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L’esperluette ou esperluète (nom féminin), également appelée perluette, perluète ou « et » commercial, désigne le logogramme &. Elle résulte de la ligature des lettres de la conjonction de coordination « et » et possède la même signification.

Son inventeur serait Tiron[1], secrétaire de Cicéron, également auteur de la première méthode de sténographie décrite, les notes tironiennes, mais on ne retrouve ce signe typographique dans aucun de ses manuscrits. On cite aussi Alde Manuce, un imprimeur-libraire installé à Venise qui, outre cette création, a révolutionné l’imprimerie par le format qu’il a donné à ses livres, en particulier l’in-octavo, plus petit, moins cher et plus maniable que les in-quarto ou in-folio.

Sommaire

Utilisation historiqueModifier

 
Esperluette typographique (d’où la graphie inversée) en bois de 21 cm de haut.
 
Esperluettes droite et italique.

L’esperluette résulte de la ligature du e et du t, héritée de l'époque mérovingienne[2]. À l’origine, cette graphie ligaturée était plus ou moins systématiquement utilisée par les copistes médiévaux, qui utilisaient de nombreuses autres abréviations. En l’occurrence, on trouve l’esperluette fréquemment employée pour les termes et (&), etc. (&c.). Alors que le plus souvent, dans les manuscrits européens, seuls ces deux termes étaient abrégés à l'aide de &, les scribes anglais s’en servaient aussi pour n’importe quelle séquence -et- : deberet pouvait être écrit deber&. On trouve cependant aussi de telles graphies sur le Vieux Continent : fazet, dans les Serments de Strasbourg, est écrit faz&.

OrigineModifier

 
Évolution de l’esperluette au cours de l’histoire de l'écriture.
 
Certaines polices, comme la police d'écriture Trebuchet, permettent de voir la ligature entre le « E » et le « t »

Il semble que l’esperluette ait été considérée comme la 27e lettre de l’alphabet jusqu’au XIXe siècle. Selon le Trésor de la langue française, le &, dernière lettre de l’alphabet, était appelé ète, et les enfants apprenaient à l’école élémentaire à réciter l’alphabet en ajoutant après « Z », les mots latins « et, per se, et » (« et, en soi, 'et' ») prononcés « ète-per sé-ète », qui se serait transformé en « et, per lui, et » plus accessible aux enfants comme moyen mnémotechnique. L’appellation du caractère « & » aurait découlé de cette habitude sous la forme de perluète ou esperluette. L’étymologie du mot anglais ampersand est très similaire (and, per se, and). L’étymologie occitane[réf. nécessaire] est aussi évoquée, es-per-lou-et, en français c’est pour le « et », indiquant que le caractère & veut dire « et ».

Le Robert historique de la langue française, dans son édition de 1992, possède deux articles (« Esperluette » dans les E et « Perluète ou Esperluette, Esperluète » dans les P) qui se contredisent :

  • Le second article évoque l’origine mnémotechnique décrite ci-avant, ainsi que l’influence d'« épeler » et de « pirouette ».
  • L’autre fait venir esperluette du latin perna, « jambe, cuisse, jambonneau », par l’intermédiaire de pernula qui a donné « perle, perlette », avec influence de sphaerula, « petite sphère ». Le nom du signe viendrait alors de sa forme et non de son sens.

Utilisation contemporaineModifier

 
Logo de France Télécom de 2000 à 2006.
 
Logo de France Télécom de 2006 à 2013.

L’esperluette est l’un des rares caractères à avoir le même sens dans de nombreuses langues. Elle est d’un usage courant en anglais, sous le nom d’ampersand. En français, elle est moins utilisée et même rejetée dans la langue littéraire. Néanmoins, elle est parfois utilisée dans certains ouvrages, dans l’italique[3]. Son utilisation en français est essentiellement circonscrite à un usage commercial et publicitaire, pour les raisons sociales[3], par exemple dans « Procter & Gamble ». L’esperluette est ainsi parfois appelée « et commercial ». Elle est classiquement utilisée dans l'abréviation « M. & Mme » (c'est-à-dire « Monsieur et Madame »).

L'esperluette était utilisée comme logo par l'entreprise France Télécom jusqu'en février 2013, juste avant le passage sous le nom Orange.

En informatiqueModifier

Dans les applications de SGML et XML, par exemple HTML et XHTML, l’esperluette est un caractère d’échappement, qui peut être représenté avec l’échappement, ou entité de caractère, « & ».

Sous un système UNIX, placée en fin de ligne d’un interpréteur de commandes, elle indique que l’on souhaite exécuter un programme en arrière-plan. Lorsqu'elle est doublée (&&) entre deux commandes, elle indique d'exécuter la seconde uniquement si la première est réussie.

Dans les langages de programmation, « & » est aussi :

  • un opérateur unaire qui renvoie l’adresse mémoire d’une variable lorsqu’il précède cette variable, un opérateur de référence lorsqu’il suit un type (avec une syntaxe inspirée de C).
  • l'opérateur « et » logique qui représente la conjonction et réalise la fonction ET de deux valeurs A et B, soit en les considérant comme variables logiques (ou « booléens ») ayant la valeur « vrai » ou « faux », soit en effectuant cette opération bit-à-bit, c'est-à-dire en considérant les deux valeurs écrits en binaire et en appliquant l’opérateur « et » à chaque paire de bits correspondants dans les deux valeurs. Pour l'opération logique (non binaire), d'usage du symbole dédoublé « && » est fréquent. L'évaluation peut alors être faite en « court-circuit » (sans évaluer l'expression B, "lazy evaluation" en anglais) si valeur de A est « faux ».
  • un opérateur de concaténation quand il est placé entre deux chaînes de caractères.
  • Dans les URL, "&" sert de liant entre chaque valeurs et paramètres de la syntaxe d'une adresse URL. Exemple : http://www.google.fr/webhp?hl=fr&tab=wi. Ce caractère n'est donc pas autorisé dans la chaîne de requête d'une URL lorsqu'il n'a pas de signification et doit obligatoirement être encodé sous la forme "%26" (voir percent-encoding).
Nom Unicode Glyphe Unicode Entité HTML
Perluète & U+0026 &
Perluète culbutée U+214B (Symboles lettrés)

En logique linéaire, la conjonction additive est représentée par une esperluette, et la disjonction multiplicative est représentée par une esperluette culbutée appelée « par » .

Notes et référencesModifier

  1. The new encyclopaedia Britannica, volume 1, Encyclopaedia Britannica, 1995, p. 14.
  2. « Esperluette » sur clve.fr (consulté le 23 mai 2015).
  3. a et b Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale, France, 2007 (ISBN 978-2-7433-0482-9), p. 79.

Voir aussiModifier

  • Iain Baxter, artiste conceptuel canadien spécialiste du signe &

Liens externesModifier

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