de la mention « Napoléon » ou « Empereur Napoléon », tandis que son acte de décès rédigé indépendamment dans le registre de la paroisse Saint James de Jamestown, capitale de l'île de Sainte-Hélène, indique à la même date « Napoleon Buonaparte, late emperor of France[15] ».

En 1840, sur l'ordre de Louis-Philippe Ier et en accord avec les Anglais, le corps est rapatrié en France par le prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe Ier. Il repose aux Invalides. La dépouille de son fils Napoléon II le rejoint en 1940 aux Invalides sur l'ordre d'Hitler. Longwood sera cédée à la France en 1858, sous Napoléon III par la Reine Victoria et fait partie des domaines français de Sainte-Hélène.

DocumentaireModifier

Un documentaire-fiction, intitulé Napoléon, l'exilé de Sainte-Hélène, est consacré à l'exil de Napoléon Ier à Sainte-Hélène dans le cadre de l'émission Secrets d'Histoire, présentée par Stéphane Bern[16].

Celui-ci est diffusé sur France 3 le 19 avril 2021 à l'occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon[16].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Napoléon abdiqua une première fois en 1814.
  2. Un certain nombre de témoins ont relaté cette traversée, notamment Emmanuel de Las Cases dans son Mémorial de Sainte-Hélène et Denzil Ibbetson, commissaire anglais chargé des fournitures militaires, qui a laissé un journal, longtemps inédit, mis en vente fin 2010.
  3. Sa population double lors de la déportation, la garnison de Sainte-Hélène comptant selon les époques de 1 500 à 2 000 hommes.
  4. « Un accord de cession provisoire fut hâtivement conclu le 26 juillet 1815 entre la Compagnie et le gouvernement de Londres. Si la première conservait la gestion « commerciale » de l'île, son administration civile et militaire passa au second ». Cf Jacques Macé, Thierry Lentz, La mort de Napoléon, Place des éditeurs, , p. 11
  5. Ce document est constitué de trois parties : le testament politique, avec des phrases célèbres « Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé... Je meurs prématurément, assassiné par l'oligarchie anglaise et son sicaire ». Le testament personnel correspond à la distribution de 7 millions de francs à ses proches et compagnons. Enfin près de 204 millions, selon un montant que Napoléon estime avoir économisé sur sa liste civile — 28 millions par an, devant être distribués à des villes et à tous les soldats de la Grande Armée, ce que le gouvernement royal refuse, d'où les multiples procès intentés par ces légataires jusqu'en 1857, date à laquelle Napoléon III institue la médaille de Sainte-Hélène et une petite pension attribuées à tous les anciens compagnons d'armes de l'Empereur. Cf Jean Lemaire, Le Testament de Napoléon. Un étonnant destin, 1821-1857, Plon, , 247 p.

RéférencesModifier

  1. Thierry Lentz, Napoléon en 100 questions, Tallandier, , p. 154
  2. Thierry Lentz, Napoléon, Éditions La Boétie, , p. 82
  3. Jacques-Olivier Boudon, Napoléon Ier et son temps, Vuibert, , p. 247
  4. Jacques Macé, Thierry Lent, La mort de Napoléon, Place des éditeurs, , p. 10
  5. Emmanuel Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, t. I, Paris, Ernest Bourdin, (lire en ligne), p. 132
  6. Thierry Lentz, Napoléon, Éditions La Boétie, , p. 82.
  7. Jacques Macé, Thierry Lentz, La mort de Napoléon, Place des éditeurs, , p. 11
  8. Ulane Bonnel, Sainte-Hélène, terre d'exil, Hachette, , p. 98
  9. Paul Ganière, Napoléon à Sainte-Hélène, Perrin, , p. 1998
  10. Voir notamment « Le journal du pasteur Latrobe », sur L'autre Sainte-Hélène (consulté le 21 mai 2014)
  11. Jacques Macé, Thierry Lentz, La mort de Napoléon, Place des éditeurs, , p. 78
  12. Jean-Marc Raffaelli, « Thierry Lentz dépoussière le Mémorial de Las Cases », sur Corse matin,
  13. Florence Rocca, « Interview, David Chanteranne: “Deux cents ans après, le souvenir de Napoléon est toujours aussi prégnant.” », sur Journal le petit corse,
  14. Albert Benhamou, L'autre Sainte-Hélène : la captivité, la maladie, la mort, et les médecins autour de Napoléon, 2010, voir chapitre Shortt pour l'analyse comparative de tous les rapports d'autopsie
  15. On trouve deux versions de l'acte de décès de Napoléon : l'original appartient aux Archives de Sainte-Hélène (image : http://www.napoleonprisonnier.com/images/lieux/sth/2009-41.jpg) et une copie ultérieure, d'une graphie plus soignée, est représentée sur le site de la British Librairy de Londres (image : http://www.bl.uk/reshelp/images/apacfamhist/large14922.html)
  16. a et b Dominique Bonnet, « Napoléon, un premier tombeau sur l’île de Sainte-Hélène », sur Paris Match,

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

FilmographieModifier

Hervé Dumont dans son étude sur les représentations de l'empereur à l'écran indiqua les films abordant cette période, les réalisateurs sont fascinés par le crépuscule du dirigeant, avec une vision adéquate ou plus libre. La plupart des productions, même anglaises, ont une vision négative d'Hudson Lowe.

L'exil est également abordé dans Napoléon de Sacha Guitry (1955) et Napoléon de Yves Simoneau (2002). Plusieurs projets de films inaboutis se concentraient spécifiquement sur l'exil : Return from St. Helena de Charles Chaplin (1937), Saint-Hélène d'André Berthomieu (1939), Napoléon à Saint-Hélène de Jean Delannoy (1960), Sainte-Hélène de Julien Duvivier (1961) et The Master of Longwood ou Betsy et l'empereur de Patrice Chéreau (2009).

Liens externesModifier